Lois relatives à la repentance · Chapitre 2
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 50 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. En quoi consiste le repentir ? Cela consiste pour le pécheur à abandonner sa faute, à l’extirper de sa pensée et à se résoudre en son cœur à ne jamais récidiver, comme il est dit : « Que le pervers abandonne sa voie, etc. ». De même doit-il regretter le passé, comme il est dit (Jérémie 31, 18) : « Après m’en être retourné, j’ai regretté ». Celui Qui connaît les secrets témoignera qu’il ne commettra plus jamais cette faute, comme il est dit (Osée 14, 4) : « et nous ne dirons plus « nos dieux » à l’œuvre de nos mains ». Il faut se confesser oralement et dire ces résolutions que l’on a prises en son cœur.
3. Qui se confesse oralement sans avoir pris en son cœur la ferme décision d’abandonner [la faute] ressemble à une personne qui s’immerge [dans un bain rituel pour se purifier] en tenant un reptile mort [source d’impureté] dans la main, l’immersion n’étant pas valable pour lui tant qu’il ne jette pas le reptile. De même est-il dit (Proverbes 28, 13) : « Qui reconnaît [ses péchés] et y renonce obtient miséricorde ». Et il faut expliciter la faute [dans la confession], comme il est dit : « Hélas, ce peuple est coupable d’un grand péché, ils se sont fait des dieux d’or ».
4. Parmi les chemins du repentir : que le repenti ne cesse d’implorer D.ieu dans les pleurs et les supplications, qu’il dispense la charité selon ses moyens, qu’il s’éloigne beaucoup de ce qui a été l’objet de sa faute, qu’il change son nom, comme pour dire : « Je suis quelqu’un d’autre, je ne suis pas l’homme qui a commis pareils actes », qu’il amende toute sa conduite vers le bien et le droit chemin, et qu’il s’exile. L’exil fait expiation des fautes, car il conduit l’homme à se soumettre, et à être modeste et humble.
5. Il est très louable pour le repenti de se confesser publiquement et de faire connaître aux autres ses fautes. Il leur révélera ainsi les fautes qu’il a commises envers son prochain et leur dira : « Certes, j’ai fauté envers untel en lui faisant ceci et cela. Aujourd’hui, je me repens et je regrette ». Quiconque se montre orgueilleux et ne publie pas [sa faute], dissimulant celle-ci, son repentir n’est pas complet, ainsi qu’il est dit (Proverbes 28, 13) : « Celui qui dissimule ses péchés ne réussira pas ». Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Pour les fautes commises envers autrui. En revanche, les fautes entre l’homme et l’Omniprésent n’ont pas besoin d’être exposées. [Au contraire,] c’est faire preuve d’effronterie que de révéler ses fautes. Plutôt, il faut se repentir devant D.ieu béni soit-Il en mentionnant ses fautes devant Lui et se confesser en public sans rien expliciter. C’est un bienfait pour l’homme que sa faute n’ait pas été révélée, comme il est dit (Psaumes 32, 1) : « Heureux celui dont les fautes sont remises, dont les péchés sont couverts ».
6. Bien qu’il soit toujours bénéfique de se repentir et de crier [vers D.ieu], c’est d’autant plus bénéfique durant les dix jours entre Roch Hachana et Kippour et [les supplications] sont acceptées immédiatement, comme il est dit (Isaïe 55, 6) : « Recherchez D.ieu quand Il est accessible ». De quoi parle-t-on ? D’un particulier. En revanche, s’agissant d’une communauté, à tout moment où la communauté se repent et crie [vers D.ieu] d’un cœur entier, elle est exaucée, comme il est dit (Deut. 4, 7) : « [Quel grand peuple a des divinités aussi proches] comme l’Eternel notre D.ieu l’est de nous à chaque fois que nous l’invoquons ».
