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Lois relatives aux rois et à leurs guerres · Chapitre 7

Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 1012 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.

1. Pour une guerre prescrite par la Loi comme pour une guerre facultative, on nomme un prêtre pour parler au peuple au moment du combat. On l’oint avec l’huile d’onction ; c’est celui qu’on appelle : « l’oint pour la guerre ».

2. A deux reprises, « l’oint pour la guerre » s’adresse au peuple : l’une à la frontière, lorsqu’on la franchit avant que l’armée ne soit rangée en bataille, il dit au peuple : « Quel est l’homme qui a planté une vigne et ne l’a pas rachetée [qu’il s’en aille et retourne chez lui]… » (Deut. 20, 6). Lorsqu’il entendra ces paroles, celui-là reviendra du front. Et [il s’adresse au peuple] une autre fois sur le front ; il dit (ibid., 3) : « n’ayez crainte ni effroi ».

3. Au moment où l’on dispose les unités, à l’approche du combat, « l’oint pour la guerre » se tient sur un emplacement surélevé et toutes les unités sont devant lui ; il leur dit en hébreu : « Ecoute Israël, vous êtes aujourd’hui sur le point de livrer bataille à vos ennemis, que votre cœur ne faiblisse pas, n’ayez crainte ni effroi, ne tremblez pas devant eux. Car l’Eternel votre D.ieu marche avec vous, pour combattre pour vous contre vos ennemis et vous secourir » (ibid., 3-4). Jusque là parle « l’oint pour la guerre », et un autre prêtre subalterne fait entendre ces paroles à tout le peuple d’une voix forte. Après quoi l’oint pour la guerre reprend : « Quel est l’homme qui a construit une nouvelle maison… quel est l’homme qui a planté une vigne… quel est l’homme qui a épousé… » (ibid., 5-7). Jusque là parle l’oint pour la guerre, et un officier le fait entendre à tout le peuple d’une voix forte. Après quoi l’officier parle de lui-même et dit : « Quel est l’homme peureux et au cœur lâche » (ibid., 8) et un autre officier fait entendre ces paroles à tout le peuple.

4. Après que sont partis tous ceux qui quittent le front, on arrange les unités et on nomme des chefs d’armées à la tête du peuple. On place derrière chaque unité des officiers forts et courageux, haches de fer à la main. Celui qui veut s’enfuir du front, ils sont autorisés à lui couper les jambes, car la fuite est le début de la défaite. Dans quel cas dit-on qu’on laisse ces hommes s’en retourner du front ? Dans le cas d’une guerre facultative. Mais pour une guerre prescrite , tous partent [en guerre], même le jeune marié quitte sa chambre et la jeune mariée son dais nuptial.

5. [Concernant l’exemption de celui qui a construit une nouvelle maison, cela s’applique] tant pour celui qui a construit une maison pour y résider que [pour celui qui a construit] une étable, un hangar à bois ou un entrepôt, dès lors qu’ils sont habitables ; [et cela s’applique] tant pour celui qui construit que pour celui qui achète, reçoit en don ou hérite [de telles habitations] : il s’en revient [du front]. En revanche, celui qui construit une grange, une loge de garde, une exèdre, une galerie ou une maison de moins de quatre coudées sur quatre coudées, ou encore qui a volé une maison, ne revient pas [du front].

6. [Concernant l’exemption de celui qui a planté une nouvelle vigne, cela s’applique] tant pour celui qui a planté une vigne que pour celui qui a planté cinq arbres fruitiers, même de cinq espèces différentes, [cela s’applique] tant pour celui qui a planté que pour celui qui a pratiqué le marcottage ou la greffe [si les nouveaux fruits obtenus par] marcottage ou greffe sont sujets à l’obligation de orla. [Enfin, cela s’applique] tant pour celui qui a acheté [ces arbres], qui en a hérité ou qui les a reçus à titre de don. En revanche, celui qui a planté quatre arbres fruitiers, ou cinq arbres non fruitiers, ou celui qui a volé une vigne, ne reviennent pas . De même, une vigne qui appartient à deux associés, ils ne reviennent pas pour elle.

7. [Concernant l’exemption de celui qui a établi des liens matrimoniaux (éroussin) avec une femme : il revient du front,] qu’il ait épousé une femme vierge ou une veuve, ou que sa belle-sœur lui échoie [pour le lévirat] ; même s’ils sont cinq frères et que l’un d’eux soit mort, tous reviennent [du front]. Aurait-il établi des liens matrimoniaux avec une femme « à partir de maintenant et après douze mois » et que le terme fixé échoie durant la guerre, il s’en revient.

