Lettres du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Menahem Mendel Schneerson, traduites en français.
Texte intégral. Sommaire du corpus.
Lettre n°153
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°153, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Jeudi 11 Iyar 5704,
Brooklyn,
Au grand et célèbre Rav, aux multiples accomplissements,
qui se consacre aux besoins communautaires avec
abnégation, Rav Elyahou, le docteur Jung,
Je vous salue et vous bénis,
Conformément à votre demande, nous vous avons envoyé, par pli séparé, les tomes 1 et 5 de Sifrénou et quelques spécimens du périodique que nous éditons, en Yiddish et en anglais(1).
Dieu merci, ces livres ont été d'une grande utilité, dans les Yechivot pour jeunes enfants, les Talmud Torah et les écoles qui les ont adoptés. Peu à peu, le cercle de ceux qui les lisent et les étudient s'élargit et nous sommes convaincus que vous profiterez de votre large influence pour les faire connaître et les introduire dans toutes les institutions éducatives qui sont placées sous votre direction ou s'en remettent à votre jugement.
Dans tous les pays, l'esprit qui règne dans les écoles et la pureté des manuels scolaires de lecture pour les enfants exercent une influence considérable sur la jeune génération. Combien plus est-ce le cas dans ce pays, où, par rapport à d'autres contrées, les parents n'ont que peu d'ascendants sur leurs enfants. Une grande attention doit donc être accordée aux écoles. En conséquence, la sainteté des livres de lecture et d'étude mis à la disposition des enfants est le seul moyen d'atteindre le projet pédagogique.
De cette manière, on peut espérer faire acquérir la droiture à la jeune génération, qui sera bénie dans tous les domaines, même si les conditions de l'environnement et de l'époque n'y sont pas favorables.
J'ai commenté, il y a quelques temps(2), l'affirmation de nos Sages selon laquelle l'obligation, pour les adultes, de surveiller les enfants s'applique dans trois domaines spécifiques, l'interdiction des reptiles, du sang et de l'impureté.
On peut en déduire une idée pour le projet pédagogique, celle de la responsabilité des adultes envers les enfants.
En effet(3), l'élève est un enfant par le niveau de ses connaissances. Il reçoit une éducation et il est donc petit par rapport à l'adulte qui la lui dispense. Or, il peut parfois ne pas accepter les directives qui lui sont données ou bien en diminuer la portée. Cette situation peut avoir différentes raisons qui, de façon générale, sont au nombre de trois:
A) On peut considérer que les hommes, à l'époque actuelle, dans un certain endroit, sont rudes et grossiers, peu différents des animaux. Dès lors, comment imaginer qu'ils puissent accepter d'écouter un mot de la Torah, de craindre Dieu? C'est pour répondre à cette objection que la Torah fait obligation à l'adulte d'empêcher l'enfant de consommer des reptiles. Il commet ainsi un acte répugnant, qui révulse tout homme sensé. Mais, il est néanmoins une Mitsva de lui donner une bonne éducation, de le mettre en garde contre de tels actes. Nos Sages affirment que Dieu attend des hommes uniquement ce qu'ils ont la force de réaliser. Il faut en conclure que l'éducateur a le pouvoir d'intervenir et de convaincre.
B) On peut également avancer que l'éducation est efficace pour faire acquérir des notions nouvelles, dont on n'avait pas connaissance auparavant. A l'opposé, les actes courants et habituels sont définitivement acquis dans le comportement de l'enfant et il n'y a aucun espoir de les changer. C'est pour infirmer cette idée que les adultes sont tenus d'empêcher les enfants de consommer du sang. Commentant le verset sois fort et ne consomme pas de sang, nos Sages expliquent que les hommes éprouvaient auparavant une attirance particulière pour sa consommation. On peut en conclure que, dans ce domaine également, l'éducation est positive et efficace.
C) On peut encore estimer que l'éducation est envisageable uniquement lorsqu'une approche rationnelle peut être proposée aux élèves. En revanche, ce qui dépend uniquement de la foi et de la soumission ne peut en aucune façon leur être transmis, dès lors qu'ils affirment ne pas croire. C'est pour cela que la Torah demande aux adultes de s'assurer que les enfants ne se rendent pas impurs. Une telle attitude n'est pas basée sur la logique, mais uniquement sur une disposition de la Torah. Ainsi, le Rambam écrit: Il est bien clair que l'impureté et la pureté sont des décisions de la Torah, dont l'homme ne peut avoir une approche rationnelle. Ces principes font partie des Décrets de la Torah(4).
De quelle utilité seront l'éducation, l'effort et le dévouement dans ces domaines et pour de telles personnes? On peut le déduire de ce que dit le Rambam, à propos de chaque Juif, sans la moindre distinction(5): Celui qui, victime de son mauvais penchant, décide de négliger une Mitsva ou de commettre une transgression, puis qui, parce qu'il a reçu des coups, accomplit cette Mitsva ou s'écarte de cette transgression, n'est nullement considéré comme ayant agi sous l'effet de la contrainte. Bien au contraire, c'est lui qui s'était auparavant placé sous l'emprise du mal.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Kovets Loubavitch. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°72, ainsi que la lettre précédente. (3) La fin de cette lettre reprend celle de la précédente. (4) Qui transcendent la logique. (5) Voir la note 5 de la lettre précédente.
Lettre n°154
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°154, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[Iyar 5704]
L'un des objectifs de ce périodique(1) est de constituer une plate forme d'échanges pour les 'Hassidim 'Habad et tous leurs sympathisants, qui s'interrogent sur la 'Hassidout, en général et sur les livres dernièrement parus, en particulier, comme le dit l'éditorial de la rédaction, paru dans le premier numéro.
Bien évidemment, on éditera, dans ce périodique, uniquement les questions et les réponses qui peuvent intéresser l'ensemble des lecteurs. A celles qui ont uniquement un intérêt personnel, on répondra individuellement, par courrier, ou bien, dans le périodique, mais très brièvement(2).
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Pour inaugurer cette rubrique, je voudrais répondre à une question d'ordre générale, que se posent de nombreuses personnes, lisant les causeries(3) publiées par les éditions Trésors des 'Hassidim(4). C'est la suivante:
Telle idée évoquée dans cette causerie n'est pas du tout expliquée.
L'interprétation donnée, dans cette causerie, de tel verset ou de telle affirmation de nos Sages est purement allégorique. Elle n'a ni source ni fondement.
La réponse est la suivante. Les causeries qui sont éditées, peuvent, pour la majorité de leur texte, être comprises également par ceux qui ne possèdent pas les notions fondamentales de la 'Hassidout 'Habad. Cependant, certaines idées, en particulier celles qui sont évoquées uniquement de manière accessoire, peuvent rester difficiles à comprendre pour celui qui n'a pas étudié la 'Hassidout ou, en tout état de cause, n'en possède pas les bases.
Les discours 'hassidiques ou d'autres causeries donnent assurément une explication satisfaisante de telles notions, car, selon l'expression de nos Sages, les paroles de la Torah sont pauvres(5) dans un texte et riches(6) dans un autre.
De même, l'interprétation des versets et des propos de nos Sages figurant dans ces causeries émanent, de façon générale, de commentaires des Sages, ou bien est basée sur leur explication, donnée par la partie révélée de la Torah ou par son enseignement caché.
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Pour illustrer mon propos, je citerai ici l'une des questions que l'on se pose sur un discours surprenant, selon l'expression de ceux qui m'ont interrogé. Celui-ci figure dans le fascicule de Chicago, qui vient de paraître.
J'ai choisi cette question car ceux qui l'ont soulevé la croyaient si forte qu'il serait impossible de lui trouver une réponse. Nous montrerons ici qu'elle émane uniquement d'un manque de connaissances, de la part de ceux qui l'ont soulevée. Bien plus, ce discours surprenant reprend, en fait, les propos de nos Sages. La réponse à cette question permettra d'établir que toutes les autres en ont une, a fortiori.
La seconde causerie de ce fascicule, à la page 20, rapporte les propos allégoriques de Rabbi Barou'h Morde'haï, commentant la Michna(7) qui commence par ces mots: Akavya, fils de Mehalalel dit. Ils sont les suivants: Le talon(8) de celui qui prie pour proclamer la louange(9) de Dieu dit.
Lorsque cette causerie fut diffusée pour la première fois, sous forme de ronéotype, en hiver 5702(10), elle souleva deux groupes de questions.
Les premières émanaient de ceux qui cherchent à attaquer et qui étaient heureux de pouvoir trouver matière à le faire. Ils s'exclamèrent: C'est bien ce que nous avons toujours dit! Les 'Hassidim énoncent des images et des allégories qui n'ont aucun sens. En voici une preuve de plus! Certes, Akavya ressemble à Ekev et Mehalalel à Mehalel. Peut-on, pour autant, déformer la Michna Akavya, fils de Mehalalel dit en la lisant Le talon de celui qui prie pour proclamer la louange de Dieu dit? Et cette interprétation des 'Hassidim est doublement un non sens, car Akavya et Mehalalel étaient deux personnes différentes. Or, leur interprétation conduit à dire qu'il s'agit d'une seule et même personne.
Le second groupe est constitué par ceux qui veulent accorder des circonstances atténuantes à tous, y compris aux 'Hassidim. Ceux-là disent: C'est vrai, les propos de Rabbi Barou'h Morde'haï ne sont qu'une allégorie, sans fondement, mais cette causerie dit elle-même qu'il faut les interpréter comme tels. Or, les meilleurs Maguidim(11) avaient recours à de tels procédés. Pourquoi les 'Hassidim n'en feraient-ils pas de même? Tout compte fait, l'idée introduite de cette façon est louable. Elle proclame la valeur du sentiment, du coeur.
L'explication de Rabbi Barou'h Morde'haï a été jugée si surprenante que certains 'Hassidim ont eux-mêmes demandé: Pourquoi faire imprimer des propos qui alimentent les attaques? On dira que les 'Hassidim ont inventé une explication de plus qui heurte la logique et ne figure pas dans les paroles de nos Sages!.
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Considérons, tout d'abord, l'auteur de cette explication et les circonstances dans lesquelles il la donna. Rabbi Barou'h Morde'haï était un des plus grands érudits de son époque. Contemporain du Gaon de Vilna, il dirigeait, malgré son jeune âge, l'une des Yechivot de Vilna. Et il introduisit cette allégorie dans une réponse qu'il fit à son beau-frère, immense érudit de la partie révélée de la Torah, qui était un opposant à la 'Hassidout. Puis, le fils de cet opposant la répéta devant tous les sages et les érudits de la ville, à l'issue d'une profonde analyse talmudique.
Sans l'ombre d'un doute, Rabbi Barou'h Morde'haï n'aurait pas écrit à son beau-frère une allégorie et une parole éthique sans fondement dans les propos de nos Sages. Bien plus, cette référence devait être suffisamment forte pour que son beau-frère et tous les autres érudits puissent l'accepter. D'autant que les opposants à la 'Hassidout, pour la plupart, considéraient, à l'époque, que les Maguidim et tous ceux qui faisaient de la morale s'adressaient essentiellement aux femmes, aux ignorants et aux érudits qui avaient la migraine et ne pouvaient étudier la Torah. A chaque affirmation qui leur était soumise, ils rétorquaient aussitôt: Où cela est-il écrit? Où trouve-t-on une allusion à cela dans la Torah?.
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L'interprétation d'un nom en fonction de son étymologie est particulièrement fréquente dans la Loi Ecrite et dans la Loi Orale.
Cela n'est pas vrai uniquement pour les noms collectifs, désignant toute une espèce et ses caractères. Nos Sages rapportent que le Saint béni soit-Il dit aux anges: «La sagesse de l'homme est supérieure à la vôtre». Il leur présenta des bêtes sauvages, des animaux domestiques, des oiseaux et leur demanda: «Comment s'appellent-ils?». Ils ne surent que répondre. Puis, Il les fit passer devant l'homme et lui demanda également: «Comment s'appellent-ils?». Il répondit: «Ceci est un boeuf, cela est un âne». Le Ramban explique: Le Saint béni soit-Il conduisit tous les animaux de la forêt et tous les oiseaux des cieux devant Adam, qui, percevant leur nature profonde, leur attribua le nom qui décrivait au mieux cette nature.
