Introduction du Rambam · Chapitre 3
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 3 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
Les sages de la période ultérieure à la compilation du talmud, qui l’ont étudié en profondeur et sont devenus célèbres pour leur sagesse, sont appelés les guéonim. Tous ces guéonim qui ont fleuri en Terre d’Israël, en Babylonie, en Espagne et en France ont enseigné la méthode du Talmud, élucidé ses passages obscurs et exposé les sujets qui y sont abordés, car l’approche talmudique est très subtile. De surcroît, le Talmud fut rédigé en un mélange d’araméen et d’autres langues, qui était le dialecte des juifs babyloniens lors de sa compilation. Cependant, dans les autres pays, ainsi qu’en Babylonie du temps des guéonim, personne ne comprenait ce dialecte, à moins qu’on ne lui ait enseigné. Les habitants de chaque ville soumettaient de nombreuses questions au gaon de l’époque sur des passages difficiles du Talmud, et ces guéonim répondaient selon leur aptitude. Ceux qui posaient les questions compilèrent les réponses, dont ils firent des livres destinés à l’étude. Les guéonim, à différentes périodes, rédigèrent, eux aussi, des commentaires sur le Talmud : certains abordèrent quelques lois spécifiques, d’autres certains chapitres qui présentaient des difficultés à leurs contemporains, d’autres encore exposèrent des traités et des ordres [entiers du Talmud]. Ils firent [également] des compilations de lois exposant ce qui est permis et interdit, ce qui est coupable ou non coupable, répondant aux besoins du moment et qui pourraient être compris par celui qui ne pouvait pénétrer les arcanes du Talmud. Telle fut la tâche divine dans laquelle tous les guéonim œuvrèrent, depuis la conclusion du Talmud jusqu’à la présente date, qui est la huitième année du douzième siècle après la destruction du Temple, ce qui correspond à l’année 4937 depuis la création du monde.
A notre époque, où les vicissitudes s’intensifient, et tous ressentent la pression des temps difficiles, la sagesse de nos sages a disparu et l’intelligence des gens d’esprit s’est voilée. Aussi, les commentaires, les [compilations de] lois et responsa composés par les guéonim qu’ils considéraient autrefois clairs sont aujourd’hui devenus difficiles d’accès, et seul un petit nombre les comprennent correctement. A fortiori le Talmud – Talmud de Babylone ou de Jérusalem – le Sifra, le Sifrei, la Tossefta, qui requièrent un esprit large, une âme sage et une étude patiente, pour y découvrir le droit chemin [dans la pratique, c’est-à-dire pour déterminer] ce qui est interdit et ce qui est permis, et autres règles de la Thora.
Pour cette raison, moi, Moïse, fils de Maïmone le Séfaradi, je me suis mis à l’œuvre et, m’en remettant à l’aide de D.ieu, béni soit-Il, j’ai minutieusement étudié tous ces livres, dans l’intention de réunir toutes les conclusions de ces ouvrages concernant ce qui est interdit et ce qui est permis, ce qui est impur et ce qui est pur, et autres lois de la Thora, tout cela dans un style clair et concis, afin que la Loi Orale puisse être connue de tous, sans objections/répliques ni divergences d’opinion. Au contraire, des propos clairs et convaincants, conformes aux conclusions tirées de toutes les compilations et commentaires ayant vu le jour depuis Rabénou Hakadoch jusqu’à l’époque actuelle, de manière à ce que toutes les lois soient accessibles au plus jeune comme au plus âgé, qu’elles relèvent des préceptes [pentateutiques] ou des institutions établies par les sages et les prophètes, de sorte qu’aucun autre ouvrage ne soit nécessaire pour [vérifier] quelque loi que ce soit. [Autrement dit,] que cet ouvrage réunisse l’ensemble de la Loi Orale, y compris ordonnances, coutumes et décrets institués depuis Moïse notre maître jusqu’à la compilation du Talmud, tels qu’exposés pour nous par les guéonim dans tous leurs ouvrages post-talmudiques. J’ai donc intitulé cette œuvre le Michné Thora (« Répétition de la Loi »), car une personne qui lit tout d’abord la Loi écrite et ensuite cet ouvrage connaît ainsi la totalité de la Loi Orale, sans avoir besoin de consulter un autre ouvrage entre eux.
Il m’a paru opportun de partager cet ouvrage en titres de lois, chaque titre correspondant à un sujet donné ; ces titres sont subdivisés en chapitres, et chaque chapitre en petits paragraphes de lois, afin qu’elles puissent être facilement retenues. Parmi les titres de lois, certains correspondent aux règles liées à un seul commandement [biblique], tant ce précepte est riche en traditions orales et forme un sujet en soi. D’autres regroupent des règles liées à plusieurs commandements, quand toutes celles-ci concernent un même sujet, car cet ouvrage est organisé par thèmes, indépendamment du nombre de commandements contenus, comme le découvrira le lecteur.
Le nombre de commandements de la Thora qui incombent à toutes les générations est de 613. 248 sont des commandements positifs, le signe : le nombre de membres du corps humain. 365 sont des commandements négatifs, le signe : le nombre de jours de l’année solaire.
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