Lois relatives aux dispositions morales · Chapitre 6
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 28 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. C’est un commandement positif de s’attacher aux sages et à leurs disciples, afin d’apprendre de leur exemple, comme il est dit (Deut. 10, 20) : « et attache-toi à Lui ». Or, est-il possible à l’homme de s’attacher à la Présence Divine ? Mais voici ce qu’ont dit les Sages, en explication de ce commandement : « Attache-toi aux sages et à leurs disciples ». C’est pourquoi, un homme doit s’efforcer d’épouser la fille d’un érudit et de marier sa fille avec un érudit, de manger et boire avec des érudits, de faire des affaires pour eux, et de s’associer à eux de toutes les manières possibles, ainsi qu’il est dit (Deut. 11, 22) : « et s’attacher à Lui ». Et de même les Sages ont prescrit : « Colle-toi à la poussière de leurs pieds et bois avec avidité leurs paroles ».
3. C’est une mitsva qui incombe à tout un chacun d’aimer chaque juif comme soi-même, ainsi qu’il est dit (Lév. 19, 18) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est pourquoi, il faut dire les louanges [d’autrui] et se soucier de son argent tout comme on se soucie de l’argent que l’on a soi-même et comme on recherche son propre honneur. Qui s’acquiert de la considération par l’humiliation d’autrui n’a pas de part au monde à venir.
4. Aimer le converti qui vient s’abriter sous les ailes de la Présence Divine relève de deux commandements positifs : l’un parce qu’il est fait partie de la catégorie du « prochain » [que la Thora enjoint d’aimer], l’autre parce qu’il est un converti, et la Thora a dit (Deut. 10, 19) : « Vous aimerez le converti ». D.ieu a prescrit d’aimer le converti tout comme Il a prescrit l’amour de Son Nom, ainsi qu’il est dit (ibid. 11, 1) : « Tu aimeras l’Eternel ton D.ieu ». Le Saint Béni soit-Il Lui-même aime les convertis, comme il est dit (ibid. 10, 18) : « Lui qui aime le converti ».
5. Qui haït en son cœur un autre juif transgresse un interdit, comme il est dit (Lév. 19, 17) : « Tu ne haïras pas ton frère en son cœur ». [Cependant,] on ne reçoit pas le fouet pour [la transgression de] cet interdit, car il n’y a pas d’acte. La Thora a seulement mis en garde contre la haine dans le cœur. En revanche, celui qui frappe ou insulte son prochain, bien qu’il n’en ait pas le droit, il ne contrevient pas [à l’interdit] « Tu ne haïras pas ».
6. Qui subit le méfait d’autrui ne doit pas le prendre en haine et garder le silence, comme il est dit concernant les méchants (2 Samuel 13, 22) : « Absalon n’adressa pas une parole, mauvaise ou bonne, à Amnon, car il l’avait pris en haine ». Plutôt, il est de son devoir de l’informer et de lui dire : « Pourquoi m’as-tu fait ceci et cela ? Pourquoi as-tu commis pareil méfait envers moi ? ». Ainsi qu’il est dit (Lév. 19, 17) : « Tu réprimanderas ton prochain ». Et si le coupable se repent et lui demande pardon, il doit pardonner : il ne sera pas cruel pour pardonner, comme il est dit (Gen. 20, 17) : « Et Abraham pria D.ieu… ».
7. Qui voit son ami commettre une faute ou marcher dans un mauvais chemin a le devoir de le ramener vers le bien et de lui faire savoir qu’il faute contre lui-même par ses mauvaises actions, comme il est dit (Lév. 19, 17) : « Tu réprimanderas ton prochain ». Qui réprimande autrui – pour des questions qui concernent sa relation avec lui ou pour des questions entre lui et D.ieu – doit le réprimander en privé, lui parler doucement et de manière tendre, en lui indiquant qu’il ne lui parle que pour son bien à lui, afin de l’amener à la vie du monde futur. Si le pécheur accepte, c’est bien ; dans le cas contraire, il le réprimandera une seconde et une troisième fois : ainsi est-on tenu de réprimander toujours le pécheur jusqu’à se faire frapper par lui et qu’il dise : « Je refuse d’écouter ». Quiconque a la possibilité de protester contre eux et ne le fait pas est puni pour la faute de ces pécheurs, dès lors qu’il a eu la possibilité de les empêcher.
