Lois relatives au chabbat · Chapitre 29
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 137 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. Voici le texte de la sanctification du jour (Kiddouch) : « Béni sois-Tu, Eternel notre D.ieu, Roi de l’univers, Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a désirés, Qui nous a gratifiés de Son saint chabbat avec amour et faveur, en souvenir de l’œuvre de la Création. C’est le commencement des convocations saintes, une commémoration de la sortie d’Egypte. Car c’est nous que Tu as choisis et que Tu as sanctifiés parmi toutes les nations, et avec amour et faveur Tu nous as gratifiés de Ton saint chabbat. Béni sois-Tu, Eternel, Qui sanctifie le chabbat ».
3. Voici le texte de la [cérémonie de] séparation (Havdala) : « Béni sois-Tu, Eternel notre D.ieu, Roi de l’univers, Qui fait séparation entre le saint du profane, entre la lumière et l’obscurité, entre le peuple juif et les nations, entre le septième jour et les six jours de création. Béni sois-Tu, Eternel, Qui fait séparation entre le saint et le profane ».
4. [L’obligation] principale du Kiddouch est la nuit. Qui n’a pas récité le Kiddouch la nuit, que ce soit par inadvertance ou délibérément, peut réciter le Kiddouch toute la journée durant. Qui n’a pas récité la Havdala la nuit peut réciter la Havdala le lendemain : il pourra réciter celle-ci jusqu’à la fin de la journée de mardi. Toutefois, la bénédiction sur la flamme ne peut être récitée que dans la nuit qui suit le chabbat.
5. Il est interdit de manger ou de boire du vin depuis l’entrée du chabbat avant d’avoir procédé au Kiddouch. Et de même, à l’issue du chabbat, il est interdit de commencer à manger, à boire, à réaliser un travail ou à goûter quoi que ce soit tant que l’on n’a pas procédé à la Havdala. Boire de l’eau est [cependant] autorisé. Qui a par oubli ou transgression mangé et bu avant le Kiddouch [le vendredi soir] ou avant la Havdala [à l’issue du chabbat] peut réciter le Kiddouch ou la havadala après avoir mangé.
6. C’est un ordre rabbinique que de réciter le Kiddouch et la Havdala sur [une coupe] de vin. Et bien qu’on ait récité la Havdala dans la prière, on doit répéter la Havdala sur une coupe [de vin]. [Cependant,] une fois que l’on a prononcé la Havdala dans la prière et que l’on a dit « [Qui fait séparation] entre le sacré et le profane », il est permis de réaliser un travail, même si on n’a pas encore récité la Havdala sur une coupe [de vin]. On récite tout d’abord la bénédiction sur le vin, puis on récite le Kiddouch. On ne procède aux ablutions des mains qu’après avoir récité le Kiddouch.
7. Comment procède-t-on ? On prend une coupe [de vin] qui contient un révi’it ou plus, on la lave à l’intérieur et on la rince à l’extérieur. On la remplit de vin et on la tient dans la main droite. On la soulève d’au moins un téfa’h du sol [ou de la table], sans s’aider de la [main] gauche. On récite la bénédiction sur [le fruit de] la vigne, puis on récite le Kiddouch. L’usage accepté universellement dans les communautés juives est de lire tout d’abord le passage Vayekhoulou, puis de réciter la bénédiction sur le vin et ensuite de réciter le Kiddouch. On boit [au moins] une pleine gorgée [de vin] et on donne à boire à tous les convives. Puis, on procède aux ablutions des mains et à la bénédiction du Hamotsi et on mange.
8. Le Kiddouch ne doit être [récité] qu’à l’endroit du repas. Comment cela ? On ne doit pas réciter le Kiddouch dans une maison et manger dans une autre maison [et de même d’une pièce à l’autre]. Mais si on a récité le Kiddouch dans un certain coin [de la pièce], on peut manger dans un autre coin [de celle-ci]. Et pourquoi [donc alors] récite-t-on le Kiddouch à la synagogue ? En raison des hôtes qui mangent et boivent là-bas.
