Lois relatives à la lecture du Chéma · Chapitre 1
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 59 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
1. Deux fois par jour, on doit faire la lecture du Chéma, le soir et le matin, ainsi qu’il est dit [Deut. 6, 7] : « à ton coucher et à ton lever » – à l’heure où les gens ont l’habitude de se coucher, c'est-à-dire la nuit, et à l’heure où les gens ont l’habitude de se lever, c'est-à-dire le jour.
2. Que doit-on lire ? Les trois sections qui sont Chéma, Véhaya im chamoa et Vayomer. Le passage Chéma est lu en premier, car il y est fait mention de l’unité de D.ieu, de l’amour qui Lui est dû, et de l’étude [de Sa Tora], qui est le principe fondamental duquel tout dépend. Après [le passage Chéma, on lit] Véhaya im Chamoa, où il est fait mention de l’injonction relative à tous les autres commandements, et enfin le paragraphe des tsitsit [Vayomer], qui comprend également l’injonction relative au souvenir de tous les commandements.
3. Bien que le commandement des tsitsit n’ait pas cours la nuit, on lit [le paragraphe relatif à cette obligation] la nuit parce qu’il comprend [également] le souvenir de la sortie d’Égypte ; or, c’est un commandement que d’évoquer la sortie d’Égypte le jour et la nuit, ainsi qu’il est dit [Deut. 16, 3] : « pour que tu te souviennes du jour où tu es sorti d’Égypte tous les jours de ta vie ». La lecture de ces trois passages dans l’ordre mentionné est ce qu’on appelle la « lecture du Chéma ».
4. Celui qui fait la lecture du Chéma doit dire, à voix basse, quand il termine le premier verset : « Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à tout jamais ». Puis, il reprend la lecture [du premier passage] normalement : « Tu aimeras l’Eternel ton D.ieu, etc. » jusqu’à la fin. Pourquoi lit-on de cette façon [en incluant le verset : « Béni soit… »] ? Nous avons une tradition selon laquelle lorsque Jacob notre père rassembla ses enfants en Égypte, au moment de sa mort, il les exhorta et les encouragea au sujet de l’unité de D.ieu et de la voie de D.ieu suivie par Abraham et Isaac son père. Il les interrogea ainsi : « Mes fils ! Peut-être se trouve-t-il parmi vous quelque défaillant ; l’un [d’entre vous] ne me suit-il peut-être pas [en ce qui concerne] l’unité de D.ieu ? », dans le même esprit que ce que nous dit Moïse [Deut. 29, 17] : « Peut-être y a-t-il parmi vous un homme ou une femme…dont le cœur se détourne aujourd’hui de l’Eternel notre D.ieu ? ». Tous répondirent : « Écoute, Israël, l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un », c’est à dire « Écoute-nous, ô notre père, Israël, l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un ». L’ancien s’exclama : « Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à tout jamais ». C’est pourquoi, tous les juifs ont coutume de dire après ce verset la louange exprimée par Israël l’ancien.
5. Celui qui fait la lecture du Chéma doit réciter des bénédictions avant et après celle-ci. Le jour, deux bénédictions sont récitées avant et une après, et la nuit, deux bénédictions avant et deux après.
6. La première bénédiction qui précède [la lecture du Chéma] le jour est : « Celui qui forme la lumière et crée l’obscurité… » et la seconde [bénédiction] est : « Tu nous as aimés d’un amour éternel ». La [bénédiction] qui fait suite est : « Il est vrai et certain ». Le soir, la première bénédiction qui précède [le Chéma] est : « Celui qui amène les soirées etc. » et la seconde est : « Tu as aimé d’un amour éternel la maison d’Israël, Ton peuple ». La première bénédiction qui fait suite [au Chéma] est : « Vérité et foi », et la seconde est : « Fais que nous nous couchions ».
