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Lois relatives aux dispositions morales · Chapitre 1

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 23 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

Lois relatives aux dispositions et à la conduite morales. Elles comprennent onze commandements, cinq commandements positifs, et six commandements négatifs, dont voici le détail : 1. Imiter les voies de D.ieu 2. S’attacher à ceux qui Le connaissent 3. Aimer son prochain 4. Aimer les convertis 5. Ne pas haïr son frère 6. Réprimander 7. Ne pas humilier 8. Ne pas opprimer les malheureux 9. Ne pas colporter 10. Ne pas se venger 11. Ne pas être rancunier L’explication de ces lois se trouve dans les chapitres que voici :

1. Chaque individu présente de nombreux traits de caractère/dispositions morales, qui sont différents et aux antipodes l’un de l’autre. Il y a l’homme irascible et toujours en colère et l’homme posé qui n’est jamais en colère ; et s’il lui arrive de se mettre en colère, ce n’est que très légèrement et [même alors, une fois] en plusieurs années. Il y a l’homme qui est extrêmement hautain et [à l’opposé] l’homme qui est d’une humilité extrême. Il y a celui qui manifeste de l’appétence et dont les désirs ne sont jamais assouvis et [à l’opposé,] celui qui a le cœur si pur qu’il n’aspire pas même au peu de choses dont le corps a besoin. Il y a celui qui est cupide, pour qui tout l’argent du monde ne suffirait pas, dans l’esprit du verset (Ecclésiaste 5, 9) : « Qui aime l’argent n’est jamais rassasié par l’argent » ; [à l’opposé,] il y a celui qui se maintient à l’étroit et se contente même de ce qui est insuffisant pour lui, et ne s’emploie guère à obtenir tout ce qu’il lui faut. Il y a celui qui souffrira la faim pour épargner [son argent] et qui ne dépensera pas la moindre pièce sans remords, alors qu’un autre gaspillera toute sa fortune de son plein gré. Ces extrêmes existent de la même façon pour les autres dispositions morales : [on trouve] par exemple le frivole et le mélancolique, l’avare et le généreux, le cruel et le compatissant, le peureux et le courageux, et ainsi de suite.

2. Et il y a entre chaque disposition morale et son extrême opposé des dispositions intermédiaires, éloignées l’une de l’autre. Toutes ces dispositions morales, il y en a certaines que l’homme possède dès sa naissance et qui correspondent à la nature de son corps et il y a en a d’autres que la nature de l’individu est disposée à acquérir plus rapidement que les autres dispositions. Et il y a certaines [dispositions] que l’homme ne possède pas dès la naissance et qu’il a apprises des autres ou bien qu’il a adoptées de lui-même selon l’idée qu’il s’en est fait ou parce qu’il a entendu qu’une telle disposition est bonne pour lui et doit être recherchée, il s’y est donc habitué jusqu’à ce qu’elle devienne ancrée en son cœur.

3. Pour chaque disposition morale/trait de caractère, les deux extrêmes qui sont aux antipodes l’un de l’autre ne sont pas un bon chemin : il ne sied pas à l’homme de suivre [de tels traits de caractère], ni d’apprendre ceux-ci. S’il constate qu’il a par nature une inclination ou une prédisposition pour l’un de ces extrêmes ou bien s’il a appris et a adopté dans son comportement l’un de ces traits de caractère/dispositions morales extrêmes, il rectifiera son comportement vers le bien et suivra le chemin des bons, c’est-à-dire le chemin droit.

