Lois relatives aux dispositions morales · Chapitre 2
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 24 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. En quoi consiste leur thérapie ? Celui qui est irascible, on lui dit de s’habituer à se montrer absolument insensible s’il est frappé ou injurié. Il devra observer cette conduite pendant une période de temps prolongée, jusqu’à ce la colère soit déracinée de son cœur. S’il est hautain, il s’accoutumera à endurer l’humiliation, il s’assiéra plus bas que tous, s’habillera de loques qui font honte à celui qui les porte, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’arrogance soit déracinée de son cœur et qu’il revienne au juste milieu, qui est le bon chemin. Quand il aura regagné le chemin du milieu, il suivra celui-ci durant toute sa vie. C’est de cette manière qu’on procédera pour tous les autres traits de caractère. Si on se trouve éloigné [du juste milieu] à une extrémité, on s’éloignera à l’extrême opposé et on adoptera [cette conduite] pendant une longue période jusqu’à ce qu’on regagne le bon chemin, qui est le degré du milieu pour chaque trait de caractère/disposition morale.
3. Il y a certains traits de caractère/dispositions morales concernant lesquels il est interdit de suivre le [chemin du] milieu. Plutôt, on s’éloignera d’une extrémité jusqu’à l’autre extrémité. C’est le cas de l’arrogance : le bon chemin pour l’homme ne consiste pas à être modeste seulement, mais à être humble, d’un esprit contrit. C’est la raison pour laquelle il est dit de Moïse notre maître qu’il était « extrêmement modeste » (Deut. 8, 14) et non simplement « modeste ». C’est pour cela que les Sages ont exhorté : « Sois très, très humble ». Ils dirent également que quiconque se montre arrogant nie le principe fondamental [de l’existence de D.ieu], comme il est dit : « ton cœur s’enorgueillirait et tu oublierais l’Eternel ton D.ieu ». Ils ont encore dit : « Que soit mis au ban celui qui a ne serait-ce qu’un peu d’arrogance ». La colère aussi est un trait de caractère extrêmement mauvais, dont il convient de s’éloigner jusqu’à l’extrême opposé. Il apprendra à ne jamais se mettre en colère, même pour quelque chose qui justifierait la colère. S’il souhaite inspirer la crainte à ses enfants et à la maisonnée, ou à la communauté qu’il dirige, et qu’il souhaite se mettre en colère contre eux afin qu’ils améliorent leur conduite, il se montrera en colère face à eux afin de les punir, tout en gardant son calme intérieurement, comme un homme qui mime une personne en colère sans être lui-même en colère. Les premiers sages dirent : « Quiconque est en colère est considéré comme s’il s’adonnait à l’idolâtrie ». Ils dirent [également] : « Qui se met en colère, s’il est un sage, sa sagesse le quitte, et s’il est un prophète, la prophétie se retire de lui » et « ceux qui sont coléreux, leur vie n’est pas une vie ». C’est pourquoi, les sages nous ont enjoints de fuir la colère au point de devenir insensible même aux choses qui provoquent la colère ; c’est là le bon chemin. Telle est la voie des justes : ils subissent l’humiliation mais n’humilient pas, ils essuient des affronts et ne répliquent pas, ils agissent par amour [de D.ieu] et se réjouissent dans les souffrances. L’Ecriture dit à leur propos (Juges 5, 31) : « et ceux qui L’aiment rayonneront comme le soleil dans la gloire ».
4. On s’habituera toujours au silence et on ne s’entretiendra que de sujets de sagesse ou de ce dont on a besoin pour la vie du corps. On dit de Rav, le disciple de Rabénou Hakadoch qu’il n’eut jamais toute sa vie durant de conversation futile – ce en quoi consistent les conversations de la majorité des gens. On ne multipliera pas même les discussions concernant les besoins du corps. C’est là ce que les Sages ont prescrit, ils ont dit : « Quiconque parle excessivement provoque la faute ». Ils ont dit [aussi] : « Je n’ai rien trouvé de meilleur pour le corps que le silence ». Et de même, en matière de Thora et de sagesse, les paroles d’un homme doivent être brèves, mais débordantes de sens ; c’est [cette idée] que les Sages ont exprimée dans leur recommandation : « On doit toujours enseigner à ses disciples avec concision ». Mais lorsque ses paroles sont nombreuses et pauvres en sens, c’est de la sottise ; à ce sujet il est dit (Ecclésiaste 5, 2) : « Car les songes naissent de l’abondance des soucis, et la voix du sot se reconnaît à l’abondance de ses paroles ».
5. La préservation de la sagesse, c’est le silence. C’est pourquoi, on ne se hâtera pas à répondre et on ne multipliera pas les paroles. On enseignera à ses élèves dans la tranquillité et le calme, sans crier et sans prolixité. C’est [le sens de] ce que dit [le roi] Salomon (Ecclésiaste 9, 17) : « Les paroles des sages avec douceur sont écoutées ».
6. Il est défendu d’user de belles paroles et de flatterie. On ne feindra pas [en exprimant] par la bouche une [chose différente de] celle que l’on a dans le cœur. Plutôt, l’extérieur ne sera que le reflet de l’intérieur : c’est ce qu’on a dans le cœur que la bouche exprimera. Il est défendu d’abuser de la confiance d’autrui, même d’un gentil. Comment cela ? On ne vendra pas à un gentil de la viande nevéla en lieu et place de viande d’[d’un animal tué par] abattage rituel, ni une chaussure [faite à partir d’une peau] d’un [animal] mort naturellement à la place d’une chaussure [faite à partir d’une peau] d’un [animal] abattu . On n’insistera pas auprès d’un ami pour qu’il mange chez soi en sachant qu’il déclinera [l’invitation] et on ne lui fera pas de nombreuses offres de cadeaux en sachant qu’il n’accepte pas [les cadeaux ]. On ne [feindra] pas d’ouvrir pour lui des tonneaux [de vin] que l’on doit [de toutes les façons] ouvrir pour la vente afin de le flatter [en lui faisant croire] qu’on les ouvre en son honneur. Même une seule parole de flatterie ou de tromperie est interdite. [Au contraire, on doit toujours tenir] un langage de vérité, [avoir] un esprit droit, un cœur pur de toute tromperie et de toute ruse.
7. Un homme ne doit pas se livrer à la plaisanterie et à la raillerie, ni être triste et affligé, mais être joyeux. Voici ce que les Sages ont dit : « la plaisanterie et la légèreté accoutument l’homme à l’impudicité ». Ils ont prescrit de ne pas se livrer au rire immodérément, sans être [toutefois] triste et affligé, mais [au contraire,] d’accueillir chacun avec un visage bienveillant. Et de même, il ne manifestera pas de cupidité, recherchant immodérément les richesses et ne sera pas [non plus] nonchalant et oisif. Plutôt, il aura bon œil [et se satisfera de ce qu’il a] : il réduira le temps consacré aux affaires et se consacrera à l’étude de la Thora. Et ce peu qui est sa part, il s’en réjouira. Il ne sera pas querelleur, jaloux, jouisseur ou à la recherche des honneurs. Telle est la sentence des Sages : « la jalousie, la recherche des plaisirs et des honneurs excluent l’homme de ce monde ». En règle générale, il suivra le degré moyen dans chaque trait de caractère/disposition morale, de sorte que tous ses traits de caractères/dispositions se positionnent au juste milieu. C’est ce que dit [le roi] Salomon (Proverbes 4, 26) : « Que le sentier que foule ton pied soit équilibré, pour pouvoir cheminer en sûreté ».
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