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Lois relatives aux fondements de la Thora · Chapitre 1

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 13 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

Au nom de l’Eternel « Étends Ta bonté sur ceux qui Te connaissent, et Ta bienveillance sur les cœurs droits. » (Psaumes 36, 11) Premier Livre, le livre de la Connaissance. Ses [ensembles de] lois sont au nombre de cinq, dont voici l’ordre : Lois relatives aux fondements de la Thora. Lois relatives aux traits de caractère. Lois relatives à l’étude de la Thora. Lois relatives au paganisme et aux traditions des païens. Lois relatives au repentir. Lois relatives aux fondements de la Thora. Elles comprennent dix commandements, six commandements positifs, et quatre commandements négatifs, dont voici le détail : 1. Savoir qu’il y a un D.ieu. 2. Ne pas imaginer qu’il existe un dieu autre que D.ieu. 3. Reconnaître Son unité, 4. L’aimer. 5. Le craindre. 6. Sanctifier Son Nom. 7. Ne pas profaner Son Nom. 8. Ne pas détruire les choses qui portent Son Nom. 9. Écouter le prophète qui parle en Son Nom. 10. Ne pas Le mettre à l’épreuve. L’explication de ces lois se trouve dans les chapitres que voici :

1. Le fondement des fondements et le pilier des sagesses est de savoir qu’il y a une Existence Première et c’est elle qui fait venir à l’existence tout ce qui existe. Toutes les choses existantes, du Ciel, de la Terre et de ce qui est entre eux, ne sont venues à l’existence qu’en vertu de la vérité de Son existence.

2. Supposons qu’Il ne soit pas existant, rien d’autre ne pourrait exister.

3. Supposons que tous les êtres en dehors de Lui n’existent pas, Lui seul demeurerait existant : Son existence ne serait pas annihilée par leur non-existence. Car Il est nécessaire à tous les êtres, mais eux ni aucun d’entre eux n’est nécessaire à Lui, béni soit-Il. C’est pourquoi, la vérité de Son existence n’est comparable à celle d’aucun d’entre eux.

4. C’est là ce que dit le prophète (Jérémie 10, 10) : « L’Eternel D.ieu est vrai » ; Lui seul est la vérité, et aucun autre ne possède une vérité semblable à Sa vérité. C’est [cette idée] que la Thora exprime (Deut. 4, 35) : « Il n’est point d’autre à part Lui », c’est-à-dire « il n’est pas d’autre existence vraie à part Lui, comme Lui ».

5. Cette existence est le D.ieu du monde, maître de toute la Terre. Il dirige la sphère avec une force qui n’a ni fin ni limite, une force qui est ininterrompue. En effet, la sphère tourne perpétuellement, et il est impossible qu’elle tourne sans une cause qui la fasse tourner ; c’est Lui, béni soit-Il, qui la fait tourner, sans main ni corps.

6. Le fait de savoir cela constitue un commandement positif, comme il est dit (Ex. 20, 2) : « Je suis l’Eternel ton D.ieu ». Quiconque imagine qu’il existe un autre dieu hormis Lui transgresse un interdit, comme il est dit (Ex. 20, 3) : « Tu n’auras point d’autre dieu devant Moi » et nie l’essentiel de la foi, car ceci est le principe fondamental dont tout dépend.

7. Ce D.ieu est Un. Il n’est pas deux ni plus, mais Un, d’une unité à laquelle aucune des unités qui existent dans le monde ne peut être comparée, [c’est-à-dire qu’il n’est] pas Un comme [l’unité de] l’espèce qui comprend de nombreuses unités, ni Un comme [l’unité] d’un corps subdivisé en différentes parties et dimensions. Plutôt, c’est une Unité qui ne trouve aucun autre exemple d’unité similaire dans le monde. S’il y avait de nombreuses déités, elles seraient corporelles, car des entités nombrables identiques de par leur existence ne sont distinctes l’une de l’autre qu’en vertu des accidents inhérents aux corps et à la matière. Et si le Créateur était corporel et matériel, il serait fini et limité, car il est impossible qu’un corps soit infini. Et tout [être] dont le corps est fini et limité, sa force est également finie et limitée. Or, notre D.ieu, béni soit Son Nom, étant donné que Sa force est infinie et ininterrompue – puisque la sphère tourne perpétuellement – Sa force n’est pas une force corporelle. Et dès lors qu’Il est incorporel, Il n’est pas sujet aux propriétés du corps pour qu’Il soit divisé ou séparé d’un autre. C’est pourquoi il est impossible qu’Il soit autrement qu’Un. La connaissance de cette doctrine est un commandement positif, comme il est dit (Deut. 6, 4) : « l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est Un ».

8. Voici qu’il est dit expressément dans la Thora et les Prophètes que D.ieu est dépourvu de corps et de forme physique, car il est dit (Deut. 4, 39) : « que l’Eternel est D.ieu dans les cieux en haut et sur la terre en bas » ; or, un être corporel ne pourrait être [simultanément] à deux endroits. Et il est dit (ibid., 15) : « car vous n’avez vu aucune apparence ». [Dans la Tradition prophétique de même] il est dit (Isaïe 40, 25) : « A qui m’assimileriez-vous, à qui ressemblerai-Je ? » ; or, s’il était corporel, Il ressemblerait aux autres corps.