Mais, il en est de même également pour les noms individuels, à partir duquel il est également possible d'établir la nature profonde de celui qui le porte. Et l'interprétation du premier nom est clairement précisée par la Torah: Il l'appela 'Hava(12), car elle était la mère de tous les vivants.
Bien plus, il est possible de commenter un nom même lorsque celui qui l'a attribué n'avait pas cherché à lui donner une telle signification. La Torah le dit également: Ainsi, il a été appelé Yaakov et pour la seconde fois, il a agi avec ruse envers moi(13). Et il en est de même dans les livres des prophètes: Il s'appelle Naval(14) et porte bien son nom. De telles interprétations sont très fréquentes, dans les commentaires de nos Sages.
Plus encore, même si l'on considère que ces références de la Loi Ecrite et des propos de nos Sages ne démontrent rien, car, si des noms sont mentionnés dans la Torah, sans doute est-ce précisément pour les commenter, le traité Yoma précise que Rabbi Meïr analysait les noms de ses contemporains. Et la pratique fit la preuve que ses interprétations étaient justes.
Certes, il relativisait lui-même la valeur de ses explications, parce que celles-ci ne supprimaient pas le libre arbitre à celui qu'elles concernaient. Pour autant, il parvenait bien à déterminer leur nature, comme l'explique le Rambam. Et le Midrach dit, à ce propos: Certains portent des noms terribles et ont un bon comportement. Cela veut bien dire, selon l'expression du Rambam, que le nom n'impose pas une attitude de manière inéluctable.
Nos Sages affirment, en outre, que le nom n'est pas seulement une indication du comportement. Il est lui-même à l'origine de ce comportement. Ils disent ainsi: Un homme doit judicieusement choisir le nom de son fils, qui peut l'induire vers le bien ou vers le mal. Le traité Yoma explique que quelqu'un mourût parce que le nom qui lui avait été donné était celui d'un impie. En pareil cas, on ne peut penser qu'il s'agit d'une punition, car celle-ci serait disproportionnée. Bien plus, elle aurait dû être infligée à celui qui a donné le nom, mais pas à celui qui le portait.
Le nom n'influence pas uniquement celui qui le porte, mais aussi ses descendants et le traité Bera'hot dit: Pourquoi s'appelle-t-elle Ruth? Parce qu'elle eut le mérite d'avoir David pour descendant. D'où sait-on que son nom le lui permit?.
Ainsi, le nom des ancêtres donne également des indications sur les descendants. Nos Sages le montrent de deux manières. D'une part, le nom des pères peut préciser la nature des enfants, comme ce fut le cas de Ruth. De même, le verset dit: Morde'haï, fils de Yaïr, fils de Chimei, fils de Kich et nos Sages expliquent que à chacun fut attribué un nom en fonction de Morde'haï. D'autre part, Le nom des pères, même s'il n'a rien de commun avec les enfants, peut néanmoins souligner leurs qualités. Ainsi, les Sages expliquent le verset: Kora'h fils d'Itshar de la manière suivante: Ce fils rendit le monde aussi brûlant qu'à midi(15). Pourquoi n'est-il pas dit «fils de Yaakov» puisqu'il se projeta(16) lui-même dans le Guéhénom?. Cette dernière interrogation établit que, même si le nom des pères n'est pas attribué en fonction des fils, on peut néanmoins en déduire leurs qualités.
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Lettre n°155
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°155, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mercredi 9 Sivan 5704,
Brooklyn,
Au distingué jeune homme, craignant Dieu et érudit,
le Rav Avraham Chmouel(1),
Je vous salue et vous bénis,
En réponse à l'invitation à votre mariage, qui sera célébré en un moment propice et fructueux(2), je vous adresse ma bénédiction de Mazal Tov, Mazal Tov. Vous bâtirez un foyer juif, basé sur la dimension profonde de la Torah et sur la Mitsva.
Le mariage du Saint béni soit-Il et de tout Israël fut célébré à Chavouot. Nos Sages, dans la Me'hilta Yethro, que Rachi mentionne dans son commentaire de la Torah, au début de la Parchat Bera'ha, compare l'apparition que fit alors le Saint béni soit-Il à celle du marié.
Nous considérons que la Torah a été donnée le 6 Sivan, comme le dit l'Admour Hazaken, dans son Choul'han Arou'h et c'est selon cette date qu'est fixée la lecture de la Torah(3). Les sept jours de festin(4) s'achèvent donc à l'issue du 12 Sivan. C'est pour cela que les sacrifices de Chavouot peuvent être offerts jusqu'à cette date. Et nos Sages expliquent que, d'après l'avis qui considère que la Torah fut donnée le 6 Sivan, les enfants d'Israël se séparèrent(5) ensuite jusqu'au 12.
En tout état de cause, selon l'unanimité des avis, ces jours appartiennent à la période du festin célébrant le mariage du Roi, Roi des rois, le Saint béni soit-Il.
Nos Sages disent que le roi a un visage lumineux, comme la clarté du soleil et il en est de même pour le marié. Le Radal explique: C'est à ce propos qu'il est dit: par la lumière de la face du Roi de vie.
Puisse donc Dieu vous présenter Son visage lumineux et que s'accomplissent toutes les bénédictions de mon beau-père, le Rabbi Chlita.
Avec ma bénédiction de Mazal Tov, de Techouva immédiate et de délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Stein. Voir également la lettre 142. (2) Il devait avoir lieu le 9 Sivan, date que porte cette lettre. (3) Décrivant la révélation du Sinaï. (4) Qui suivent un mariage. (5) Des plaisirs du monde pour s'apprêter à la recevoir.
Lettre n°156
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°156, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 22 Sivan 5704,
Au grand Rav, 'Hassid craignant Dieu, aux multiples
accomplissements, qui rend le Jugement à Yaakov,
le Rav E.E. Hacohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
Par envoi séparé, je vous restitue le livre Veassé Tov, que je vous remercie d'avoir bien voulu me prêter.
J'ai trouvé particulièrement surprenant la conception qu'il développe et mon étonnement est d'autant plus grand que l'expérience des générations passées a montré comment il a été possible de former des milliers, des dizaines de milliers d'hommes animés par la crainte de Dieu.
Mais, je me suis tranquillisé en m'apercevant qu'il s'insurge contre les premiers Kabbalistes.
Puisque j'évoque ceci, je formulerai quelques remarques sur ce livre:
A) Il dit que se souvenir du Chabbat et le garder sont un seul et même Commandement parmi les 613 Mitsvot. Il se base sans doute sur le Séfer Mitsvot Gadol, qui explique: Il est dit, dans le premier énoncé des dix Commandements, «souviens toi du jour du Chabbat» et, dans le second, «garde le jour du Chabbat», mais il s'agit bien de la même Injonction.
Or, on peut s'interroger, à ce propos, car: 1. «Souviens-toi» est une Injonction et «Garde», un Interdit. Comment en faire une seule des 613 Mitsvot? 2. On déduit de l'Injonction «souviens-toi» la nécessité de sanctifier le jour en récitant le Kiddouch sur du vin et de «garde», l'interdiction de travailler pendant le Chabbat, qui n'a cependant pas été comptée parmi les 613 Mitsvot, puisqu'un autre verset dit: tu ne feras aucun travail.
B) Il dit encore: Selon le Zohar, il est clair qu'il faut réciter deux bénédictions pour les Tefilin(2). On peut s'interroger sur cette affirmation: 1. Le Tikouneï Zohar rapporte, à ce propos, une discussion entre le Talmud Babli et le Yerouchalmi. Or, selon le premier, une seule bénédiction suffit et il conclut: selon le domaine médian(3), une seule bénédiction suffit. 2. Le Chaar Hakavanot mentionne les deux avis et les explique d'après la Kabballa, mais le Peri Ets 'Haïm dit: On récitera la bénédiction sur les Tefilin de la tête seulement si l'on s'est interrompu, après avoir mis ceux du bras, par une parole. Il est difficile de penser qu'il aurait soutenu une telle position si elle allait à l'encontre du Zohar.
Lettre n°157
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°157, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Jeudi 24 Sivan 5704,
A l'honorable et fidèle 'Hassid, qui craint Dieu,
le Rav Y.Kats(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je n'ai pu répondre à votre lettre, datant d'avant Chavouot, que j'ai bien reçue en son temps. En effet, j'étais occupé à préparer l'impression du fascicule de Chicago, du second numéro de Kovets Loubavitch et d'autres publications. Vous voudrez bien m'en excuser.
Le fascicule sur Chavouot a eu beaucoup de succès et cela nous encourage fortement à développer cette série.
Je voudrais vous remercier, au nom du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h, pour la part importante que vous prenez à la diffusion de ces fascicules.
Il y a trois ans, lorsque mon beau-père, le Rabbi Chlita, a fondé le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h, beaucoup ont dit: En Amérique, une telle initiative ne peut pas être durable. Ici, tout est différent. On ne peut faire autrement que de transgresser certains Interdits. Ici, cela est permis.
Notre action a fait la preuve que l'on peut et que l'on doit avoir, même en Amérique, une éducation sans compromis, des manuels d'étude et de lecture dans lesquels ne figurent pas des idées hérétiques, des enfants nés dans ce pays qui se mobilisent pour le respect du Chabbat et le Judaïsme.
Pour obtenir un tel résultat, nous devons être aidés, car il y a fort à faire et tout est important.
C'est la raison pour laquelle chaque ami attentionné nous est particulièrement précieux et nous espérons qu'il attirera, à son tour, ses propres amis.
Notre Sidra relate l'épisode des explorateurs. Ceux-ci étaient des dignitaires du peuple d'Israël et ils étaient alors vertueux. Puis, ils déclarèrent: C'est effectivement un pays où coulent le lait et le miel. Mais, le peuple qui y réside est puissant. Amalek se trouve dans le sud. Et tout cela était vrai. Mais, ils conclurent: Nous ne pourrons pas vaincre ce peuple, car il est plus fort que nous. Cela était faux et la Guemara Sotta 35b explique ce que ces mots signifient: Dieu Lui-même ne peut s'en rendre Maître; Des propos hérétiques!
Il en est strictement de même lorsque l'on dit que l'Amérique est un pays où coulent le lait et le miel, que l'on y connaît tous les plaisirs matériels, dans lesquels on est embourbé, que l'on est entouré de disciples d'Amalek. Dès lors, comment s'adresser à quelqu'un qui est éloigné du Judaïsme et lui demander d'adopter un mode de vie basé sur la Torah et les Mitsvot? Cet endroit ne le permet pas! Or, de telles affirmations sont la négation de la foi.
Il faut donc s'emplir de détermination et, comme Calev, s'écrier: Nous nous y rendrons et, en conséquence, nous serons capables de la recevoir.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(2)
Notes
(1) Rav Yaakov Kats. Voir la lettre n°77. (2) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°158
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°158, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 29 Sivan 5704,
Brooklyn,
Au distingué jeune homme, 'Hassid érudit et craignant
Dieu, le Rav Its'hak Hacohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous m'avez invité à votre mariage(2), qui sera célébré en un moment bon et fructueux et je vous adresse, en réponse, ma bénédiction, une bénédiction de Mazal Tov, Mazal Tov. Vous bâtirez un foyer juif, basé sur l'aspect profond de la Torah et de la Mitsva.
Nos Sages comparent ce monde à un mariage et la 'Hassidout précise cette idée. Elle indique que le descente de l'âme dans un corps, en ce monde matériel, est effectivement comparable à un mariage qui révèle l'Infini ici-bas. De même, l'âme connaît l'avancement, dans ce monde et celui-ci peut transcender toutes les limites, être de tout ton pouvoir.