7. Le jour de Kippour est un temps de techouva pour tous, pour un particulier comme pour la collectivité ; c’est l’achèvement du pardon pour Israël. C’est pourquoi, il incombe à tous de se repentir et de se confesser le jour de Kippour. La mitsva de la confession le jour de Kippour consiste à commencer la veille avant le repas [de séparation qui précède le jeûne], de crainte que l’on ne s’étouffe pendant le repas avant de se confesser. Et bien que l’on se soit confessé avant le repas, on se confesse de nouveau le soir durant la prière, puis de nouveau durant la prière du matin, durant la prière de Moussaf, durant la prière de l’après-midi et durant la prière de clôture (Néila). A quel endroit [de la prière] se confesse-t-on ? [Dans la prière] individuelle [on se confesse] après la Amida ; [dans la prière collective,] le ministre-officiant [accompagné par l’assemblée se confesse] au milieu de la Amida, à la quatrième bénédiction.
8. La prière de confession en usage dans toutes les communautés juives est : « En vérité, nous avons fauté, etc. » ; c’est là l’essentiel de la confession. Les fautes [que l’on a déjà] confessées lors de tel jour de Kippour, on les confessera [de nouveau à] un prochain jour de Kippour bien que l’on persévère dans le repentir. Car il est dit (Psaumes 51, 5) : « Car je reconnais mes fautes, et mon péché est toujours devant moi ».
9. Le repentir et le jour de Kippour ne font expiation que pour les fautes entre l’homme et D.ieu, par exemple, pour celui qui a mangé [un aliment] interdit, qui a eu des rapports interdits ou [qui a fait] quelque chose de semblable. En revanche, les fautes [commises] entre un homme et son prochain – comme le fait d’avoir blessé, d’avoir maudit ou d’avoir volé autrui ou [tout acte] semblable – ne sont pas pardonnées tant que l’on n’a pas payé à la victime ce qu’on lui doit [en réparation] et qu’on ne l’a pas apaisée. Même si on a lui restitué toute la somme qu’on lui doit, il faut l’apaiser et lui demander pardon. Même si l’on n’a contrarié autrui que verbalement, il faut l’apaiser et le solliciter jusqu’à ce qu’il pardonne. Si celui-ci n’accepte pas de pardonner, on fait venir une délégation de trois de ses amis et ils l’approchent et lui demandent [pardon]. S’il n’est pas satisfait, on recommence une seconde, puis une troisième fois. Et s’il ne veut [toujours] pas [pardonner], on peut abandonner et s’en aller, et celui qui n’a pas pardonné est fautif. [Mais s’il s’agit d’une offense à l’encontre de] son maître, on devra aller-venir même mille fois jusqu’à ce qu’il lui pardonne.
10. Un homme n’a pas le droit d’être cruel et de ne pas s’apaiser. Plutôt, il sera facile à apaiser et difficilement irritable. Et lorsque le pécheur lui demande pardon, il lui pardonnera d’un cœur entier et de bonne volonté. Même si l’autre lui a fait beaucoup de mal et lui a causé beaucoup de tort, il ne se vengera pas et ne gardera pas rancune. Telle est la conduite de la lignée d’Israël et leur cœur droit. Mais les païens incirconcis ne sont pas ainsi, et nourrissent une haine éternelle. De même est-il dit au sujet des Gabaonites, parce qu’ils ne pardonnèrent pas et ne furent pas apaisés (2 Samuel 21, 2) : « les Gabaonites ne faisaient pas partie des enfants d’Israël ».
11. Celui qui a fauté envers son prochain, si celui-ci meurt avant qu’il ne lui demande pardon, il fera venir dix personnes auprès de sa tombe et déclarera en leur présence : « J’ai fauté envers l’Eternel D.ieu d’Israël et envers cette personne en lui faisant ceci et cela ». Et s’il lui devait une somme d’argent, il la restituera à ses héritiers. S’il ne lui connaît pas d’héritiers, il déposera la somme au tribunal et il se confessera.
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