Lettres du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Menahem Mendel Schneerson, traduites en français.
Texte intégral. Sommaire du corpus.
Lettre n°132
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°132, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[14 Chevat 5704(1)]
Vous me demandez d'expliquer, d'après l'enseignement révélé de la Torah, l'importance d'apprendre la Michna par coeur.
Pour répondre à cette question et montrer la grande valeur de cette pratique, je reproduirai ici, avec quelques ajouts, ce que j'ai écrit à plusieurs membres des groupes de Michna par coeur, qui dépendent du Ma'hané Israël.
Nos Sages nous demandent de conseiller l'empressement à ceux qui possèdent, par nature, cette qualité. Je voudrais donc vous rappeler, encore une fois, la nécessité d'apprendre par coeur les six ordres de la Michna, à chaque moment libre. La répartition permettra, pour chaque groupe, que l'ensemble de ces six ordres soit étudié pendant l'année. Cette étude se fera en marchant dans la rue, en se trouvant dans un magasin ou dans un bureau, s'il est possible d'y répéter des paroles de la Torah.
En fondant ces groupes, mon beau-père, le Rabbi Chlita, dit: La présente période nous impose de purifier l'air. Les mots de la Torah permettent d'y parvenir. Il est très souhaitable que les Juifs apprennent de la Michna par coeur et la récite, à tout moment et en tout endroit. Cette pratique n'est pas spécifique à un groupe ou à une conception. Elle a une portée générale et concerne tout le peuple juif, dont elle assure la protection.
Lors de la première répartition de la Michna, au lendemain de Chavouot 5702, il ajouta: La Michna que l'on répétera, partout où l'on se trouvera, en quelque endroit que l'on soit, illuminera le lien entre Israël et le Saint béni soit-Il.
Lors de la seconde répartition, le 17 Sivan 5703, il précisa encore: Rav Benaa enseigne: Un homme doit s'investir dans la Michna, grâce à laquelle tout lui sera accessible, le Talmud ou la Haggada. En effet, Michna est l'anagramme de Nechama, l'âme.
Lettre n°133
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°133, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Nouvel an des arbres(1) 5704,
Au Rav distingué, le Rav Kelman(2), Toronto,
Je vous salue et vous bénis,
Vous avez sans doute eu connaissance de l'action de Ma'hané Israël et du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h, qui ont été fondés par mon beau-père, le Rabbi Chlita. Les grands axes de ces actions sont exposés dans les brochures ci-jointes. Nous vous adressons, par paquet séparé, quelques spécimens des publications modernes que le Merkaz édite pour la jeunesse.
Selon ce qui nous a été dit de vous, vous pourriez sans doute, avec l'aide de Dieu, prendre une part active à l'action de Ma'hané Israël et du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h, dans votre ville, en général et auprès de ceux que vous guidez, en particulier. Ainsi, vous acquerrez un mérite et le ferez acquérir aux autres.
Une attention particulière doit être apportée à la diffusion des livres éducatifs, conforme à notre tradition la plus pure, auprès des cercles les plus larges de la jeunesse, y compris ceux qui, pour l'heure, ne reçoivent pas encore d'éducation juive.
Nous serions heureux de correspondre avec vous. Bien évidemment, nous sommes prêts à vous venir en aide, avec l'aide de Dieu, dans l'accomplissement de cette mission, dans toute la mesure de nos moyens(3).
Les versets disent que l'homme est tel l'arbre du champ et la maison d'Israël est la vigne de l'Eternel Dieu. Les fruits en sont les enfants, garçons et filles. Grande est donc la responsabilité du directeur et de l'éducateur, auxquels le Propriétaire a confié Sa vigne.
C'est la raison pour laquelle, disent nos Sages, enseigner la Torah aux enfants est une oeuvre divine. Vous avez un mérite particulier et Dieu vous a chargé de garder Sa vigne. Or, la plus infime amélioration de la graine est d'un apport considérable pour l'arbre qui poussera ensuite.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(4)
Notes
(1) 15 Chevat. (2) Voir, à son propos, la lettre n°131, paragraphe L. (3) Voir, à ce propos, le début de la lettre 120. (4) De Ma'hané Israël.
Lettre n°134
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°134, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
19 Chevat 5704,
Au Rav très distingué, qui craint Dieu,
le Cho'het, Rav Y.Y. Sheinfeld,
Rocksburry, Massachusetts,
Je vous salue et vous bénis,
J'ai bien reçu la contribution de dix huit dollars que vous m'avez transmise, par l'intermédiaire de notre bien cher ami, qui se consacre aux besoins communautaires et dont le comportement est admirable, le Rav Yehouda Leïb Horowits. J'ai transmis ce montant à Ma'hané Israël, pour le fonds destiné à acheter des Tefilin pour les soldats. Vous en trouverez ci-joint le reçu.
La possibilité de mettre les Tefilin, pour ceux de notre peuple qui sont en difficulté, est une des priorités du Ma'hané Israël. Ceci concerne, en particulier, les soldats. Dieu merci, cette campagne a porté ses fruits et beaucoup de ceux qui n'avaient pas porté les Tefilin depuis de nombreuses années ou qui ne l'avaient peut-être jamais fait, ont maintenant commencé à accomplir cette Mitsva.
Afin qu'il soit plus aisé d'obtenir leur accord de mettre les Tefilin, le Ma'hané Israël les leur offre ou les leur vend à un prix symbolique, selon la volonté de chacun. Néanmoins, pour les soldats, ils sont toujours offerts.
A ce propos, vous serez sûrement satisfait d'apprendre que nous nous efforçons de raffermir le moral et la foi des soldats, en envoyant, de temps à autre, à ceux dont nous possédons les adresses, des livres et des brochures, de manière grâcieuse.