Ce mariage peut être envisagé de différentes façons et, de fait, il y a, pour un homme juif, plusieurs manières de servir Dieu dans le monde matériel. On peut, tout d'abord, le faire par sa propre personne, physiquement ou moralement. On peut également agir sur le monde, se consacrer à l'étude ou bien y exercer une activité commerciale.
C'est pour cela que, disent nos Sages, le monde n'est pas envisageable si nul n'y vend du parfum, qui, par sa bonne odeur, réanime l'âme. Mais, un tanneur(3) doit également s'y trouver, qui tanne les peaux que sont le corps et l'âme animale.
Nos Sages concluent: Heureux l'homme dont le métier consiste à vendre des parfums. Au sein du peuple juif, c'est plus spécifiquement le rôle qui est confié à la tribu de Lévi(4), qui selon les termes du Rambam, fut séparée pour se consacrer au service de Dieu, pour enseigner Ses voies justes et droites au plus grand nombre, se tenant à l'écart des comportements du monde pour être les soldats de Dieu.
Combien plus doit-il en être ainsi lorsqu'il s'agit d'un Cohen qui, comme le dit le Rambam, se porte volontaire, par son esprit et sa sagesse, pour se séparer, se tenir devant Dieu et Le servir. Dès lors, il est «consacré Saint des saints». Dieu est sa part et, dans ce monde, il satisfera tous ses besoins.
Avec ma bénédiction de Mazal Tov, de Techouva immédiate et de délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Rav Hendel, de Montréal. (2) Célébré le 29 Sivan. (3) Dont l'odeur est particulièrement désagréable. (4) Le destinataire de cette lettre est un Cohen, appartenant à la tribu de Lévi.
Lettre n°159
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°159, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Jeudi 1er Tamouz 5704,
Brooklyn, New York,
Au très cher monsieur Tsvi Palmer,
New Jersey,
Je vous salue et vous bénis,
Votre frère, notre très cher monsieur Palmer, m'a parlé de vous et c'est en me fondant sur ce qu'il m'a dit que je vous écris.
Je voudrais d'abord vous décrire, en quelques lignes, les objectifs de Ma'hané Israël.
Mon beau-père, le Rabbi Chlita de Loubavitch, Rabbi Yossef Its'hak Schneersohn, a fondé cette institution avec l'intention, entre autres, de faire connaître la signification véritable et l'immense valeur du Judaïsme, de la diffuser auprès des cercles les plus larges, de répondre à toutes les questions que l'on pourrait se poser, concernant le Judaïsme, la Torah et les Mitsvot.
Selon la manière dont votre frère vous a présenté à moi, j'ai pu comprendre que vous vous intéressez à ces questions. C'est précisément pour cela que je vous écris. Je voudrais vous dire que nous sommes prêts à rester en contact avec vous. D'après les informations dont nous disposons et dont nous nous réjouissons, différents points évoqués ci-dessus vous concernent directement.
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L'une des valeurs essentielles du Judaïsme est l'unité, non seulement la foi en un Dieu unique et en une Torah unique, mais aussi l'unité chez chaque Juif, dans sa vie personnelle.
A l'opposé de conceptions favorisant le corps au détriment de l'âme, ou de celle qui impose des souffrances et des mortifications au corps tant qu'il est lié à l'âme, la Torah affirme que l'âme peut et doit diriger le corps. Elle ne doit pas lui imposer des mortifications mais, bien au contraire, le diriger, en bonne santé, selon les directives de la Torah, qui est appelée Torah de vie.
L'unité doit, en particulier, être obtenue dans la vie morale. Il existe trois conceptions de l'existence idéale, pour un homme:
A) La première privilégie la logique, l'intellect froid et calculé.
B) La seconde prend en compte uniquement le coeur et l'émotion chaleureuse.
C) La troisième accorde peu d'importance à ce que l'on pense ou à ce que l'on ressent en son coeur. Elle établit le rôle fondamental de l'action concrète, exige que celle-ci soit positive.
La Torah considère et tranche que l'homme doit être intègre, rechercher la perfection. Or, le seul moyen d'y parvenir est de réaliser l'unité entre la tête, le corps et la main. Tous ces membres doivent fonctionner de manière harmonieuse, conformément à la Volonté de Dieu.
S'engager dans le droit chemin est si important que tel est l'apport essentiel des Tefilin, comme l'expliquent nos Sages. Lorsqu'un Juif les porte sur son bras, à hauteur de son coeur et sur sa tête, celles-ci doivent instaurer l'harmonie et lui permettre de vivre une véritable vie juive, emplie de Torah.
Plus profondément, l'accomplissement de la Mitsva des Tefilin, le simple fait de les porter renforce un Juif et décuple ses forces morales, lui permettant de réaliser, dans son existence, l'harmonie entre la main, le coeur et la tête, de la manière définie par la Torah.
Certes, nous ne comprenons pas comment l'action concrète de mettre les Tefilin peut mettre en éveil les forces de l'âme, tout comme l'enfant ne comprend pas la relation entre le pain qu'il mange et sa santé physique, permettant à son âme de demeurer dans son corps.
Différents récits et commentaires de nos Sages soulignent l'importance des Tefilin. J'en citerai quelques uns ici:
A) L'ensemble de la Torah, avec toutes ses Mitsvot, est comparé aux Tefilin, desquels on peut apprendre différents détails.
B) On peut accomplir la Mitsva des Tefilin en les mettant une seule fois chaque jour, à la synagogue ou bien chez soi. Néanmoins, lorsque les hommes étaient plus purs et plus proches de la spiritualité, ils les portaient tout au long du jour, à la synagogue, à la maison et dans la rue.
Pour vérifier à quel point cette Mitsva leur était précieuse, il suffit de consulter la plainte de la Guemara, lorsqu'elle rapporte un certain récit qui concerne les Tefilin.
Un décret prononçait alors(1) une condamnation à mort contre ceux qui mettaient les Tefilin.
Les Juifs cessèrent-ils de les porter pour autant? Pas du tout et la Guemara ne se plaint nullement, à ce propos. On ne cessa pas de les mettre.
Les Juifs se limitèrent-ils à s'acquitter de la stricte obligation et portèrent-ils les Tefilin une seule fois pas jour? Pas plus et ce n'est pas ce que dit la Guemara. Comme auparavant, les Juifs les portaient dans la rue, au péril de leur vie, tant cette Mitsva leur était précieuse.
Mais, c'est uniquement quelques personnes, comme, par exemple, Elisha qui avait des ailes(2), qui adoptèrent un tel comportement. La Guemara considère donc que la Mitsva des Tefilin aurait justifié un sacrifice plus massif.
Dans une analyse précise, les Tossafot considèrent qu'il n'y avait, là encore, aucune raison de se plaindre. Comment put-on vérifier que les Juifs n'observaient pas la Mitsva des Tefilin avec autant de détermination qu'ils auraient dû le faire, ce qui justifie l'étonnement et la plainte de la Guemara?
La Guemara cite un exemple. A l'époque du décret, Elisha marchait dans la rue, portant, bien sûr, ses Tefilin. Un officier le vit, le poursuivit et lui demanda ce qu'il portait. Elisha lui répondit: Des ailes de colombe.
En d'autres termes, il n'eut pas le courage de dire qu'il s'agissait de Tefilin et, de fait, une mort certaine l'attendait s'il l'avait dit. On considéra, néanmoins, que la valeur qu'il accordait aux Tefilin était insuffisante, que celle-ci méritaient, justifiaient plus d'enthousiasme de sa part.
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De nombreux enseignements peuvent être appris de chaque Mitsva et toutes raffermissent les forces spirituelles de l'homme, même si nous ne le percevons pas toujours clairement, comme nous l'avons dit.
Combien plus est-ce le cas pour les Commandements qu'il nous est demandé de respecter quotidiennement. C'est le cas des Tefilin, que l'on met chaque jour, à l'exception du Chabbat et des fêtes et qui sont définies comme un signe immuable de l'union entre Israël et Dieu.
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Je serais heureux d'avoir de vos nouvelles. Surtout, n'hésitez pas à vous adresser à nous, si vous pensez que nous pouvons vous venir en aide, d'une quelconque façon, comme je le disais au début de cette lettre.
Avec mes meilleurs souhaits, pour une Techouva immédiate et une délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) A l'époque des romains. (2) Lorsque les ennemis le saisirent, les Tefilin devinrent des ailes d'oiseau dans ses mains.
Lettre n°160
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°160, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Jeudi 1er Tamouz 5704,
Au grand Rav et 'Hassid, érudit et craignant Dieu,
le Rav A.E. Axelrod(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre:
A) La 'Hassidout indique qu'un peu d'assurance est nécessaire, au début du service de Dieu, alors que, selon le Rambam, toute forme d'orgueil doit être rejetée(2). Vous expliquez donc que la 'Hassidout parle d'un érudit et le Rambam, de toutes les autres personnes.
Vous consulterez, à ce propos, le commentaire que donne le Rambam de la Michna: sois très humble devant chaque homme. Il dit: Celui qui rejette totalement l'orgueil s'oppose à l'avis selon lequel l'érudit doit en avoir un peu. Le traité Sotta doit aussi être interprété en ce sens, puisqu'il énonce ces avis l'un après l'autre, même si la formulation n'est pas précisément celle d'une controverse.
(...) Il semble que le Choul'han Arou'h de l'Admour Hazaken aille dans le même sens, puisqu'il indique de quelle manière imposer son autorité à la communauté et la réaction que doit avoir un érudit qui a subi un affront.
B) Vous me dites qu'il n'y a pas grand intérêt à ce que vous exprimiez votre avis, dans votre ville, sur la qualité des manuels scolaires, car ceux qui décident, étant éloignés de la pratique juive, n'en tiendront pas compte. Vous pouvez, néanmoins, montrer la valeur de ces livres, d'un point de vue pédagogique. Nos Sages demandent: Ce qui est évident pour toi l'est-il pour les autres?. Et, qui sait, peut-être votre intervention sera-t-elle suivie d'effet.
C) Vous cherchez un livre d'histoire rédigé en hébreu et fidèle à la tradition. Le seul que je connaisse s'appelle histoire pour les enfants d'Israël, dont l'auteur est Jabès.
D) L'enseignement secondaire du Beth Rivka(3) intègre, pour l'heure, uniquement des études de Torah. Aucune décision n'a été prise pour la prochaine rentrée.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Rav Avraham Elyahou Axelrod. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°149. (3) Voir, à ce propos, la lettre n°36.
Lettre n°161
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°161, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 27 Tamouz 5704,
Au grand Rav et 'Hassid, érudit et craignant Dieu,
le Rav A.E.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre du mercredi de la Parchat 'Houkat:
A) Vous considérez qu'il n'y a pas d'opposition entre l'avis qui rejette totalement toute marque d'orgueil et celui qui en conseille un peu à l'érudit(2). Vous vous demandez si telle n'est pas l'opinion du Rambam.
Vous consulterez les Hagaot Maymonyot, établissant qu'une telle opposition existe, en effet.
De même, dans son commentaire de la Michna, le Rambam condamne résolument l'orgueil et l'on peut en conclure qu'il ne fait, de ce point de vue, aucune différence, entre l'érudit et les autres hommes.
B) Les références que je citais dans ma lettre portaient uniquement sur la formulation de la Guemara. Je viens d'apprendre que le Sdé 'Hémed évoque ce sujet, mais il n'est pas en ma possession et je ne peux donc le consulter.
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Rav Avraham Elyahou Axelrod. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°149 et la lettre précédente.