8. Celui qui reprend la femme qu’il a répudiée et celui qui épouse (éroussin) une femme qui lui est interdite, par exemple une veuve pour un grand-prêtre, une femme divorcée ou libérée par le déchaussement (‘halitsa) pour un simple prêtre, une mamzéret ou une Gabaonite pour un israélite, ou une fille d’Israël pour un mamzer ou pour un Gabaonite, ceux-là ne reviennent pas [du front].

9. Tous ceux qui reviennent du front lorsqu’ils entendent les paroles du prêtre, ils s’en reviennent et [servent à l’intendance militaire et aux travaux de génie : ils] pourvoient en eau et en vivres leurs frères à l’armée, et entretiennent les routes.

10. Voici ceux qui ne partent pas du tout au front et que l’on n’importune par aucun travail : celui qui a construit une maison et l’a inaugurée [mais n’y a pas habité une année entière], celui qui a pris pour femme celle qui lui était liée matrimonialement ou qui a accompli le lévirat [mais n’a pas profité de cette nouvelle union une année entière], celui qui a racheté sa vigne [mais n’en a pas profité une année entière]. Ils ne partent pas jusqu’à ce qu’une année se soit écoulée, ainsi qu’il est dit ibid. 24, 5) : « Il sera libre pour sa maison pendant un an et il réjouira la femme qu’il aura prise. » Par tradition orale, on a appris qu’il sera libre une année, que ce soit pour la maison qu’il a acquise, pour la femme qu’il a prise ou pour la vigne dont il a commencé à consommer les fruits.

11. Durant toute l’année, il n’est affecté ni à la fourniture d’eau et de vivres, ni à l’entretien des routes, ni à la garde des murailles, il ne paie pas pour les planches [destinées à la fortification des portes] de la ville et aucune tâche que ce soit ne lui sera imposée, ainsi qu’il est dit (ibid.) : « Il ne partira pas à l’armée et on ne lui imposera aucun travail ». [Par cette répétition, la Thora] implique la transgression de deux interdits ; [on ne peut le contraindre] ni pour les besoins de la ville, ni pour les besoins de l’armée.

12. S’il a construit une maison et l’a donnée en location, et que le locataire lui a payé le loyer d’avance, il est comme quelqu’un qui l’a inaugurée. S’il lui a payé le loyer après douze mois, c’est comme s’il ne l’avait pas inaugurée jusqu’alors.

13. Celui qui a construit une maison, y a déposé ses effets et les y a enfermés, s’il avait besoin de perdre son temps pour les garder, il est comme quelqu’un qui a inauguré sa maison et a commencé à s’y installer. Mais si ces objets ne nécessitaient pas qu’il s’assoie et les garde, c’est comme s’il ne l’avait pas inaugurée.

14. Quiconque a construit une maison ou planté une vigne en dehors de la Terre [d’Israël] ne revient pas [du front] pour cela.

15. « Quel est l’homme peureux et au cœur lâche » (Deut. 20, 8) [est à comprendre] littéralement : celui qui n’a pas le courage de se tenir debout dans les rangs serrés. Dès lors qu’il entrera dans les rangs serrés, il s’en remettra à l’Espoir d’Israël et son Sauveur des temps de détresse, il saura que c’est pour l’Unité de D.ieu qu’il combat, au péril de sa vie. Il n’aura ni crainte, ni peur et ne pensera ni à sa femme ni à ses enfants : mais il effacera leur souvenir de son cœur et se libèrera de tout souci pour le combat. Qui commencerait durant le combat à penser, à imaginer et à s’affoler, transgresse une interdiction, ainsi qu’il est dit (ibid., 3) : « Que votre cœur ne faiblisse pas, n’ayez crainte ni effroi, ne tremblez pas devant eux. » Plus encore, il porte la responsabilité de tout le sang d’Israël, et s’il n’a pas gagné et n’a pas combattu de tout son cœur et de toute son âme, c’est comme s’il avait versé le sang de tous, comme il est dit ibid., 8) : « pour qu’il n’annihile pas le cœur de ses frères comme le sien ». Il est dit explicitement dans la Tradition prophétique (Jérémie 48, 10) : « Maudit soit quiconque exécute avec mauvaise foi l'ouvrage de l'Eternel ! Maudit quiconque s’abstient de tremper son épée dans le sang ! » Et quiconque combat de tout son cœur sans peur, dans la seule intention de sanctifier le Nom [de D.ieu], il lui est assuré qu’il ne subira aucun dommage et qu’il ne lui arrivera aucun mal, il construira une maison durable parmi Israël et ce mérite lui sera acquis à lui et ses enfants à jamais, et il méritera la vie du monde futur, ainsi qu’il est dit (I Samuel 25, 28-29) : « Certes, l’Eternel donnera à la maison de mon seigneur une existence durable, car ce sont les guerres de l'Eternel que mon seigneur soutient, et le malheur ne t’atteindra pas […] l’existence de mon seigneur restera liée au faisceau de la vie avec l’Eternel ton Dieu ».
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