9. Puisqu’il en est ainsi, quel est donc le sens de ce qui est écrit dans la Thora : « Sous Ses pieds » (Ex. 24, 10), « écrites du doigt de D.ieu » (ibid. 31, 18), « la main de l’Eternel » (ibid. 9, 3), « les yeux de l’Eternel » (Gen. 38, 7), « les oreilles de l’Eternel » (Nomb. 11, 1), et [expressions] semblables à celles-là ? Tous [ces anthropomorphismes] se rapportent à l’esprit humain, qui ne reconnaît que les réalités corporelles, et la Thora s’est exprimée dans le langage de l’homme. Ainsi, ce sont tous des termes descriptifs, comme [l’indique clairement] le verset (Deut. 32, 41) : « J’aiguiserai l’éclair de Mon glaive ». En effet, a-t-Il un glaive et exécute-t-Il avec un glaive ? C’est donc une métaphore, et [de même] toutes [ces expressions sont à prendre dans un sens] métaphorique. La preuve en est qu’un prophète dit avoir vu le Saint Béni soit-Il « portant un vêtement blanc comme la neige » (Daniel 7, 9), et un autre [dit L’avoir vu avec] « des vêtements teints de rouge de Boçra » (Isaïe 63, 1). Moïse lui-même Le vit sur la mer comme un Puissant engagé dans la bataille et au Sinaï comme un ministre-officiant enveloppé [de son châle de prière]. [Cela] pour dire qu’il n’a ni image, ni forme, toutes [ces apparitions ne relevant que] de la vision prophétique. Mais la chose dans sa vérité absolue ne peut être appréhendée et sondée par l’esprit humain. C’est là ce que dit le verset (Job 11, 7) : « Peux-tu, en cherchant, trouver D.ieu, trouver la perfection du Tout-Puissant ? »

10. Que Moïse demanda-t-il à appréhender, quand il dit (Ex. 33, 18) : « Montre-moi, de grâce, Ta gloire » ? Il demanda à connaître la réalité de l’existence du Saint béni soit-Il, de manière à l’intérioriser dans son esprit, comme on connaît un homme dont on a vu le visage et dont on a l’image gravée dans l’esprit, ce qui fait qu’on le distingue dans son esprit des autres personnes. Ainsi, Moïse voulut [connaître l’existence de D.ieu] de manière à ce que Son existence soit distincte en son esprit des autres existants, au point de connaître la réalité de Son existence, telle qu’elle est. Et [D.ieu,] Béni soit-Il, lui répondit qu’il n’est pas dans le pouvoir d’un être humain vivant, composé d’un corps et d’une âme, de saisir pleinement cette réalité. [Néanmoins,] le Saint béni soit-Il lui donna à savoir ce que personne ne sut avant lui ni après lui, de sorte qu’il perçut un tant soit peu de la réalité de Son existence : le Saint béni soit-Il devint séparé dans son esprit des autres êtres existants, comme on distinguerait [dans son esprit] un homme que l’on a vu de dos – et dont on a saisi [du regard] tout le corps et les vêtements – des autres hommes. C’est à cela que l’Ecriture fait allusion en disant (Ex. 33, 23) : « Tu Me verras par derrière, mais Ma face ne peut être vue ».

11. Dès lors qu’il est devenu clair qu’Il est dépourvu de corps et de forme physique, il est [tout aussi] clair qu’aucun des accidents qui affectent les corps ne saurait lui être attribué : ni jonction ni séparation, ni place ni mesure, ni montée ni descente, ni droite ni gauche, ni avant ni arrière, ni position assise ou debout. Il ne s’inscrit pas [non plus] dans le temps pour avoir un début, une fin ou un nombre d’années. Il ne subit aucun changement puisqu’il n’y a rien qui puisse causer un quelconque changement en Lui. Il n’est sujet ni à la mort, ni à la vie semblable à la vie du corps. [On ne peut lui attribuer] ni folie ni sagesse semblable à la sagesse d’un homme sage, ni sommeil ni éveil, ni colère ni rire, ni joie ni tristesse, ni silence ni parole semblable à la parole humaine. Ainsi les Sages ont-ils dit : « il n’y a en haut ni position assise ou debout, ni séparation ni jonction ».

12. Dès lors qu’il en est ainsi, toutes ces expressions et [expressions] similaires dites dans la Thora et dans les paroles des Prophètes relèvent toutes de la métaphore et du langage figuré. Comme ce qui est dit : « Celui qui siège dans les cieux rira » (Psaumes 2, 4), « Ils m’ont mis en colère avec leurs vanités » (Deut. 32, 21), « comme l’Eternel s’était plu » (ibid. 28, 63), et [autres figures de style] semblables. Concernant toutes celles-là les Sages ont dit : « La Thora a parlé le langage de l’homme ». De même, il est dit (Jérémie 7, 19) : « Est-ce Moi qu’ils mettent en colère » tandis qu’il est dit (Malachie 3, 6) : « Moi, l’Eternel, Je n’ai pas changé ». Or, s’Il était tantôt en colère tantôt allègre, il serait sujet aux changements. Mais tous ces phénomènes n’existent que chez les êtres corporels, obscurs et bas, qui habitent des maisons d’argiles et ont leurs fondements dans la poussière. Mais Lui, béni soit-Il est exalté et élevé au-delà de tout cela.
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