Lois relatives aux téfiline, à la mezouza et au séfer Thora · Chapitre 4
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 81 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. [La téfila] du bras, on l’attache sur [le bras] gauche, au niveau du biceps, qui est la chair proéminente sur le bras entre l’épaule et le coude. Ainsi, lorsque l’on joint le bras aux côtes, la téfila [du bras] se trouve face au cœur, pour accomplir [le verset (Deut. 6, 6) :] « ces paroles seront sur ton cœur ».
3. Celui qui met la téfila du bras sur sa paume ou [la téfila] de la tête sur son front [pour accomplir littéralement les expressions « sur ta main » et « entre tes yeux »] suit la pratique des saducéens [et n’est pas quitte de son obligation]. Celui qui confectionne sa téfila ronde comme une noix [n’accomplit] aucunement la mitsva. Un gaucher pose la téfila [du bras] sur son [bras] droit, qui est son [côté] gauche [c’est-à-dire son bras « faible »]. S’il est ambidextre, il pose [la téfila du bras] sur son [bras] gauche, qui est le [bras] gauche [c’est-à-dire le bras faible] pour tout le monde. C’est par tradition orale que les Sages ont appris l’emplacement où est attachée la téfila [du bras] et où est posée [la téfila de la tête].
4. [L’absence de] la téfila de la tête n’empêche pas [de mettre] celle du bras, ni [l’absence de] celle du bras n’empêche-t-elle [de porter] celle de la tête, car ce sont deux commandements distincts. Quelle bénédiction récite-t-on ? Sur [la téfila] de la tête, on récite la bénédiction : « […] Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a enjoints au sujet du commandement des téfiline », et sur [la téfila] du bras, on récite la bénédiction : « […] Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de mettre les téfiline ».
5. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Si l’on met l’une d’elles. Mais si l’on met les deux, on récite une seule bénédiction, qui est : « […] de mettre les téfiline » ; on attache [alors] la [téfila] du bras, puis on pose celle de la tête. Et lorsque l’on retire [les téfiline], on retire celle de la tête, et ensuite celle du bras.
6. Celui qui a récité la bénédiction « […] de mettre les téfiline » et a attaché la téfila du bras n’a pas le droit de parler, même [s’il s’agit] de rendre le salut à son maître, avant d’avoir mis [la téfila] de la tête. S’il a parlé, cela est une faute, et il doit réciter la seconde bénédiction : « […] au sujet du commandement des téfiline » avant de mettre [la téfila] de la tête.
7. À chaque fois que l’on met les téfiline, on récite la bénédiction, même si on les enlève et les remet plusieurs fois dans la journée. Pour tous les commandements, on récite la bénédiction avant leur accomplissement. C’est pourquoi, il faut réciter la bénédiction sur la téfila du bras après l’avoir posée sur le muscle, avant de l’attacher, car le fait de l’attacher constitue l’accomplissement [du commandement].
8. Lorsque l’on enlève ses téfiline pour les ranger dans un contenant [sac], il ne faut pas mettre [la téfila] du bras en dessous et celle de la tête au-dessus. En effet, [si elles sont disposées de cette manière, on est obligé,] lorsqu’on désire les mettre, d’ignorer [la téfila] de la tête que l’on trouve en premier pour prendre celle du bras, car celle de la tête ne doit pas être mise avant celle du bras. Or, il est défendu à un homme de laisser passer une mitsva pour en [accomplir] une autre ; [au contraire] il faut s’occuper de la première mitsva qui se présente à soi. C’est pourquoi, il faut donc placer la [téfila] du bras au-dessus, afin de la trouver en premier [en ouvrant le sac] et de mettre [les téfiline] dans l’ordre.
9. Un contenant désigné pour y mettre les téfiline et dans lequel elles ont été [effectivement] rangées, devient saint, et il est défendu d’en faire un usage profane. Si le contenant a été destiné [à cet effet], mais que les téfiline n’y ont pas [encore] été rangées, ou si les téfiline [y] ont été rangées de manière temporaire, sans que le contenant y ait été destiné, il ne devient pas saint et reste profane, comme auparavant. Il est défendu de suspendre les téfiline par la lanière ou par la téfila elle-même. Mais on peut suspendre le sac dans lequel sont rangées les téfiline.
10. Le temps de la pose des téfiline est le jour et non la nuit, comme il est dit (Ex. 13, 10) : « [Tu observeras ce décret en son temps,] de jours en jours » ; ce décret est le commandement des téfiline. De même, les chabbats et les jours de fête ne sont pas le temps [du commandement] des téfiline, comme il est dit (ibid. 13, 9) : « elles seront en signe » ; or, le chabbat et les jours de fête sont eux-mêmes un signe. Et à partir de quand peut-on mettre [les téfiline] ? Dès [l’heure du matin où] l’on peut reconnaître un ami [quelque peu familier] en le voyant à une distance de quatre coudées et jusqu’au coucher du soleil.