Lettre n°162
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°162, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[Avant Mena'hem Av 5704(1)]
Au grand Rav, 'Hassid craignant Dieu, aux multiples
accomplissements, qui rend le Jugement à Yaakov,
le Rav E.E. Hacohen(2),
Vous m'avez posé la question suivante:
Le Emeth Leyaakov, un commentaire de la Agada talmudique rédigé par le Rav de Lissa, mentionne l'affirmation de nos Sages, selon laquelle «grande est la Techouva, qui atteint jusqu'au Trône céleste. Mais, Rabbi Yo'hanan fait remarquer qu'elle ne parvient pas jusque là». Il explique: «Lorsqu'un homme commet une faute, même s'il se repent, par la suite, en s'emplissant d'un profond amour pour Dieu, comme le roi David, il n'en est pas moins considéré comme un infirme qui a guéri. Il est donc impossible que la Présence divine se révèle à lui, qu'il s'identifie au trône céleste. Dans ce domaine, la Techouva est efficace seulement lorsqu'elle émane d'une communauté. C'est ainsi que les enfants d'Israël furent appelés Sanctuaire de Dieu, bien qu'ils aient, à plusieurs reprises, commis des actes idolâtres.
L'auteur est un des plus grands Décisionnaires de ces dernières générations et ses propos sont donc particulièrement douloureux. Le traité Chabbat dit, en effet: Celui qui pense que David a commis une faute se trompe, ainsi qu'il est dit: Dieu est avec lui. Est-il envisageable qu'il commette une faute, alors que la Présence de Dieu l'accompagne?. Bien plus, le verset dit Dieu est toujours avec lui et il n'y eut donc pas un seul instant au cours duquel il puisse commettre une faute.
Par ailleurs, l'Admour Hazaken précise, dans le Tanya, que les Patriarches étaient totalement soumis à Dieu et qu'il en est de même pour chaque Juif qui étudie la Torah ou pratique une Mitsva. Aucune distinction n'est faite par lui entre celui qui a accédé à la Techouva et le Juste parfait. Et il souligne clairement qu'il en est ainsi pour chacun. Comment concilier ces deux positions?
*
*
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Voici ma réponse:
Pour comprendre les propos de l'Admour Hazaken, il faut, tout d'abord, expliquer la différence entre la soumission des Patriarches et celle de tous les Juifs qui étudient la Torah ou pratiquent la Mitsva. Il est clair que ces deux attitudes ne sont pas identiques.
Le Tanya précise cette différence, au chapitre 23: Les Patriarches étaient totalement soumis. Les membres de leur corps étaient saints et séparés des attraits du monde. Chaque jour de leur vie, ils furent soumis uniquement à la Volonté de Dieu.
Le chapitre 34 ajoute: Les Patriarches furent totalement soumis et, tout au long de leur vie, ils ne cessèrent pas un seul instant de s'attacher à Dieu par leur pensée. Le chapitre 39 précise: Cette soumission totale consiste à intégrer sa propre existence à la Lumière de Dieu, avec tout ce que l'on possède, en mettant en pratique la Torah et les Mitsvot. Ainsi, les Patriarches furent totalement soumis parce que, tout au long de leur existence, ils adoptèrent cette manière de servir Dieu.
Lettre n°164
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°164, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
4 Av 5704,
Au grand Rav, 'Hassid craignant Dieu, aux multiples
accomplissements, dont les lèvres expriment la sagesse,
le Rav E.E. Hacohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous avez sûrement reçu, en leur temps, les deux premiers numéros du Kovets Loubavitch.
Dans la rubrique réponses et éclaircissements du troisième numéro, nous traiterons de la question, que vous avez soulevée, sur la contradiction entre ce que dit le 'Havat Daat et l'explication du Tanya(2). Ce sujet peut être d'un grand intérêt pour tous. Nous répondrons également à la question d'un Rav de Toronto(3).
Des réponses seront apportées, selon mon humble avis, à ces questions et j'aurais souhaité, selon l'usage qui a été adopté, mentionner le nom de celui qui pose la question, c'est-à-dire le vôtre. Il en résultera, pour tous, un encouragement à l'étude de la 'Hassidout.
Vous voudrez bien me dire si vous en êtes d'accord.
Vous avez sûrement déjà reçu ma précédente lettre et le livre Sour Mera Veassé Tov.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Notes
(1) Le Rav Efraïm Eliézer Hacohen Yalles, de Philadelphie. (2) Voir la lettre n°162. (3) Voir la lettre n°163.
Lettre n°165
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°165, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mercredi 6 Mena'hem Av 5704,
A l'honorable jeune homme, 'Hassid qui craint Dieu,
monsieur Chalom(1),
Je fais réponse aux questions que vous m'avez posées sur le Tanya:
A) Au début du second chapitre, il est question de l'âme que Tu as insufflée (Nafa'hta) en moi. Or, le mot Nafa'hta est orthographié sans Hé final, alors que, dans le Sidour, il en a un. On retrouve la même manière d'écrire ce mot dans Igueret Hakodech(2).
On pourrait développer, de manière allusive, l'explication suivante. Le but du Tanya est de montrer que l'âme divine émane de la vitalité céleste la plus profonde. Le mot Nefa'hta, avec un Hé, décrit l'âme telle qu'elle se trouve ici-bas et pourrait prêter à penser que seule l'introduction de l'âme dans le corps, mais non l'âme divine elle-même, provient du souffle profond de Dieu.
En réalité, les deux affirmations sont exactes. L'âme proprement dite et son introduction dans le corps émanent, l'une et l'autre, de la profondeur du souffle divin. C'est pour cette raison qu'il est Nafa'hta, sans Hé, soulignant que l'âme se constitua lorsque Dieu l'insuffla dans le corps.
Il en résulte la lecture suivante du verset: Il insuffla dans ses narines et, de ce Souffle, se constitua une âme de vie.
A l'opposé, les bénédictions du matin(3) décrivent la descente de l'âme, à travers les différents stades de l'enchaînement des mondes. Il est donc nécessaire de dire Nefa'hta, avec un Hé.
Mais, une telle explication est difficile à accepter. De plus, l'auteur du Tanya fait ici une citation. Or, dans les textes où apparaît le mot Nefa'hta, il est toujours orthographié avec un Hé.
Certes, dans le Peri Ets 'Haïm, édition de Doubrovna, on trouve Nafa'hta, sans Hé. Mais, cela ne prouve rien, car cette édition est emplie de fautes d'imprimerie et, du reste, le mot Berata, Tu l'as créée, figurant juste avant, se termine bien, lui, par un Hé. Dans le Chaar Hakavanot, édition de Jérusalem, on trouve Barata, sans Hé et Nefa'hta, avec un Hé. Dans le Michnat 'Hassidim, l'un et l'autre ont un Hé.
Je suis donc pratiquement certain que le texte portait, à l'origine, le mot Nefa'hta, se terminant par une apostrophe qui remplaçait le Hé. Une telle manière d'écrire était courante, pour ne pas dépasser la ligne. Puis, par une faute d'imprimerie ou une erreur du copiste, cette apostrophe a disparu.
On peut, du reste, tirer une preuve de cette interprétation en considérant la citation de ce chapitre du Tanya dans le Likouteï Torah. Le mot Nefa'hta y est, en effet, écrit avec un Hé. Ce n'est pas le cas dans l'édition de Jithomyr, mais l'on sait que celle-ci avait de nombreuses fautes d'imprimerie, de même que certaines des éditions suivantes.
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Remarque: Une autre question se pose sur ce passage du Tanya et je suis surpris que vous ne l'ayez pas posée. Il y est dit, en effet: Et Toi (Veata), Tu l'as insufflée, alors que le texte(4) dit seulement Ata, Toi.
On pourrait considérer ce Vav indépendamment du mot Ata et imaginer qu'il fait la coordination avec l'explication précédente du Tanya, comme s'il était écrit et voici une autre preuve: il est écrit Ata, Toi.... En revanche, cette explication ne s'applique pas au Likouteï Torah, qui commence son explication par Veata(5), puis, plus loin, répète une seconde fois ce mot.
On peut donc expliquer que ce passage du Tanya est rédigé d'après le rituel de prières du Rambam, dans lequel il est dit Veata. Le Otsar Hatefilot précise que cette formulation se retrouve dans le Ma'hzor Vitry, dans le Sidour yéménite et dans le Ma'hzor de Rome.
Néanmoins, on peut s'interroger, à ce propos. Pourquoi le Tanya et le Likouteï Torah auraient-ils adopté le rituel du Rambam? Concrètement, l'Admour Hazaken, dans son Sidour, dit bien Ata, sans Vav.
D'après la 'Hassidout, on peut sans doute expliquer que le Vav précédant un mot fait allusion à une révélation, provenant d'une source élevée, à un reflet du fil de lumière(6).
C'est la raison pour laquelle, dans notre rituel(7), nous disons Ata, alors que, lorsqu'une protection est nécessaire, nous disons Veata(8). En effet, celui qui protège doit être plus élevé que celui qui est protégé. En conséquence, la protection doit émaner d'une source particulièrement haute, transcendant celle à partir de laquelle l'âme est insufflée. De plus, elle s'applique à la partie essentielle de l'âme, dépassant celle qui s'introduit dans le corps.
Cette protection est effective pendant que l'âme se trouve dans le corps, c'est-à-dire pendant qu'elle y est insufflée. Tel est le sens simple de cette bénédiction. Le reflet(9) de l'âme et sa partie essentielle(10) sont alors reliés et la protection est accordée, précisément dans ce monde matériel.
Certains discours 'hassidiques précisent que cette protection émane du grand cercle qui précéda le fil de lumière(6), alors que, selon d'autres textes, elle provient de ce fil proprement dit. En fait, la présence du Vav atteste que sa source est particulièrement haute et se révèle, à chaque stade, selon le besoin. Ainsi, si la protection doit entourer l'âme, elle trouve son origine dans le grand cercle. Si elle doit la pénétrer, elle provient du fil de lumière. Ceci pourrait être développé, mais ce n'est pas l'occasion de le faire.
Le Tanya et le Likouteï Torah font essentiellement allusion à la partie de l'âme qui s'introduit dans le corps. Ces textes indiquent donc qu'elle est insufflée, à partir de sa source, laquelle, du reste, est en relation permanente avec l'âme se trouvant dans le corps, puisqu'elle l'entoure et la protège. Il y est donc dit Veata, avec un Vav faisant allusion à cette protection et à la manière dont cette âme est insufflée dans le corps, comme on l'a dit.
Il est un texte du Likouteï Torah qui dit Veata Nefa'hta, mais je ne sais pas dans quelle mesure cette version est précise, ce qu'il y manque et ce qui y a été rajouté.
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B) Le chapitre 24 du Tanya dit: Une situation de danger repousse toutes les autres fautes et nos Sages ont précisé dans quel contexte il était permis de transgresser un Précepte de la Torah plutôt que de se laisser tuer. Ils disent ainsi: «Transgresse un Chabbat pour le sauver afin qu'il puisse, par la suite, respecter de nombreux Chabbats, mais non parce que telle transgression est plus ou moins grave. En fait, Dieu a décidé qu'il devait en être ainsi.
Vous posez, à ce propos, la question suivante. En quoi cela explique-t-il pourquoi il faut, dans certains cas, commettre une faute plutôt que de se laisser tuer? Ou bien peut-être le Tanya indique-t-il ici que la possibilité de passer outre aux Préceptes de la Torah, en cas de danger, est une obligation et non une simple permission. Or, une discussion oppose les Décisionnaires, à ce sujet et l'Admour Hazaken n'intervient vraisemblablement pas dans cette controverse.
Plusieurs remarques peuvent être faites, à ce propos:
1. Dans différents textes, le verbe repousse introduit une obligation. Ainsi, l'accomplissement d'une Injonction repousse le respect d'un Interdit, l'impureté est repoussée pour tout ce qui est public, le sacrifice du premier Pessa'h repousse le Chabbat.
