Lois relatives à la prière et à la bénédiction des cohanim · Chapitre 4
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 66 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. [On a cité] la pureté des mains ; comment cela ? On doit se laver les mains jusqu’à l’articulation [du poignet] avant de prier. Quand l’heure de la prière arrive alors que l’on est en chemin sans disposer d’eau, [la règle suivante est appliquée :] s’il y a de l’eau à une distance de quatre mils, soit huit mille coudées, on doit se rendre jusqu’au point d’eau, se laver [les mains], puis prier. Si l’eau se trouve à une distance supérieure à cela, on se nettoie les mains avec un caillou, de la poussière ou une poutre, et l’on prie.
3. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? [Si l’eau se trouve] en avant [sur son chemin]. Mais si le point d’eau se trouve derrière soi, on est tenu de revenir en arrière jusqu’à un mil seulement. Toutefois, si l’on a dépassé l’eau de plus [d’un mil], on n’a pas l’obligation de revenir [sur ses pas]. Plutôt, on se nettoie les mains et on prie. Dans quel cas dit-on que seules les mains doivent être purifiées pour la prière ? Pour les prières autres que la prière de cha’harit. En revanche, pour cha’harit, on se lave le visage, les mains et les pieds avant de prier. Et si l’on se trouve loin de l’eau, on se nettoie les mains seulement [avec une pierre ou de la poussière] avant de prier.
4. Toutes les personnes rituellement impures ne se lavent que les mains pour prier, comme les personnes pures. Bien qu’elles aient la possibilité de s’immerger [dans un bain rituel] et de se libérer [ainsi] de leur état d’impureté, l’[absence d’]immersion n’empêche pas [la prière]. Nous avons déjà expliqué que Ezra institua que seule une personne ayant eu une émission séminale ne puisse pas lire des paroles de Thora avant de s’être immergée. Le tribunal qui suivit institua [que cette mesure soit appliquée] pour la prière également, [c'est-à-dire] que seul le sujet ayant eu une émission séminale ne puisse pas prier avant de s’être immergé. Ce n’est pas pour [des questions] d’impureté et de pureté rituelles qu’ils prirent [cette décision], mais afin que les érudits ne soient pas auprès de leurs femmes comme des coqs. C’est pourquoi, ils instituèrent l’immersion uniquement pour le sujet ayant eu une émission séminale, l’excluant [ainsi du cas] des autres personnes impures.
5. Aussi disait-on à l’époque de ce décret que même un zav ayant eu une émission séminale, une [femme] nidda ayant rejeté de la matière séminale [dans les trois jours après des rapports] et une [femme] ayant vu le sang de menstruation après des rapports devaient s’immerger pour la lecture du Chéma et de même pour la prière, à cause de la matière séminale, bien qu’ils fussent [quoi qu’il en soit] impurs. Cela est logique, car cette immersion n’était pas motivée par [une exigence de] pureté, mais résultait du décret visant à ce que les érudits ne soient pas toujours auprès de leurs femmes. Cette institution pour la prière fut également annulée, car elle ne fut pas acceptée universellement par les juifs, la communauté n’étant pas capable de s’y conformer.
6. Il est une coutume répandue en Babylonie et en Espagne, [qui veut] qu’un sujet ayant eu une émission séminale ne prie qu’après avoir lavé tout son corps dans de l’eau, pour [accomplir les termes du verset (Amos 4, 12) :] « prépare-toi, ô Israël, à te présenter à ton D.ieu. » Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Dans le cas d’un [homme] en bonne santé ou d’un malade ayant eu des rapports. En revanche, un sujet malade qui a eu une émission séminale contre son gré est exempt de se laver, et la coutume n’a pas lieu. De même, il n’y a pas [pareille] coutume concernant un zav qui a eu une émission séminale ou une femme nidda qui a rejeté de la matière séminale, il n’y a pas de coutume. Plutôt, ils se nettoient et se lavent les mains avant de prier.
7. [Le deuxième facteur cité est] le recouvrement de la nudité ; comment cela ? Même si l’on a couvert sa nudité de la même manière que pour la lecture du Chéma, il ne faut pas prier avant de s’être couvert la poitrine. Si on ne s’est pas couvert la poitrine, ou que, malgré soi, on n’avait rien pour se couvrir la poitrine, dès lors que l’on a prié avec la nudité couverte, on est quitte. [Toutefois,] a priori, on ne doit agir [ainsi].
8. [Le troisième facteur est] la propreté de l’endroit où l’on prie ; comment cela ? On ne doit pas prier dans un endroit souillé, ni dans un établissement de bains, ni dans des latrines, ni dans un dépotoir, ni dans un endroit qui n’est pas présumé propre avant de l’avoir examiné. En règle générale : dans tout endroit où on ne peut pas réciter le Chéma, on ne peut pas [non plus] prier. Et de même que l’on doit s’éloigner des excréments, de l’urine, d’une mauvaise odeur, d’un mort et de la vision d’une nudité pour la lecture du Chéma, de même doit-on s’[en] éloigner pour la prière.
9. Celui qui prie, et trouve [ensuite] des excréments à sa place, étant donné qu’il a fauté en n’examinant pas [l’endroit « douteux »] avant de prier [cf. § précédent], doit recommencer la prière à un endroit propre. Si, au milieu de sa prière, il trouve des excréments face à lui, [la règle suivante est appliquée :] s’il peut marcher en avant de manière à laisser [les excréments] quatre coudées derrière lui, il le fait. Sinon, il se décale sur le côté. Et s’il ne peut pas, il s’interrompt. Les Sages les plus éminents ne priaient pas dans une maison où il y avait de la bière ou de la sauce de poisson en cours de fermentation, à cause de la mauvaise odeur [qui s’en dégage], bien que l’endroit fût propre.
