Lois relatives à la repentance · Chapitre 4
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 52 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Cinq autres [fautes] ferment les voies du repentir pour ceux qui en sont coupables. Ce sont : 1) celui qui se sépare de la communauté, parce que lorsque les juifs de la communauté se repentiront, il ne sera pas avec eux, et ne méritera pas de partager leur mérite, 2) celui qui contredit les paroles des sages, parce que sa controverse le conduit à s’écarter d’eux et ainsi il ignore les voies du repentir, 3) celui qui raille les mitsvot ; étant donné qu’il les considère avec mépris, il ne les recherche pas et ne les accomplit pas. [Or,] s’il ne les fait pas, en quoi sera-t-il méritant ? 4) celui qui méprise ses maîtres ; une telle [conduite] aura pour conséquence qu’il soit rejeté et chassé, comme [le fit le prophète Elisée avec] Gué’hazi. Et lorsqu’il sera chassé, il ne trouvera pas de maître et de guide pour lui indiquer le chemin de la vérité, 5) celui qui hait les réprimandes : cela ne lui laisse aucune voie pour le repentir. En effet, les réprimandes conduisent au le repentir, car lorsqu’on informe un homme de ses fautes et qu’il en éprouve de la honte, il se repent. Comme il est dit dans la Thora (Deut. 9, 7) : « Rappelle-toi, n’oublie jamais, combien tu as mécontenté l’Eternel, etc. », « vous avez été rebelles » (ibid.), « Mais l’Eternel ne vous a pas donné un cœur [pour savoir] » (ibid. 29, 3), « peuple insensé et peu sage » (ibid. 32, 6). De même Isaïe réprimanda-t-il Israël en disant : « Ô, nation pécheresse » (Isaïe 1, 4), « Un bœuf connaît son possesseur » (ibid., 3), « parce que je savais que tu es opiniâtre » (ibid. 48, 4). D.ieu lui a également ordonné de réprimander les pécheurs, comme il est dit (ibid. 58, 1) : « Crie à plein gosier, ne te ménage point ». Et de même tous les prophètes ont semoncé les juifs jusqu’à ce qu’ils se repentent. Aussi faut-il nommer dans chaque communauté juive un sage éminent, ancien et craignant D.ieu depuis son jeune âge, aimé de la communauté qui admonestera la communauté et l’exhortera au repentir. Quant à celui qui hait les réprimandes, il ne vient pas vers le prêcheur et n’écoute pas ses propos. Il persévérera donc dans ses fautes, qui sont à ses yeux comme des bonnes actions.
3. Cinq autres [fautes dont des fautes] sont telles que celui qui commet celles-ci ne pourra jamais pleinement se repentir, car ce sont des fautes commises envers autrui, et le pécheur ignore la victime [de ses actes] pour lui restituer [ce qu’il lui doit] ou lui demander pardon. Ce sont : a) celui qui maudit une collectivité et non un homme défini pour lui demander pardon, b) celui qui partage avec un voleur, car il ignore à qui appartient l’objet volé. En effet, le voleur vole plusieurs personnes et lui apporte [le produit du larcin], et lui fait du recel. De surcroît, il soutient ainsi le voleur et l’incite à fauter ; c) celui qui trouve un objet perdu, mais ne fait pas d’annonce qui permettrait de le restituer à son propriétaire. Après coup, quand il se repentira, il ne saura pas à qui le restituer ; d) celui qui se nourrit des biens saisis à un pauvre, un orphelin ou une veuve. Ces gens sont démunis et [de plus,] ils sont inconnus : ils s’exilent de ville en ville et personne n’est en mesure de les identifier pour qu’il sache à qui appartient ce gage et le restituer ; e) celui qui accepte un pot-de-vin pour faire pencher le jugement ignore à combien il a fait pencher [le jugement] et ignore quelles en sont les conséquences pour pouvoir restituer, car il y a un fondement [à son jugement]. De plus, il encourage celui [qui lui a donné le pot-de-vin] et le fait fauter.
4. Il y a cinq [fautes] dont on peut présumer que celui qui fait celles-ci ne se repentira pas, car ce sont des choses légères aux yeux de la majorité des gens ; ainsi, il fautera, en pensant que ce n’est pas une faute. Ce sont : a) celui qui prend part à un repas où la nourriture n’est pas suffisante pour le maître de maison. Ceci est de la « poussière de vol », et l’invité imagine ne pas avoir fauté, se disant : « Je n’ai jamais mangé qu’avec l’autorisation du maître de maison » ; b) celui qui fait usage du gage d’un pauvre. Le gage d’un pauvre est une hache ou un soc, et il se dit : « Ces objets ne s’usent pas, je ne l’ai donc pas volé » ; c) celui qui contemple des femmes qui lui sont interdites. Il imagine que cela ne porte pas à conséquence, car il se dit : « Ai-je eu des rapports avec elle ? Me suis-je approché d’elle ? », mais il ignore que le seul regard des yeux est une grave faute, car c’est cela qui provoque les rapports illicites, comme il est dit : « et vous ne vous égarerez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux » ; d) celui qui tire de l’honneur du mépris d’autrui se dit en son cœur que cela n’est pas une faute, car ce dernier n’est pas présent et n’a été pas humilié. Il a simplement comparé simplement ses bonnes actions et sa sagesse à celles de son prochain, afin de montrer à travers celles-ci qu’il est lui respectable et son prochain honteux ; e) celui qui soupçonne d’actes répréhensibles une personne innocente imagine que cela n’est pas une faute, car il se dit : « Que lui ai-je fait ? Ce n’est rien d’autre qu’un soupçon : peut-être a-t-il commis [pareils actes], peut-être n’a-t-il rien fait ? Et il ne sait pas que c’est une faute de considérer dans son esprit une personne honorable comme un pécheur.
5. Cinq [comportements] sont tels que celui qui les adopte sera toujours entraîné par ceux-ci et il [lui] sera difficile de s’en écarter. Aussi convient-il d’y prendre garde, afin de ne pas y adhérer, [car] ce sont tous de très mauvaises dispositions morales. Les voici : le colportage, la médisance, le fait d’être irascible, de nourrir de mauvaises pensées et de se joindre à un méchant car on apprend de ses actions et celles-ci s’impriment dans le cœur. C’est ce que [le roi] Salomon a dit (Proverbes 13, 20) : « fréquenter les sots, c’est devenir mauvais ». Nous avons déjà expliqué dans les lois relatives à la conduite morale les pratiques qu’un homme doit toujours adopter : a fortiori est-ce le cas pour le repentant.
6. Toutes ces actions et [actions] semblables, bien qu’elles fassent obstacle au repentir, elles ne l’empêchent pas. Plutôt, si l’homme se repentit [de pareilles fautes], il est un repentant et a part au monde futur.
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