Lois relatives aux fondements de la Thora · Chapitre 2
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 14 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Quel est le chemin [pour parvenir] à L’aimer et à Le craindre ? Lorsqu’un homme contemplera Ses œuvres et Ses créations grandes et extraordinaires, et y verra Sa sagesse incommensurable et infinie, immédiatement, il aimera, louera et glorifiera [D.ieu] et concevra un immense désir de connaître le Grand Nom. Comme le dit David (Psaumes 42, 3) : « Mon âme a soif de D.ieu, du D.ieu vivant ». Et lorsqu’il méditera sur toutes ces idées, immédiatement il reculera, saisi de peur, réalisant qu’il [n’]est [qu’]une créature humble et obscure, qui se tient avec un esprit léger et insignifiant devant Celui dont la connaissance est parfaite, comme le dit David (ibid. 8, 4-5) : « Lorsque je contemple tes cieux, œuvre de Tes doigts […] qu’est donc l’homme, que Tu penses à lui ». En harmonie avec ces principes, je vais exposer quelques grands principes concernant l’œuvre du Maître du monde qui, pour la personne douée de compréhension, seront une porte pour parvenir à aimer D.ieu, ainsi que l’ont dit les Sages, concernant le thème de l’amour : « De cette manière, tu prendras conscience de Celui Qui a dit et le monde fut ».
3. Tout ce que D.ieu a créé dans son monde est divisé en trois parties : (a) les créatures composées de matière et de forme qui, toujours, naissent et périssent, comme les corps des êtres humains, des animaux, des végétaux et des métaux. (b) Les créatures qui sont composées de matière et de forme, mais qui ne subissent pas de changement dans leur corps ou dans leur forme comme les premiers. Plutôt, la forme demeure immuablement stable dans la matière et elles sont inchangées. Ce sont les sphères et les astres : leur matière est différente des autres matières et leur forme différente des autres formes. (c) Les créatures qui sont pure forme sans matière, ce sont les anges. Les anges sont incorporels : ce sont des formes distinctes l’une de l’autre.
4. Qu’est-ce donc ce que disent les prophètes, quand ils affirment avoir vu un ange de feu avec des ailes ? Toutes [ces images] relèvent de la vision prophétique et de l’allégorie, pour exprimer [l’idée] qu’un ange n’est pas corporel et n’a pas de gravité comme les corps pesants. Tout comme, [par exemple,] il est dit (Deut. 4, 24) : « Car l’Eternel ton D.ieu est un feu dévorant » ; Lui n’est pas feu, c’est seulement une expression imagée. Et comme encore il est dit (Psaumes 104, 4) : « Il fait ses anges des vents ».
5. Dès lors qu’elles sont incorporelles, en quoi ces formes sont-elles distinctes l’une de l’autre ? Parce qu’elles ne sont pas identiques de par leur existence : elles se situent l’une en dessous du degré d’élévation de l’autre et chacune existe par la force efficiente de celle qui est au-dessus d’elle ; mais toutes existent par la force du Saint béni soit-Il et Sa bonté. C’est à cela que [le roi] Salomon fit allusion dans sa sagesse quand il dit (Ecclésiaste 5, 7) : « c’est que celui qui est élevé est contrôlé par un supérieur ».
6. Ce que nous avons dit « l’une en dessous du degré d’élévation de l’autre » ne fait pas référence à l’élévation spatiale, tel un homme qui serait assis plus haut qu’un autre. [Au contraire, ce terme est à prendre dans son acception hiérarchique,] comme on dirait de deux sages, dont l’un dépasse l’autre en sagesse, qu’il se situe à « un degré d’élévation supérieur à l’autre » ou comme on dirait de la cause qu’elle est supérieure à son effet.
7. Les différents noms des anges reflètent leurs degrés d’élévation. Ils sont pour cela appelés : ‘Hayot Hakodech – ceux-là sont supérieurs à tous [les autres] – Ofanim, Erelim, ‘Hachmalim, Serafim, Mala’him, Elokim, fils d’élokim, Kerouvim et Ichim. Tous ces dix noms qui désignent les anges expriment leurs dix degrés d’élévation [successifs]. Le plus haut degré qui n’a pas de supérieur si ce n’est l’élévation de D.ieu, béni soit-Il, est celui de la forme appelée ‘hayot. C’est pourquoi, il est dit dans la prophétie que ces anges sont situés en dessous du Trône de gloire. Le dixième degré [le plus inférieur] est celui de la forme appelée ichim : ce sont les anges qui parlent avec les prophètes et leur apparaissent dans la vision prophétique. Aussi sont-ils appelés Ichim (« Hommes »), car leur niveau approche le degré de l’esprit humain.
