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Lois relatives aux tsitsit · Chapitre 1

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 88 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

Lois relatives aux tsitsit. Il y a un seul commandement positif, celui de faire des tsitsit sur les coins des vêtements.

1. La frange que l’on fait sur le coin d’un vêtement de la même matière que le vêtement est appelée tsitsit, parce qu’elle ressemble à la chevelure, comme il est dit (Ezéchiel 8, 3) : « et il me prit par les mèches (tsitsiot) de ma tête ». Cette frange est appelée « blanche », parce nous ne sommes pas enjoints de la teindre. Les fils de la frange n’ont pas de nombre [déterminé] selon la Thora.

2. On prend un fil de laine teint [d’une couleur] semblable au firmament [azur], que l’on enroule autour de la frange. C’est ce fil qui est appelé tekhélèt. Le nombre de tours que l’on fait avec ce fil n’est pas déterminé selon la Thora.

3. Ce commandement comprend donc deux obligations : faire, sur le coin [du vêtement], une frange qui en sort et enrouler un fil d’azur autour de la frange [blanche], comme il est dit [Nomb. 15, 38] : « qu’ils se fassent des franges […] et qu’ils ajoutent à la frange du coin un cordon d’azur. »

4. [L’absence de fil] azur n’empêche pas [l’accomplissement du commandement avec les fils] blancs. [De même, l’absence de fils] blancs n’empêche pas [l’accomplissement du commandement avec le fil d’]azur. Comment cela ? En l’absence de fil d’azur, on fait [des franges constituées de fils] blancs uniquement. [De même,] si l’on a fait [une frange avec des fils] blancs et [un fil d’]azur et que [les fils] blancs soient sectionnés et réduits jusqu’au coin, de sorte qu’il ne reste que le [fil] azur, cela est valide.

5. Bien que [l’absence de] l’un d’eux n’empêche pas [l’accomplissement du commandement avec] l’autre, ils ne constituent pas deux commandements [distincts], mais un seul. Celui qui porte un vêtement [ayant des franges] blanches [uniquement] ou bien [des franges constituées d’un fil d’]azur [après section des fils blancs], ou bien [des franges faites de] tous les deux en même temps [c’est-à-dire de fils blancs et d’un fil d’azur], accomplit un seul commandement positif. Les Sages d’autrefois ont dit : « [Le verset (ibid., 39) :] “Cela formera pour vous des franges” enseigne que tous deux constituent un seul commandement positif ». [Concernant] les quatre franges [aux quatre coins du vêtement], [l’absence de] l’une empêche [l’accomplissement du commandement avec] les autres, car les quatre constituent un seul commandement.

6. Comment fait-on les franges ? On commence [au niveau] du coin du vêtement – c’est-à-dire de la fin de la partie tissée – à pas plus de trois doigts au-dessus [du bord], mais à pas moins d’une phalange de pouce. On introduit quatre fils [dans un trou situé entre ces limites,] que l’on plie [ainsi] en deux en leur milieu ; il y a donc huit fils qui pendent du coin. La longueur de ces huit fils ne doit pas être inférieure à quatre doigts. Si [leur longueur] est supérieure [à cette mesure], ils sont valides, même [s’ils font] une ou deux coudées. Toutes [ces mesures basées sur] le doigt [font référence à la largeur du] pouce. L’un des huit fils [c’est-à-dire la moitié d’un fil entier] doit être un fil d’azur, et les sept [autres] doivent être blancs.

7. On prend l’un des [fils] blancs, avec lequel on fait un tour autour des autres fils à côté [du bord] du vêtement et on lâche ce fil. On prend [alors] le fil d’azur, avec lequel on fait deux tours [autour des autres fils], à côté du tour [fait avec le fil] blanc, et on fait un nœud. Ces trois tours sont appelés un segment. Un peu plus loin, on fait un second segment au moyen du seul fil d’azur. Un peu plus loin, on en fait un troisième, et ainsi de suite jusqu’au dernier, pour lequel on fait deux tours [avec le fil d’]azur et un dernier tour [avec un fil] blanc. [En effet,] ayant commencé par un [fil] blanc, on conclut par celui-ci, car on augmente dans la sainteté et on ne diminue point. Pourquoi commence-t-on [les tours] par [un fil] blanc ? Afin que le [tour] proche du coin [du vêtement] soit similaire à celui-ci. On procède de cette manière pour les quatre coins.

8. Combien de segments fait-on à chaque coin ? Pas moins de sept, ni plus de treize ; cela est la meilleure façon d’accomplir le commandement. [Cependant,] si l’on n’a entouré les fils que d’un seul segment, cela est valide. Si l’on a entouré le [fil d’]azur sur la majeure partie de la frange, cela est valide. [Toutefois,] la beauté de l’azur consiste à ce que tous les segments [s’étendent] sur un tiers des fils pendants, et que les deux tiers soient libres. Il faut séparer [les fils], de sorte qu’ils soient comme les mèches de la chevelure.

