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Lois relatives aux fondements de la Thora · Chapitre 8

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 20 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

1. Moïse notre maître, les juifs n’ont pas eu foi en lui en raison des signes qu’il a accomplis : car celui dont la foi est fondée sur des miracles, [sa foi] est défaillante, car il est possible que ce signe ait été accompli par des sortilèges ou par sorcellerie. Mais tous les miracles accomplis par Moïse dans le désert le furent pour répondre aux nécessités et non pour apporter une preuve à [la véracité de] sa prophétie. Quand il fut nécessaire de noyer les Egyptiens, il fendit la mer et les engloutit à l’intérieur. Quand les hébreux eurent besoin de nourriture, il fit descendre la manne. Quand ils eurent soif, il fendit le rocher. Lorsque l’assemblée de Kora’h dénia son autorité, la terre les avala. Et de même pour tous les autres miracles. En vertu de quoi les Juifs eurent-ils foi en Moïse ? [La révélation] du Sinaï. Car ce sont nos propres yeux qui ont vu et non un étranger, nos propres oreilles qui ont entendu et non [celles d’]un autre. [Il y avait] le feu, les sons et les éclairs ; Moïse approchait du brouillard et la Voix lui parlait, et nous entendions : « Moïse, Moïse, va, dis-leur ceci et cela ». Et de même est-il dit (Deut. 5, 4) : « Face à face D.ieu a parlé avec vous » et il est dit (ibid., 3) : « Ce n’est pas avec nos pères seulement que D.ieu a contracté cette alliance, [mais avec nous-mêmes, nous qui sommes ici, aujourd’hui, tous vivants] ». D’où savons-nous que c’est seulement [la révélation du] Sinaï qui constitue la preuve que sa prophétie est authentique sans aucune restriction ? Car il est dit (Ex. 19, 9) : « [L’Eternel dit à Moïse :] Voici, moi-même, Je t’apparaîtrai au plus épais du nuage, afin que le peuple entende que c’est Moi qui te parle, et qu’en toi aussi, ils aient foi à jamais », ce qui implique qu’avant cette révélation, leur foi en lui n’était pas une foi qui subsiste à jamais, mais une foi qui laisse place au doute.

2. Ainsi, ceux pour qui Moïse fut envoyé furent les témoins de l’authenticité de sa prophétie, et il n’eut donc pas besoin d’accomplir d’autre signe pour eux. Car eux comme lui ont été témoins de la chose : c’est comme deux témoins ayant vu ensemble une chose, chacun d’eux est alors témoin que ce que dit l’autre est vrai et aucun d’eux n’a besoin de fournir une preuve à l’autre. De même Moïse notre maître, tous [les membres du peuple d’]Israël furent les témoins [de l’authenticité] de sa prophétie après [la révélation] du Sinaï : nul besoin fut donc pour lui d’accomplir un autre signe. C’est là ce que D.ieu lui dit, au début de sa prophétie, lorsqu’il lui indiqua les signes à accomplir en Égypte (ibid. 3, 18) : « et ils écouteront ta voix ». Moïse notre maître savait qu’une foi fondée sur des signes est défaillante et laisse subsister des doutes, et il esquivait, disant (ibid. 4, 1) : « et ils ne me croiront pas ». C’est alors que le Saint béni soit-Il lui fit savoir que ces signes n’étaient qu’[une mesure temporaire,] jusqu’à ce qu’ils quittent l’Égypte, et qu’après leur départ, lorsqu’ils se tiendraient sur cette montagne, les soupçons à son égard disparaîtraient. Car Il lui donnerait un signe par lequel les Juifs sauraient qu’il a réellement été envoyé [par D.ieu] depuis le début, et aucun doute ne subsisterait en leur cœur. Tel est le sens de l’Ecriture (Ex. 3, 12) : « Ceci sera le signe pour prouver que c’est Moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir ce peuple d’Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même ». Tu dois [de même conclure concernant la foi] en tout prophète postérieur à Moïse, que notre foi en lui ne saurait être fondée uniquement sur un signe, pour que l’on dise : « s’il accomplit un signe, nous écouterons tout ce qu’il dira ». En fait, [nous ajoutons foi à ses paroles] en raison du commandement prescrit par Moïse dans la Thora : s’il donne un signe, « vous l’écouterez » (Deut. 18, 15), au même titre qu’il nous a ordonné de rendre un jugement en se basant sur [le témoignage de] deux témoins, bien que nous ne sachions pas si leur témoignage est vrai ou faux. Ainsi, c’est une mitsva d’écouter ce prophète, bien que nous ne sachions pas si ce signe est authentique ou [s’il relève de la] sorcellerie et de sortilèges.

3. C’est pourquoi, s’il se lève un prophète qui accomplit de grands signes et de grands miracles, tout en cherchant à démentir la prophétie de Moïse notre maître, on ne doit pas l’écouter et on sait [dès lors] avec certitude qu’il a accompli ces signes par des sortilèges ou par sorcellerie. Car [la foi en l’authenticité de] la prophétie de Moïse n’était pas basée sur des miracles, pour que l’on compare ces miracles à ceux-là. Plutôt, nous avons vu de nos propres yeux et nous avons entendu de nos propres oreilles comme lui. A quoi pourrait-on comparer cela ? [A une situation où] un homme a observé un fait de ses propres yeux et des témoins viendraient devant lui témoigner que la chose ne s’est passée comme il l’a vue. Il ne les écouterait pas et saurait avec certitude que ce sont de faux témoins. C’est pourquoi, la Thora dit que si « se réalisent ce signe et ce miracle […] tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut. 13, 3-4), car celui-ci cherche par ce signe ou ce prodige à dénier ce que tu as vu de tes propres yeux. Et dès lors que c’est uniquement en vertu du commandement que Moïse nous a prescrit que nous ajoutons foi à un prodige [comme signe de l’authenticité d’un prophète], comment pourrions-nous accepter ce signe, par lequel il vient démentir la prophétie de Moïse, que nous avons vue et entendue !
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