Lois relatives à la repentance · Chapitre 3
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 51 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Un homme dont les fautes excèdent de mérites meurt immédiatement dans son iniquité, comme il est dit : « à cause de la multitude de tes méfaits ». De même, une ville dont les méfaits [des habitants excèdent leurs vertus] périt immédiatement, comme il est dit (Gen. 18, 20) : « Comme le décri de Sodome et Gomorrhe est grand ». Il en est de même du monde entier : si les fautes des hommes surpassent leurs mérites, ils sont immédiatement détruits, comme il est dit (Gen. 6, 5) : « l’Eternel vit que grands étaient les méfaits de l’homme ». Fautes et mérites ne sont pas balancés selon leur nombre, mais selon leur importance : il y a un mérite qui contrebalance plusieurs fautes, comme il est dit (1 Rois 14, 13) : « car en lui, se trouvait quelque chose de bien ». Et il y a une faute qui contrebalance plusieurs mérites, comme il est dit : « Mais un seul pécheur gâtera beaucoup de bien ». [Mérites et fautes] ne sont balancées que dans la science du D.ieu Connaissant qui Lui seul sait comment mesurer les mérites vis-à-vis des fautes.
3. Qui regrette les mitsvot qu’il a faites et déplore ses mérites, se disant en son cœur : « A quoi cela a-t-il servi que je fasse cela ? Il aurait mieux valu que je n’en fasse rien » perd tous ceux-ci, et aucun mérite ne lui sera rappelé. En effet, il est dit (Ezéchiel 33, 12) : « La vertu du juste ne le préservera pas au jour de son péché », il n’est question ici que de celui qui regrette [ses bonnes actions] passées. De même que les mérites et les fautes d’un homme sont balancés à l’heure de la mort, de même chaque année, les fautes et les mérites de tout un chacun sont balancés lors de la fête de Roch Hachana : celui qui est trouvé juste est scellé pour la vie. Celui qui est trouvé méchant est scellé pour la mort. Et l’homme intermédiaire, [son jugement] est mis en suspens jusqu’au jour de Kippour : s’il se repent, il est scellé pour la vie. Sinon, il est scellé pour la mort.
4. Bien que la sonnerie du choffar le jour de Roch Hachana soit un décret de l’Ecriture, elle porte aussi un message. C’est comme si elle disait : « Réveillez-vous, dormeurs, de votre sommeil, et vous qui sommeillez profondément levez-vous, de votre léthargie ! Méditez vos actions, repentez-vous et souvenez-vous de votre Créateur ! Ceux qui oublient la vérité dans les vanités du temps et s’égarent toute l’année dans les futilités et le vide qui ne sont d’aucun intérêt et d’aucun salut, observez votre âme et amendez vos voies et vos actions ! Que chacun de vous abandonne ses mauvais chemins et ses mauvaises pensées ! » C’est pourquoi, chaque homme doit se considérer lui-même toute l’année comme aussi méritant que coupable et de même [considérer] le monde entier comme aussi méritant que coupable : [ainsi] s’il commet une faute, il fait pencher la balance pour lui-même et pour le monde entier du côté de la culpabilité et cause sa destruction. S’il accomplit une mitsva, il fait pencher la balance pour lui-même et pour le monde entier du côté du mérite et apporte ainsi pour lui-même et pour le monde salut et délivrance. Ainsi qu’il est dit : « Le juste est le fondement du monde », c’est celui qui, agissant avec justice, fait pencher la balance pour le monde entier du côté du mérite et le sauve. C’est pour cette raison qu’il est devenu l’usage de toute la maison d’Israël de multiplier la charité et les bonnes actions, et de se consacrer aux mitsvot depuis Roch Hachana jusqu’au jour de Kippour plus que tout le restant de l’année. Tous ont pris l’habitude de se lever quand il fait encore nuit durant ces dix jours pour prier à la synagogue [en adressant] de ferventes supplications jusqu’à l’aube.
