Lois relatives à la repentance · Chapitre 8
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 56 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Dans le monde futur, il n’y a ni corps, ni matière, mais uniquement les âmes des justes, sans corps, comme les anges de service. Etant donné qu’il n’y a point de matière, il n’y a ni manger, ni boire, ni aucune des choses dont les corps mortels ont besoin en ce monde n’existeront plus. Aucun des phénomènes corporels qui existent en ce monde, comme la position assise, la position debout, le sommeil, la mort, la tristesse, la plaisanterie, et ce qui est semblable, n’existera. Voici ce que les sages ont dit : « Dans le monde futur, il n’y a ni manger, ni boire, ni relation conjugale ; plutôt, les justes seront assis avec leurs couronnes sur la tête et ils profiteront du rayonnement de la Présence Divine. Tu apprends donc qu’il n’y a point de corps puisqu’il n’y a ni manger ni boire. Et ce que les Sages ont dit : « les justes seront assis » [ce qui est un phénomène corporel] est [en fait] une allégorie, qui signifie que les justes s’y trouveront sans peine et sans effort. De même, ce qu’ils ont dit : « leurs couronnes sur la tête » [est une allégorie qui] signifie que la connaissance qu’ils ont eue et grâce à laquelle ils auront mérité le monde futur les y accompagnera. Elle sera leur couronne, dans le même esprit que ce que dit [le roi] Salomon (Cantique des cantiques 3, 11) : « orné de la couronne dont le ceignit sa mère ». [Preuve en est] ce qui est dit (Isaïe 51, 11) : « une joie perpétuelle couronnant leur tête » ; or, la joie n’est pas un corps pour être posée sur la tête, de même, la « couronne » à laquelle les Sages ont fait ici référence est la connaissance. Quel est le sens de ce qu’ils ont dit : « et profitent du rayonnement de la Présence Divine » ? Cela veut dire qu’ils connaîtront et percevront de la réalité [de l’existence] du Saint Béni soit-Il, ce qu’ils ne peuvent saisir incorporés d’un corps obscur et bas.
3. L’âme dont il est question dans ce contexte n’est pas l’âme [sensitive] qui a besoin du corps. C’est la « forme de l’âme », c’est-à-dire l’Intelligence, qui [en ce monde] a acquis une certaine connaissance du Créateur selon son aptitude et qui a acquis une connaissance des Intelligences dépourvues [de matière, c’est-à-dire les anges] et des autres œuvres [de D.ieu]. C’est la « forme » que nous avons définie au chapitre quatre des lois relatives aux fondements de la Thora, qui est appelée néfesh dans ce contexte. Cette vie, étant donné qu’elle est dépourvue de mort – car la mort n’est qu’un phénomène corporel et il n’y aura point de corps – est appelée : « le faisceau de la vie », comme il est dit (1 Samuel 25, 29) : « l’âme de mon maître restera liée au faisceau de la vie ». Cette récompense est la plus haute qui soit, le bien après lequel il n’existe aucun autre bien, c’est à elle que tous les prophètes ont aspiré.
4. Plusieurs noms lui ont été donnés allégoriquement : « la montagne de D.ieu » (Psaumes 24, 3), « Son Saint lieu » (ibid.), « la chemin de sainteté » (Isaïe 35, 8), « les parvis de D.ieu » (Psaumes 92, 14), « l’agrément de D.ieu » (ibid. 27, 14), « la tente de D.ieu » (ibid. 15, 1), « le palais de D.ieu » (ibid. 5, 8), « la maison de D.ieu » (ibid.), « la porte de D.ieu » (ibid. 118, 20). Les Sages ont allégoriquement nommé ce bien apprêté pour les justes le « repas » ; généralement, il est appelé le « monde futur ».
5. La plus grande punition possible est que l’âme soit retranchée, et ne mérite pas cette vie, comme il est dit (Nomb. 15, 31) : « cette âme sera certainement retranchée ; elle portera sa faute ». C’est la perdition, ce que les Prophètes appellent allégoriquement « le puits de la destruction », « la perdition », « Tofet », « la sangsue ». Toutes les expressions d’anéantissement et de destruction lui sont appliquées, car c’est l’annihilation qui n’a point de renaissance, la perte qui est irrémédiable.
