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Lois relatives à l'étude de la Thora · Chapitre 5

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 34 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

1. De même que l’on a le devoir d’honorer et de craindre son père, de même a-t-on le devoir d’honorer et de craindre son maître plus que son père. Car le père amène son fils à la vie dans ce monde, alors que son maître qui lui a enseigné la sagesse le conduit à la vie du monde futur. S’il voit un objet perdu par son père et un objet perdu par son maître, [l’objet perdu par] son maître a priorité. Si son père et son maître portent [chacun] une charge, il pose d’abord celle de son maître, puis celle de son père. Si son père et son maître sont retenus en captivité, il rachète [d’abord] son maître et ensuite son père. Mais si son père est un érudit, il rachète son père d’abord. De même, si son père est un érudit, même s’il n’est pas égal à son maître, il rend [d’abord] l’objet perdu par son père et ensuite l’objet perdu par son maître. Il n’est pas de plus grand honneur que l’honneur dû au maître, ni de plus grande crainte que la crainte due au maître. Les Sages ont dit : « Que la crainte de ton maître soit comme la crainte du Ciel ». C’est pourquoi, ils ont dit : « Quiconque défie [l’autorité de] son maître est considéré comme s’il défiait la Présence Divine, comme il est dit (Nomb. 26, 9) : « quand ils s’attaquèrent à l’Eternel ». Et quiconque se querelle avec son maître est considéré comme s’il se querellait avec la Présence Divine, comme il est dit (Nomb. 20, 13) : « où les enfants d’Israël se sont querellés avec l’Eternel, qui fit éclater Sa sainteté par elles ». Celui qui se plaint contre son maître est considéré comme s’il se plaignait contre la Présence Divine, comme il est dit (Ex. 16, 8) : « ce n’est pas nous qu’atteignent vos plaintes, mais l’Eternel ». Et quiconque pense du mal de son maître est considéré comme s’il pensait du mal la Présence Divine, comme il est dit (Nomb. 21, 5) : « le peuple parla contre D.ieu et Moïse ».

2. Qu’est-ce que celui qui défie [l’autorité de] son maître ? C’est celui qui fixe sa propre maison d’étude il siège et enseigne sans avoir l’autorisation de son maître et du vivant de ce dernier. Et ce, même si celui-ci se trouve dans une autre ville. Et il est toujours interdit de rendre une décision en présence de son maître ; quiconque rend une décision en présence de son maître est passible de mort.

3. S’il se trouve à une distance de douze milles de son maître et qu’un homme lui pose une question de loi, il a le droit de répondre. Et pour empêcher [la transgression] d’un interdit, il a le droit de donner une directive même en présence de son maître. Comment cela ? Par exemple, s’il voit quelqu’un faire quelque chose d’interdit, parce qu’il ignore l’interdiction ou parce qu’il est mauvais, il a le droit d’empêcher le contrevenant et de lui dire : « Cette chose-là est interdite ». [Cela,] même [s’il se trouve] devant son maître et bien qu’il n’ait pas reçu l’autorisation de ce dernier. Car partout où il y a profanation du Nom [de D.ieu], on ne se soucie pas de faire honneur au maître. Dans quel cas dit-on [que l’élève qui se trouve à une certaine distance de son maître peut répondre à une question qui lui est posée] ? Lorsque l’occasion se présente de manière fortuite. Mais s’établir [comme autorité] pour rendre des décisions en siégeant pour dire le droit à chacun qui le demande, même s’il est au bout du monde et son maître à l’autre bout, il lui est interdit de rendre des décisions jusqu’à la mort de son maître, à moins qu’il n’ait reçu l’autorisation de ce dernier.

4. Ce n’est pas n’importe quel élève qui, à la mort de son maître, a le droit de siéger et de rendre des décisions dans le domaine de Thora, mais seulement un disciple qui est parvenu [au niveau requis pour] rendre des décisions. Tout disciple qui n’est pas parvenu [au niveau requis pour] rendre des décisions et qui [néanmoins] rend des décisions est un sot, un méchant et un arrogant. A son sujet, il est dit (Proverbes 7, 26) : « Car nombreuses sont les victimes dont elle a causé la chute… ». Réciproquement, un sage qui est parvenu [au niveau requis pour] rendre des décisions et qui s’y refuse, celui-là accapare la Thora et place des embûches devant les aveugles. A son sujet, [la suite du verset] dit : « et ceux qu’elle a fait périr sont foule ». Ces élèves de moindre niveau qui n’ont pas acquis beaucoup de [connaissances dans la] Thora et cherchent à se grandir aux yeux des ignorants et des habitants de leur ville, en sautant [sur l’occasion] de siéger à la tête pour juger et rendre des décisions au sein du peuple juif, ce sont ceux-là qui répandent la dispute, eux qui détruisent le monde, éteignent la lumière de la Thora et dévastent la vigne du D.ieu des Armées. A leur sujet, [le roi] Salomon dit dans sa sagesse (Cantique des cantiques 2, 15) : « Attrapez-nous des renards, ces petits renards qui dévastent les vignes. »

5. Il est interdit à un disciple d’appeler son maître par son nom, même en son absence. Il ne mentionnera pas le nom de son maître en sa présence même s’il veut désigner quelqu’un d’autre qui porte le même nom que son maître, comme il ferait à l’égard du nom de son père. Il [appellera cette autre personne] par un autre nom, même si son père ou son maître sont déjà décédés. Cela, s’il s’agit d’un nom singulier, de telle sorte que quiconque entend [ce nom] sait qu’il s’agit d’untel. Il ne doit pas saluer son maître ou répondre à ses salutations à la manière de bons amis ; plutôt, il s’incline devant lui et lui dit, empreint de crainte et de respect : « Paix sur vous, mon maître » ; et si son maître l’a salué, il lui répond : « Paix sur vous, mon maître et mon guide ».