5. Lorsque les fautes d’un homme sont balancées avec ses mérites, ni la première ni la seconde fois qu’il a commis une faute ne sont prises en compte : [on compte] à partir de la troisième fois et au-delà. S’il se trouve que ses fautes à compter de la troisième et au-delà excèdent ses mérites, ces deux [premières] fautes s’additionnent [aux autres] et il est jugé sur le tout. Et si ses mérites contrebalancent ses fautes à compter de la troisième, on lui fait grâce de toutes ses fautes une à une. Car la troisième [faute] est [désormais] considérée comme première, puisque les deux [premières] ont été pardonnées. De même, la quatrième est considérée comme première, dès lors que la troisième a été pardonnée ; et ainsi de suite jusqu’à la fin. De quel cas cela parle-t-on ? D’un particulier, comme il est dit (Job 33, 29) : « Voyez, tout cela, D.ieu le fait deux ou trois fois en faveur de l’homme ». En revanche, quand il est question d’une communauté, la première, la seconde et la troisième fautes sont suspendues, comme il est dit : « Pour trois [fautes J’aurais détourné les yeux, mais à cause] des quatre fautes d’Israël, Je ne leur pardonnerai pas ». Et lorsqu’on fait le décompte [de leurs mérites et de leurs fautes] selon la manière indiquée, on compte à partir de la quatrième [faute]. [Toutefois,] si un homme intermédiaire compte parmi sa moitié de fautes le fait de ne jamais avoir porté les téfiline, il est puni selon ses fautes, mais aura part au monde futur. De même, tous les méchants dont les fautes sont plus nombreuses [que les mérites] sont punis selon leurs fautes, mais ils ont part au monde futur. Car tous les juifs ont part au monde futur, même s’ils ont fauté, comme il est dit (Isaïe 60, 21) : « Et ton peuple n’est composé que de justes, qui hériteront de la terre à jamais ». La « terre » est ici une allégorie, qui représente « la terre de la vie », c'est-à-dire le monde futur. De même, les pieux des nations du monde ont part au monde futur.
6. Tels sont ceux qui n’ont pas part au monde futur, qui sont retranchés et voués à la perdition, punis pour l’ampleur de leurs méfaits, éternellement : les minim, les apikorsim, ceux qui dénient la Thora, ceux qui dénient la résurrection des morts et la venue du libérateur, ceux qui se rebellent [autre version : les apostats], ceux qui font fauter la multitude, ceux qui s’écartent des voies de la communauté, celui qui commet des fautes la main haute et publiquement comme Jeoyakim, les délateurs, ceux qui jettent la crainte sur la communauté [pour des motifs personnels et] non pour le Nom du Ciel, les meurtriers, les médisants et celui qui étend son excroissance [pour paraître incirconcis].
7. Cinq [types d’individus] sont appelés minim : (a) celui qui dit qu’il n’y a pas de D.ieu et que le monde n’a pas de dirigeant, (b) celui qui dit qu’il y a un dirigeant, mais qu’ils sont deux ou plus, (c) celui qui dit qu’il y a un seul Maître, mais qu’il a un corps et une forme, (d) celui qui qu’Il n’est pas Lui seul l’Etre premier et Créateur de tout, (e) celui qui adore un astre, une constellation ou ce qui est semblable, pour servir d’intermédiaire entre lui et le Maître des mondes. Chacun de ces cinq [individus] est un mine.
8. Trois [types d’individus] sont appelés épikorsim : (a) celui qui dit que la prophétie n’existe absolument pas et qu’aucune savoir ne parvient du Créateur à l’esprit des hommes, (b) celui qui conteste la prophétie de Moïse notre maître, (c) celui qui dit que le Créateur n’a pas connaissance des agissements des hommes. Chacun de ces trois individus est un épikoros. Trois [types d’]individus dénient la Thora : (a) celui qui dit que la Thora n’est pas d’origine divine ; même un seul verset, voire un seul mot, s’il affirme que Moïse notre maître l’a dit de sa propre initiative, il est un épikoros ; (b) celui qui dénie son interprétation c’est-à-dire la Loi Orale, ou contestent ceux qui l’enseignent, à l’exemple de Tsadok et Baïtos, (c) celui qui dit que D.ieu a remplacé telle mitsva par une autre et que cette Thora a été abrogée, bien qu’elle fût d’origine divine : chacun de ces trois « dénie la Thora ».