6. Peut-être considéreras-tu ce Bien avec légèreté, [peut-être] penseras-tu que la récompense pour les commandements et pour l’intégrité de l’homme dans les voies de la vérité ne devrait consister que dans le fait de manger et boire de délicieux aliments, d’avoir des rapports charnels avec de belles créatures, de porter des vêtements de lin et de broderie, d’habiter dans des tentes d’ivoire en se servant d’objets d’argent et d’or, ou ce qui est semblable, comme l’imaginent les arabes stupides et avilis, plongés dans la luxure. Mais les sages et les êtres doués d’intelligence savent que toutes ces choses ne sont que vanité, et d’aucune utilité. Si elles sont considérées pour nous comme un grand bien en ce monde, c’est parce que nous sommes faits d’un corps et de matière. Toutes ces choses-là sont des besoins du corps et l’âme n’y aspire qu’en raison du besoin du corps, afin qu’il satisfasse son désir demeure sain. Mais lorsqu’il n’y aura plus de corps, toutes ces choses disparaîtront. Cet immense Bien que l’âme connaîtra dans le monde futur, il n’est aucun moyen de le saisir et de le connaître, car nous ne connaissons en ce monde que le bien du corps, auquel nous aspirons. Mais ce Bien est immensément plus grand, et ne peut nullement être comparé aux biens de ce monde si ce n’est par métaphore. Mais d’une manière vraie, comparer ce Bien de l’âme dans le monde futur aux bienfaits [dont jouit] le corps en ce monde dans la nourriture et le festin est impossible : ce Bien est si grand qu’il ne peut être sondé et n’a aucune commune mesure [avec les bienfaits corporels]. C’est ce que dit [le roi] David (Psaumes 31, 20) : « Ah ! Qu’il est grand, Ton bien que Tu tiens en réserve pour ceux qui Te craignent… »
7. Ô combien David désira-t-il le monde futur, comme il est dit (Psaumes 27, 13) : « Ah, si je n’avais cru voir la bonté de D.ieu sur la terre des vivants ! ». Les Sages d’antan nous ont déjà avisés qu’il n’est pas en le pouvoir de l’homme de saisir pleinement le Bien du monde futur ; personne en dehors du Saint Béni soit-Il uniquement ne connaît sa grandeur, sa beauté, et son essence. Tous les bienfaits que les prophètes ont annoncés au peuple juif ne sont que des biens corporels dont les juifs jouiront à l’époque du Messie, lorsque la souveraineté sera restaurée au peuple juif. Mais le Bien du monde futur est sans aucune commune mesure, et les prophètes ne l’ont pas comparé, pour ne pas le diminuer par la comparaison. C’est là ce qu’Isaïe a dit (Isaïe 64, 3) : « Aucun œil n’a vu, ô D.ieu, excepté Toi, ce que Tu feras pour ceux qui T’attendent ». C’est-à-dire que le bien qu’aucun prophète n’a vu et que seul D.ieu a vu, c’est ce Bien que D.ieu a fait pour l’homme qui L’attend [et observe la Thora et les commandements]. Les Sages ont dit : « Tous les prophètes n’ont prophétisé, tous, que pour les jours messianiques, mais le Monde futur : Aucun œil n’a vu, ô D.ieu, excepté Toi ».
8. La raison pour laquelle les Sages ont appelé ce Bien « le Monde futur », ce n’est pas parce qu’il n’existe pas encore, de telle sorte que ce monde sera détruit après quoi viendra le Monde futur. Il n’en est pas ainsi ! Au contraire, le Monde futur existe et est d’ores et déjà prêt, comme il est dit (Psaumes 31, 20) : « que Tu tiens en réserve pour ceux qui Te craignent, que Tu as façonné… ». [En fait,] ils ne l’ont appelé « Monde futur » que parce que l’homme connaîtra cette vie [ultime] après la vie en ce monde-ci – dans lequel nous existons avec un corps et une âme – qui est la vie que tout homme connaît initialement.
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