8. Toutes ces formes sont vivantes et reconnaissent le Créateur, elles Le connaissent d’une connaissance immense, chaque forme selon son propre degré d’élévation, non selon Sa [véritable] grandeur. Même la forme la plus élevée ne peut appréhender la réalité du Créateur tel qu’Il est, son intelligence étant trop étroite pour percevoir et connaître. Néanmoins, sa perception et sa connaissance sont supérieures à celles de la forme inférieure en rang. Et ainsi de suite chaque forme, jusqu’à la dixième : cette dernière aussi connaît le Créateur d’une connaissance que l’humain, fait de matière et de forme, n’a pas le pouvoir d’atteindre. Aucune de toutes ces formes ne connaît le Créateur tel qu’Il Se connaît Lui-même.
9. Tous les existants, à l’exception du Créateur, depuis la Forme la plus élevée jusqu’au plus petit moustique au centre de la terre, sont venus à l’existence par le pouvoir de Sa réalité. Et puisqu’Il se connaît Lui-même et a connaissance de Sa grandeur, Sa splendeur et Sa vérité, Il connaît tout et rien ne Lui est caché.
10. Le Saint béni soit-Il a connaissance de Sa vérité et Il la connaît telle qu’elle est. Et Il ne connaît pas par une connaissance qui est extérieure à Lui, à la manière dont nous connaissons [les choses]. Car nous ne sommes pas un avec notre connaissance ; mais le Créateur, béni soit-Il, Lui, Sa connaissance et Sa vie ne font qu’un de toute part, de tout point de vue et de toute forme d’unité. S’il vivait par une vie [extérieure à Lui] et connaissait par une connaissance extérieure à Lui, il y aurait une pluralité de dieux : Lui, Sa vie, Sa connaissance. Mais il n’en est pas ainsi : [Il est] un de toute part, de tout point de vue et de toute forme d’unité. En conséquence, tu diras : Il est le Sujet connaissant, l’Objet de la connaissance et la Connaissance elle-même : tout ne fait qu’un. Pareille chose, la bouche n’a pas le pouvoir de l’exprimer, ni l’oreille de l’entendre ni l’esprit de l’appréhender pleinement. C’est pour cela qu’on dit : « par la vie du Pharaon ! » (Gen. 42, 15) et « par la vie de ton âme ! » (1 Samuel 25, 26) ; en revanche, on ne dit pas « par la vie de D.ieu ! », mais « par le D.ieu vivant ! » (ibid.), car le Créateur et Sa vie ne sont pas deux choses, comme la vie des corps vivants ou comme la vie des anges. C’est pourquoi, Il ne connaît et n’appréhende les créatures non pas du fait des créatures, comme nous les connaissons, mais du fait de Lui-même. Aussi, parce qu’Il se connaît, Il connaît tout, car l’existence de tout Lui est subordonnée.
11. Ces principes que nous avons exposés au cours ces deux chapitres ne sont qu’une goutte dans l’océan de ce qu’il faudrait expliquer sur la question. L’exposé de tous les principes fondamentaux abordés dans ces deux chapitres est ce qu’on appelle Maassei Merkava.
12. Les sages des premières générations ont enjoint de n’exposer ces notions qu’à un seul homme [à la fois]. Encore faut-il qu’il soit sage et qu’il comprenne par sa propre intelligence. Alors on lui en transmettra seulement les premiers éléments et lui par sa propre intelligence en comprendra la conclusion et pénètrera le sujet dans sa profondeur. Ces notions sont extrêmement profondes et ce n’est pas chaque intelligence qui peut en supporter [la connaissance]. A ce propos, Salomon dit, par allégorie (Proverbes 27, 26) : « et tu auras des brebis pour te vêtir », allégorie que les sages ont ainsi expliquée : « des choses qui forment le mystère de l’univers seront ton vêtement », c’est-à-dire pour toi uniquement et tu ne les exposeras pas publiquement. A ce sujet, Salomon dit encore (ibid. 5, 17) : « Réserve-les à toi seul, et non pour l’étranger avec toi ». Et Il dit aussi (Cantique des cantiques 4, 11) : « Du miel et du lait sont sous ta langue », ce que les premiers sages ont expliqué ainsi : « les choses qui sont comme le lait et le miel devront rester sous ta langue ».
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