Pour vous en donner un exemple, nous joignons à ce courrier un message aux soldats de mon beau-père, le Rabbi Chlita(1), qui a été distribué à plusieurs milliers d'exemplaires, de même qu'une lettre soulignant l'importance de la Mitsva des Tefilin. Si vous souhaitez enrichir notre fichier des coordonnées de certains soldats, nous leur adresserons, à l'avenir, toutes nos publications.
Puisque j'évoque les Tefilin, je formulerai une proposition. Vous avez le mérite d'être l'un des premiers donateurs pour l'achat de ces Tefilin. Vous intensifierez donc votre engagement, dans ce domaine. Vous êtes, certes, très occupé, mais vous pouvez également vous adresser à vos amis, qui craignent Dieu et organiser ensemble, dans votre ville, une campagne systématique pour que l'on mette les Tefilin.
Des propos émanant du coeur pénétreront assurément dans le coeur de celui qui les écoute. Avec l'aide de Dieu, vous apporterez à tous un grand mérite spirituel, la Mitsva des Tefilin et matériel, la protection qui en découle.
Vous savez ce que dit le Rambam, à ce propos. On doit conduire les ignorants, les femmes et les enfants à servir Dieu par crainte, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la maturité leur permettant de Le servir par amour. Et le Rambam explique que celui qui sert Dieu par crainte désire, avant tout, obtenir toutes les récompenses qu'apporte la pratique des Mitsvot.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(2)
Notes
(1) Voir, à ce propos, la lettre n°101. (2) De Ma'hané Israël.
Lettre n°135
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°135, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 21 Chevat 5704,
A mon cher ami, monsieur Bezboradko(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous trouverez ci-joint un reçu concernant le don que vous avez fait pour soutenir les écoles dirigées par le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h. Au nom de cette institution, nous vous exprimons tous nos remerciements pour votre concours à cette grande oeuvre d'éducation des enfants juifs, dans l'esprit le plus pur de la tradition.
Nous avons bon espoir qu'à l'avenir, vous prendrez encore part à cette grande oeuvre, vous conduirez vos amis et connaissances à s'y intéresser et à venir en aide au Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h. Chacun le fera selon ses possibilités et, lorsque l'on permet à son prochain de faire une bonne action, on lui confère, de la sorte, un mérite.
L'une des dates particulières de ce mois est le nouvel an des arbres, qui délivre de nombreux enseignements. En effet, l'homme qui prête attention à ce qui se passe autour de lui peut, au moyen de chaque chose, approfondir sa sagesse, améliorer son attitude envers Dieu et envers les hommes. Cela n'est pas vrai uniquement pour un événement inhabituel, mais concerne aussi la situation la plus courante, comme un arbre qui fleurit. Celui-ci dispense à l'homme de nombreuses leçons pour son existence quotidienne.
J'en soulignerai quelques unes ici:
Les végétaux et, en particulier, les arbres sont constitués de différentes parties. On en désigne généralement trois, les racines, le tronc avec les branches et les feuilles, les fruits qui ont une écorce, une pulpe et des pépins.
On peut noter les différences suivantes entre ces parties:
Les racines sont cachées et nul ne peut les voir. C'est pourtant elles qui apportent à l'arbre l'essentiel de sa vitalité, bien que les feuilles puisent également dans l'air des éléments indispensables à la vie de l'arbre et captent la chaleur du soleil. De plus, les racines permettent à l'arbre de tenir debout. Si elles sont solides, aucun vent ne pourra le déraciner.
Le tronc de l'arbre en est la partie la plus importante. De temps à autre, ses branches et ses feuilles se développent. De ce fait, celles-ci et, plus spécifiquement le tronc, permettent de déterminer l'âge d'un arbre.
Néanmoins, la plénitude de l'arbre se marque dans ses fruits, dont les pépins serviront à planter de nouveaux arbres.
Or, l'homme est tel l'arbre du verger et ce qui caractérise les arbres peut, de différentes manières, trouver son équivalent dans sa vie. C'est, en particulier, vrai pour son existence spirituelle. On peut, là encore, déterminer trois catégories.
Les racines correspondent à la foi, grâce à laquelle un homme est lié à la Source de son existence, c'est-à-dire au Créateur, béni soit-Il. Et celui qui a accumulé une immense sagesse, connaît la Torah et met en pratique les Mitsvot, n'en tire pas moins sa vitalité de sa foi en Dieu, en Son rituel et en Sa Torah.
Le tronc de l'arbre évoque l'étude de la Torah, la pratique des Mitsvot et les bonnes actions, qui doivent constituer la majeure partie des comportements de l'homme et de ses accomplissements. Et l'âge de l'homme peut aussi être déterminé en fonction du nombre des Mitsvot qu'il a accomplies et des connaissances de la Torah qu'il a accumulées. C'est grâce à elles qu'il a une vie pleine de contenu, de sagesse et de réalisations.
Les fruits marquent toute la perfection de l'homme. Celui qui la possède ne se contente pas d'assumer ses engagements personnels. Cette qualité exerce également une influence positive sur son entourage et son environnement, afin que chacun puisse l'acquérir à son tour. Son action consiste à placer la graine à partir de laquelle poussera un arbre, c'est-à-dire un homme, qui aura des racines, sera pénétré de foi, un tronc et des branches, la Torah et les bonnes actions, qui portera des fruits, guidera les autres dans la bonne direction.
Voici ce qu'il faut retenir de tout ce développement. Les racines de l'homme, l'aspect principal de son existence, sont la foi pure. Si celle-ci est affaiblie, son existence morale est un danger, même s'il est, par ailleurs, un homme important.
Les manifestations essentielles de l'existence d'un homme sont ses bonnes actions, qui se multiplient, de jour en jour.