9. [Voici comment procède] celui qui a plus d’appétit pour le pain que pour le vin ou qui ne dispose pas de vin : il procède d’abord aux ablutions des mains, puis il récite la bénédiction Hamotsi et le Kiddouch. Après quoi il coupe [un morceau de pain] et mange. [Cependant,] on ne peut pas réciter la Havdala sur du pain, mais uniquement sur une coupe.
10. Celui qui avait l’intention de réciter le Kiddouch sur du vin le soir de chabbat, mais qui a oublié et a procédé aux ablutions des mains avant de réciter le Kiddouch, doit réciter le Kiddouch sur le pain : il ne doit pas réciter le Kiddouch sur du vin après s’être lavé les mains pour le repas. C’est une mitsva de réciter une bénédiction sur le vin le jour du chabbat avant de prendre le second repas. C’est ce qu’on appelle le « Grand Kiddouch ». On récite seulement la bénédiction « Qui crée le fruit de la vigne » et on boit [la coupe de vin]. Et il est interdit de goûter quoi que ce soit avant d’avoir récité ce Kiddouch. Et ce Kiddouch aussi ne doit être [récité] qu’à l’endroit du repas.
11. On peut réciter le Kiddouch sur une coupe [de vin] veille de chabbat quand il fait jour, bien que le chabbat n’ait pas encore commencé. De même, on peut réciter la Havdala sur une coupe [de vin le chabbat] quand il fait jour, bien que cela soit encore chabbat. Car la mitsva du souvenir consiste à évoquer [le chabbat] soit au moment de son début et de sa fin, soit un peu avant.
12. [Voici comment doit procéder] celui qui est au milieu d’un repas le vendredi lorsque le chabbat commence : il étend une nappe sur la table, récite le Kiddouch et termine [ensuite] son repas. Puis il récite les Actions de Grâce (Birkat Hamazone). Si le chabbat se finit alors qu’il est au milieu de son repas, il peut terminer son repas. Il procède [ensuite] aux ablutions des mains [qui suivent le repas] et récite les Actions de Grâce sur une coupe [de vin]. Puis il récite sur cette coupe la Havdala. Et s’il est au milieu d’une consommation [de boisson lorsque le chabbat prend fin], il s’interrompt, récite la Havdala et reprend sa consommation.
13. [Voici comme doit procéder] celui qui vient de finir son repas lorsque le chabbat commence : il récite tout d’abord les Actions de Grâce, puis il récite le Kiddouch sur une seconde coupe. Il ne doit pas réciter les Actions de Grâce et le Kiddouch sur une même coupe, car on n’accomplit pas deux commandements avec une seule et même coupe, le commandement du Kiddouch et celui des Actions de Grâce étant deux commandements de la Thora.
14. On ne récite le Kiddouch qu’avec du vin apte à servir aux libations sur l’autel. C’est pourquoi, si du miel ou du levain s’y est mélangé, fût-ce [une quantité d’]un grain de moutarde dans un grand tonneau, on ne récite pas le Kiddouch sur ce vin. Telle est la directive qui est donnée dans toutes [les communautés] de l’ouest. D’aucuns permettent de réciter le Kiddouch sur un tel vin et expliquent que l’expression « du vin apte à être offert en libation sur l’autel » n’exclut que le vin qui a une mauvaise odeur, qui a été laissé découvert ou qui a été cuit : aucun d’entre eux ne doit pas utilisé pour le Kiddouch.
15. Du vin qui a le goût du vinaigre, bien qu’il ait l’odeur du vin, on ne récite pas le Kiddouch dessus. De même, de la lie sur laquelle on a versé de l’eau, bien que le mélange ait le goût du vin, on ne récite pas le Kiddouch dessus. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Quand, en versant sur la lie trois [mesures d’]eau, on obtient moins de quatre [mesures]. Mais si on obtient quatre [mesures ou plus], c’est considéré comme du vin dilué, et on peut réciter le Kiddouch dessus.
16. Un récipient qui est rempli de vin, même s’il contient plusieurs révi’it, si on boit un petit peu [de vin de ce récipient], on abîme le vin et il devient [de ce fait] disqualifié. On ne récite pas le Kiddouch sur [le vin] qui reste, parce que c’est considéré comme les restes d’une coupe.