Lettre n°166
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°166, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה, Jeudi 14 Mena'hem Av 5704,
Au très cher monsieur Tsvi Palmer,
Je vous salue et vous bénis,
Je voudrais, tout d'abord, m'excuser de n'avoir pu répondre à votre lettre jusqu'à maintenant, pour des raisons indépendantes de ma volonté.
A) Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites que chacun porte "ses propres lunettes"(1), avec lesquelles il considère toute chose. Néanmoins, je ne comprends pas pourquoi vous dites qu'il en est ainsi seulement lorsque l'on considère le passé. Il me semble que l'on porte plus aisément ces lunettes lorsque l'on envisage le présent, qui est beaucoup plus déterminant, pour l'existence actuelle et qu'il est donc bien plus difficile de l'envisager dans l'optique de la vérité absolue, en faisant abstraction des intérêts personnels et de l'amour propre.
B) Comment peut-on éviter une erreur découlant de la perception "par ses propres lunettes", lorsque l'on analyse un événement du passé?
La manière la plus efficace est d'analyser les mots de celui qui raconte cet événement, qui l'a vécut, qui connaît cette époque. Si cela ne suffit pas, il faut, en outre, recueillir le témoignage de ceux qui furent les plus proches du moment où cet événement s'est déroulé.
En conséquence, pour bien comprendre l'enseignement, concernant la Mitsva des Tefilin, que donne Rabbi Chimeon Ben Eléazar, dans le traité Chabbat 130a(2), je me suis arrêté sur une phrase de la Guemara qui semble, à première vue, totalement incompréhensible.
Rabbi Chimeon adopte ici des positions très tranchées: 1. Nul n'a été jusqu'à la mort pour mettre en pratique la Mitsva des Tefilin. 2. La pratique de cette Mitsva par les Juifs est faible.
Or, la Guemara recherche l'explication d'une telle situation, donne l'avis de Rabbi Yanaï(3), à ce propos. Pourquoi n'observe-t-elle pas ce qui se passe concrètement chez les Juifs? Mettent-ils les Tefilin ou non? C'est ainsi que l'on pourra vérifier s'il y a bien un affaiblissement de cette pratique, comme le prétend Rabbi Chimeon.
Et pourquoi rapporter le récit d'Elisha "qui avait des ailes"(4)? Renforce-t-il l'affirmation de Rabbi Chimeon? Or, un récit, que mentionne la Guemara, doit nécessairement appuyer l'avis, l'interprétation, le commentaire précédemment exposés, mais non faire la preuve que le récit de ce Sage s'est effectivement passé.
Une explication de tout cela est nécessaire. J'ai donc consulté l'interprétation de Rachi et des Tossafot, qui ont vécu cinq ou six siècles après l'époque talmudique et qui ont appris le sens simple de la Guemara auprès de Rabbi Guerchom Maor Hagola, de Babel, où le Talmud fut rédigé.
Ces commentaires permettent de comprendre clairement pourquoi la Guemara cite ces récits, de même que la remarque de Rabbi Yanaï. Il ne faut donc pas comprendre les propos de Rabbi Chimeon selon leur sens premier. Voilà, en réalité, ce qu'il faut déterminer: 1. Comment a-t-on pu vérifier qu'ils ne se sacrifiaient pas pour la Mitsva des Tefilin comme ils auraient dû le faire? 2. Quelle est la faiblesse dont ils firent preuve, en la matière?
La réponse à ces questions figure dans ma précédente lettre(5).
C) J'ai cité les propos de Rabbi Chimeon comme illustration: 1. de l'attention que mérite la Mitsva des Tefilin, 2. de la manière dont elle fut mise en pratique lorsque pouvait en résulter une mort certaine. Bien plus, certains les portaient alors dans la rue et toute la journée, comme je le soulignais dans ma précédente lettre(5).
D) Vous m'écrivez qu'en Amérique, tous pratiquent la circoncision, alors que, dites-vous, beaucoup ne mettent pas les Tefilin. C'est précisément ce que disait Rabbi Chimeon. La circoncision est une Mitsva forte(6) alors qu'un affaiblissement peut être constaté pour ce qui concerne les Tefilin.
Comme je l'ai dit, à mon avis et en me basant sur les commentaires d'hommes qui vécurent neuf siècles plus près de nous que Rabbi Chimeon, ce dernier, lorsqu'il parle d'affaiblissement, veut dire que cette Mitsva n'est pas aussi forte qu'elle aurait dû l'être. C'est ce que j'ai expliqué plus haut.
Néanmoins, je suis de votre avis sur le point suivant, que j'introduirai par une image. Quelques hommes avancent ensemble sur une route. Soudain, l'un d'entre eux, se trouvant dans l'obscurité, s'écarte du droit chemin et s'égare. Un peu plus tard, il s'aperçoit qu'il se trouve au milieu de la forêt, où il n'y a pas de routes, pas de maisons, pas d'hommes.
Comment en est-il arrivé là? Car, on ne passe, d'un instant à l'autre, du milieu de la grande route au fin fond d'une sombre forêt. Dans un premier temps, il s'est écarté d'un pouce, puis d'un autre. Et puis, peu à peu, il s'est retrouvé au milieu de la forêt.
Il en est de même pour ce qui fait l'objet de notre propos.
Déjà, à l'époque de Rabbi Chimeon, une faiblesse fut constatée. On mettait les Tefilin, mais l'on ne risquait pas sa vie en les portant dans la rue, toute la journée. Puis, l'on s'est écarté, pouce après pouce, jusqu'à ce que certains Juifs connaissent la situation qui est actuellement la leur.
Je voudrais maintenant vous poser la question suivante. Si l'on observe le nombre de couples qui ont fait un mariage mixte, les rencontres de prêtres et de rabbins, le Chabbat et le dimanche, les séminaires rabbiniques, dans lesquels on forme à la fois des rabbins et des prêtres, un rabbin que des centaines de milliers de Juifs américains considèrent comme un responsable communautaire, qui jette un chandelier se trouvant dans une synagogue depuis plusieurs siècles, se vante de son acte dans tous les journaux et conserve ses responsabilités, si l'on réunit toutes les "palmes" qui reviennent à l'Amérique dans ces différents domaines, que restera-t-il du peuple juif, dans la génération de nos enfants?
Avec mes souhaits les meilleurs et ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson, Directeur du comité exécutif
Vous citez, dans votre lettre, le philosophe français Voltaire, la vie qu'il a eue et son attitude envers les autres hommes. Il est une des meilleures illustrations de la nécessité de réaliser l'harmonie entre l'intellect et les passions du coeur, comme je l'expliquais dans ma précédente lettre(5) et de ce qui peut se passer lorsque cette harmonie n'est pas réalisée.
Notes
(1) A sa propre vision des choses. (2) Il dit: "Les Juifs accomplissent faiblement une Mitsva pour laquelle ils n'ont pas fait don d'eux-mêmes, par exemple celle des Tefilin". (3) Il dit: "Pour porter les Tefilin, il faut avoir un corps pur, comme ce fut le cas pour Elisha «qui avait des ailes»". Voir la note suivante. (4) Parce que les Tefilin qu'il portait, lorsqu'il fut poursuivi et rattrapé par un romain, se changèrent en ailes de colombe. (5) La lettre n°159. (6) C'est également ce que dit Rabbi Chimeon, à la même référence, dans le traité Chabbat.
Lettre n°167
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°167, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
21 Mena'hem Av 5704,
Au Rav Moché Yehouda Tséachaval,
Camp de réfugiés, Asvega, New York,
Je vous salue et vous bénis,
Vous avez sans doute reçu le télégramme de mon beau-père, le Rabbi Chlita de Loubavitch, duquel je vous joins une copie en Yiddish.
En tant que directeur du comité exécutif du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h et de Ma'hané Israël, je voudrais vous adresser encore une fois notre bénédiction, une bénédiction de salut et de bienvenue, au nom de tous nos amis.
Conformément aux instructions de notre maître, mon beau-père, le Rabbi Chlita, nous vous avons adressé, au secrétariat du camp, un colis contenant des livres de lecture et d'étude, des exemplaires du périodique Hakrya Vehakedoucha, qui constitueront une base solide pour la bibliothèque de la synagogue se trouvant dans le camp. Ces livres sont d'une immense valeur et d'une grande utilité, comme vous pourrez vous-même vous en apercevoir.
Comme le disait mon beau-père, le Rabbi Chlita, dans le télégramme qu'il vous a adressé, dans celui qu'il a envoyé au directeur du camp et dans ceux qui émanaient du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h et de Ma'hané Israël, nous souhaiterions envoyer des représentants de ces institutions pour rendre visite à vous-même et à nos frères juifs réfugiés, afin de voir, sur place, de quelle manière nous pourrions vous venir en aide, pour tout ce qui touche à l'éducation et, plus généralement, au renforcement du Judaïsme.
Ces institutions centrales, qui sont présidées par mon beau-père, le Rabbi Chlita, ont accumulé, avec l'aide de Dieu, d'importantes réalisations, aux Etats Unis et au Canada. Elles ont fondé des écoles dispensant une éducation sans compromis, édité des livres d'étude et de lecture, conformes à l'esprit de la Torah, en Hébreu, en Yiddish et en anglais. Nous sommes convaincus qu'avec l'aide de Dieu, nous pourrons agir dans ces domaines, de la meilleure manière possible, dans votre camp également.
Le directeur du camp, monsieur Smart, auquel nous nous sommes adressés par la voie officielle pour que cette visite puisse se faire le plus rapidement possible, est, sans doute, très occupé par ses nombreuses activités. Il serait donc bon que vous vous adressiez à lui, au nom de tous les réfugiés, pour lui demander d'autoriser notre visite au plus vite. Ainsi, nous pourrons nous entretenir, de manière plus ou moins détaillée, sur tous les points qui concernent le bien être de nos frères réfugiés.
Nous comptons sur votre réponse rapide. Nous vous saluons, ainsi que tous nos frères juifs se trouvant dans le camp. Avec bénédiction et amitié,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h
et du Ma'hané Israël
Lettre n°168
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°168, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[10 Elloul 5704(1)]
J'ai lu votre article avec plaisir(2). J'ai pu constater votre érudition dans des domaines aussi profonds, que vous maîtrisez par votre grand pouvoir d'analyse intellectuelle.
Je vous remercie de m'avoir soumis votre étude et de m'avoir demandé mon sentiment.
J'ai été très occupé par les préparatifs de la prochaine rentrée scolaire, pour le compte du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h. Ma réponse a donc été retardée jusqu'à maintenant et je vous prie de m'en excuser.
Ces idées sont particulièrement profondes et le langage des hommes est trop pauvre pour exprimer ces concepts avec précision et exaustivité. Quelques points n'ont donc pas été précisées, de sorte que des doutes subsistent.
Sans envisager les détails de votre article, j'évoquerai ses aspects principaux, je présenterai votre conclusion et je vous communiquerai ensuite mon sentiment.
Voici ce que vous voulez démontrer. Chaque existence prend, à l'origine, la forme d'un atome, qui se développe de plus en plus, jusqu'à parvenir à la plénitude, telle qu'elle est actuellement. Néanmoins, cette perfection reste, elle-même, atomique, par rapport au stade plus élaboré qu'elle doit atteindre et devant lequel elle n'est qu'une phase préparatoire.
C'est ainsi que chaque être franchit des étapes successives, s'adjoint d'autres éléments qui ont eux-mêmes suivi un parcours similaire et constituent une forme(3), un atome, ayant une existence composée, lequel servira, à son tour, d'étape préalable pour une existence encore plus élaborée, et ainsi de suite.
L'homme se trouve lui-même à un certain niveau de cette élaboration et dès lors, apparaît une force nouvelle, la spiritualité et le libre arbitre, la possibilité de se grandir ou d'aller à l'encontre de cela.
Mais, il reste quelques imprécisions dans la présentation de votre article:
A) Seul l'homme possède le libre arbitre, alors que toutes les autres créatures se développent selon les lois de la nature. Il en résulte que ce libre choix confié à l'homme le défavorise, par rapport à tous les autres êtres qui ne peuvent qu'avancer alors qu'il peut, lui, régresser, par l'effet de sa propre décision.
