Lois relatives aux fondements de la Thora · Chapitre 7
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 19 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Il existe différents degrés de prophétie. De même qu’en sagesse, un sage dépasse l’autre, de même dans le domaine de la prophétie, il existe des prophètes plus grands que d’autres. Tous ne reçoivent la vision prophétique qu’à travers un rêve nocturne, ou le jour, lorsqu’un état de torpeur s’empare d’eux, comme il est dit (Nomb. 12, 6) : « Dans une vision Je Me ferai connaître à lui, dans un songe Je m’entretiendrai avec lui ». Tous [les prophètes], quand ils reçoivent la prophétie, tremblent de tous leurs membres, leur vigueur disparaît, leurs pensées se troublent et leur esprit demeure ainsi disposé à saisir ce qu’il voit. Comme il est dit, au sujet d’Abraham (Gen. 15, 12) : « et voici qu’une angoisse sombre, profonde, pesait sur lui », et à propos de Daniel (Daniel 10, 8) : « mon visage s’altéra jusqu’à en devenir livide, et mes forces m’abandonnèrent ».
3. Les informations communiquées au prophète dans la vision prophétique le sont sous la forme d’images métaphoriques. Immédiatement, l’interprétation de cette image sera inscrite en son cœur dans la vision prophétique et il saura de quoi il s’agit. Telle l’échelle que vit Jacob notre père, avec des anges qui montaient et descendaient, métaphore pour [l’ascension] des empires et leur chute. De même, les ‘Hayot que vit Ezéchiel, la chaudière bouillonnante et l’amandier que vit Jérémie, le rouleau que vit Ezéchiel, et la mesure (épha) que vit Zacharie. Et de même les autres prophètes. D’aucuns rapportent l’image métaphorique et son interprétation, comme ceux-là [qui viennent d’être énoncés]. D’autres disent uniquement l’interprétation. Et parfois, ils relatent l’image seulement, sans son interprétation, comme certaines prophéties d’Ezéchiel et de Zacharie. Toutes les prophéties leur sont communiquées sous forme d’images métaphoriques et d’énigmes.
4. Tous les prophètes ne prophétisent pas à tout moment où ils le souhaitent. Ils doivent concentrer leur esprit, et rester joyeux et de bonne humeur, isolés, car la prophétie ne repose pas dans un état de mélancolie ou d’indolence, mais au milieu de la joie. C’est pourquoi, les disciples des prophètes [cf. § suivant] avaient luth, tambourin, flûte, et harpe, et ils recherchaient la prophétie. C’est là le sens de ce qui est dit (1 Samuel 10, 5) : « s’abandonnant à la prophétie », c'est-à-dire marchant dans la voie de la prophétie jusqu’à ce qu’ils prophétisent, comme l’on dit : « untel aspire à devenir grand ».
5. Ceux qui cherchent à prophétiser sont appelés les « disciples des prophètes ». Et bien qu’ils concentrent leur esprit, la Présence divine peut reposer ou ne pas reposer sur eux.
6. Toutes les choses que nous avons dites concernent la prophétie de tous les prophètes, les premiers comme les derniers, à l’exception de Moïse notre maître, le maître de tous les prophètes. Quelle différence y a-t-il entre la prophétie de Moïse et [celle de] tous les autres prophètes ? (a) Tous les prophètes [prophétisaient] dans un rêve ou une vision [dans un état de torpeur], alors que Moïse notre maître prophétisait tout en étant éveillé et debout, comme il est dit (Nom. 7, 89) : « Quand Moïse entrait dans la Tente d’Assignation pour que D.ieu lui parlât, il entendait la Voix lui parlant. » (b) Tous les prophètes [recevaient leur vision prophétique] par l’entremise d’un ange, c’est pourquoi il percevaient ce qu’ils voyaient ce qui leur était donné de voir sous forme de métaphore et d’énigme, alors que Moïse notre maître [ne prophétisait] pas par l’intermédiaire d’un ange, comme il est dit (ibid. 12, 8) : « Je lui parle directement », et il est dit (Ex. 33, 11) : « l’Eternel parlait avec Moïse face à face », et il est dit (Nomb. 12, 8) : « c’est l’image de D.ieu qu’il contemple », c’est-à-dire qu’il n’y avait pas [dans la prophétie de Moïse] d’image métaphorique, mais il voyait la chose clairement, sans énigme ni métaphore. C’est ce que la Thora témoigne à son propos (ibid.) : « dans une apparition claire et sans énigmes », car il ne recevait pas la prophétie sous forme d’une énigme mais d’une apparition en voyant la chose clairement. (c) Tous les prophètes étaient emplis de crainte et d’effroi, et ils étaient confondus [lorsqu’ils prophétisaient], ce qui n’était pas le cas de Moïse. C’est ce que [nous enseigne] le verset (Ex. 33, 11) : « comme un homme s’entretient avec un autre », c’est-à-dire de même qu’un homme n’est pas bouleversé lorsqu’il entend les paroles de son semblable, de même Moïse notre maître avait la force d’esprit [suffisante] pour comprendre les paroles prophétiques tout en restant d’aplomb, en pleine possession de ses moyens. (d) Tous les prophètes ne prophétisaient pas à tout instant où ils voulaient ; il n’en était pas ainsi de Moïse notre maître qui, à tout moment où il le souhaitait, [recevait] l’esprit divin qui le couvrait et la prophétie qui reposait sur lui. Il n’avait pas besoin de disposer son esprit et de s’y préparer, car il était [déjà à tout moment] disposé et prêt, comme les anges. Aussi pouvait-il prophétiser à tout moment, ainsi qu’il est dit (Nomb. 9, 8) : « Restez-là, que j’apprenne ce que l’Eternel ordonnera à votre égard ». C’est ce que D.ieu lui promit, comme il est dit (Deut. 5, 26-27) : « Va, dis-leur de rentrer dans leurs tentes ; et toi, reste ici avec Moi ». Tu apprends donc que tous les prophètes, lorsque la prophétie les quittait, ils retournaient à leur tente, c’est-à-dire à tous les besoins du corps, comme les autres gens, aussi ne restaient-ils pas séparés de leur femme. [En revanche,] Moïse notre maître, ne revint jamais à sa demeure initiale, c’est pourquoi, il se sépara à jamais de sa femme et de tout ce qui est semblable. Son esprit fut [dès lors] lié au Rocher Eternel et la splendeur ne le quitta plus jamais, son visage devint rayonnant et il devint saint comme les anges.
7. Il est possible qu’un prophète connaisse l’état prophétique dans son propre intérêt seulement, pour élargir son esprit et accroître son savoir au point qu’il connaisse ce qu’il ne connaissait pas concernant certaines de ces grandes choses. Et il est possible qu’un prophète soit envoyé auprès d’une nation parmi les nations du monde, ou auprès des habitants d’une certaine ville ou d’un certain royaume, pour les préparer et pour les aviser de ce qu’ils doivent faire, ou pour les empêcher [de commettre] les mauvais agissements dont ils se rendent coupables. Lorsqu’il est envoyé [en mission], un signe ou un miracle [à accomplir] lui est enseigné, afin que le peuple sache que c’est vraiment D.ieu qui l’a envoyé. [Cependant,] on ne croit pas quiconque accomplit un signe ou un miracle [quand il dit] être un prophète. Mais uniquement un homme, dont on sait depuis le début qu’il est apte à la prophétie de par sa sagesse et ses actions par lesquelles il se situe au-delà de tous ses semblables. [Un tel homme,] qui marche dans les voies de la prophétie dans la sainteté et l’abstinence, s’il vient ensuite et accomplit un signe ou un miracle, disant que D.ieu l’a envoyé, c’est une mitsva de l’écouter, ainsi qu’il est dit (Deut. 18, 15) : « c’est lui que vous écouterez ». [Certes,] il est possible qu’il accomplisse un signe ou un miracle sans être prophète – et que ce signe cache [en fait] autre chose [de la sorcellerie par exemple] – néanmoins, c’est une mitsva de l’écouter : dès lors qu’il s’agit d’un homme grand et sage, apte à la prophétie, on s’en remet à la présomption [qu’il est un véritable prophète]. En effet, c’est là ce qui nous a été ordonné, tout comme il nous a été ordonné de rendre un jugement sur la base du témoignage de deux témoins – malgré la possibilité qu’ils aient fait un faux témoignage – puisque nous les connaissons comme gens honorables, on s’en remet à [la présomption d’]honorabilité. Concernant ces choses-là et les choses semblables, il est dit (Deut. 29, 28) : « Les choses cachées appartiennent au Seigneur, notre D.ieu ; mais les choses révélées importent à nous et à nos enfants », et il est dit (1 Samuel 16, 7) : « l’homme ne voit que [ce qui apparaît] à l’œil, et D.ieu regarde le cœur ».
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