Mais, la perfection de l'homme réside dans les fruits qu'il porte, c'est-à-dire dans l'influence qu'il exerce sur le plus grand nombre, dans le mérite qu'il confère aux autres en leur permettant d'assumer la mission qui leur est confiée, d'atteindre la finalité de leur existence. Alors, ses actions donnent des fruits et ceux-ci produisent, à leur tour, des fruits, dans la succession des générations, de sorte que celui qui est à l'origine de ce processus porte la responsabilité du mérite collectif.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(2)
Notes
(1) Une lettre identique fut écrite le 27 Chevat et adressée au Rav, fidèle à ses engagements, aux multiples et importants accomplissements, monsieur Tsvi Moskovitch. (2) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°137
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°137, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Lundi 27 Chevat 5704,
Au très cher monsieur 'Haïm Liberman(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je voudrais, par la présente, vous remercier d'avoir rendu visite au Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
J'ai eu beaucoup de plaisir à faire votre connaissance et à échanger avec vous sur les problèmes actuels de l'éducation juive en Amérique.
L'impression que vous aura faite votre rencontre avec mon beau-père(2), le Rabbi Chlita, aura, j'en suis convaincu, un effet concret sur votre action au profit de l'éducation juive.
Le Midrach, commentant la Paracha de cette semaine, dit: Le monde ne méritait pas de posséder de l'or. Pourquoi donc fut-il créé? Pour le Sanctuaire et le Temple.
Chaque homme peut en tirer une leçon. Il doit avoir conscience que les capacités dont Dieu l'a dotées doivent être mises au service du Sanctuaire et du Temple se trouvant dans le coeur de chaque Juif. C'est uniquement par ce mérite qu'il est également possible d'en faire usage, dans le monde.
Je souhaite rester en contact avec vous pour tout ce qui concerne l'action concrète.
Bien à vous, avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Qui était un journaliste. (2) Le précédent Rabbi avait écrit au journaliste Liberman: Il serait très positif que vous rendiez visite à mon gendre, qui est un grand érudit, le Rav M.M. Chlita, afin de faire sa connaissance. Vous devriez rencontrer également le Rav Hodakov. Vous vous entretiendrez avec eux de la campagne qu'il convient de mener pour une bonne éducation. Le Rabbi indique ici qu'à cette occasion, le journaliste rendit également visite au précédent Rabbi.
Lettre n°138
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°138, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Roch 'Hodech Adar 5704,
A l'homme honorable, aux multiples réalisations,
le Rav Its'hak Noté Nak, Wellington, New Jersey,
Je vous salue et vous bénis,
Votre lettre du dimanche de la Parchat Vaye'hi m'est bien parvenue et nous avons appris avec satisfaction que vous aviez bien reçu toutes les publications que nous vous avons envoyées et que celles-ci étaient, Dieu merci, d'une grande utilité pour l'éducation juive, dans votre ville.
Nous avons transmis votre lettre à votre frère, notre ami, le Rav Na'houm.
Conformément à votre demande, nous vous envoyons d'autres livres et d'autres brochures, selon la liste jointe à la présente lettre. Vous voudrez bien nous indiquer combien d'exemplaires vous désirez obtenir, à l'avenir, de toutes nos publications et vous nous confirmerez avoir reçues celles-ci.
Nous avons appris avec satisfaction qu'un comité a déjà été constitué pour construire un Mikwé dans votre ville. Vous savez sans doute qu'il s'agit là d'un besoin vital, moral et physique. Il faut donc, dans la mesure du possible, construire ce Mikwé au plus vite, n'accepter aucun retard. Sans l'ombre d'un doute, si vous vous mettez à la tache avec un réel désir d'aboutir, dans toute la mesure de vos moyens, Dieu vous viendra en aide et vos efforts seront couronnés de succès.
Nous avons reçu une lettre de monsieur ..., de Nouvelle Zélande, avec lequel nous n'avons eu aucun contact, jusqu'à maintenant. Il réside dans votre quartier et il serait donc bon que vous preniez contact avec lui. Dans ce but, nous vous envoyons une copie de la lettre qu'il nous a adressée et de la réponse que nous lui avons faite. Nous vous remercions de nous transmettre les informations que vous pourriez posséder, le concernant.
Vous vous efforcez sans doute de créer un groupe de Tehilim, conformément à ce qu'expose, par le détail, le second recueil des lettres de mon beau-père, le Rabbi Chlita, que nous vous avons envoyé récemment.
Je conclurai par des propos d'encouragement, liés à ce jour, le premier du mois d'Adar.
Nos Sages disent qu'à partir du 1er Adar, on fait connaître aux Juifs la nécessité de donner le demi Shekel et de vérifier que différentes espèces ne se mélangent pas dans le champ. On peut expliquer la relation entre ces deux éléments, pour le service de Dieu, en cette génération du talon du Machia'h.
Selon Rabbi Yochoua, c'est en Nissan que les enfants d'Israël quittèrent l'Egypte en Nissan qu'ils quitteront le présent exil.
Et nous considérons que la délivrance interviendra effectivement en Nissan. On sait, en effet, que l'avis de Rabbi Yochoua est retenu, chaque fois qu'il s'oppose à Rabbi Eliézer(...).
Rabbi Eliézer pense, pour sa part, que la délivrance interviendra en Tichri. Il reconnaît, cependant, que Nissan est un mois de délivrance, au cours duquel survint la sortie d'Egypte, première délivrance complète.
Nos Sages recherchent des raisons et des explications justifiant que nos ancêtres aient été libérés de l'Egypte. Et, par la suite, c'est du fait de nos fautes que nous avons été renvoyés de notre terre. Il faut donc, à n'en pas douter, réparer ce qui s'est passé et supprimer la raison de l'exil. C'est ensuite qu'interviendra la délivrance.
Selon Rabbi Eliézer, en effet, la délivrance est impossible si les enfants d'Israël n'accèdent pas à la Techouva. Pour Rabbi Yochoua, en revanche, Dieu suscitera un roi dur, dont les décrets seront semblables à ceux de Haman. Sous son impulsion, Israël fera Techouva. Ainsi, l'un et l'autre s'accordent pour reconnaître que la Techouva doit précéder la délivrance.