11. Celui qui, ayant mis les téfiline avant le coucher du soleil, a vu la nuit tomber, a le droit de [continuer à] les porter même toute la nuit. [Néanmoins,] on ne donne pas une telle directive au public ; au contraire, on enseigne à tous qu’il ne faut non pas porter les téfiline la nuit, mais les enlever avant le coucher du soleil. Quiconque met a priori les téfiline après le coucher du soleil transgresse une interdiction, comme il est dit (ibid. 10) : « Tu observeras ce décret… de jours en jours ».
12. Si, alors que l’on s’en vient sur la route [avec] ses téfiline sur la tête, le soleil se couche, [marquant] la sanctification [c’est-à-dire le commencement] du jour [du chabbat], on pose la main sur [les téfiline pour que personne ne les voie] jusqu’à ce que l’on arrive chez soi et on [les] retire [alors]. Si le jour [du chabbat] est sanctifié alors que l’on est assis à la maison d’étude [dans les champs en dehors de la ville, qui n’est pas un lieu sûr, avec] ses téfiline sur la tête, on pose la main dessus jusqu’à ce que l’on arrive chez soi et on [les] retire. Et s’il y a une maison proche du mur [de la ville] où elles peuvent être gardées, on les y dépose. Si l’on n’a pas enlevé ses téfiline avant le coucher du soleil, parce qu’on n’avait pas d’endroit où les garder, il est permis de les laisser sur soi pour les garder [et on donne une telle directive en public].
13. Quiconque est exempt de la lecture du Chéma est exempt des téfiline. Un enfant qui sait garder ses téfiline [sans émettre de gaz, sans s’endormir et sans entrer aux toilettes avec], son père lui achète des téfiline pour l’initier aux commandements. Celui qui a des problèmes intestinaux, ou quiconque ne pouvant se retenir qu’avec difficulté, est exempt [du commandement] des téfiline. Toutes les personnes impures ont [en revanche] l’obligation [de porter] les téfiline comme les personnes pures. Celui qui souffre, et celui qui n’a pas l’esprit tranquille sont exempts des téfiline, car celui qui met les téfiline n’a pas le droit d’en distraire son attention. Les cohanim au moment du service, les lévites lorsqu’ils récitent le cantique sur l’estrade et les israélites ordinaires lorsqu’ils se tiennent dans le Temple [comme émissaires du peuple juif pour assister au sacrifice quotidien] sont exempts de la prière et des téfiline.
14. Un homme a l’obligation de palper ses téfiline [de temps en temps] tant qu’elles sont sur lui, afin de ne pas en distraire son attention, ne serait-ce qu’un instant. En effet, leur sainteté est supérieure à celle de la plaque frontale [portée par le grand prêtre dans le Temple], puisque la plaque frontale ne comportait qu’une seule [mention du] Nom [de D.ieu], alors que les téfiline de la tête comme celles du bras comprennent vingt et une [mentions du] Nom Youd-Ké [du Tétragramme].
15. Les téfiline nécessitent un corps propre, [c’est-à-dire qu’]il faut prêter attention à ne pas émettre de gaz tout le temps qu’on les porte. C’est pourquoi, il est défendu de dormir en les portant ni pour un long sommeil, ni pour un petit somme. [Toutefois,] si l’on place un mouchoir sur les téfiline et qu’on n’ait pas son épouse avec soi, on peut faire un petit somme en les portant. Comment procède-t-on [pour ne pas être pris par un profond sommeil] ? On met sa tête entre les genoux et l’on dort assis.
16. Si l’on a les téfiline enroulées sur la main [de manière à ce qu’elles ne puissent pas tomber], il est permis de dormir ainsi, même un long sommeil [puisqu’on ne les porte pas sur soi]. On ne peut prendre qu’une légère collation en portant les téfiline. Mais si l’on entre pour [prendre] un [véritable] repas, on les enlève et on les pose sur la table jusqu’aux ablutions des mains [à la fin du repas]. Puis, on les remet et on récite les actions de grâce pour le repas en les portant.
17. Si l’on [ressent le] besoin d’[aller aux] toilettes alors que l’on porte les téfiline, on ne doit pas, en entrant, poser les téfiline dans les trous [de la clôture du champ] à côté du domaine public, de crainte qu’elles ne soient prises par des passants. Comment faut-il [alors] procéder ? Même si l’on doit [simplement] uriner, on enlève les téfiline à une distance de quatre coudées [des latrines] ; on les enroule dans son vêtement à la manière d’un rouleau de la Thora, et on les tient de la [main] droite contre le cœur, tout en prenant garde à ce que la lanière ne dépasse pas d’un téfa’h sous la main. On entre [alors] pour faire ses besoins et, lorsque l’on sort, on s’éloigne de quatre coudées des latrines pour remettre les téfiline.
18. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Pour des latrines fixes où [l’on fait ses besoins assis et où] il n’y a pas d’éclaboussure. Mais dans un endroit de circonstance utilisé pour les [petits] besoins [où l’on urine debout, non assis], on ne doit pas entrer avec [les téfiline] enveloppées ; plutôt, on les enlève et on les donne à un autre pour les garder. Ce n’est que lorsque l’on s’assoit que l’urine peut être éliminée entièrement [sans crainte d’éclaboussure], même dans des latrines fixes. Et sur une terre meuble, [cela est possible] même [si l’on urine] debout. Si le sol est dur, il faut se tenir sur un endroit en pente [pour uriner] afin de ne pas être éclaboussé.