B) Vous ne dites pas ce qui est le moteur de cet avancement. Ainsi, si l'on plante une graine, celle-ci se développera et deviendra un arbre, qui portera des pommes aigres ou petites. Néanmoins, les graines de cet arbre permettront, à leur tour, de faire pousser un arbre dont les pommes seront douces et grandes.
Il est impossible de considérer que la première graine a formé une meilleure graine, puisqu'elle a disparu et n'existe plus. On ne peut avancer non plus que l'espèce des pommiers a connu l'avancement, car une espèce est un concept théorique, sans existence pratique et que notre intellect utilise pour conceptualiser la création, pour la saisir et la comprendre plus facilement en en classant les phénomènes(3), par catégories et par espèces, en fonction de critères et de règles.
Voulez-vous dire que la nature s'est développée, de telle sorte que, jusqu'alors, n'existaient que des arbres aux pommes aigres et que l'avancement a permis l'apparition de pommes douces?
C) Vous n'avez pas précisé le critère(3) permettant de distinguer l'avancement de la régression.
Ainsi, les pommes douces, comparées aux pommes aigres, ne sont pas un avancement absolu(3), mais une amélioration seulement dans l'optique des besoins de l'homme.
Une vision précise est un signe d'avancement uniquement pour un animal qui réside dans un endroit lumineux et doit faire usage de ses yeux. Si ce n'est pas le cas, c'est une régression et un recul, puisque l'oeil, qui nécessite de la vitalité, de l'attention, de l'énergie, n'apporte rien en retour.
En Angleterre, il y a des chevaux qui vivent, pendant de nombreuses années, sous la terre, dans les mines de charbon. Or, d'année en année, leur vue s'affaiblit de plus en plus. De même, des poissons vivant dans les fleuves ou les lacs(3), sous la terre, dans des grottes où la lumière ne pénètre pas, ne voient pratiquement rien ou même n'ont pas d'yeux.
Plus généralement, un élément plus développé ou plus composite, selon notre entendement, est considéré comme plus élevé, sur l'échelle de la perfection, qu'un élément plus simple, un singe ou un ver(3). En revanche, si l'on prend en compte ce corps même et sa lutte pour se maintenir en vie, l'inverse devient vrai. Un corps simple, celui d'un ver par exemple, résiste au froid et au chaud. Lorsqu'on le découpe, chaque partie peut vivre de manière autonome. Sa nourriture et ses besoins sont élémentaires. Il n'est pratiquement jamais malade. L'inverse est vrai pour un corps plus complexe.
D) Selon votre schéma(3), les corps simples se développent d'abord de manière indépendante, puis se combinent et connaissent l'élévation, la perfection qui fait de chacun un corps composé. Or, ceci soulève une question. Qu'est ou qui est le grand coordinateur(3), qui dirige l'évolution de ces corps, permettant à chacun de compléter l'autre?
Pour ce qui est d'un corps bien précis, on peut considérer que les éléments de son développement se trouvent dans l'atome de départ. Quelle relation, en revanche, entretient-il avec un autre corps pour être capable de le compléter?
Il faut en conclure qu'il existe bien une force de coordination, extérieure à ces deux corps et les transcendant, les dirigeant et les conduisant vers un optimum qui est également extérieur à ces deux corps.
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Quelques remarques, concernant ce qui vient d'être dit, peuvent être trouvées dans la 'Hassidout:
A) Dieu créa le monde et tout ce qu'il renferme. Chaque créature porte en elle une parcelle de Dieu, qui la fait exister et la vivifie. Sans elle, elle retournerait au néant, bien que cette parcelle soit cachée et ne se révèle pas. Ainsi, on ne peut voir l'âme d'un homme et seul l'intellect permet de déterminer son existence.
B) Plus la parcelle divine apparaît dans une créature et agit à travers elle, plus celle-ci a la possibilité de mettre en évidence son existence véritable, donc de se développer et de se parfaire.
C) Dieu est la source de la vie et Son essence. Plus cette vie apparaît à l'évidence et plus l'on s'élève, sur l'échelle de l'avancement. C'est pour cela que, de façon générale, le végétal dépasse le minéral, l'animal dépasse le végétal et l'homme dépasse l'animal.
D) Le Créateur est totalement libre. Il créa non seulement l'existence, mais aussi les Lois de la nature. L'équivalent, la liberté et le libre arbitre, ne peuvent être trouvés que chez l'homme. C'est la preuve que sa perfection dépasse celle de toutes les autres créatures.
E) Si l'homme, faisant usage de son libre arbitre, agit à l'encontre du bien, il renforce le voile de la parcelle divine qui l'habite, ou même qui se trouve dans d'autres objets, par exemple dans les aliments qu'il consomme plus que de mesure.
En pareil cas, non seulement l'homme ne s'élève pas sur l'échelle de la perfection, mais, bien plus, il régresse et connaît la chute, de même que les aliments, les boissons et les parcelles divines qu'ils contiennent. Ainsi, il multiplie la désolation dans le monde.
A l'opposé, celui qui fait usage de son libre arbitre pour faire le bon choix, ne fait pas que se développer, ce qu'accomplissent également d'autres créatures assumant la mission qui leur a été confiée. Il introduit également une construction(3) nouvelle dans la création, de sa propre initiative, puisqu'il en avait le libre choix. De la sorte, il devient lui-même un créateur.
En d'autres termes, le Créateur a confié à l'homme le pouvoir de création et nos Sages, dans le Midrach Béréchit Rabba, au chapitre 98, disent que Israël (ou Yaakov) peut créer des mondes.
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Si vous avez des remarques à formuler sur tout ce qui vient d'être dit, je serais heureux d'en avoir connaissance. Je serai, à tout moment, prêt à vous répondre.
Notes
(1) Dans les jours qui suivirent la rédaction de la lettre précédente, le Rabbi apprit le décès de son père, Rabbi Lévi Its'hak Schneerson, le 20 Mena'hem Av. C'est sans doute la raison pour laquelle nous ne possédons pas de lettre écrite pendant la fin du mois de Mena'hem Av et le mois d'Elloul, à l'exception de celle-ci, dont la version anglaise commence par c'est, pour moi, la première occasion de répondre à votre lettre du 1er août et je vous adresse donc cette note, rappelant quelques idées. Malheureusement, j'ai perdu mon père, il y a peu de temps. Je n'ai donc pas pu éviter le retard de ma réponse et de mes commentaires. (2) Cette lettre est adressée à Julius Stolman. Elle a été écrite en hébreu par le Rabbi, pour être traduite en anglais. La version anglaise porte la date du 10 Elloul. (3) En anglais dans le texte originel.
Lettre n°169
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°169, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Entre Roch Hachana et Yom Kippour 5705
Aux 'Hassidim craignant Dieu, élèves de la Yechiva
Tom'heï Temimim, Montréal,
Je vous salue et vous bénis,
Je réponds à vos bons voeux pour la nouvelle année.
Quiconque accorde une bénédiction en reçoit une du Maître du monde, Qui a promit (Béréchit 12, 3) que: Je bénirai ceux qui te béniront.
Le traité Bera'hot 55a précise qu'il en est ainsi pour tous les descendants d'Avraham. Le Tour Choul'han Arou'h et le Choul'han Arou'h de l'Admour Hazaken en retiennent le principe pour la Hala'ha.
On peut considérer que donner une bénédiction à son prochain est une bonne action.
Nos Sages disent, dans le traité Sotta 14a, que la Torah est introduite et conclue par une bonne action. Rachi explique que, au début de celle-ci, Dieu vêtit ceux qui étaient nus(1). A sa conclusion, Il l'enterra à Gaï(2).
Torah est de la même étymologie que Horaa, enseignement. Elle nous enseigne les principes suivants de la sagesse:
A) Un homme ne doit jamais se désespérer, car rien ne résiste à la Techouva et Celui qui est profondément bon multiplie le pardon.
B) Nos Sages soulignent que les Justes parfaits ne sollicitent eux-mêmes que la bonté gratuite de Dieu.
Voici comment il faut interpréter la preuve précédemment citée. Adam et sa femme se trouvaient alors dans une situation particulièrement basse. Tous deux étaient nus car, disent nos Sages, ils n'avaient pu mettre en pratique l'unique Mitsva qui leur avait été confiée. Or, par Son bon vouloir, à titre de bienfait, le Saint béni soit-Il revêt également de telles personnes, lorsqu'elles sont nues.
Le traité Soukka enseigne que les bonnes actions sont plus importantes que la Tsédaka(3) et expriment le bien dans toute son intensité, le sommet de l'élévation, telle que Moché notre maître devait la posséder. Il est dit que cinquante portes de la compréhension furent créées dans le monde et elles lui furent toutes données, sauf une et les Justes sont grands, après leur mort. Ainsi, Moché, lorsqu'il quitta ce monde, reçut cette cinquantième porte et c'est à ce propos qu'il est dit nul ne connut l'endroit où il fut enterré(...). Malgré cela, Dieu lui témoigna Ses bienfaits, par une initiative transcendant tout ce qu'il aurait pu obtenir par sa propre demande. Il y eut là, à proprement parler, un don de Dieu, qui se consacra à lui, ainsi qu'il est dit Il l'enterra.
Et la Michna conclut: Cela n'est pas vrai uniquement pour Moché, mais bien pour tous les Justes, ainsi qu'il est dit: Ta justice te précédera et l'honneur de Dieu te contiendra.
Peut-être est-il possible d'ajouter que ceci s'applique, en particulier, aux Justes qui connurent des exils successifs. Nos Sages disent, en effet, que Avraham fit le choix de l'exil parmi les nations(4). C'est une évidence.
Ce qui vient d'être dit s'applique à la dimension de l'âme, mais aussi à celle du temps. En l'occurrence, c'est à Roch Hachana, jour de la création de l'homme, que Dieu vêtit ceux qui étaient nus. Il est dit qu'une année est pauvre, à son début et nous ne pouvons alors qu'implorer la miséricorde divine. Nous ne nous présentons donc pas avec nos bonnes actions, nous constatons que nous sommes nus(5).
Alors, Dieu promet qu'il nous fera des tuniques de peau, précisément avec la peau qui avait été retirée au serpent. Il sépare la force du mal pouvant recevoir l'élévation de celles qui n'ont pas cette possibilité et lui permet de réintégrer le domaine de la sainteté.
De la sorte, on peut recevoir des vêtements d'honneur et connaître l'élévation, jusqu'à percevoir la Sagesse cachée. Alors, le désir divin de faire le bien transcende la Tsédaka et la pitié, puisqu'il s'adresse également aux riches, comme le souligne le traité Soukka, précédemment cité.
Par la suite, Chemini Atséret apporte la plus haute élévation. C'est alors que, dans la lecture de la Torah, figure le verset et Moché monta sur le mont Nébo, c'est-à-dire Noun Bo, le cinquantième est en lui(6). Alors est sacrifié un boeuf(7), car cette fête est pour toi seul et non pour des étrangers avec toi.
Avec ma bénédiction pour que vous soyez définitivement scellés pour une bonne année, pour une Techouva immédiate et pour une délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(8)
Notes
(1) Adam et 'Hava. (2) Moché. (3) Les bonnes actions s'adressent aux riches et aux pauvres, mais la Tsédaka, seulement aux pauvres. (4) Pour que ses enfants puissent expier leurs fautes et atteindre la perfection. (5) Selon le rituel de Roch Hachana. (6) C'est alors que Moché accéda à la cinquantième porte de la connaissance. (7) Pour Israël uniquement alors que les soixante dix boeufs sacrifiés pendant Soukkot correspondent aux soixante dix nations. (8) De Ma'hané Israël.
