Lois relatives aux fondements de la Thora · Chapitre 4
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 16 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. C’est la nature du feu et du vent d’avoir un mouvement de bas – du centre de la terre – en haut, vers le ciel. Et c’est la nature de l’eau et de la terre d’avoir un mouvement qui va d’en dessous le ciel vers le bas, jusqu’au centre [du ciel, c’est-à-dire la terre], car le centre du ciel [la terre] est le point le plus bas qui soit. Leur mouvement n’est dû ni à leur intelligence, ni à leur désir : c’est un régime, une nature qui leur a été fixée. Le feu a une nature chaude et sèche, et il est plus léger que tous [les autres éléments]. Le vent est chaud et humide. L’eau est froide et humide. La terre est sèche et froide, et est plus lourde que tous [les autres]. L’eau est plus légère qu’elle, c’est pourquoi elle se situe au-dessus de la terre. Le vent est plus léger que l’eau, c’est pourquoi il plane sur la surface de l’eau. Quant au feu, il est plus léger que le vent. Puisque ce sont les éléments fondamentaux de tous les corps sublunaires, il se trouve que la matière de chaque corps – que ce soit de l’homme, du bétail, des animaux sauvages, de la volaille, des poissons, du végétal, des métaux ou de la pierre – est une combinaison de feu, de vent, d’eau et de terre. Ces quatre éléments se mélangent ensemble et chacun d’eux subit des changements au moment où il est mélangé, si bien que la chose qui est combinée des quatre éléments ne ressemble à aucun d’eux pris séparément. Et dans ce mélange il n’y a pas ne serait-ce qu’une partie qui serait du feu, de l’eau, de la terre, ou du vent [tel que cet élément existe] en soi. Plutôt, tous ces éléments se sont modifiés et sont devenus un autre corps. Et chaque corps composé de ces quatre éléments présente à la fois la chaleur et la froideur, l’humidité et la sécheresse. Mais dans certains corps l’élément de feu est le plus fort – comme c’est le cas des êtres vivants – et c’est pourquoi la chaleur est plus apparente en eux. Dans d’autres corps, comme les pierres, l’élément de terre prédomine et c’est pourquoi ils présentent beaucoup de sécheresse. Dans d’autres, l’élément d’eau prédomine et c’est pourquoi l’humidité est plus apparente en eux. De cette manière on trouvera un corps plus chaud qu’un autre corps chaud, ou un corps plus sec qu’un autre corps sec. Et de même on trouvera des corps où seule la froideur apparaît, des corps où seule l’humidité apparaît, des corps où apparaissent à la fois et de manière égale la froideur et la sécheresse, ou à la fois et de manière identique la froideur et l’humidité, ou à la fois et de manière identique la chaleur et la sécheresse, ou à la fois et de manière identique la chaleur et l’humidité. Selon l’importance de l’élément prépondérant du mélange, l’action et la nature de cet élément apparaîtront dans le corps mélangé.
3. Tout ce qui est composé de ces quatre éléments finit par s’y résoudre. Certaines choses composées se désagrègent au bout de quelques jours, d’autres après de nombreuses années. Toute chose composée de ces éléments, il est impossible qu’elle n’y résolve pas. Même l’or et le rubis doivent inévitablement se résoudre et revenir à leurs éléments fondamentaux. [Ainsi,] une partie reviendra au feu, une partie à l’eau, une partie au vent, et une partie à la terre.
4. Etant donné que tout ce qui périt se résout et retourne à ces éléments, pourquoi fut-il dit à l’homme (Gen. 3, 19) : « et tu retourneras à la poussière » ? Parce que la majeure partie de sa structure est constituée de poussière. Et ce n’est pas que toute chose périssable, lorsqu’elle périt, retourne immédiatement aux quatre éléments fondamentaux. Plutôt, elle se décomposera [progressivement pour] changer en autre chose, puis cette autre chose en autre chose, pour finalement retourner à ces éléments fondamentaux. Et ainsi, toutes les choses suivent un cycle qui se répète.