8. Qui réprimande son prochain ne doit pas au début parler avec dureté au point de lui faire honte, comme il est dit (Lév. 19, 17) : « et tu ne porteras pas de péché sur lui ». Voici ce que les Sages ont dit : « On pourrait penser que tu doives réprimander le pécheur de sorte que son visage change [de couleur du fait de la honte], le verset précise donc : « et tu ne porteras pas péché sur lui ». De là apprend-on qu’il est interdit de faire honte à un juif, a fortiori en public. Bien que celui qui fait honte à autrui ne soit pas puni du fouet, c’est là une grande faute. Voici ce que les Sages ont dit : « Qui fait pâlir son prochain en public n’a pas part au monde futur ». Aussi doit-on prendre garde à ne pas faire honte à autrui, petit ou grand, en public. On ne l’appellera pas par un nom dont il a honte et on ne relatera pas devant lui un fait dont il a honte. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Pour des questions qui concernent sa relation avec autrui. En revanche, pour les questions du Ciel [des fautes vis-à-vis de D.ieu], s’il ne se repent pas [après avoir été réprimandé] en privé, on le fait rougir en public et on publie sa faute. On le vilipende en face, on l’humilie et on le maudit jusqu’à ce qu’il revienne vers le bien, comme firent tous les Prophètes d’Israël.
9. Celui qui a subi le méfait d’autrui, s’il ne veut pas le réprimander ni lui en dire mot, parce que le pécheur est quelqu’un de très vulgaire ou quelqu’un qui a l’esprit dérangé, et qu’il lui pardonne en son cœur, sans le prendre en haine ni le réprimander, c’est là un trait de piété. La Thora ne s’est opposée qu’à la haine conservée dans le cœur.
10. On est tenu d’être particulièrement attentif aux orphelins et aux veuves, parce qu’ils sont très humbles et ont l’esprit contrit ; cela, même s’ils sont fortunés. Même s’il s’agit de la veuve et des orphelins d’un roi, nous sommes mis en garde les concernant (Ex. 22, 21) : « Toute veuve et orphelin vous n’affligerez pas ». Comment se comporte-t-on envers eux ? On ne leur parlera que de manière tendre et on les traitera toujours de manière respectueuse. On ne leur causera pas de peine physique par un travail [pénible], ni de peine morale par des paroles dures. On se préoccupera de leurs biens plus que de ses propres biens. Quiconque les contrarie ou les met en colère, leur fait de la peine, les opprime ou leur cause une perte d’argent, transgresse un interdit, et a fortiori celui qui les bat ou qui les maudit. Cet interdit, bien qu’il ne soit pas puni du fouet, son châtiment est explicitement mentionné dans la Thora (ibid. 22, 23) : « Mon courroux s’enflammera et Je vous ferai périr par le glaive ». « Celui Qui a dit et le monde fut » a conclu une alliance avec les veuves et les orphelins : à chaque fois qu’ils crient à cause de la violence [qui leur est faite], ils sont exaucés, comme il est dit (ibid., 22) : « quand sa plainte s’élèvera vers Moi, assurément, J’entendrai sa plainte ». Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Lorsqu’ils sont tourmentés à des fins égoïstes. Mais si un maître tourmente des orphelins afin de leur apprendre la Thora ou un métier ou afin de les conduire dans le droit chemin, c’est permis. Mais néanmoins, il ne les traitera pas comme toute autre personne, et fera des différences en leur faveur : il les dirigera avec douceur, beaucoup de compassion et avec respect, « car D.ieu « prend en main leur cause » (Proverbes 22, 23). Cela s’applique tant vis-à-vis d’un orphelin de père qu’un orphelin de mère. Et jusqu’à quand sont-ils considérés comme orphelins de ce point de vue ? Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin d’une grande personne pour les prendre en charge, les élever, et prendre soin d’eux, et qu’ils soient à même de pourvoir à tous leurs besoins, comme tous les adultes.
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