7. La première bénédiction qui précède [le Chéma] le jour comme la nuit, doit être introduite et conclue par [la formule] Baroukh (« Béni sois-Tu… »). Quant aux autres bénédictions du Chéma, chacune d’entre elles est conclue par Baroukh, mais elles ne sont pas introduites par Baroukh. Ces bénédictions, ainsi que les autres bénédictions familières à tous les juifs, furent instituées par Ezra le scribe et son tribunal. Personne n’est en droit de les écourter, ni de les allonger. Là où ils instituèrent de conclure par [la formule] Baroukh, il n’est pas permis d’omettre [cette formule], et là où ils instituèrent de ne pas conclure par Baroukh, il n’est pas permis de conclure [ainsi]. Là où ils instituèrent de ne pas commencer par Baroukh, il n’est pas permis de commencer [ainsi]. Là où ils instituèrent de commencer par Baroukh, il n’est pas permis d’omettre [cette formule]. En règle générale, quiconque s’écarte de la formulation instituée par les Sages pour les bénédictions est dans l’erreur et doit réciter de nouveau la bénédiction concernée comme il se doit. Quiconque ne dit pas [la bénédiction] « Vérité et certain » le matin ou « Vérité et foi… » le soir n’est pas quitte de son obligation.
8. Aurait-on fait précéder la seconde bénédiction à la première, que ce soit le jour ou la nuit, avant ou après [le Chéma], on est quitte [de son obligation], car il n’est pas d’ordre [absolu] dans les bénédictions. Si l’on a commencé par « Celui qui forme la lumière » [introduction à la première bénédiction du matin] et conclu par « Celui qui amène les soirées » [conclusion de la première bénédiction du soir] dans l’office du matin, on n’est pas quitte. Si l’on a commencé par « Celui qui amène les soirées » [introduction du soir] et conclu par « Celui qui forme la lumière » [conclusion du matin : « Qui forme les luminaires »] dans l’office du soir, on n’est pas quitte. [Toutefois,] si l’on a commencé par « Celui qui forme la lumière » et conclu par « Celui qui amène les soirées » [dans l’office du soir], on est quitte, car toutes les bénédictions sont régies par leur conclusion.
9. Quelle est l’heure de la lecture du Chéma du soir ? La mitsva [court] de la sortie des étoiles jusqu’à la moitié de la nuit. Aurait-on transgressé en dépassant [cette heure], et lu [le Chéma] avant l’aube, on est [tout de même] quitte de son obligation. [En effet,] les Sages ont dit [que le Chéma peut être lu] jusqu’à la moitié [de la nuit] à la seule fin d’éloigner l’homme d’une faute [par négligence].
10. Celui qui fait la lecture du Chéma du soir après l’aube, avant le lever du soleil n’est pas quitte de son obligation, à moins qu’il n’ait été dans un cas de force majeure, par exemple [s’il était] ivre ou malade, ou dans une situation similaire. Le [sujet] qui, dans un cas de force majeure, lit [le Chéma] à ce moment [entre l’aube et le lever du soleil] ne récite pas [la bénédiction] « Fais que nous nous couchions ».
11. Et quelle est l’heure [propre à la lecture du Chéma] durant la journée ? La mitsva est de commencer à lire [le Chéma] avant le lever du soleil pour conclure la lecture et réciter la dernière bénédiction avec le lever du soleil. Cette mesure [de temps] correspond environ à un dixième d’heure avant le lever du soleil. Si l’on s’est attardé et que l’on a lu le Chéma après le lever du soleil, on est quitte de son obligation, car le temps du Chéma [se prolonge] jusqu’à la fin de la troisième heure de la journée pour celui qui aurait transgressé et se serait attardé.
12. Celui qui s’est avancé et a lu le Chéma du matin après l’aube, même s’il a terminé [la lecture] avant le lever du soleil, est quitte de son obligation. En cas de difficulté, par exemple si l’on doit prendre tôt la route, on peut lire [le Chéma] a priori depuis l’aube.
13. Celui qui lit [le Chéma] après les trois [premières] heures de la journée, même s’il a été dans un cas de force majeure, n’est pas quitte de l’obligation de lire le Chéma en son temps ; il est considéré comme lisant [simplement un passage de] la Thora. On peut réciter les bénédictions qui précèdent et suivent le Chéma toute la journée, même si l’on a tardé et lu [le Chéma] après les trois [premières] heures.
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