17. On peut réciter le Kiddouch sur le vin qui a l’odeur du vinaigre et le goût du vin. Et de même pour le vin dilué. Et de même, on peut réciter le Kiddouch sur le vin [fait à base] de raisins secs, à condition que les raisins secs renferment encore de l’humidité, de sorte que si on les foule, leur suc soit exprimé. Et de même, on peut réciter le Kiddouch sur du vin nouveau [qui vient de couler] du pressoir. [En fait,] on peut presser une grappe de raisins et réciter le Kiddouch immédiatement après sur [le jus obtenu]. Dans une région où la majorité substitue la bière au vin, bien que celle-ci ne puisse servir pour le Kiddouch, il est permis de réciter dessus la Havdala, étant donné que c’est « le vin du pays ».
18. De même que l’on récite le Kiddouch le soir du chabbat et qu’on récite la Havdala à l’issue du chabbat, de même récite-t-on le Kiddouch les soirs de Yom Tov et la Havdala à l’issue de ceux-ci ainsi qu’à l’issue de Yom Kippour, car tous [ces jours de fête] sont des « chabbat pour D.ieu ». On récite la Havdala dans la nuit qui conduit d’un jour de fête (Yom Tov) à ‘Hol hamoed et dans la nuit qui conduit du chabbat à un jour de fête, mais on ne récite pas la Havdala dans la nuit qui conduit d’un jour de fête au chabbat.
19. Voici le texte du Kiddouch des fêtes (Yom Tov) : « Béni sois-Tu, Eternel, notre D.ieu, Roi de l’univers, Qui nous as choisis d’entre les nations, et nous as élevés d’entre toute langue, Qui nous a élus et nous a grandis, Qui nous a agréés et nous a glorifiés. Tu nous as gratifiés, Eternel notre D.ieu, avec amour, de convocations pour la joie, de fêtes et de temps pour l’allégresse, de ce jour de fête de sainte convocation, jour de fête des Matsot, jour de fête de Chavouot ou jour de fête de Souccot, le temps de notre liberté, le temps du Don de la Thora ou le temps de notre joie, avec amour en souvenir de la sortie d’Egypte. Car c’est nous que Tu as choisis et que Tu as sanctifiés parmi toutes les nations, Tu nous as donné en héritage Tes convocations saintes dans la joie et l’allégresse. Béni sois-Tu, D.ieu, Qui sanctifie Israël et les temps ». Et lorsqu’un jour de fête tombe chabbat, on mentionne le chabbat et on conclut de la même manière que dans la prière : « Qui sanctifie le chabbat, Israël et les temps. »
20. A Roch Hachana, on dit : « Tu nous as donné, Eternel notre D.ieu, avec amour, ce jour de fête, de sainte convocation, souvenir du son [du choffar], une sainte convocation avec amour, en souvenir de la sortie d’Egypte. Car Tu nous as choisis et Tu nous as sanctifiés d’entre tous les peuples, et Ta parole est authentique et immuable à jamais. Béni sois-Tu, Eternel, Roi de toute la terre, Qui sanctifie Israël et le jour du souvenir ». Et lorsque Roch Hachana tombe un chabbat, on conclut : « Qui sanctifie le chabbat, Israël et le jour du souvenir », comme on conclut dans la prière.
21. Les soirs de Yom Tov, on récite le Kiddouch sur le vin comme pour le chabbat. Et si l’on ne dispose pas de vin ou si l’on préfère le pain, on récite le Kiddouch sur le pain. Et de même, on récite à Yom Tov un « Grand Kiddouch » [durant la journée] comme l’on fait pour le chabbat.
22. Comment récite-t-on la bénédiction [du Kiddouch] les soirs de Yom Tov qui tombent [dans la nuit de chabbat à] dimanche ? On récite tout d’abord la bénédiction sur le vin, puis le Kiddouch de la fête, après quoi on récite la bénédiction sur la flamme, puis la Havdala. On conclut dans la Havdala : « Qui fait séparation entre le sacré et le sacré », après quoi on récite la bénédiction de « Qui nous a fait vivre » (Chéhékhéïanou).