Durant le présent exil, qui est le dernier, il faut tout d'abord réparer ce qui est à l'origine de la présente situation. Nos Sages disent, en effet: Pourquoi le Temple fut-il détruit? Du fait de la haine gratuite. Les accomplissements des Juifs, durant le présent exil, achèveront donc la transformation de la matière et le traité Sanhédrin précise que le fils de David viendra dans une génération entièrement méritante ou entièrement coupable. Alors, le mélange du bien et du mal, qui résulta de la faute de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, disparaîtra.
C'est précisément ce qu'enseigne la Michna, au début du traité Chekalim, qui parle du 1er Adar. Le mois d'Adar prépare Nissan, celui de la délivrance. De fait, Rachi explique que les jours de miracles, pour les Juifs, évoquent Pourim et Pessa'h.
Le Roch 'Hodech, en l'occurrence le 1er Adar, est la tête du mois, incluant en lui l'ensemble de celui-ci. C'est pour cela que nous disons, dans la prière, renouvelle ce mois pour nous(1). En conséquence, le tribunal annonce ce qu'est globalement, le service de Dieu de ce mois, la préparation à la délivrance.
Cette préparation inclut deux points. Elle consiste, tout d'abord, à donner le demi Shekel, un montant identique pour tous, ainsi qu'il est dit le riche ne donnera pas plus, le pauvre ne donnera pas moins. Ainsi, tous s'unissent de la même manière et ne constituent qu'une seule et même entité pour offrir un sacrifice à Dieu(2). Tous les Juifs s'unissent pour mettre en pratique la Volonté de Dieu et réparent ainsi la cause spécifique du présent exil, qui est, comme on l'a vu, la haine gratuite.
Plus encore, on rappelle également(3) l'interdiction de mélanger les espèces dans le champ. En effet, les forces du mal sont l'antithèse de la sainteté et l'on ne peut imaginer un mélange plus grave que celui du bien et du mal. Il faut, en pareil cas, déraciner ces espèces.
C'est ainsi que l'on peut mettre en pratique l'Injonction de nos Sages selon laquelle, dès que commence Adar, on multiplie sa joie. Il doit en être ainsi dès le Roch 'Hodech et cette Injonction est également une assurance qu'il en sera bien ainsi.
Puisse Dieu faire que, très bientôt et de nos jours, les enfants d'Israël connaissent la lumière, la joie, l'allégresse et l'honneur(4).
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(5)
Notes
(1) Pour le bien et pour la bénédiction, dans le Moussaf du Roch 'Hodech. Le bien et la bénédiction sont alors demandés pour l'ensemble du mois. (2) Puisque les sacrifices publics, tout au long de l'année, étaient financés par ces dons de demi Shekels. (3) Le 1er Adar. (4) Selon le verset de la Meguila qui résume le miracle de Pourim. (5) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°139
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°139, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Dimanche 10 Adar 5704,
Brooklyn,
Au respectable 'Hassid, qui agit avec abnégation,
le Rav Y.Kats(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à vos deux lettres, qui me sont parvenues en même temps.
Vous trouverez ci-joint un reçu du chèque que vous avez adressé au Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Mon beau-père, le Rabbi Chlita, a demandé que l'on vous envoie l'encyclopédie de poche, un recueil quotidien(2) et ses propos n'ont nullement besoin d'être confirmés.
Néanmoins, on peut découvrir une allusion à cet envoi et son illustration dans la Paracha de cette semaine(3), qui définit, à son début, l'allumage du chandelier par le Cohen(4).
Car, chaque fois que l'on assiste à un allumage, on peut constater que son auteur apporte uniquement l'étincelle première. Par la suite, le chandelier est lui-même allumé, de manière autonome.
Et, il en est rigoureusement de même pour chaque Juif. Même si, pour une quelconque raison, celui-ci s'est écarté de la Torah et des Mitsvot, il suffit, généralement, de lui donner une première impulsion. Par la suite, la bougie de Dieu (qui) est l'âme de l'homme et se trouve en lui, brûle par elle-même, de manière autonome.
Heureux l'homme qui illumine le monde en allumant les bougies que sont les enfants d'Israël, en éclairant l'obscurité du monde et ce mérite vous revient.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Le Rav Yaakov Kats. (2) Dont il est question dans la lettre n°110. (3) Celle de Tetsavé. (4) Le Rav Kats, destinataire de cette lettre, était Cohen.
Lettre n°140
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°140, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Pourim 5704,
Au grand Rav, plein d'empressement
le Rav M.P. Cohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
On vient d'apporter de la reliure le fascicule 18 Elloul 5703(2). Un exemplaire vous en est envoyé, avec son prix. Les autres vous seront adressés, au plus vite, lorsque vous nous aurez dit combien il vous en faut.
A nom des éditions Trésor des 'Hassidim, je voudrais vous remercier de vous être engagé à collecter des fonds(3) pour permettre l'impression de ce livre, ce qui a permis de l'éditer au plus vite.
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A quelqu'un comme vous, il est sans doute inutile d'expliquer la grande importance d'imprimer les textes de la 'Hassidout. Cette responsabilité est accrue, en notre époque du talon du Machia'h. La fin de notre exil est proche. Le Machia'h dit au Baal Chem Tov, lorsque celui-ci connut une élévation de l'âme, que sa venue dépendait de la diffusion, à l'extérieur, de ses enseignements. Et, à Sim'hat Torah 5690(4), mon beau-père, le Rabbi Chlita, a expliqué comment il fallait comprendre ce terme d'extérieur.
On peut lier la nécessité de diffuser la 'Hassidout à ce jour, celui de Pourim, ce qui nous permettra de comprendre plusieurs aspects des Mitsvot de cette fête.
