Lois relatives au sanhédrine et aux peines qui leur sont confiées · Chapitre 3
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 939 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Les soixante et onze [juges] du [Grand] Tribunal n’ont pas besoin de siéger tous ensemble à leur place dans le Temple. Plutôt, c’est lorsqu’ils ont besoin se rassembler qu’ils se rassemblent tous. A d’autres moments, quiconque est affairé sort faire sa besogne et revient, à condition qu’il reste une permanence d’au moins vingt-trois [juges] durant toute la séance. Ainsi, quand l’un d’eux a besoin de s’absenter, il jette un regard sur ses collègues restants ; s’il en reste vingt-trois, il peut sortir. Sinon, il ne sortira pas avant qu’un autre ne vienne.
3. On ne commence pas un jugement la nuit. Par tradition orale, les Sages ont appris que les jugements sont assimilés aux plaies [de tsaraat], ainsi qu’il est dit (Deut. 21, 5) : « toute dispute et toute plaie » ; de même que l’examen des plaies se fait le jour uniquement, de même les jugements ont-ils lieu le jour uniquement.
4. Et de même, on ne reçoit pas de témoignage et on n’authentifie pas les actes la nuit. En ce qui concerne les affaires pécuniaires, s’ils ont commencé le jour, ils ont le droit de conclure le procès la nuit.
5. Les héritages sont assimilés aux jugements, car il est dit, les concernant (Nomb. 35, 29) : « un décret de justice ». C’est pourquoi, on ne fait pas échoir d’héritages durant la nuit.
6. Lorsque deux [hommes] viennent visiter un malade [moribond] et qu’il leur donne des instructions [sur le partage de ses biens], ils mettent par écrit [ses dernières volontés et le tribunal les exécutera], mais ils ne peuvent pas rendre jugement [c’est-à-dire exécuter eux-mêmes ses dernières volontés]. S’ils sont trois, ils peuvent, à leur convenance, mettre par écrit [les instructions] ou rendre jugement. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Durant la journée. Mais la nuit, ils mettent par écrit et ne rendent pas de jugement.
7. Tout tribunal juif qui est digne, la Présence Divine est avec lui. C’est pourquoi, les juges doivent siéger dans la peur, la crainte, enveloppés [d’un talit] et avec sérieux. Il est défendu de se laisser aller, de plaisanter ou de tenir des propos futiles au tribunal, mais uniquement des propos de Thora et de sagesse.
8. Tout sanhédrin, roi, ou exilarque qui nomme pour les juifs un juge qui ne convient pas, qui n’a pas la sagesse de la Thora et n’est pas apte à être juge, bien qu’il ait plein de charme et d’autres qualités, celui qui l’a nommé transgresse un interdit, ainsi qu’il est dit (Deut. 1, 17) : « Vous ne ferez acception de personne en justice » ; par tradition orale, les Sages ont appris que ce verset s’adresse au préposé pour la nomination des juges. Les Sages ont dit : « Peut-être diras-tu : “Untel est beau, je vais le nommer juge”, “Untel est vaillant, je vais le nommer juge”, “Untel est mon parent, je vais le nommer juge”, “Untel connaît toutes les langues, je vais le nommer juge” ; il se pourra qu’il acquitte le coupable et condamne l’innocent, non pas qu’il soit un scélérat, mais parce qu’il est ignorant. C’est pourquoi, il est dit : « Vous ne ferez acception de personne en justice ». Ils ont dit encore : « Quiconque établit pour les juifs un juge qui ne convient pas, c’est comme s’il avait érigé une stèle, car il est dit (Deut. 16, 22) : “Et tu ne dresseras pas de stèle, ce que l’Eternel ton D.ieu a en horreur”. [Nommer pareil juge] en lieu et place d’érudits, c’est comme planter une achéra, car il est dit (ibid., 21) : “Tu ne planteras pas d’achéra, quelque arbre que ce soit, à côté de l’autel de l’Eternel ton D.ieu” » [les érudits étant comparés à l’autel]. Et de même, les Sages ont dit : « “Vous ne ferez pas avec Moi des élokim d’argent” (Ex. 20, 23) [ce qui est interprété allusivement ainsi :] des élokim venus pour l’argent et pour l’or, c’est-à-dire un juge qui a été nommé seulement pour sa richesse ».
9. Tout juge qui a versé de l’argent pour être nommé, il est interdit de se lever devant lui. Les Sages ont ordonné de le traiter avec légèreté et de le mépriser. Les Sages ont dit : « Que le talit dont il s’enveloppe soit à tes yeux comme la couverture d’un âne ».
10. Telle était la conduite des Sages d’autrefois : ils fuyaient la nomination et essayaient par tous les moyens de ne pas siéger en justice, à moins de savoir que personne ne fut aussi qualifié qu’eux, et que s’ils se dérobaient, la justice s’en trouverait menacée. Néanmoins, ils ne siégeaient au tribunal que sous l’insistance et la pression du peuple et des anciens.
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