Lettre n°170
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°170, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Entre Roch Hachana et Yom Kippour 5705
Au remarquable jeune homme, 'Hassid qui craint Dieu,
le Rav M.Z.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre, dans laquelle vous me présentiez vos condoléances(2).
Je vous en remercie. Plusieurs textes permettent d'établir que l'ordre suivant est adopté. Il y a d'abord une initiative de Dieu qui met en éveil l'effort de l'homme et lui apporte la force de le développer. Puis, vient l'effort proprement dit de l'homme, qui doit être à la mesure de ce qu'il désire obtenir, forger un réceptacle pour la bénédiction céleste. Enfin, est obtenue la révélation divine, transcendant les efforts de l'homme et dépassant cette bénédiction.
Ceci s'applique aussi à la consolation des endeuillés, que le Baal Hil'hot Gadol définit comme une Injonction de la Torah, alors que, pour le Rambam, elle est une disposition de nos Sages. Or, elle s'effectue selon le même ordre:
A) La révélation divine est définie par le traité Sotta, selon lequel le Saint béni soit-Il console les endeuillés. Ceci nous a été révélé et raconté pour que nous ayons la force d'en faire de même. Et, dès lors que cette force est accordée, nous avons le devoir de l'utiliser. En
conséquence, console toi-même les endeuillés(3).
B) L'effort de l'homme consiste à consoler l'endeuillé. La formule consacrée est Dieu vous consolera parmi tous les autres endeuillés de Sion et de Jérusalem, ce qui permet de préparer la bénédiction divine qui se révèle par la suite. L'effort consenti par celui qui a consolé l'endeuillé attire donc une
C) bénédiction de Dieu. Le Saint béni soit-Il console donc Lui-même l'endeuillé, tous les endeuillés de Sion et Jérusalem, en rebâtissant ces villes, en faisant revivre les morts. Bien plus, il y aura, en outre,
D) une révélation céleste transcendant cette bénédiction, la consolation de Dieu, qui sera double, ne se limitera pas à répéter ce qui existait auparavant. C'est à ce propos qu'il est dit: consolez, consolez Mon peuple, annonçant cette double consolation. En effet, l'honneur de ce dernier Temple sera plus grand(4).
Il s'agit là du Temple du monde futur, selon le Tikouneï Zohar, huitième Tikoun et le Emek Hamélé'h, porte de Kiryat Arba, fin du chapitre 152. Ceci est la base de l'explication que j'ai développé dans le fascicule sur les trois semaines(5). Cette interprétation ne contredit pas le sens simple de ce verset. Du reste, le traité Baba Batra considère qu'il parle du second Temple, bâti après l'exil de Babel, lequel, si les Juifs n'avaient pas commis de fautes, aurait été celui du Machia'h(..).
Avec ma bénédiction pour être définitivement scellé pour une bonne année, pour une Techouva immédiate et une délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(6)
J'ai apprécié ce que vous écrivez dans votre lettre à propos des différentes formes de résurrection des morts(7). Mais, il manque, à mon humble avis, le fil conducteur entre ces étapes et quelques épices permettront de relever tout cela:
Il est dit que celui qui connaît la chute est considéré comme mort. Cette affirmation figure dans le Likouteï Torah. Je n'en ai pas trouvé la référence et, pour l'heure, je n'ai pas le temps de la chercher. Néanmoins, le Zohar dit celui qui perd le niveau qui était auparavant le sien peut être considéré comme ayant connu la mort.
Un homme possède: A) une âme divine, B) une âme intellectuelle, C) une âme animale, D) Un corps.
Ces quatre niveaux correspondent, par ordre croissant, aux minéraux, végétaux, animaux et humains:
A) L'âme divine est une parcelle de Divinité véritable. Une chute, à ce stade, fait perdre le désir de s'attacher à Dieu, ce qui est, à proprement parler, la mort. Pour remédier à cela, il faut étudier la Torah, méditer, adopter un comportement basé sur les enseignements de la 'Hassidout.
B) L'âme intellectuelle, faisant usage de la réflexion et de la raison, tente de faire comprendre à l'âme animale comment elle doit se comporter. Celui qui est petit, par le nombre de ses années ou par le niveau de ses connaissances, a des émotions fortes, alors que sa réflexion est peu développée. Lorsque l'âme intellectuelle s'emploie à rechercher les plaisirs, même permis, elle s'identifie à un animal. Elle connaît donc la chute et peut, dès lors, être considérée comme morte. L'éducation doit donc intervenir pour enseigner à un petit le comportement qui doit être le sien.
C) L'âme animale doit ressembler à tous les autres animaux, c'est-à-dire posséder de la constance, une attitude toujours identique. En revanche, si elle commet une faute, transgresse la Volonté de son Créateur, il s'agit bien là d'une chute, assimilable à la mort. Et, les impies, de leur vivant, sont considérés comme morts. Puis, un reproche de leur prochain éveille en eux la Techouva, renforce la pratique de la Torah et des Mitsvot, permettant de les réintégrer à Ma'hané Israël, le camp du peuple juif.
D) Le corps doit être un réceptacle pour l'âme. Lorsque le lien entre eux est rompu, il y a bien une perte de niveau, c'est-à-dire la mort, au sens le plus littéral. La 'Hevra Kadicha, l'association du dernier devoir prend donc ce corps en charge, met tout en ordre afin qu'il soit prêt pour la résurrection des morts, très bientôt et de nos jours.
Puisse Dieu faire que, très prochainement, se réalise la promesse selon laquelle Il effacera(8). Alors, le troisième jour, Il nous fera revivre et nous existerons devant Lui, avec un corps et une âme à la fois.
Notes
(1) Rav Mena'hem Zeev Gringlass, de Montréal. (2) A la suite du décès du père du Rabbi, le 20 Mena'hem Av 5704. (3) Suite de la citation du traité Sotta. (4) Que celui du premier. Il apportera donc, lui aussi, une double consolation. (5) De deuil du Temple, du 17 Tamouz au 9 Av. Cette brochure a été publié, en 5705, par les éditions Kehot. (6) De Ma'hané Israël. (7) A la suite de ses condoléances, le Rav Gringlass écrivait: Votre oeuvre fructueuse, au sein de Ma'hané Israël, du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h et dans tous les autres domaines permet de faire revivre les morts, c'est-à-dire ceux qui sont dépourvus de 'Hassidout, selon ce que différents textes expliquent. Elle vous apportera donc la consolation et fera que vous ne connaissiez plus la peine. Le Rabbi répond ici en distinguant quatre formes de mort et de résurrection, qui sont Trésor des 'Hassidim, l'enseignement de la 'Hassidout, Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h, l'éducation, Ma'hané Israël, l'aide à son prochain et 'Hévra Kadicha, le dernier devoir. (8) Les larmes de tous les visages.
Lettre n°171
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°171, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Premier jour de 'Hol Hamoed Soukkot 5705,
Au grand Rav, bien connu, sage et avisé, craignant Dieu,
empressé, aux réalisations multiples, se consacrant avec
abnégation aux besoins communautaires, le Rav Elyahou,
qui est appelé docteur Jung, New York,
Je vous salue et vous bénis,
J'ai reçu, en leur temps, votre lettre et le texte de votre intervention à propos des publications du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h. Du fait de mes nombreuses activités, en particulier liées à la rentrée(1), ma réponse a été retardée et vous voudrez bien m'en excuser. Vous trouverez ci-joint la réponse du comité rédactionnel du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Je saisis cette occasion pour vous exprimer mes remerciements et ceux du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h pour l'intérêt que vous portez à notre action. J'ai bon espoir que vous ferez usage de votre large influence pour élargir le cercle de ceux qui lisent et étudient les livres édités par le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Je conclurai par un point qui est actuel, en ces jours qui séparent Yom Kippour de Soukkot.
Le Maharil dit que, tout de suite après Yom Kippour, un homme doit se consacrer à l'édification de sa Soukka. En effet, la période de la Techouva est alors achevée et, lorsque vient le premier jour où l'on peut commettre une faute(2), ce qu'à Dieu ne plaise, il convient que la première action soit une Mitsva. Le Ramah explique tout cela, dans le Choul'han Arou'h Ora'h 'Haïm, à la fin du chapitre 624.
Nos Sages nous signifièrent ainsi un enseignement particulièrement profond. Ils donnent ici un conseil à celui qui regrette son passé et craint de commettre une faute, à l'avenir. Un tel homme doit bâtir une Soukka.
En effet, la motivation la plus courante conduisant l'homme droit à mal agir est la conception erronée selon laquelle il faut assigner une partie du jour à la Torah et aux Mitsvot et être libre pendant le reste de la journée, c'est-à-dire ressentir la nécessité de mettre en pratique ses Préceptes seulement par l'un des membres de son corps. On se contentera, par exemple, de la tête, c'est-à-dire des leçons de morale que la Torah délivre, ou encore du coeur, en affirmant que Dieu souhaite, avant tout, la ferveur. On dira que l'accomplissement concret des Commandements, en revanche, est secondaire, n'est pas une nécessité absolue.
Il faut donc se concentrer sur la Soukka, méditer à ce Précepte, le premier qui intervient après que l'on ait obtenu le pardon de ses fautes. On s'apercevra ainsi que l'on doit s'y trouver comme on résiderait dans sa maison, selon l'expression du traité Soukka. Car, la Mitsva est la résidence véritable de l'homme, qui enveloppe son corps, de la tête au pieds, avec ses vêtements et ses ustensiles.
Avec ma bénédiction de bonne fête et de bonne année,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Scolaire des institutions du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h. (2) Après le pardon obtenu pendant Yom Kippour.
Lettre n°172
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°172, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Jeudi 28 Tichri 5705,
Au grand Rav, 'Hassid érudit, qui craint Dieu,
aux multiples accomplissements, le Rav Ch. A. Halevi(1),
Je vous salue et vous bénis,
Votre lettre m'est bien parvenue et ma réponse a été retardée jusqu'à maintenant, à cause de la fête. Vous voudrez bien m'en excuser.
Je répondrai, dans l'ordre, aux différents points que vous avez évoqués:
A) Vous m'interrogez sur la lettre reproduite dans le troisième numéro de Kovets Loubavitch(2), mentionnant la question bien connue sur l'affirmation du Zohar, qui dit que l'on offre, à Chavouot, du 'Hamets sur l'autel. Or, les deux pains de cette fête n'étaient pas brûlés sur l'autel.
Vous rapportez la réponse que donne, à ce propos, le La'hmeï Toda. Il cite le verset vous offrirez un sacrifice pour le début et dit que la viande en était consommée par les Cohanim. Il en déduit qu'une équivalence est faite entre la nourriture des Cohanim et les sacrifices offerts sur l'autel.
Vous ajoutez vous-même que cette réponse vous semble la plus satisfaisante et vous citez plusieurs références talmudiques, d'après lesquelles la nourriture des Cohanim est effectivement identifiée à ce qui est offert sur l'autel.
Je n'ai pas consulté le La'hmeï Toda et mes amis ne le possèdent pas. Peut-être apporte-t-il une seconde réponse à cette question, car celle que vous reproduisez dans votre lettre est difficile à accepter. Je me dois de le constater, car elle fait partie de la Torah et je dois donc la comprendre:
1. Il cite le verset vous offrirez un sacrifice pour le début. Or, celui-ci se conclut bien par il ne montera pas sur l'autel. Ce verset renforce donc la question au lieu d'y apporter une réponse. Et si vous considérez que la Torah définit ici les deux pains de Chavouot comme un sacrifice, sachez que les charrettes offertes(3) par les chefs de tribu (Bamidbar 7, 3) et les ustensiles en or capturés à Midyan sont également appelés sacrifices. Pour autant, ils ne sont ni brûlés, ni consumés.
2. Il dit que les Cohanim reçoivent une part de ce qui est sacrifié sur l'autel et l'on peut s'interroger, à ce propos, car cela n'a rien à voir avec la question qui est posée ici. En effet, ce principe est lié au sacrifice lui-même, alors que le Zohar qui était analysé évoquait la manière de consommer ou de brûler le sacrifice, qui concerne le Cohen ou l'autel.