5. Ces quatre éléments changent l’un en l’autre perpétuellement, chaque jour et à chaque instant. Mais c’est une partie d’eux qui change et non tout leur corps. Comment cela ? Une partie de la terre qui est proche de l’eau change en se brisant et en devenant eau. De même, une partie de l’eau qui est proche du vent change en s’évaporant et en devenant vent. Et de même, une partie du vent proche du feu change en devenant feu. De même, une partie du feu qui est proche du vent change en se condensant et devenant vent. De même, une partie du vent proche de l’eau change en se condensant et devenant eau. De même, une partie de l’eau proche de la terre change en se condensant et en devenant terre. Ce changement a lieu petit à petit, avec le temps. L’élément fondamental ne change jamais complètement, de manière [par exemple] à ce que toute l’eau devienne vent, ou tout le vent devienne feu, car il est impossible que l’un des quatre éléments s’annule [entièrement]. Seulement, une partie du feu deviendra vent et une partie du vent deviendra feu, et de même entre chaque élément et l’autre on trouvera le changement entre ces quatre éléments, et le cycle continue incessamment.
6. Ces transformations sont dues à la révolution de la sphère, et c’est par sa révolution que les quatre [éléments] sont combinés ensemble et que naissent les corps des hommes, créatures vivantes, végétaux, pierres et métaux. Et D.ieu donne à chaque corps la forme qui lui sied, par l’intermédiaire du Dixième Ange qui est la Forme appelée Ichim.
7. Tu ne verras jamais de matière sans forme, ni de forme sans matière ; en fait, c’est le cœur de l’homme qui divise le corps existant conçu dans son esprit et sait qu’il se compose de matière et de forme. Et il sait qu’il y a des corps [comme les objets et êtres de ce monde] dont la matière est composée des quatre éléments, et d’autres corps [comme les astres] dont la matière est simple, faite d’une seule matière. Les formes qui n’ont pas de matière [les anges] ne sont pas visibles à l’œil ; elles ne sont connues que par la « vue de l’esprit », de la même manière que nous connaissons le Maître de tout sans [Le] voir de nos yeux.
8. L’âme de toute chair est la forme que D.ieu lui a donnée. L’intelligence supérieure que l’on trouve dans l’âme de l’homme est la forme de l’homme qui est entier dans son esprit. Au sujet de cette forme, il est dit dans la Thora (Gen. 1, 26) : « Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance », c’est-à-dire doté d’une forme qui connaît et embrasse les intelligences immatérielles – comme les anges qui sont des formes immatérielles – au point de leur ressembler. [Lorsqu’il dit : « à notre image »,] le verset ne parle pas de la forme [corporelle] qui est visible, c’est-à-dire la bouche, le nez, les joues et les autres parties du corps, car cela est appelé toar (apparence). Cette « image » n’est pas non plus l’âme sensitive (néfech) présente en chaque être vivant, grâce à laquelle il mange, boit, se reproduit, ressent et pense. Plutôt, [on parle ici de] l’Intelligence, qui est la forme de l’âme. Et c’est de la forme de l’âme que l’Ecriture dit : « à notre image et à notre ressemblance ». De nombreuses fois cette forme est appelée « âme » (néfesh) ou « esprit » (roua’h). C’est pourquoi, il faut prêter attention à ces termes [qui ont plusieurs acceptions], afin de ne pas s’y tromper. Et on apprendra [la signification de] chaque terme du contexte dans lequel il est employé.
