Lois relatives aux dispositions morales · Chapitre 7
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 29 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Qu’est-ce que le « colporteur » ? Celui qui porte des nouvelles et va de l’un à l’autre, en disant : « Voici ce qu’a dit untel », « Voici ce que j’ai entendu à propos d’untel ». Bien que cela soit vrai, il détruit ainsi le monde. Il y a une faute bien plus grave que cela et qui est incluse dans cette interdiction, c’est la médisance. Il s’agit de relater des propos dénigrants à propos d’un autre, bien que l’on dise vrai. En revanche, celui qui dit des mensonges [à l’égard d’autrui] est appelé « diffamateur ». Mais le « médisant » est celui qui s’assoit et dit : « Untel a fait ceci et cela », « Ses pères étaient comme-ci et comme-çà », « Voici ce que j’ai entendu à son sujet » et tient [à son égard] des propos dénigrants. A ce sujet, l’Ecriture a dit (Psaumes 12, 4) : « Que l’Eternel supprime toutes les langues mielleuses, les lèvres qui s’expriment avec arrogance ».
3. Les Sages ont dit : « Pour trois fautes l’homme est puni en ce monde et n’a pas part au monde futur : l’idolâtrie, les rapports interdits et le meurtre, et la médisance équivaut à elles toutes ». Les Sages ont dit encore : « Quiconque médit est considéré comme s’il niait le principe fondamental [de l’existence de D.ieu], comme il est dit (Psaumes 12, 5) : « Ceux qui disent : Par notre langue, nous triomphons, nos lèvres sont notre force, qui serait notre maître ? » ». Les Sages ont dit encore : « Les propos médisants tuent trois personnes : celui qui les dit, celui qui les accepte et celui dont on parle. Et celui qui les accepte [souffre] davantage [des propos médisants] que celui qui les tient ».
4. Et il y a des propos qui sont de la « poussière de médisance ». Comment cela ? [Celui qui dit :] « Qui aurait pu dire qu’untel deviendrait tel qu’il est aujourd’hui ? » ou qui dit : « Ne parlez pas d’untel ; je ne voudrais pas raconter ce qui s’est passé » ou des propos semblables à ceux-là. Quiconque parle favorablement d’un ami en présence de ses ennemis, c’est [aussi une forme de] « poussière de médisance », car cela les conduira à tenir des propos dénigrants à son égard. A ce sujet, [le roi] Salomon a dit (Proverbes 27, 14) : « Qui bénit son prochain bruyamment au grand matin, c’est comme s’il le maudissait », car voulant son bien cela mènera [pourtant à dire] du mal de lui. Et de même celui qui tient des propos médisants par plaisanterie et légèreté, c'est-à-dire sans parler avec haine. C’est ce que Salomon dit, dans sa sagesse (ibid. 26, 18-19) : « Comme un dément qui lance des brandons, des flèches meurtrières et dit : Mais je plaisantais ! » Et de même, celui qui tient des propos médisants avec ruse, c’est-à-dire en parlant innocemment comme s’il ne savait pas qu’il tenait des propos médisants, et lorsqu’on l’en empêche, il répond : « J’ignorais que de tels propos étaient de la médisance » ou « [J’ignorais] que ces faits concernaient untel ».
5. Il s’agit tant de celui qui tient des propos médisants [à l’égard d’autrui] en sa présence ou en son absence ; et [de de même,] celui qui raconte des choses qui, si elles vont de bouche en bouche, sont susceptibles de causer à autrui un préjudice physique ou financier, ou même [simplement] du tourment ou de la peur, tout cela est du lachone hara (« mauvaise langue »). Si ces propos ont été tenus en présence de trois personnes, [on considère que] le fait a déjà été répandu et est connu. Et [par conséquent,] si l’un des trois rapporte une seconde fois [ce qu’il a entendu], il n’y a pas là de lachone hara, à condition [toutefois] qu’il n’ait pas l’intention d’ébruiter davantage [le fait].
6. Tous ceux-là sont des médisants dans le voisinage desquels il est interdit de résider. A fortiori [est-il interdit] de s’asseoir avec eux et d’écouter leurs propos. Le décret [céleste] contre nos pères [qui n’entrèrent pas en Terre d’Israël et moururent] dans le désert ne fut scellé qu’à cause de la médisance .
7. Celui qui se venge de son prochain transgresse une interdiction, comme il est dit (Lév. 19, 18) : « tu ne te vengeras pas ». Bien que la vengeance ne soit pas punie du fouet, c’est une très mauvaise disposition morale. Plutôt, il sied de passer sur ses ressentiments concernant toute chose de ce monde ; en effet, pour ceux qui comprennent, toutes ces choses ne sont que vanité et futilité, et il ne vaut pas la peine d’en tirer vengeance. Comment est la vengeance ? L’un dit à l’autre : « Prête-moi ta hache », et l’autre lui répond : « Je ne te la prêterai pas ». Le lendemain, c’est ce dernier qui a besoin d’emprunter [quelque chose] au premier et il lui dit : « Prête-moi ta hache ». Ce à quoi l’autre lui répond : « Je ne te la prêterai pas, de la même manière que tu ne me l’as pas prêtée quand je te l’ai demandée » : celui-là se venge. Plutôt, lorsque [l’autre] viendra lui demander [quelque chose], il lui donnera de bon cœur et ne lui rendra pas la pareille. Il en va de même pour tout cas semblable. C’est ainsi que [le roi] David dit concernant ses bonnes dispositions morales (Psaumes 7, 5) : « Si [jamais] j’ai rendu la pareille à qui m’a fait du mal, et dépouillé, etc. [qui m’a pris en haine sans motif] ».
8. Et de même, quiconque garde rancune envers un autre juif transgresse une interdiction, comme il est dit (Lév. 19, 18) : « et tu ne garderas pas rancune aux enfants de ton peuple ». Qu’est-ce que la rancune ? Réouven dit à Chimone : « Loue-moi cette maison » ou « Prête-moi ce bœuf » et Chimone refuse. Quelques jours après, Chimone vient chez Réouven lui emprunter ou lui louer [quelque chose] et Réouven lui dit : « Le voici, je te le prête. Je ne suis pas comme toi, je ne te rends pas ce que tu m’as fait ». Celui qui agit ainsi transgresse [l’interdiction de] : « tu ne garderas pas rancune ». Plutôt, il effacera la chose de son cœur et n’en gardera pas rancune. Car tant qu’il garde la chose en son cœur et s’en rappelle, il est à craindre qu’il en vienne à se venger. Aussi la Thora a-t-elle réprouvé la rancune, de telle sorte que l’on efface en son cœur le tort causé et que l’on ne s’en rappelle plus. Telle est la disposition morale juste, qui permet la stabilité de la société et le commerce entre les individus.
Fin des lois relatives aux dispositions morales, avec l’aide de D.ieu.
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