19. Si, alors que l’on porte les téfiline, on [ressent] le besoin d’[aller aux] toilettes vers le soir [juste avant la tombée de la nuit], et qu’il ne reste pas suffisamment de temps dans la journée pour remettre [les téfiline] après être sorti [des latrines], on ne doit pas y entrer avec [les téfiline] enroulées dans le vêtement, même [quand il s’agit d’]uriner dans des latrines fixes. Comment doit-on [alors] procéder ? On les enlève et on les met dans leur contenant si celui-ci comprend [un vide d’au moins] un téfa’h, ou bien dans un contenant qui n’est pas le leur [c'est-à-dire qui n’est pas destiné à cet effet], même s’il ne comprend pas [un vide d’]un téfa’h. On entre [dans les latrines] en tenant le contenant à la main. De même, si l’on doit [faire ses besoins] la nuit, on met les téfiline dans le contenant et on entre [dans les latrines] en tenant le contenant à la main.
20. Serait-on entré par oubli aux toilettes en portant les téfiline [commençant à faire ses besoins], on pose la main sur celles-ci jusqu’à la fin du premier jet [de selles ou d’urine] ; on sort [alors des latrines] et on les enlève, puis on y rentre [à nouveau] faire ses besoins. En effet, s’interrompre durant le premier jet de selles ou d’urine peut provoquer des maladies très dangereuses.
21. Aurait-on eu par oubli des rapports sexuels en portant les téfiline, il ne faut saisir ni la lanière, ni le cube même avant de s’être lavé les mains ; [c’est alors qu’]on les retire. En effet, les mains sont occupées [il est donc à craindre qu’on ait touché les parties génitales].
22. Celui qui entre dans un établissement de bains a le droit de mettre les téfiline à l’endroit où tout le monde est habillé. Là où certaines personnes se tiennent nues et d’autres habillées, on n’est pas [tenu] d’enlever ses téfiline, mais il ne faut pas les y mettre a priori. A l’endroit où les gens se tiennent nus, il faut enlever ses téfiline, et inutile de mentionner qu’il ne faut pas les [y] mettre.
23. Un homme ne doit pas marcher dans un cimetière avec ses téfiline sur la tête. Même dans les quatre coudées d’un cadavre ou d’une tombe, il faut enlever les téfiline, à moins de s’éloigner de quatre coudées. Un homme ne doit pas mettre les téfiline avant d’avoir couvert sa nudité et revêtu ses vêtements. Celui qui porte une charge sur la tête doit retirer ses téfiline de la tête jusqu’à ce qu’il enlève sa charge. Il est défendu de poser ne serait-ce qu’un mouchoir sur la tête quand on porte les téfiline. Mais l’on peut porter un turban sur les téfiline [et pareillement un chapeau, car il s’agit d’un vêtement porté ordinairement sur la tête, non d’une « charge »].
24. Il est défendu d’avoir des rapports sexuels dans une pièce où se trouvent des téfiline ou un rouleau de la Thora, tant qu’ils ne sont pas sortis [de la pièce] ou rangés dans un contenant lui-même placé dans un autre contenant non destiné spécifiquement à cet effet. Mais si le second contenant est destiné aux téfiline ou à un rouleau de la Thora, même dix contenants sont considérés comme un seul contenant. Si on les place dans un contenant à l’intérieur d’un [autre] contenant, il est permis de les poser sous sa tête, entre l’oreiller et le coussin, de manière à ce qu’ils ne soient pas face à sa tête, afin de les préserver [des voleurs ou des rats], même si son épouse se trouve avec soi dans le lit.
25. Grande est la sainteté des téfiline, car tout le temps que les téfiline sont sur la tête et sur le bras d’un homme, il est humble et a la crainte du Ciel ; il ne s’adonne pas à la raillerie et aux conversations futiles, et ne n’entretient pas de mauvaises pensées. Au contraire, il oriente son cœur vers les propos de vérité et la justice. C’est pourquoi, un homme doit s’efforcer de les avoir sur lui toute la journée, car telle est la mitsva. On dit de Rav, le disciple de Rabbénou Hakadoch, que, toute sa vie durant, on ne le vit jamais parcourir quatre coudées sans [réciter des paroles de] Thora, ni sans [être revêtu des] tsitsit et des téfiline.
26. Bien que la mitsva des téfiline soit de les porter toute la journée, l’on y est d’autant plus obligé à l’heure de la prière. Les Sages ont dit : « Quiconque lit le Chéma sans téfiline est considéré comme s’il portait un faux témoignage sur lui-même ». Quiconque ne met pas les téfiline transgresse huit commandements positifs, car dans chacun des quatre passages [introduits dans les Téfiline], [D.ieu nous] enjoint au sujet des téfiline de la tête et du bras. Quiconque a l’habitude [de porter] les téfiline prolonge ses jours, comme il est dit [Isaïe 38, 16] : [Ceux qui portent le Nom de] « D.ieu sur eux vivront ».
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