Lois relatives au sanhédrine et aux peines qui leur sont confiées · Chapitre 23
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 959 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. De même que celui qui accepte [le présent] transgresse un interdit, de même celui qui le donne, ainsi qu’il est dit (Lév. 19, 14) : « Devant l’aveugle tu ne mettras point d’embûche ».
3. Tout juge qui reste assis [chez lui] et se grandit pour augmenter le salaire de ses huissiers et de ses greffiers fait partie de ceux qui recherchent le lucre. C’est ainsi que les enfants de Samuel ont agi, aussi est-il dit à leur sujet (I Samuel 8, 3) : « ils recherchaient le lucre, acceptaient des présents corrupteurs ». Ce n’est pas seulement de l’argent [qu’il est défendu d’accepter], mais même des paroles corruptrices. Une fois, un juge monta dans un petit bateau de pêche pour traverser un fleuve, et une personne lui tendit la main et l’aida à monter, alors qu’elle était en litige ; le juge lui dit : « Je suis récusé pour ton procès ». Une fois, une personne retira une plume d’oiseau de la coiffure du juge, et une autre recouvrit un crachat [sur le sol] devant le juge, et le juge dit [dans chacun de ces cas] : « Je suis récusé pour ton procès ». Une fois, une personne apporta l’un des dons dus au cohen à un juge qui était un cohen et il lui dit : « Je suis récusé pour ton procès ». Une fois, le métayer d’un juge qui lui apportait des figues de son champ chaque vendredi vint plus tôt et lui en apporta le jeudi, parce qu’il était en litige ; le juge lui dit : « Je suis récusé pour ton procès ». Bien que les figues appartinrent au juge, étant donné qu’il les lui a apporta plus tôt, le juge devint disqualifié pour le jugement de son affaire.
4. Tout juge qui a emprunté quelque chose est disqualifié pour le procès de celui à qui il l’a empruntée. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Si le juge n’a rien à prêter [en retour]. Mais s’il a [des objets] à prêter, il peut servir de juge, car celui-là aussi lui [en] fera l’emprunt.
5. Tout juge qui perçoit une rémunération pour juger, ses jugements sont nuls et non avenus, encore faut-il que cette rémunération apparaisse à l’évidence [comme le prix des services rendus]. Mais si deux personnes se présentent pour un jugement devant un juge occupé à sa besogne et que celui-ci leur dise : « Payez-moi [le salaire de] celui qui va travailler à ma place le temps que je juge votre litige » ou « Payez-moi mon inactivité », cela est permis, et ce, à condition qu’il apparaisse à l’évidence qu’il s’agit uniquement d’une indemnité d’inactivité et pas davantage ; les frais seront partagés par moitié entre les deux parties et payés l’une en présence de l’autre. Dans de telles circonstances, cela est permis.
6. Il est interdit à un juge de siéger au procès d’un ami, même s’il ne s’agit ni de son chouchbine, ni de son ami le plus intime, ou à celui d’une personne qu’il n’aime pas, même s’il n’est pas son ennemi et qu’il ne cherche pas à lui nuire. Plutôt, il faut que les deux plaideurs soient égaux aux yeux des juges et dans leurs cœurs. Et s’il ne connaît aucun des plaideurs ni leurs actes, il n’est pas de juge aussi juste que lui.
7. Deux érudits qui se détestent n’ont pas le droit de siéger ensemble dans un jugement, car cela aura pour cause de fausser le jugement ; [en effet,] du fait de l’animosité qu’ils se vouent, chacun aura l’esprit à réfuter les propos de l’autre.
8. Un juge doit toujours se considérer comme si un glaive était posé sur son cou et la Géhenne ouverte en dessous de lui ; qu’il sache qui il juge, et devant Qui il juge, et Qui le punira s’il s’écarte du chemin de la vérité. Ainsi qu’il est dit (Psaumes 82, 1) : « D.ieu se tient dans l’assemblée divine » et il est dit (II Chroniques 19, 6) : « Soyez attentif à ce que vous faites ; car ce n’est pas pour un homme que vous rendez justice, mais pour l’Eternel ».
9. Tout juge qui ne rend pas un jugement de vérité absolue cause le départ de la Présence Divine de parmi le peuple juif. Et tout juge qui [par son jugement perverti] prend illégalement [l’argent] de l’un pour le donner à l’autre, D.ieu lui prendra la vie, ainsi qu’il est dit (Proverbes 22, 23) : « Il ravit la vie de ses ravisseurs ». Tout juge qui rend un jugement de vérité absolue, fut-ce un instant, c’est comme s’il avait rectifié le monde tout entier, et il fait résider la Présence Divine au sein du peuple juif, ainsi qu’il est dit : « D.ieu se tient dans l’assemblée divine ». Peut-être le juge dira-t-il : « Pourquoi [donc] supporter ce tracas » [d’être puni en cas d’erreur] ? Le verset dit (II Chroniques, ibid.) : « Avec vous dans la parole de jugement ». Le juge [doit se baser] uniquement sur ce que ces yeux voient.
10. Considère toujours les plaideurs devant toi comme des méchants, présume que chacun d’eux fait des déclarations mensongères, et juge selon ce qu’il en ressort à tes yeux ; et lorsqu’ils prennent congé de toi, qu’ils soient à tes yeux comme des justes, lorsqu’ils ont accepté le jugement, et juge chacun d’eux favorablement.
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