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A Pourim, on envoie des mets à ses amis et l'on donne des cadeaux aux pauvres. Nos Sages précisent qu'il faut donner deux mets à un ami et deux dons, en espèce ou sous forme de mets, à deux pauvres. Plusieurs précisions peuvent être données, à ce propos:
A) Pourquoi est-ce précisément à Pourim que l'on offre des mets à ses amis?
Si c'est parce que Pourim est un jour de festin et de joie, parce que l'on est tenu d'être ivre, pendant cette fête, en quoi cela diffère-t-il du repas et du Kiddouch qui sont instaurés pendant le Chabbat ou bien de la nécessité de se réjouir pendant les trois fêtes, ce qui conduit à y consommer de la viande et à y boire du vin(5) ou encore des quatre coupes de Pessa'h ou du devoir de manger plus qu'à l'ordinaire, à la veille de Yom Kippour? Pourquoi ne pas envoyer, à toutes ces dates, des mets à ses amis? Ou bien, à l'inverse, pourquoi ne pas déduire de ces dates qu'il est pas nécessaire de le faire à Pourim?
B) Pourquoi parler d'envoi, Michloa'h, de mets aux amis et seulement de dons, Matanot, aux pauvres, sans préciser qu'ils leurs sont envoyés?
Certes, on pourrait concevoir que ce terme de Michloa'h porte sur les uns et les autres. Néanmoins, le verset ne le dit pas clairement et il rapproche ce terme des mets échangés entre amis. Or, la logique établit que cet envoi est beaucoup plus clairement justifié lorsqu'il s'agit des pauvres. Nos Sages disent, en effet, que la Tsédaka la plus élevée est celle qui est donnée sans que l'homme qui la donne et celui qui la reçoit ne se connaissent. Pour cela, le don ne peut se faire de la main à la main. Un envoi est nécessaire, par l'intermédiaire d'un collecteur. Rien de tel n'existe pour l'échange de mets entre amis. Dès lors, pourquoi le terme Michloa'h n'est-il pas rapproché des dons aux pauvres plutôt que de l'échange de mets entre amis, dans le verset?
C) Pourquoi envoyer des mets à un seul ami, mais des dons à deux pauvres?
D) Pourquoi faut-il envoyer deux choses à un ami, alors que, pour un pauvre, une seule est suffisante? Le contraire eut semblé plus logique et la Tsédaka aurait dû occuper une place plus centrale que les cadeaux aux amis. Ainsi, le Rambam dit qu'il vaut mieux multiplier les dons aux pauvres plutôt que son propre repas et les cadeaux aux amis. Il aurait dû en être de même pour les modalités d'application de cette Mitsva. On aurait pu multiplier les dons aux pauvres non seulement par le nombre de personnes concernées, mais aussi par la quantité de ce qui leur est donné.
E) Pourquoi ne peut-on envoyer à un ami qu'un mets consommable alors que, pour le pauvre, on a le choix entre un aliment et de l'argent? Le traité Taanit dit pourtant que la Tsédaka, dans sa forme la plus élevée, doit être immédiatement consommable. Dès lors, pourquoi ne pas imposer, à Pourim, un don aux pauvres sous forme d'aliments?
Une seule explication permettra de répondre à toutes ces questions à la fois. Nous donnerons, au préalable, une définition précise, bien que concise, de Pourim. En effet, le temps ne permet pas de développer une longue explication.
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Pourim a une portée très générale. Si l'on considère les faits concrets, un décret avait alors prononcé la mort de tous les Juifs, dans l'ensemble des provinces. Bien plus, le Talmud Babli n'adopte pas l'avis du Midrach Rabba et il considère que A'hachvéroch régnait sur le monde entier. Le décret portait donc bien sur la totalité du peuple juif et le salut, qui fut l'issue finale, avait donc bien la portée la plus générale.
Il en est de même pour la dimension spirituelle. Nos Sages disent que ils accomplirent ce qu'ils avaient reçu auparavant(6). C'est donc à l'époque que la réception de la Torah et des Mitsvot parvint à la perfection. L'effort et l'initiative émanaient alors des Juifs, sans aucune intervention divine, alors que la Torah leur avait été donnée sous la contrainte.
La révélation du Sinaï, la Torah et les Mitsvot ont pour but de bâtir une demeure pour Dieu, ici-bas. C'est le sens de la réponse que Moché, notre maître, donna aux anges(7): Etes-vous descendus en Egypte? Avez-vous été les esclaves du Pharaon? A quoi vous servirait la Torah?. Et, ils n'envisagèrent pas que la Torah puisse leur être donnée uniquement dans sa dimension spirituelle.
Car c'est bien ce qui se passait, lors du don de la Torah. Mais, par la suite, les enfants d'Israël et le monde entier devinrent plus frustes. Depuis lors, tout dépend donc de l'accomplissement de la Torah et des Mitsvot par les Juifs. C'est ainsi qu'ils apportent l'élévation à ce monde inférieur, comme l'indique le Tanya. Lors du don de la Torah, il fut dit que Israël campa, au singulier et cette unité leur permit de recevoir la Torah.
Il en fut de même à l'époque de Pourim. Il est dit que les Juifs reçurent, Kibel, terme que le verset emploie au singulier. De même, dans notre service de Dieu, à l'époque actuelle, notre unité est une condition essentielle, comme le souligne le Tanya. Et, le Dere'h Mitsvote'ha l'explique de manière détaillée.
Il résulte de ce qui vient d'être dit que Pourim correspond à la perfection du don de la Torah. Les caractères essentiels de la Torah et des Mitsvot doivent donc s'y refléter, en particulier le fait qu'elles permettent de bâtir pour Lui une demeure ici-bas. Le moyen d'y parvenir est de réaliser l'unité véritable. Pourim souligne, en outre, que tout cela doit découler de l'effort des hommes et non d'une révélation céleste.
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Nous envisagerons maintenant les différents aspects de la fête de Pourim.
