Lois relatives aux fondements de la Thora · Chapitre 8
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 20 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Ainsi, ceux pour qui Moïse fut envoyé furent les témoins de l’authenticité de sa prophétie, et il n’eut donc pas besoin d’accomplir d’autre signe pour eux. Car eux comme lui ont été témoins de la chose : c’est comme deux témoins ayant vu ensemble une chose, chacun d’eux est alors témoin que ce que dit l’autre est vrai et aucun d’eux n’a besoin de fournir une preuve à l’autre. De même Moïse notre maître, tous [les membres du peuple d’]Israël furent les témoins [de l’authenticité] de sa prophétie après [la révélation] du Sinaï : nul besoin fut donc pour lui d’accomplir un autre signe. C’est là ce que D.ieu lui dit, au début de sa prophétie, lorsqu’il lui indiqua les signes à accomplir en Égypte (ibid. 3, 18) : « et ils écouteront ta voix ». Moïse notre maître savait qu’une foi fondée sur des signes est défaillante et laisse subsister des doutes, et il esquivait, disant (ibid. 4, 1) : « et ils ne me croiront pas ». C’est alors que le Saint béni soit-Il lui fit savoir que ces signes n’étaient qu’[une mesure temporaire,] jusqu’à ce qu’ils quittent l’Égypte, et qu’après leur départ, lorsqu’ils se tiendraient sur cette montagne, les soupçons à son égard disparaîtraient. Car Il lui donnerait un signe par lequel les Juifs sauraient qu’il a réellement été envoyé [par D.ieu] depuis le début, et aucun doute ne subsisterait en leur cœur. Tel est le sens de l’Ecriture (Ex. 3, 12) : « Ceci sera le signe pour prouver que c’est Moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir ce peuple d’Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même ». Tu dois [de même conclure concernant la foi] en tout prophète postérieur à Moïse, que notre foi en lui ne saurait être fondée uniquement sur un signe, pour que l’on dise : « s’il accomplit un signe, nous écouterons tout ce qu’il dira ». En fait, [nous ajoutons foi à ses paroles] en raison du commandement prescrit par Moïse dans la Thora : s’il donne un signe, « vous l’écouterez » (Deut. 18, 15), au même titre qu’il nous a ordonné de rendre un jugement en se basant sur [le témoignage de] deux témoins, bien que nous ne sachions pas si leur témoignage est vrai ou faux. Ainsi, c’est une mitsva d’écouter ce prophète, bien que nous ne sachions pas si ce signe est authentique ou [s’il relève de la] sorcellerie et de sortilèges.
3. C’est pourquoi, s’il se lève un prophète qui accomplit de grands signes et de grands miracles, tout en cherchant à démentir la prophétie de Moïse notre maître, on ne doit pas l’écouter et on sait [dès lors] avec certitude qu’il a accompli ces signes par des sortilèges ou par sorcellerie. Car [la foi en l’authenticité de] la prophétie de Moïse n’était pas basée sur des miracles, pour que l’on compare ces miracles à ceux-là. Plutôt, nous avons vu de nos propres yeux et nous avons entendu de nos propres oreilles comme lui. A quoi pourrait-on comparer cela ? [A une situation où] un homme a observé un fait de ses propres yeux et des témoins viendraient devant lui témoigner que la chose ne s’est passée comme il l’a vue. Il ne les écouterait pas et saurait avec certitude que ce sont de faux témoins. C’est pourquoi, la Thora dit que si « se réalisent ce signe et ce miracle […] tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète » (Deut. 13, 3-4), car celui-ci cherche par ce signe ou ce prodige à dénier ce que tu as vu de tes propres yeux. Et dès lors que c’est uniquement en vertu du commandement que Moïse nous a prescrit que nous ajoutons foi à un prodige [comme signe de l’authenticité d’un prophète], comment pourrions-nous accepter ce signe, par lequel il vient démentir la prophétie de Moïse, que nous avons vue et entendue !
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