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Introduction du Rambam · Chapitre 2

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 2 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

Tous les sages susmentionnés furent les plus éminents de leurs générations. Certains furent présidents d’académies, d’autres exilarques, d’autres encore membres du Grand Sanhédrin. Avec eux, en chaque génération, des milliers et dizaines de milliers [de disciples] entendirent leur enseignement. Ravina et Rav Achi marquent la fin des sages du Talmud. Rav Achi composa le Talmud de Babylone dans le pays de Shinar [la Babylonie], environ cent ans après la composition du Talmud de Jérusalem par Rabbi Yo’hanane. L’objet de ces deux Talmuds est d’expliquer le texte de la Michna et d’en élucider les points abstrus, [ainsi que de présenter] ce qui est apparu dans les divers tribunaux depuis Rabénou Hakadoch jusqu’à la composition du Talmud.

De l’ensemble de [ces sources que sont] les deux Talmuds, la Tossefta, le Sifra et le Sifré, apparaît ce qui est interdit et ce qui est permis, ce qui est impur et ce qui est pur, ce qui est coupable et ce qui ne l’est pas, ce qui est disqualifié et ce qui est valable, conformément à ce qui a été reçu de maître à élève [dans une chaîne ininterrompue] depuis la bouche de Moïse notre maître sur le Sinaï.

On y trouvera également l’exposé des décrets que les sages et les prophètes en chaque génération ont promulgué pour faire une barrière autour de la Loi, tels qu’ils l’entendirent expressément de la bouche de Moïse : « Vous garderez Mon ordonnance », [ce qui signifie] « Vous ferez une protection à Mon ordonnance ». Et de même on y trouve l’exposé des coutumes et des ordonnances, [ordonnances] formellement introduites [dans les diverses générations par les autorités rabbiniques] ou [coutumes] venues à l’usage avec leur approbation. Car il est interdit de s’en écarter, comme il est dit (Deut. 17, 11) : « Ne t’écarte pas de ce qu’ils te diront, ni à droite, ni à gauche ». Et de même les jugements et les règles qui n’ont pas été reçus oralement depuis Moïse, et qui furent déduits par le [Grand] tribunal d’une certaine époque par application des principes d’herméneutique ; les anciens [de ce tribunal] décidèrent que telle était la loi. Rav Achi compila dans le Talmud l’ensemble [de ces enseignements] depuis Moïse jusqu’à son époque.

Les sages de la Michna composèrent d’autres textes pour expliquer la Thora : Rabbi Ochaya, l’élève de Rabénou Hakadoch rédigea une explication sur le livre de la Genèse et Rabbi Ichmaël une explication sur [le reste de la Thora] depuis Elé Chemot jusqu’à la fin de la Thora, qui est appelée la Mekhilta. Rabbi Akiva rédigea également une Mekhilta. D’autres sages après eux rédigèrent des Midrachot ; tout cela fut rédigé avant le Talmud de Babylone.

Ravina, Rav Achi, et leurs collègues marquèrent la fin [de cette ère] des grands sages d’Israël dépositaires de la Loi Orale, et qui promulguèrent des décrets, instituèrent des ordonnances, et introduirent des coutumes, lesquels se répandirent parmi tout le peuple juif, dans toutes les communautés.

Après le tribunal de Rav Achi qui compila le Talmud et acheva celui-ci du temps de son fils, les juifs se dispersèrent encore davantage dans le monde, pour atteindre les endroits les plus reculés et les îles lointaines. Les guerres se multiplièrent et [le déplacement] des armées rendit les routes peu sures. L’étude de la Thora connut un déclin. Les juifs n’affluaient plus aux maisons d’études par milliers et dizaines de milliers comme auparavant ; plutôt, dans chaque ville et dans chaque pays, quelques individus [qui entendaient] l’appel divin se réunissaient et se consacraient à l’étude de la Thora, comprenaient tous les ouvrages des sages, et apprenaient ainsi la manière de légiférer.

Après l’époque du Talmud, quand un tribunal établi en quelque pays que ce soit rendait des décrets, instituait des ordonnances ou introduisait des coutumes pour les résidents de ce pays ou d’autres pays, ses mesures n’étaient pas acceptées par l’ensemble du peuple juif, du fait de l’isolement des habitations [juives] et des difficultés de voyage. Etant donné que le tribunal d’un pays donné consistait en quelques individus [dont l’autorité n’était pas universellement reconnue], le Grand Tribunal composé de soixante et onze [juges] ayant déjà cessé plusieurs années avant la compilation du Talmud, on ne pouvait pas contraindre les habitants d’un pays à suivre les usages des habitants d’un autre pays. On ne pouvait pas non plus dire à un tribunal de rendre le même décret qu’un autre tribunal dans son pays. De même, lorsque l’un des guéonim avait enseigné que telle était la manière de légiférer et qu’il devenait évident, pour un tribunal lui succédant, que cela n’était pas conforme au Talmud, on ne suivait pas [nécessairement] la première [autorité], mais l’opinion la plus convaincante, qu’elle soit la première ou la dernière.
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