Nos Sages interprètent le verset n'abandonne pas ton ami et l'ami de ton père de la manière suivante: Cet Ami, c'est le Saint béni soit-Il. Or, comment imaginer une relation d'amitié entre une créature insignifiante et l'Essence de Dieu? En fait, Dieu prit la décision, lorsqu'Il donna la Torah, d'y inscrire l'Essence de Lui-même. Il fit que la récompense de la Mitsva, de la même étymologie que Tsavta, le lien, soit la possibilité de se lier à Lui, comme l'explique longuement mon beau-père, le Rabbi Chlita, dans Hatamim et comme l'indique brièvement le Hayom Yom, à la page 102.
C'est pour cette raison que l'on emploie, pour définir la Torah et les Mitsvot, l'image de la nourriture et de la boisson. La Torah est, en outre, comparée au pain, celui des hommes, mais aussi celui de Dieu, si l'on peut ainsi s'exprimer.
Il en est ainsi pour la Torah et les Mitsvot. Mais, en une analyse plus précise, quelques distinctions peuvent néanmoins être faites. Ainsi, l'amour et la crainte de Dieu ne sont que les ailes(8). Ils sont également surnommés l'or et l'argent, lesquels permettent d'acquérir la nourriture et la boisson.
Telles sont les Mitsvot de Pourim. L'envoi de mets à un ami illustre la relation entre Israël et le Saint béni soit-Il. Il s'agit donc bien d'aliments et de boissons. En effet, l'or et l'argent, c'est-à-dire l'amour et la crainte de Dieu ne permettent pas, même au Juste le plus parfait, de conserver le lien avec Dieu que l'âme possédait lorsqu'elle se trouvait là-haut, avant de descendre dans ce monde inférieur. Bien plus, l'âme n'est pas descendue ici-bas pour acquérir ces sentiments, mais plutôt pour y bâtir le Sanctuaire de Dieu, en accomplissant concrètement les Mitsvot.
On offre à un ami deux mets. En effet, un seul n'introduirait qu'une catégorie de Mitsvot. On pourrait donc penser que l'homme les accomplissant est motivé uniquement par sa propre nature. Si c'était le cas, le Sanctuaire de Dieu ne serait pas construit. C'est pour cela que Rabbi 'Hanina Ben Teradyon s'interrogea: Ai-je une part dans le monde futur?(9).
Bien plus, à propos de ces mets adressés aux amis, il doit y avoir un envoi, Michloa'h. En effet, la Torah et les Mitsvot reçoivent l'élévation grâce à l'amour et à la crainte de Dieu, qu'ils soient naturels ou fruits de la réflexion, comme l'explique le Tanya. Car, il est clair qu'elles ne doivent pas rester dans ce monde, siège des forces du mal.
Ce qui vient d'être dit concerne uniquement la dimension individuelle. Mais, nous avons vu à quel point est nécessaire l'unité d'Israël, ainsi qu'il est dit Israël campa, au singulier, les Juifs reçurent, au singulier également dans le verset. C'est pour cela que la seconde Mitsva de Pourim est celle des dons aux pauvres. Elle permet d'entrer en relation avec celui qui est pauvre par le niveau de ses connaissances et de le convaincre de mettre en pratique la Torah et les Mitsvot.
Ceci ne contredit nullement la nécessité, pour chacun, d'introduire son propre effort, pendant la fête de Pourim. En effet, cet effort doit se substituer à la révélation divine, qui s'apparente à la contrainte, comme, lors du don de la Torah, lorsque Dieu plaça la montagne sur la tête des enfants d'Israël et leur dit: C'est ici que vous serez enterrés.
De même, il n'y eut pas de révélation divine, à Pourim, parce que le verset dit: Je voilerai Ma face, ce jour-là. Mais, bien évidemment, cela ne signifie pas que l'un ne doit pas venir en aide à l'autre. Toutefois, la manière de convaincre diffère pour chacun. L'un verra quelqu'un porter les Tefilin, en sera touché et les mettra à son tour. L'autre commencera à les mettre uniquement quand on lui expliquera le sens de l'amour et de la crainte de Dieu. C'est pour cela que les dons aux pauvres peuvent être de l'argent ou des mets(10). Leur but, en effet, n'est pas de bâtir la demeure de Dieu dans le monde(11), mais de convaincre le pauvre de le faire.
C'est pour cela qu'un seul don à chaque pauvre suffit. Car, même si ce don correspond à une situation naturelle de la part de son auteur, seul importe, bien sûr, que le pauvre mette en pratique la Torah et les Mitsvot, pour le Nom de Dieu.
Nos Sages en disent de même de la Tsédaka matérielle: Si on la donne par sa propre initiative, c'est bien. Si ce n'est pas le cas, d'autres nations peuvent venir et se l'approprier de force. Dans ce dernier cas, il s'agira également d'une Tsédaka.
Néanmoins, il reste nécessaire de donner à deux pauvres. En effet, il y a, de façon générale, deux catégories de personnes qui doivent être aidées par leurs amis. Le service de Dieu doit participer à la fois de l'âme et du corps, comme l'indiquent nos Sages par la parabole du boiteux et de l'aveugle(12). Selon la terminologie de la 'Hassidout, l'âme divine et l'âme animale doivent, l'une et l'autre, prendre part à ce service. L'une sans l'autre ne pourrait agir de manière satisfaisante.
De plus, un effort est nécessaire pour l'une comme pour l'autre. En effet, l'âme, lorsqu'elle descend ici bas, s'inscrit dans la dimension matérielle. De même, il faut tenir compte des différentes catégories d'hommes qui servent Dieu. Certains le font par leur coeur, d'autres par leur esprit. C'est pour cela que l'on fait des dons à deux pauvres.
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Lorsque l'on s'efforce de rapprocher son prochain de la Torah et des Mitsvot, on peut agir de différentes façons. De manière générale, on en définit deux:
A) On peut décrire à quelqu'un le caractère insignifiant de l'homme, le dégoût et l'aversion qu'inspire le mal, les punitions du Guéhénom, en un mot expliquer de quoi il convient de s'éloigner. C'est, de façon générale, l'option de l'Ethique, le Moussar.