23. Tous les soirs de Yom Tov et le soir de Kippour, on dit [la bénédiction de] Chéhé’hyanou. Le septième jour de Pessa’h, on ne récite pas [la bénédiction de] Chéhékhéïanou, car le septième jour de Pessa’h ne constitue pas une fête indépendante [distincte de Pessa’h] ; or, on a déjà récité la bénédiction sur le temps [Chéhé’hyanou] au début de Pessa’h.
24. Voici l’ordre de la Havdala à l’issue du chabbat : on récite la bénédiction sur le vin, puis sur les parfums, et ensuite sur la flamme. Quelle bénédiction récite-t-on sur la flamme ? « Qui crée les lumières du feu ». Puis, on récite la Havdala.
25. On ne prononce la bénédiction sur une flamme que si l’on bénéficie suffisamment de sa lumière pour distinguer une pièce de monnaie d’un pays de celle d’un autre pays. On ne prononce pas la bénédiction sur une flamme ayant servi à des gentils, car leurs festins sont généralement associés à l’idolâtrie ; or, on ne prononce pas la bénédiction sur une flamme ayant servi à l’idolâtrie, ni sur une flamme [allumée en l’honneur] d’un mort.
26. [Sur la flamme qu’]un juif a allumée [avec celle] d’un gentil ou [sur la flamme qu’]un gentil [a allumée avec celle] d’un juif, on prononce la bénédiction. [Sur la flamme qu’]un gentil [a allumée avec celle] d’un [autre] gentil, on ne récite pas la bénédiction. Qui marche à l’extérieur d’une ville [à l’issue de chabbat] et voit une flamme, si cette ville est constituée d’une majorité de gentils, il ne récite pas la bénédiction. Mais si la majorité [de la ville] est juive, il récite la bénédiction. On ne récite pas a priori la bénédiction sur le feu d’une fournaise, d’un four ou d’un fourneau. Concernant [le cas] des braises, [la règle suivante est appliquée :] si un éclat de bois introduit au milieu de celles-ci s’enflamme tout seul, on peut réciter sur celles-ci la bénédiction. On peut réciter la bénédiction sur la lumière d’une maison d’étude s’il se trouve [dans l’assemblée] un homme important en l’honneur de qui on allume. On peut réciter la bénédiction sur la lumière d’une synagogue s’il y a un bedeau qui y réside. La meilleure manière d’accomplir la mitsva de la Havdala est [d’utiliser] une torche. [Cependant,] il n’est pas nécessaire de partir à la recherche d’une flamme [pour la Havdala] comme on recherche [l’accomplissement de] tous les commandements. Plutôt, si on a [du feu à disposition], on récite sur celui-ci la bénédiction.
27. On peut réciter la bénédiction à l’issue du chabbat sur une flamme qui a été allumée pendant chabbat pour un malade ou pour une femme accouchée. On peut réciter la bénédiction à l’issue du chabbat sur un feu [que l’on] produit [en frottant] du bois ou des pierres, car c’est ainsi que le feu fut créé la première fois par l’homme. En revanche, on ne récite par la bénédiction sur une telle flamme à l’issue de Yom Kippour, car la bénédiction à l’issue de Yom Kippour ne doit être prononcée que sur une lumière qui a reposé. Cependant, si une flamme a été allumée pendant le jour de Kippour pour un malade ou une femme accouchée, on peut prononcer sur celle-ci la bénédiction car elle « a reposé de la faute ».
28. Quand un jour de fête tombe au milieu de la semaine, on dit dans [le texte de] la Havdala : « Qui fait séparation entre le sacré du profane, entre la lumière et l’obscurité, entre le peuple juif et les nations, entre le septième jour et les six jours de création », suivant la même formulation qu’à l’issue du chabbat. En effet, on énumère ici les séparations [évoquées dans la Thora]. [Cependant, à l’issue d’une fête] il n’est pas requis de réciter une bénédiction sur les parfums et sur la flamme. De même n’est-il pas requis de réciter la bénédiction sur les parfums à l’issue du jour de Kippour.
29. Pourquoi récite-t-on la bénédiction sur les parfums à la fin du chabbat ? Parce que l’âme est affligée de quitter le chabbat, on la réjouit et on l’apaise avec une odeur agréable.
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