6. De même, il n’ôtera pas ses téfiline devant son maître et ne s’accoudera pas [devant lui] ; plutôt, il s’assiéra devant lui comme on s’assoit devant un roi. Il ne priera ni devant son maître ni derrière lui, ni à côté de lui. Inutile de dire qu’il lui est interdit de marcher à côté de son maître. Plutôt, il se tiendra à distance en arrière de son maître, sans être exactement derrière face à lui. Il n’entrera pas aux bains avec son maître, ne s’assiéra pas à la place de son maître, ne fera pas « pencher ses paroles » en sa présence et ne contredira pas ses paroles. Il ne s’assiéra pas devant son maître tant que celui-ci ne lui a pas dit : « Assieds-toi » et il ne se lèvera pas devant son maître tant que celui-ci ne lui a pas dit : « Lève-toi » ou tant qu’il n’a pas obtenu de lui la permission de se lever. Et lorsqu’il prendra congé de son maître, il ne lui donnera pas le dos, mais marchera à reculons en faisant face au maître.

7. On est tenu de se lever devant son maître dès qu’on l’aperçoit – aussi loin que ses yeux peuvent le voir – jusqu’à ce qu’il disparaisse [de son champ de vision] et qu’on ne voie plus sa silhouette, après quoi on pourra s’asseoir. Un homme a l’obligation de visiter son maître durant les fêtes.

8. On ne fait pas honneur à l’élève en présence de son maître, à moins que son maître lui-même ait l’habitude de lui faire honneur. Toutes les tâches qu’un esclave accomplit pour son maître sont accomplies par un disciple pour son maître. Et s’il se trouve dans un endroit où on ne le connaît pas et n’a pas ses téfiline et qu’il craint que les gens ne le prennent pour un esclave, il ne met pas les chaussures [à son maître] et ne lui ôte pas [les chaussures]. Quiconque empêche son disciple de le servir le prive de bonté et lui ôte la crainte du Ciel. Et tout disciple qui bafoue l’un des honneurs dus à son maître amène la Présence divine à se retirer du peuple juif.

9. S’il voit son maître transgresser les préceptes de la Thora, il lui dit : « Maître, vous nous avez appris telle et telle chose ». A chaque fois qu’il mentionne un enseignement en sa présence, il dit : « Voici ce que vous nous avez appris, maître ». Il ne doit pas mentionner un enseignement qu’il n’a pas entendu de son maître sans mentionner le nom de son auteur. Lorsque son maître meurt, il déchire tous ses vêtements jusqu’à ce qu’il découvre son cœur, et ne raccommode jamais [le vêtement déchiré]. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Pour son maître attitré, dont il a appris la plus grande partie de sa sagesse. En revanche, s’il n’a pas appris de lui la plus grande partie de sa sagesse, il est [considéré comme] un élève et collègue et n’est pas tenu de l’honorer par toutes ces marques d’honneur. Néanmoins [même dans ce cas], il se lève devant lui et déchire [ses vêtements] à sa mort de la même manière que pour tous les défunts [autres que son père et sa mère] dont il doit porter le deuil. Même s’il n’a appris de lui qu’une seule chose, petite ou grande, il se lève devant lui et déchire [ses vêtements] à sa mort.

10. Tout érudit qui a de bonnes qualités morales ne parle pas devant celui qui est plus grand que lui en sagesse, même s’il n’a rien appris de ce dernier.

11. Le maître attitré qui désire renoncer à l’honneur qui lui est dû concernant toutes ces marques [d’honneur susmentionnées] ou concernant l’une d’entre elles, vis-à-vis de tous ses disciples ou vis-à-vis de l’un d’eux, y est autorisé. Et même s’il a renoncé [à l’honneur qui lui est dû], le disciple est tenu de le respecter, même au moment où le maître y renonce.

12. De même que les disciples sont tenus d’honorer le maître, de même il faut que le maître honore ses disciples et les rapproche. Voici ce qu’ont dit les sages : « Que l’honneur de son élève te soit cher comme le tien ». On se doit de prêter attention à ses disciples et de les aimer, car les élèves sont les enfants [du maître,] qui [lui] donnent satisfaction en ce monde et dans le monde futur.

13. Les disciples font croître la sagesse du maître et élargissent son esprit. Les Sages ont dit : « J’ai appris beaucoup de sagesse de mes maîtres et plus encore de mes amis. Et de mes élèves plus que de tous ». De même qu’un petit morceau de bois en allume un grand, de même un jeune élève aiguise l’esprit de son maître, si bien que par ses questions il fait ressortir de lui une sagesse magnifique.
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