B) On peut aussi expliquer clairement la grandeur de Dieu, ainsi qu'il est dit comme sont grandes Tes actions, la valeur infinie de la Torah et des Mitsvot, c'est-à-dire parler de l'objectif dont il convient de se rapprocher. C'est, de façon générale, la conception de la 'Hassidout.
Voici l'un des points qui distinguent ces deux approches. Lorsque l'on s'adresse à son interlocuteur de la première manière, lui expliquant que le sort de celui qui agit mal est amer et peu enviable, que cet homme est méprisable lorsqu'il est attiré par les plaisirs du monde, on ne parle pas de la Mitsva. On espère simplement que, grâce à ce discours, celui à qui on s'adresse regagnera le droit chemin.
En revanche, si l'on adopte la seconde voie, le discours que l'on tient présente, par lui-même, la Mitsva la plus élevée, celle d'avoir connaissance de l'enchaînement des mondes, ainsi qu'il est dit connais le Dieu de ton père, de percevoir Son unité.
Pour reprendre la distinction précédente, la première approche se limite à des dons au pauvres, alors que la seconde, si elle est désintéressée, s'apparente à la fois aux cadeaux adressés aux amis et aux dons aux pauvres.
De même, les textes de la 'Hassidout sont des causeries, Si'hot et des discours, Maamarim. Ces derniers concernent plus directement l'âme divine, à laquelle ils apportent la révélation, alors que les premières comportent des récits, des explications sur les concepts de la 'Hassidout, des encouragements au service de Dieu. Elles s'adressent donc aux deux catégories de pauvres.
La propagation désintéressée et la diffusion publique des textes de la 'Hassidout qui en présentent les concepts, renforcent la crainte de Dieu et la pratique de la Torah et des Mitsvot, racontent l'histoire de nos maîtres et des 'Hassidim des précédentes générations dont chacun, à sa manière, doit imiter l'exemple. Elles font donc effectivement allusion aux cadeaux envoyés à des amis et aux dons aux pauvres, jusque dans leur moindre détail.
Ce qui vient d'être dit n'est qu'une supposition et Dieu me pardonnera(13).
Avec ma bénédiction de joyeux Pourim, de Techouva immédiate et de délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Je répondrai brièvement aux questions qui vous ont été posées.
Commentant le verset près de Baal Tsefon(14), le Daat Zekenim Mibaaleï Hatossafot rappelle qu'il est interdit de dire attends-moi près de telle idole. Il explique, néanmoins, que cette Interdiction ne s'applique pas à Dieu. Il rappelle, en outre, que ce verset fut prononcé avant le don de la Torah. Or, vous objectez que le nom de plusieurs idoles est également mentionné après le don de la Torah. Vous en déduisez que cela n'est pas interdit.
Voici ma réponse, à mon humble avis: Il est, tout d'abord, difficile d'opposer le Daat Zekenim Mibaaleï Hatossafot aux autres commentateurs du Talmud, qui sont tous de grands Sages. De plus, il est deux manières de mentionner une idole. On peut se contenter de la citer. On peut aussi rappeler son nom pour un besoin que l'on éprouve(15). En agissant de la sorte, on lui confère une importance. Ces commentateurs considèrent donc que se contenter de citer l'idole, après que la Torah elle-même l'ait fait, ne peut être interdit. En revanche, la seconde façon ne peut jamais être autorisée. Est-ce parce que la Torah a cité le nom d'une idole qu'il serait permis de lui conférer de l'importance? Cela serait bien étonnant!
De fait, une telle distinction est très forte et il est surprenant que les Décisionnaires ne l'introduisent pas.
Le traité Sanhédrin dit que l'on peut mentionner le nom d'une idole, dès lors qu'il apparaît dans un verset. Il s'accordera, en revanche, pour reconnaître que l'on ne doit pas lui conférer de l'importance.
Il y a, bien évidemment, une différence entre dire attends-moi près de cette idole, lui donnant ainsi de l'importance et se contenter de mentionner son nom, ainsi devenu un nom d'endroit. Lorsque l'on mesure une distance, par exemple, on la compte à partir du lieu qui porte ce nom et non de l'idole qui se trouvait là, auparavant. Le seul Interdit pourrait donc être le fait de mentionner le nom de l'idole, qui est devenu celui de l'endroit. Cette différence est bien évidente.
B) Le Sforno dit que la cueillette de la manne est une transgression du Chabbat, puisqu'on la sépare de l'endroit où elle s'est posée. Vous soulignez que la manne est le pain du ciel et vous vous demandez ce que signifie cueillir, en pareil cas, d'autant qu'elle reposait sur la rosée et non sur le sol.
Voici ma réponse: Il est, tout d'abord, difficile, comme je le disais auparavant, d'opposer le Sforno à Rachi ou à Rabbi Avraham Ibn Ezra. Ils étaient tous de grands Sages. En fait, le Sforno constate que le verset emploie le terme de cueillette et il en déduit que cet acte était une transgression du Chabbat. Il note que, dans le traité Chabbat, on parle également de cueillette pour des herbes ayant poussé en une seule nuit et non sur le sol, mais sur un arbre ou sur une pierre. Il en déduit que c'était également le cas pour la manne, qui tombait chaque nuit et ne se posait pas sur le sol, mais sur la rosée.
On peut donner deux explications, à ce propos. On peut considérer qu'au contact de l'humidité du sol, la manne durcissait. On peut avancer également qu'une fois posée par terre, elle continuait à pousser, grâce à l'humidité du sol.
C) Le Baal Hatourim explique que les six cent vingt lettres des dix Commandements correspondent aux six cent treize Mitsvot de la Torah et aux sept Commandements transmis aux descendants de Noa'h. Vous objectez que ces sept Commandements figurent déjà parmi les six cent treize.
