Lois relatives à la repentance · Chapitre 5
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 53 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Qu’elle ne traverse pas ta pensée, [cette idée que se font] les sots des nations du monde et la plupart des esprits informes du peuple juif, quand ils disent que le Saint Béni soit-Il décrète depuis la création de l’homme s’il sera juste ou méchant. Il n’en est pas ainsi : tout homme est capable de devenir juste comme Moïse notre maître, ou méchant comme Jéroboam, sage ou sot, compatissant ou cruel, avare ou généreux, et ainsi de suite pour les autres dispositions morales. Personne ne le force, n’émet de décret, ni ne le tire dans l’un des deux chemins. C’est l’homme qui, de sa propre initiative, s’oriente vers le chemin qu’il désire. C’est ce que dit [le prophète] Jérémie (Lamentations 3, 38) : « De la bouche du Très-haut n’émane ni le mal, ni le bien », c’est-à-dire que le Créateur ne décrète ni que l’homme sera bon ni qu’il sera mauvais. Ainsi, c’est le pécheur qui cause sa propre perte. Il lui appartient donc de pleurer et de se lamenter sur ses fautes et le mal qu’il a causé à son âme. C’est le sens du verset suivant (ibid., 39) : « Pourquoi donc se plaindrait l’homme sa vie durant, l’homme chargé de péché ». Le prophète continue et dit ensuite que puisque nous possédons le libre arbitre, et que nous avons fait tout le mal de nous-mêmes, il nous sied de nous repentir et d’abandonner ce mal, car nous en avons le pouvoir. C’est le [sens du] verset suivant (ibid., 40) : « Examinons nos voies, scrutons-les et retournons à l’Eternel ».
3. C’est là un principe fondamental, qui est le pilier de la Thora et des commandements, comme il est dit (Deut. 30, 15) : « Vois, J’ai placé devant toi en ce jour la vie et le bien, la mort et le mal », et il est dit (ibid. 11, 26) : « Voyez, Je place devant vous en ce jour la bénédiction et la malédiction », cela veut dire que le pouvoir est entre vos mains. Et l’homme peut faire tout ce qu’il désire parmi les voies humaines, bien ou mal. C’est pour cette raison qu’il est dit (Deut. 5, 26) : « Ah ! S’ils pouvaient conserver en tout temps cette disposition [à Me craindre…] ». En d’autres termes, le Créateur ne force pas l’homme et ne décrète pas qu’il fasse le bien ou le mal : tout lui est confié.
4. Si D.ieu décrétait qu’un homme soit juste ou méchant, ou s’il y avait quelque chose de fondamentalement inné qui déterminait [sa conduite] vers l’un des chemins, vers une certaine conception, un certain trait de caractère, ou vers certains agissements, comme ces stupides astrologues le supposent dans leur imagination, comment D.ieu aurait-Il pu nous ordonner au moyen des prophètes : « Faites ceci », « Ne faites pas cela », « Corrigez vos voies », « Ne suivez pas votre perversité », alors qu’il a déjà été décrété [ce que l’homme serez] depuis sa naissance ou bien que sa nature innée l’attire vers quelque chose dont il ne pourra s’écarter ? Quelle place y aurait-il alors pour la Thora toute entière ? Et par quel jugement et quelle justice le méchant serait-il puni et le juste récompensé ? Le juge du monde entier ne ferait-Il pas justice ? Et ne t’étonne pas que l’homme puisse faire tout ce qu’il désire et que ses actes dépendent de lui, [en te posant la question :] se pourrait-il qu’il se produise quelque chose dans le monde sans l’autorisation du Créateur et sans Sa volonté ? Il est pourtant dit (Psaumes 135, 6) : « Tout ce qu’Il désire, D.ieu fit dans les cieux et la terre » ? Sache que tout se passe conformément à Son désir, bien que nous soyons libres de nos actes. Comment cela ? De même que le Créateur désire que le feu et le vent s’élèvent vers le haut, que l’eau et la terre soient portés vers le bas et que la sphère [céleste] tourne en rond, et que les autres créatures du monde suivent le régime qu’Il a désiré, de même désire-t-Il que l’homme possède le libre arbitre et soit libre de ses actes, et n’ait rien qui ne le force, ni ne l’attire. Plutôt, [l’homme,] de sa propre initiative et avec l’intelligence que D.ieu lui a donnée, peut faire tout ce qui est en la capacité de l’humain. Aussi est-il jugé selon ses actes : s’il a fait le bien, il est [traité avec] bienveillance. S’il a fait le mal, il est [traité] avec rigueur. C’est ce que dit le prophète (Malachie 1, 9) : « C’est votre main qui a agi de la sorte », « c’est qu’ils ont choisi leur propre chemin » (Isaïe 66, 3). A ce sujet, [le roi] Salomon dit (Ecclésiaste 11, 9) : « Réjouis-toi, jeune homme, dans ton jeune âge… sache seulement que D.ieu t’appellera en jugement pour tout cela », ce qui signifie : « Sache que tu possèdes la force de faire [ce que tu désires], mais que tu devras rendre des comptes ».
5. Peut-être diras-tu : « N’est-ce pas que D.ieu connaît les évènements futurs avant qu’ils n’aient lieu ? Savait-Il qu’untel serait un juste ou un méchant ou ne le savait-Il pas ? S’Il savait qu’il serait juste, il est impossible qu’il ne fût pas un juste ! Et si tu dis que [D.ieu] savait qu’il serait un juste mais qu’il fût possible qu’il soit un méchant, Il n’eut donc pas une connaissance parfaite de la chose ? Sache que la réponse à cette question est « plus étendue en longueur que la mer, plus vaste que l’océan ». Plusieurs principes fondamentaux et de hautes montagnes en dépendent, mais tu dois savoir et comprendre ce que je dis là : nous avons déjà expliqué dans le second chapitre des lois relatives aux fondements de la Thora que le Saint Béni soit-Il ne connaît pas par une connaissance qui est extérieure à lui-même, contrairement à l’homme, dont l’être et la connaissance forment deux [éléments distincts]. Mais Lui, que Son nom soit glorifié, et Sa connaissance, ne font qu’Un. L’esprit humain n’a pas le pouvoir de saisir clairement cette chose-là. De même que l’homme n’a pas le pouvoir d’appréhender et de saisir la réalité du Créateur, comme il est dit (Ex. 33, 20) : « car nul homme ne peut Me voir et vivre », de même n’a-t-il pas le pouvoir d’appréhender et de saisir Sa connaissance. C’est ce qu’a dit le prophète (Isaïe 55, 8) : « Car Mes pensées ne sont pas vos pensées, ni vos voies ne sont Mes voies ». Puisqu’il en est ainsi, il n’est pas en notre pouvoir de savoir comment le Saint Béni soit-Il connaît toutes les créatures et leurs actions. Mais nous saurons sans aucun doute que la conduite de l’homme est entre ses mains et que le Saint Béni soit-Il ne le tire pas [dans une voie particulière] et ne décrète pas qu’il agisse de telle ou telle manière. Ce n’est pas uniquement par acceptation de la religion que nous savons qu’il n’y a pas de prédestinée, mais [aussi] par des preuves évidentes des paroles de sagesse. C’est la raison pour laquelle il est dit dans la prophétie que l’homme est jugé pour ses actions selon ses actions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Ceci est le principe fondamental dont dépendent toutes les paroles prophétiques.
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