9. Il y a deux sortes de renégats : le renégat au regard d’une faute donnée et le renégat par rapport à la Thora entière. Le renégat par rapport à une faute donnée est celui qui a pris l’habitude de commettre une certaine faute délibérément et manifestement, même si c’est une [faute] légère, comme porter [des vêtements constitués d’]une étoffe mixte de lin et de laine ou se raser les coins [de la chevelure], comme si pour lui ce commandement avait disparu. C’est un renégat par rapport à cette faute, à condition qu’il agisse par défi. Un renégat par rapport à la Thora entière est par exemple celui qui [abandonne la foi] pour embrasser la foi des gentils lorsqu’ils promulguent des décrets [arbitraires contre les juifs] et il s’attache à eux, disant : « Quel intérêt ai-je à m’attacher aux juifs qui sont humbles et persécutés, mieux vaut pour moi de m’attacher à ceux qui ont la main forte », celui-ci est un renégat par rapport à la Thora entière.
10. Ceux qui font fauter la collectivité : de quoi s’agit-il ? [Cela concerne] aussi bien celui qui a fait commettre une grave faute [à la collectivité], à l’exemple de Jéroboam, Tsadok, et Baïtos, que celui qui a fait commettre une faute légère [à la collectivité], fût-ce la négligence d’un commandement positif. [Et cela concerne] aussi bien celui qui qu’il force les autres à commettre une faute, comme Ménaché qui tuait les juifs pour qu’ils adorent des idoles, que celui qui trompe les autres et les dévoie.
11. Celui qui s’écarte des voies de la communauté, même s’il n’a pas commis de transgression, dès lors qu’il se sépare de la communauté d’Israël, ne pratique pas les commandements ensemble avec eux, ne prend pas part à leurs épreuves et ne se joint pas aux jeûnes communautaires, mais au contraire, suit sa propre voie comme quelqu’un qui vient d’ailleurs et qui n’appartient pas au peuple juif, il n’a pas part au monde futur. Celui qui commet des transgressions la main haute, comme Jéoyakim, qu’il ait commis des [fautes] légères ou graves, il n’a pas part au monde futur. Il est appelé : « celui qui fait front effrontément à la Thora », car il agit impudemment, ouvertement, sans avoir honte des paroles de la Thora.
12. Il y a deux [types de] dénonciateurs : celui qui livre un autre aux gentils pour le faire tuer ou pour le faire battre, et celui qui livre l’argent d’autrui à des gentils ou à un oppresseur, considéré comme un gentil. Tous deux n’ont pas part au monde futur.
13. Ceux qui inspirent la crainte à la communauté quand ce n’est pas pour le Nom du Ciel : c’est celui qui gouverne la communauté avec la force, si bien que les membres de la communauté le craignent et ont peur de lui, alors qu’il a pour seul objectif sa gloire personnelle et qu’aucun de ses désirs n’est pour l’honneur du Ciel. Tels sont par exemple les rois païens.
14. Ces vingt-quatre individus que nous venons d’énumérer, aucun d’entre eux, bien qu’il soit juif, n’a part au monde futur. Il y a d’autres fautes qui sont plus légères que celles-là ; mais néanmoins, les Sages ont dit que ceux qui s’y habituent n’ont pas part au monde futur. Il convient de s’en écarter et d’y prendre garde. Ce sont : (a) donner un surnom à autrui, (b) appeler autrui par son surnom, (c) faire rougir autrui publiquement, (d) acquérir de la considération par le déshonneur d’autrui, (e) mépriser les disciples des sages, (f) mépriser ses maîtres, (h) mépriser les fêtes, (i) profaner les offrandes. Dans quel cas dit-on qu’aucun de ces individus eux n’a de part dans le monde futur ? S’il meurt sans s’être repenti. Mais s’il s’est repentit de ses méfaits et meurt repenti, il a part au monde futur, car rien ne résiste au repentir. Même s’il renie l’existence de D.ieu toute sa vie durant et se repentit à la fin, il a part au monde futur, comme il est dit : « « Paix, paix, dit-il, pour qui s’est éloigné comme pour le plus proche ! Je le guérirait » ainsi parle l’Eternel ». Tous les scélérats, les renégats et leurs pairs, qui se sont repentis sont acceptés, qu’ils [se soient repentis] ouvertement ou en cachette. En effet, il est dit (Jérémie 3, 22) : « Revenez, ô enfants rebelles » [ce qui signifie que] bien qu’il soit encore rebelle, car il s’est repenti en secret et non ouvertement, son repentir est accepté.
Étudiez le Rambam quotidien dans Koulam
Le chapitre du jour du Michné Torah en français, avec rappels et suivi — gratuit, iOS & Android.
Télécharger Koulam