10. [Quatrième facteur :] les choses qui dérangent ; quel est le cas ? Si l’on doit faire ses besoins, on ne doit pas prier. Qui prie alors qu’il doit faire ses besoins, sa prière est une abomination et il doit prier à nouveau après avoir fait ses besoins. [Toutefois,] s’il pouvait se retenir le temps de [marcher] une parsa, sa prière est [considérée comme] une prière. Néanmoins, a priori, il ne faut pas prier avant de s’être examiné convenablement. On vérifie ses conduits et l’on se débarrasse de ses expectorations ainsi que toute chose [susceptible de] troubler avant de prier.
11. Éructer, bailler ou éternuer volontairement pendant la prière est méprisable. Mais si l’on a examiné son corps avant de prier, et que cela est arrivé malgré soi, cela n’est rien. Si l’on a un crachat pendant la prière, on l’absorbe dans son châle ou dans son vêtement. Et si l’on en est incommodé, on le jette à la main derrière soi, afin de ne pas être incommodé et se trouver ainsi préoccupé pendant sa prière. Si l’on a une flatulence involontaire durant la prière, on doit attendre que l’odeur se dissipe avant de reprendre sa prière.
12. Si l’on a besoin d’émettre un gaz au point d’être très incommodé et de ne pouvoir se retenir, on recule de quatre coudées [pour émettre le gaz,] on attend que l’odeur se dissipe et on dit : « Maître du monde, Tu nous as créés avec des orifices et des canaux, notre humiliation et notre honte est dévoilée et connue devant Toi, honte et humiliation notre vie durant, vermine et putréfaction à notre mort ». [Puis,] on revient à sa place et l’on [continue de] prier.
13. Si, au milieu de sa prière, de l’urine coule sur ses genoux, on attend que l’écoulement cesse et l’on reprend [sa prière] à l’endroit où l’on s’est arrêté. Mais si l’on a attendu un temps qui aurait suffit pour terminer la prière, on doit [la] recommencer au début.
14. De même, celui qui urine doit attendre le temps nécessaire pour marcher quatre coudées avant de prier. Et après avoir prié, il faut [également] attendre le temps nécessaire pour marcher quatre coudées avant d’uriner, afin d’interrompre les paroles de prière de sa bouche.
15. [Le dernier des cinq facteurs est] l’orientation du cœur ; comment cela ? Toute prière récitée sans attention n’est pas une prière. Aurait-on prié sans attention, on doit prier à nouveau avec attention. Si l’on se trouve avoir l’esprit confus et le cœur préoccupé, il est défendu de prier avant d’être apaisé. C’est pourquoi, celui qui revient d’un voyage, fatigué ou tourmenté, n’a pas le droit de prier avant que son esprit ne se soit apaisé. Les Sages ont dit : « Qu’il attende trois jours jusqu’à ce qu’il se repose et que son esprit soit apaisé, et ensuite il priera ».
16. Quelle est l’attention [requise] ? Il faut libérer son cœur de toutes les pensées et considérer que l’on se tient devant la Présence Divine. Aussi faut-il s’asseoir un peu avant la prière, afin de concentrer son cœur, puis prier tranquillement avec supplications. Il ne faut pas traiter la prière à la manière de celui qui porte un fardeau, le jette et s’en va. Aussi faut-il s’asseoir un peu après la prière, avant de prendre congé. Les hommes pieux d’autrefois attendaient une heure avant la prière et une heure après la prière, et s’étendaient dans la prière pendant une heure.
17. Un homme ivre ne doit pas prier, parce qu’il n’est pas attentif. Aurait-il prié, sa prière est une abomination. Aussi devra-t-il prier à nouveau quand il aura dessoûlé. [Un homme] ayant bu ne doit pas prier. [Toutefois,] aurait-il prié, sa prière est [considérée comme] une prière [valable]. Qu’est-ce qu’un individu ivre ? Celui qui est incapable de parler devant un roi. [On désigne comme] ayant bu [et non comme ivre celui qui] peut parler devant un roi sans confusion. Néanmoins, dès lors qu’on a bu un révi’it de vin, on ne doit pas prier jusqu’à ce que [l’effet du] vin se soit estompé.
18. De même, on ne doit pas se lever pour prier sous l’effet de la plaisanterie, de la légèreté, d’une conversation [futile], d’une querelle ou de la colère, mais [uniquement] sous l’effet de propos de Thora. Ni [toutefois] sous l’effet d’un jugement ou d’un propos de halakha, bien qu’il s’agisse de propos de Thora, afin que son cœur ne soit pas préoccupé par la halakha. Plutôt, [on prie] sous l’effet de [l’étude de] propos de la Thora qui n’[exigent] pas une profonde réflexion, comme [l’étude des] lois [déjà] arrêtées.
19. Avant de se mettre à réciter des prières périodiques, comme la prière de Moussaf de Roch ‘Hodech et la prière des fêtes, il faut les préparer, afin de ne pas se tromper. Si l’heure de la prière arrive alors que l’on marche dans un lieu dangereux, comme un lieu [où vivent] des troupes de bêtes sauvages ou de bandits, on récite une seule bénédiction, qui est : « Les besoins de ton peuple Israël sont nombreux, et leur esprit est étroit. Que ce soit Ta volonté, ô Eternel notre D.ieu de dispenser à tout un chacun sa subsistance, et de combler le manque de chaque corps. Fais ce qui est bon à Tes yeux. Béni sois-Tu, Eternel, Qui écoute la prière ». On récite [cette bénédiction] en chemin, tout en marchant. Mais si on peut s’arrêter [pour la réciter], on le fait. Et lorsque l’on atteint un lieu habité et que son esprit est apaisé, on récite de nouveau une prière comme il se doit, avec dix-neuf bénédictions.
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