Et les traités Mena'hot et 'Houlin, affirmant que la nourriture des Cohanim leur provient directement de l'autel, veut dire que cette viande est celle de Dieu et non celle des hommes. C'est pour cela qu'une telle viande est permise même lorsqu'elle est Nevéla(4).
3. Vous établissez une équivalence entre la nourriture des Cohanim et le dépôt sur l'autel et vous faites sûrement allusion à l'interprétation que donnent nos Sages du verset et s'il le mange. La viande est alors considérée comme si elle avait été brûlée sur l'autel. Mais, on peut s'interroger, à ce propos, car placer sur l'autel ne signifie pas nécessairement brûler. Ce peut être simplement en disposer les restes sur l'autel.
Peut-être la formulation n'est-elle pas précise et faisait-elle allusion à l'interprétation du verset voici ce que tu recevras des sacrifices les plus saints, du feu qui est donnée par le traité Kiddouchin 52b, établissant une comparaison entre ce que reçoivent les Cohanim et ce qui est brûlé. Néanmoins, cette comparaison fait l'objet d'une controverse. De plus, il est difficile de considérer que le Zohar, lorsqu'il dit il est brûlé par le feu de l'autel, fait allusion à la nourriture des Cohanim, comparée à ce qui est brûlé sur l'autel.
Bien plus, le Mikdach Mélé'h explique: Ce qui est placé sur l'autel désigne le reflet de l'Attribut de Royauté céleste qui est appelé autel, ce qui n'a rien à voir avec la nourriture des Cohanim(...).
De plus, les deux explications venant d'être invoquées ne peuvent être acceptées pour deux raisons. Le Zohar semble bien définir ici une particularité du sacrifice de Chavouot, le fait de brûler du 'Hamets sur l'autel. Or, cela est surprenant, car les offrandes d'action de grâce, apportées pendant toute l'année, contiennent bien du 'Hamets. Et celles-ci sont consommées par les Cohanim, auxquels est ainsi accordé ce qui appartient à l'autel. Plus encore, le traité Beïtsa 21a affirme que ceux qui offrent le sacrifice peuvent eux-mêmes en consommer une partie, parce que ce qui appartient à Dieu leur est ainsi accordé.
Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que je comprends difficilement ce qu'affirme le La'hmeï Toda. Je ne comprends pas plus ce que vous avancez vous-même en affirmant que son explication est la plus satisfaisante.
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B) Vous posez également une autre question. On déduit du verset tu ne planteras aucun arbre près de l'autel de l'Eternel ton Dieu l'interdiction de construire une Soukka sur l'esplanade du Temple. Dès lors, comment les Cohanim mangeaient-ils les restes des offrandes, pendant la fête de Soukkot? Vous expliquez que la nourriture des Cohanim, étant assimilé à un dépôt sur l'autel, est dispensée de Soukka.
Plusieurs remarques peuvent être formulées, à ce propos et, pour vous, je les formulerai uniquement de manière brève:
1. L'interdiction de planter un arbre sur l'esplanade du Temple est assortie de deux conditions. Il doit s'agir d'un édifice en bois, érigé de manière fixe. Le Kessef Michné ajoute une troisième condition. L'édifice doit être fixé aux murs du Temple.
Il est donc possible de bâtir une Soukka en tenant compte de ces restrictions. Et le toit de cette Soukka est de paille et de feuilles(5).
2. Il est interdit d'ajouter quoi que ce soit au bâtiment du Temple, ainsi qu'il est dit Tout fut comme Dieu me le fit comprendre. Néanmoins, il est permis de renforcer une barrière et donc, a fortiori, de faire une construction de Mitsva. Bien plus, on peut penser que dans ce qui fut comme Dieu me le fit comprendre, il y avait bien une Soukka.
3. Ce qui vient d'être dit permettra de comprendre au sens littéral le verset (Né'hémya 8, 16): Et ils firent des Soukkot dans les cours de la maison de Dieu, en considérant qu'il parle de l'esplanade du Temple, sans être obligé d'avancer qu'il fait allusion au mont du Temple.
Le traité Ara'hin, avec l'explication des Tossafot et le traité Tamid désignent vingt quatre points(6) qui étaient extérieurs à l'esplanade d'Israël.
4. Même si l'on considère que le verset de Né'hémya fait allusion au mont du Temple, selon ce qui a été expliqué au paragraphe 1 et 2, d'après ce que dit le Sifri, à la Parchat Choftim, cité par le Kessef Michné, on peut ajouter que celui qui fait une construction sur le mont du Temple transgresse un Interdit de la Torah.
5. Le Yalkout Shimeoni Choftim, commentant le verset tu ne planteras aucun arbre près de l'autel de l'Eternel ton Dieu, explique: Pas même une maison, pas même une Soukka. Mais, au sens le plus simple, il ne s'agit nullement là d'une Soukka de Mitsva, mais de celle qui est bâtie pour sa convenance personnelle. La Soukka est ici mise en parallèle avec la maison, comme, par exemple, dans le verset (Béréchit 33, 17) Il construisit pour lui une maison et, pour son troupeau, il fit des Soukkot.
6. Le Sifri, à la fin de la Parchat Reéh, commentant le verset Tu feras pour toi la fête de Soukkot pendant sept jours, explique: Il en est ainsi pour un particulier, mais je peux en déduire qu'il en est de même pour le Temple.
Le Sifra, à la fin de la Parchat Emor, ajoute: Pourrais-je penser que le sacrifice de 'Haguiga(7) et la Soukka soient l'un et l'autre pour le Temple? En fait, le sacrifice de 'Haguiga est consacré au Temple, alors que la Soukka concerne chaque individu.
Les commentateurs proposent plusieurs explications pour faire disparaître les contradictions entre ces deux textes. Néanmoins, une analyse plus approfondie reste nécessaire ici.
7. Il semble clair que celui qui mange les reste des offrandes, dans l'esplanade du Temple, est dispensé de Soukka. En effet, un principe établit, dans le traité Soukka 27a, que l'on se trouve dans la Soukka comme on réside dans sa maison, tout au long de l'année. Or, pendant le reste de l'année, les Cohanim mangeaient les restes des offrandes dans l'esplanade du Temple et non dans leur maison. Ils pouvaient donc en faire de même également pendant la fête de Soukkot.
Certes, on peut encore s'interroger. On ne consommait pas de nourritures profanes, dans l'esplanade du Temple et, si les sacrifices les plus sacrés ne devaient pas être mangés dans une Soukka, pourquoi celle-ci devait-elle être bâtie dans les cours de la maison de Dieu, à condition que cette expression désigne l'esplanade du Temple?
Cette question ne se pose même pas, car la Mitsva de la Soukka n'est pas limitée à la nourriture et à la boisson(8). Elle s'applique aussi dans tous les autres domaines. Or, il est possible de passer quelques temps dans l'esplanade d'Israël et même d'y pénétrer lorsque le service de Dieu n'est pas la motivation première. Le traité Kélim dit, en effet: L'esplanade des Cohanim est plus sainte que celle d'Israël. Les Juifs n'y entrent donc que s'ils ont quelque chose à y faire(9).
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Le Rav Chmouel Aharon Halévi Pardès. (2) Il s'agit de la lettre n°163. (3) Lors de l'inauguration du Sanctuaire. (4) N'ayant pas reçu une bonne Che'hita. (5) Il respecte donc lui-même ces conditions. (6) A partir desquels le Temple était gardé. (7) Offert pendant la fête de Soukkot. (8) Le Rabbi note, en bas de page: Le Rav Avraham Ziskind m'a fait remarquer qu'il y a une obligation de se trouver dans une Soukka, en fonction de ce qui vient d'être dit, lorsque l'on consomme les pains de propitiation. En effet, ceux-ci peuvent être mangés dans toute la ville de Jérusalem, mais aussi dans l'esplanade du Temple, selon le traité Chevouot 15a.. (9) Cette restriction n'existe donc pas dans l'esplanade d'Israël.
Lettre n°173
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°173, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
15 Kislev 5705,
Brooklyn,
A mon cher ami, 'Hassid qui craint Dieu, responsable
communautaire plein d'empressement et aux multiples
accomplissements, le Rav Ch. Palmer(1), Chicago,
Je vous salue et vous bénis,
Dieu merci, mon beau-père, le Rabbi Chlita(2), va mieux. Puisse Dieu lui envoyer très vite un total rétablissement.
Je fais réponse à votre lettre du 28 novembre.
En général, nous avons du mal à obtenir une plus grande quantité de chandeliers de 'Hanouka. Si nous les obtenons, nous vendrons les moins chers entre vingt sept et trente cinq cents.
Si vous acceptez ce prix, veuillez nous en informer au plus vite. De plus, êtes-vous d'accord d'en recevoir moins de deux cents, si nous ne parvenons pas à en obtenir la quantité prévue?
Nous constatons, à propos du miracle de 'Hanouka, un fait surprenant(3). Le traité Chabbat 21b raconte que la fiole d'huile pure qu'ils trouvèrent portait le sceau du Grand Prêtre. Or, pour être sûr que cette huile n'a pas été souillée, ne suffisait-il pas de dire qu'elle était fermée? Pourquoi la Guemara doit-elle, en outre, préciser que la fiole portait le sceau du Grand Prêtre?
En fait, un enseignement nous est ainsi délivré. Lorsque les Juifs se trouvent dans l'obscurité, matérielle ou spirituelle, ce qu'à Dieu ne plaise, lorsque certains désirent leur faire oublier Ta Torah et leur faire transgresser les Décrets de Ta Volonté, comment peut-on avoir la certitude de conserver une fiole d'huile pure, qui permettra, de nouveau, d'allumer le Chandelier? Il faut, pour cela, vérifier que la fiole porte bien le sceau du Grand Prêtre, celui qui, selon l'expression du Rambam, réside dans le Sanctuaire tout au long du jour, le quitte uniquement pour rentrer chez lui, la nuit, ou bien une heure ou deux, pendant la journée.
Nous constatons également un autre fait surprenant, qui concerne le Grand Prêtre. Le traité Yoma 18a dit: Ce Cohen, dépassant ses frères, est porté à la grandeur précisément par ses frères(4).
Or, s'il est nécessaire que le Grand Prêtre soit capable de subvenir à tous ses besoins et même d'accéder à la richesse, pourquoi appartient-il à ses frères Cohanim de lui procurer cette richesse?
En fait, l'explication est bien simple. Car, aucune Injonction de la Torah n'est nécessaire lorsqu'il s'agit d'un simple Juif. On lui dira: Ecoute bien! Le Grand Prêtre doit avoir de quoi subvenir à ses besoins. Désires-tu apporter ta participation financière? Veux-tu convaincre tes amis d'en faire de même?. Alors, il ne lui viendra pas à l'idée de courir chez un Rav pour lui demander s'il est contraint par le Choul'han Arou'h d'apporter sa participation. Bien au contraire, il aura peur de perdre le mérite de participer aux dépenses du Grand Prêtre!
N'est-il pas dit que Je n'ai jamais vu qu'un Juste soit abandonné? Dieu satisfera donc, à n'en pas douter, les besoins du Grand Prêtre, mais cela pourrait se faire sans sa participation! Il fera donc tout ce qui est en son pouvoir pour que ce mérite ne lui échappe pas, pour sa propre personne comme pour ses amis. Il voudra que la richesse du Grand Prêtre soit la conséquence directe de son intervention.
En revanche, lorsque l'on s'adresse à un Cohen, celui-ci pourrait dire: Tout d'abord, pourquoi vous adressez-vous à moi? Ne voyez-vous pas que je suis moi-même saint? Je suis assez grand pour savoir moi-même ce que j'ai à faire. Allez donc formuler votre proposition à d'autres personnes.
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