9. Celui qui fait des [franges avec des fils] blancs sans [fil d’]azur doit prendre l’un des huit fils [blancs] pour l’enrouler autour des autres fils jusqu’au tiers [de leur longueur], et laisser deux tiers [de la longueur des fils] libres. S’il désire enrouler [le fil blanc] en segments, comme l’on ferait avec [un fil d’]azur, il en a le droit, et telle est notre coutume ; et s’il désire faire des tours sans le nombre [requis] de segments, il peut [aussi] le faire. En règle générale, il faut faire en sorte qu’il y ait un tiers de [de la longueur des fils] enroulé et deux tiers libres. D’aucuns ne sont pas pointilleux sur cette exigence pour [des franges faites uniquement de fils] blancs. Si l’on a enroulé [les fils] blancs sur la majeure partie [de la longueur] des [autres] fils ou si l’on n’a fait qu’un seul segment, cela est valide.

10. Les fils blancs comme les fils d’azur peuvent être [des fils] retors si l’on désire. Même si un fil est fait de huit fils tordus [ensemble pour ne former qu’]un seul cordon, il est considéré comme un seul fil.

11. Les fils des franges, blancs comme d’azur, doivent avoir été filés [expressément] au titre [du commandement des] tsitsit. On ne doit les faire ni avec de la laine prise aux épines quand les moutons se couchent au milieu d’elles, ni avec des brins [de la laine] arrachés d’un animal, ni avec les [fils] restants de la chaîne que le tisserand laisse au bout d’une étoffe. Plutôt, [ils doivent être faits] de laine [provenant] de la tonte ou de lin. On ne doit pas [non plus] employer de la laine volée, de la laine issue d’une ville dévoyée (‘ir hanida’hat) ou de [la laine] d’un [animal] consacré. Si l’on a fait [des franges avec l’une de ces sortes de laines], elles sont invalides. Si une personne se prosterne devant un animal, la laine de ce dernier est invalide pour les franges. En revanche, si une personne se prosterne devant du lin sur pied, celui-ci est valide [pour les tsitsit] car il subira un changement [pour devenir un fil de lin].

12. Des franges faites par un gentil sont invalides, comme il est dit [Nomb. 15, 38] : « Parle aux enfants d’Israël… qu’ils se fassent des franges ». En revanche, si un juif les a faites sans l’intention [de le faire pour le commandement], cela est valide. Des franges faites de [franges] déjà existantes sont invalides [cette idée est explicitée dans les § suivants].

13. Comment cela ? Si l’on amène un coin [d’un vêtement] portant une frange pour le coudre à un [autre] vêtement, même si ce coin fait une coudée sur une coudée, cela est invalide, ainsi qu’il est dit : « qu’ils se fassent des tsitsit » ; [il s’agit de faire des franges au vêtement, et] non [d’employer] des franges déjà faites, car cela serait assimilé à [des franges] faites spontanément. [En revanche,] il est permis de défaire une frange d’un vêtement pour la nouer à un autre vêtement ; aussi bien pour [les fils] blancs que pour [les fils d’]azur.

14. Si l’on met les fils entre deux coins [d’un vêtement, en les introduisant] d’un coin à l’autre [c’est-à-dire dans le trou de chacun des deux coins] et que l’on attache [les fils] conformément à la loi à chaque coin, puis qu’on les coupe au milieu de sorte qu’ils soient séparés [et forment deux franges], cela est invalide. En effet, au moment où on les a nouées, les franges étaient invalides, puisque les deux coins étaient attachés l’un à l’autre par les fils entre eux ; c’est lorsqu’ils ont été sectionnés qu’ils ont formé deux franges. On a [donc] fait des franges à partir de [franges] déjà faites.

15. Aurait-on mis une frange sur [un coin portant déjà] une frange, [la règle suivante est appliquée :] si l’intention était d’annuler la première [frange], on défait ou on coupe la première [frange], et cela est valide ; mais si l’intention était d’ajouter [une frange], même si l’on coupe l’une des deux, cela est invalide. En effet, en ajoutant [une frange], on invalide le tout ; et lorsque l’on défait ou que l’on coupe la [frange] en plus, [la mitsva] se trouve réalisée à partir de [franges déjà] faites, puisque leur confection initiale était invalide.

16. De même, si une personne met [des franges] à un [vêtement] de trois [coins], puis complète [le vêtement, qui compte alors] quatre [coins], et met [ensuite des franges] au quatrième [coin], cela est invalide, car il est dit (Deut. 22, 12) : « tu feras » [des franges], mais pas à partir [de franges] déjà existantes.

17. Il ne faut pas plier un vêtement en deux et y mettre des franges sur les quatre coins tel qu’il est plié, à moins qu’il ne soit entièrement cousu, fût-ce d’un seul côté.

18. Si un coin portant des franges se déchire à l’extérieur de [la surface de] trois doigts [sur trois du coin], il peut être recousu à sa place. [Si la déchirure est] à l’intérieur [la surface de] trois [doigts sur trois du coin], il ne doit pas être recousu. Si la partie du vêtement située entre [le trou où sont insérés] les fils des franges et le bord du tissu diminue [si bien que les fils ne trouvent à une distance inférieure à la phalange du pouce du bord du vêtement], même s’il ne reste qu’une quelconque [surface de] tissu [autour du trou], cela est valide. De même, si [la longueur] des fils des franges est réduite, même s’il n’en reste que [la longueur] suffisante pour [nouer] une boucle, cela est valide. Mais si ne serait-ce qu’un seul fil se rompt à sa base, cela est invalide.
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