9. La forme de l’âme n’est pas composée des éléments fondamentaux pour se décomposer en eux et elle ne résulte pas de la force de l’âme vitale pour avoir besoin de cette dernière de la même manière que l’âme vitale a besoin du corps. Plutôt, elle est issue de D.ieu, des cieux. C’est pourquoi, lorsque le corps qui est composé des éléments fondamentaux se résout et que l’âme vitale expire – parce qu’elle n’existe qu’avec le corps et dépend du corps dans toutes ses fonctions – cette forme ne sera pas retranchée, car elle ne dépend pas de l’âme vitale dans ses fonctions. Plutôt, elle connaît et perçoit les esprits dépourvus de matière, elle connaît le Créateur de tout et continue d’exister perpétuellement et pour l’éternité. C’est pour cela que Salomon dit, dans sa sagesse (Ecclésiaste 12, 7) : « La poussière retournera à la terre, redevenant ce qu’elle était, et l’esprit reviendra à D.ieu Qui l’a donné ».
10. Tout ce que nous avons exposé sur ce sujet n’est qu’une goutte dans un seau. Ce sont des notions profondes, mais qui ne sont pas de la même profondeur que les sujets exposés dans les premier et second chapitres [Maasei Merkava]. L’exposé de toutes les questions abordées dans les troisième et quatrième chapitres est ce qu’on appelle Maasei Béréchit. Les sages d’autrefois ont enjoint de ne pas discourir sur ces matières-là également en public ; seulement, on les transmet à une seule personne [à la fois] et on l’instruit.
11. Quelle différence y a-t-il entre [les restrictions concernant l’enseignement du] thème de Maasei Merkava et le thème de Maasei Béréchit ? C’est que Maasei Merkava n’est pas même exposé à un seul disciple, à moins qu’il ne s’agisse d’un sage qui comprenne par sa propre intelligence. Alors on lui en transmettra seulement les premiers éléments [et lui par sa propre intelligence en comprendra la conclusion]. [En revanche,] Maasei Béréchit est enseigné individuellement, même si l’aspirant n’est pas capable de [tout] comprendre par lui-même, on lui enseigne tout ce qu’il est en mesure de comprendre sur la question. Et pourquoi n’enseigne-t-on pas [Maasei Béréchit] publiquement ? Parce que la largesse d’esprit pour comprendre clairement l’explication de toutes ces choses n’est pas donnée à tout un chacun.
12. Lorsque l’homme méditera sur ces idées et qu’il percevra [la nature de] toutes les créations – anges, sphères, hommes et ce qui est semblable – et qu’il verra à travers toutes ces formes et créatures la sagesse du Saint béni soit-Il, son amour pour l’Omniprésent grandira, son âme aura soif et sa chair sera passionnée d’amour pour l’Omniprésent, béni soit-Il. [De plus,] il sera saisi de peur et de crainte en considérant sa petitesse, sa pauvreté, et sa légèreté en comparaison à l’un des saints et grands corps, et a fortiori en comparaison à l’une des formes pures totalement immatérielles, et il se considérera comme un vase plein de confusion et de honte, vide et manquant.
13. Les sujets abordés dans ces quatre chapitres concernant ces cinq commandements, sont ce que les Sages d’autrefois ont appelé Pardess (« le verger »), comme [dans le récit relaté dans le Talmud] : quatre [sages] entrèrent dans le pardess ». Bien qu’ils fussent des grands d’Israël et d’éminents sages, ils n’avaient pas tous la capacité de connaître et de comprendre toutes ces choses clairement. Quant à moi, je dis qu’il ne sied de se promener dans le Pardess qu’à celui qui a rempli son ventre de pain et de viande. « Pain et viande » font référence à la connaissance de ce qui est interdit et ce qui est permis et règles semblables concernant les autres commandements de la Thora. Et bien que de tels sujets aient été assimilés à « une petite chose » par les Sages, qui dirent : « Une grande chose, c’est Maasei Markava ; une petite chose, ce sont les débats d’Abaye et de Rava », néanmoins, il convient de donner priorité [à cette étude], car elle structure l’homme dans son esprit. De surcroît, c’est l’immense bien dispensé par le Saint béni soit-Il afin de permettre une existence stable en ce monde en vue d’hériter de la vie du monde futur. Et [ces lois] peuvent être connues de tout un chacun, petit comme grand, homme ou femme, doté d’un esprit large ou d’un esprit plus étroit.
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