4. Le chemin droit est le degré du milieu pour chacun des traits de caractère propres à l’homme, c’est-à-dire le degré qui est à distance égale des deux extrêmes et qui n’est pas plus proche d’un [extrême] que de l’autre. C’est pour cela que les premiers Sages ont ordonné que l’homme pèse toujours ses traits de caractère et qu’il les ajuste et les oriente selon la voie du milieu, afin qu’il soit entier dans son corps . Comment cela ? Il ne sera pas coléreux, prompt à la colère, ni indifférent comme un mort, mais [il recherchera la voie du] milieu, [c’est-à-dire qu’]il ne se mettra en colère que pour quelque chose de grave qui justifie la colère afin qu’une telle chose ne se reproduise plus. De même, il ne désirera que ce qui est indispensable au corps, comme ce qui est dit (Proverbes 13, 25) : « Le juste mange pour apaiser sa faim ». Et de même, il ne fournira pas d’efforts [démesurés] dans ses affaires, mais juste de quoi satisfaire ses besoins immédiats, comme il est dit (Psaumes 37, 16) : « le peu pour le juste est meilleur ». Il ne fermera pas excessivement sa main et ne dispersera pas non plus immodérément son argent : il donnera la charité selon ses moyens et prêtera comme il convient à celui qui a besoin. Il ne sera ni frivole et rigoleur, ni triste et affligé : il sera joyeux toute sa vie et présentera un visage bienveillant. Et il en va de même des autres traits de caractère. Cette attitude [médiane] est le chemin des sages.

5. Tout homme dont les dispositions morales sont intermédiaires et médianes est appelé un sage. Et celui qui est très pointilleux envers lui-même et s’écarte légèrement d’un côté ou de l’autre du degré du milieu est appelé un pieux (‘hassid). Comment cela ? Celui qui s’éloigne de l’orgueil jusqu’à l’extrême limite et qui est excessivement humble est désigné comme pieux : telle est la mesure de la pitié. S’il s’écarte [de l’orgueil] jusqu’au [trait du] milieu seulement et est modeste, il est désigné comme sage : telle est la mesure de la sagesse. Et de même pour tous les autres traits de caractère/dispositions morales. Les premiers pieux faisaient pencher leurs traits de caractère de l’attitude médiane vers [l’un des] deux extrêmes, pour certains traits dans une direction et pour d’autres dans l’autre direction. Ceci était de la surérogation.

6. Nous sommes enjoints de suivre ces chemins intermédiaires, qui sont les chemins bons et droits, comme il est dit (Deut. 28, 9) : « et tu marcheras dans Ses voies » ; voici ce que les Sages ont enseigné, en explication de ce commandement : « Tout comme Lui [D.ieu] est appelé bienveillant, toi aussi, sois bienveillant ; tout comme Lui est appelé compatissant, toi aussi, sois compatissant ; tout comme Lui est appelé saint, toi aussi, sois saint ». Ainsi les prophètes ont-ils décrit D.ieu par tous ces attributs : lent à la colère, plein de bienveillance, juste et droit, parfait, vaillant et puissant, et [autres attributs] similaires pour enseigner que ce sont les bons et droits chemins qu’un homme doit adopter dans son comportement et par lesquels il doit, selon ses capacités, Lui ressembler.

7. Comment l’homme peut-il s’habituer à ces traits de caractère/dispositions morales de manière à ce qu’ils deviennent ancrés en lui ? Une première fois, une deuxième et une troisième fois il se conformera dans ses actions à ces dispositions morales médianes, et il répétera [cette attitude] continuellement, jusqu’à ce que ces agissements deviennent faciles pour lui et qu’il n’y trouve plus d’effort, et que ces traits/dispositions morales deviennent ancrés dans sa personnalité. Etant donné que le Créateur est appelé par ces attributs et qu’ils constituent la voie médiane que nous sommes tenus d’emprunter, cette voie est appelée le « chemin de D.ieu ». C’est [ce chemin] qu’Abraham notre père a enseigné à ses enfants, comme il est dit (Gen. 18, 19) : « Car Je l’ai aimé, parce qu’il ordonnera… [de garder le chemin de D.ieu] ». Celui qui marche dans ce chemin appelle la bienveillance et la bénédiction à son égard, comme il est dit (ibid.) : « afin que l’Eternel accomplisse sur Abraham ce qu’il a déclaré à son égard ».
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