Voici ma réponse: On peut supprimer cette objection de différentes manières. Mais, en réalité, il n'y a là aucune difficulté. En effet, les 613 Mitsvot ne sont pas toutes différentes les unes des autres. Au contraire, un détail d'application d'une Mitsva, dès lors qu'il fait l'objet d'une Injonction particulière, peut être compté de manière indépendante. Ainsi, les lois sur l'idolâtrie regroupent de nombreux Interdits et de nombreuses Injonctions, tous comptés parmi les 613 Mitsvot. Le Séfer Hamitsvot, du Rambam, donne plusieurs définitions, à ce propos.
C'est, a fortiori, le cas des sept Commandements des descendants de Noa'h, qui ont des modalités d'applications particulières et sont donc différents des Mitsvot qui sont leurs équivalents, chez les Juifs. Ils peuvent donc être comptés de manière indépendante.
Notes
(1) Le Rav Moché Pin'has HaCohen Kats. (2) 1943, contenant les propos que le précédent Rabbi prononça à cette date. (3) Voir, à ce propos, les lettres 141 et 145. (4) 1929. (5) Nécessaires, selon nos Sages, pour se réjouir. (6) Les Juifs acceptèrent de leur plein gré, en refusant d'abjurer, la Torah qui leur avait été donnée sous la contrainte, devant le mont Sinaï, lequel se serait effondré sur eux s'ils l'avaient refusée. (7) Qui revendiquaient la Torah. (8) Qui permettent à l'oiseau de s'envoler, mais, pour autant, ne sont pas des organes vitaux. (9) Son service de Dieu était-il le résultat d'un effort de sa part ou bien uniquement un état naturel? (10) Selon ce qui est susceptible de convaincre chacun. (11) Ce qui est possible par les cadeaux envoyés aux amis. (12) Le corps est comparé à un aveugle, car il ne perçoit pas la dimension spirituelle de le création. L'âme est un boiteux, car, bien qu'elle perçoit cette dimension, elle ne peut se déplacer pour agir dans le monde. Puis, lorsque le boiteux s'assoit sur les épaules de l'aveugle, tous deux peuvent se déplacer et transformer le monde. De même, la mission assumée ici-bas par l'homme est conjointement effectuée par l'âme et le corps. (13) Si elle ne correspond pas à la réalité. (14) Le nom d'une idole. (15) Par exemple celui d'indiquer un chemin ou de donner un point de repère.
Lettre n°141
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°141, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Pourim 5704,
A l'honorable 'Hassid, craignant la parole de Dieu,
le Rav D.Halevi(1),
Je vous salue et vous bénis,
Le fascicule 18 Elloul 5703 vient de paraître et vous en trouverez, ci-joint, un exemplaire.
Et je voudrais vous annoncer, avec beaucoup de plaisir et de joie, que cette publication a été rendue possible grâce à des fonds collectés par vos enfants, en particulier votre gendre, grand érudit et plein d'empressement, le Rav M.P.(2) et sa famille. Celui-ci a posé comme condition que le recueil soit édité pour le mérite de son beau-père, c'est-à-dire de vous-même. Il a aussi mentionné un autre nom(3), celui d'une personne qu'il s'efforcera de faire contribuer également à cette parution. Vous verrez donc ces noms imprimés dans le présent ouvrage.
Nos Sages comparent le fils au gendre, même s'il est clair que des différences existent. L'une d'entre elles, concernant le père ou le beau-père, a été précisée par mon beau-père, le Rabbi Chlita, dans les propos qu'il a tenus à Chemini Atséret 5697(4): On ne choisit pas ses enfants. A l'opposé, on choisit ses disciples. En d'autres termes, on peut apprendre à connaître une personne en voyant le gendre à qui il a donné sa fille, ainsi qu'il est dit: j'ai donné ma fille à cet homme, beaucoup plus qu'en voyant son fils.
Les Juifs sont les enfants de Dieu, ainsi qu'il est dit vous êtes des enfants pour l'Eternel votre Dieu. Ils sont aussi les gendres du Tout Puissant. Le Midrach dit, en effet: Un roi avait une fille unique. Un autre roi vint et la demanda en mariage. Elle lui fut alors accordée. Ainsi, la Torah est la fille de Dieu et Israël, Son gendre.
On peut, peut-être, établir la différence suivante. On devient le gendre de Dieu uniquement en épousant la Torah, c'est-à-dire en faisant d'énormes efforts pour tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot, jusqu'à l'acquérir et en devenir le maître, comme un homme envers son épouse. Le fils, en revanche, le reste en tout état de cause, même s'il est muet, sot ou petit. Et l'amour du père pour son fils, émanant de l'essence de lui-même, n'est pas conditionné par ses qualités évidentes.
Le Chir Hachirim Rabba définit une autre qualité du gendre que ne possède pas le fils. Il rapporte un récit dans lequel on voit que l'arrivée des gendres provoque une joie supplémentaire, après l'arrivée des fils.
Telle est également l'importance de ce jour de Pourim, duquel nos Sages disent que les Juifs acceptèrent alors la Torah de manière délibérée, alors que, près du mont Sinaï, elle leur avait été donnée par la contrainte, car Il avait placé la montagne sur leurs têtes. L'Admour Hazaken explique que l'amour profond de Dieu pour Israël se révéla alors, l'enlaça et l'entoura de toute part, ne lui permettant pas de se détourner et le maintenant face à face avec Lui.
Pourim ajouta à tout cela, selon l'expression de l'Admour Hazaken, le plein consentement des Juifs. Tous firent don de leur vie, de leur propre initiative, sans révélation divine préalable. Bien au contraire, la Présence divine était alors cachée, car nos Sages disent: Où voit-on une allusion à Esther dans la Torah? Dans le verset «Je voilerai Ma face»(5).
C'est alors que le don de la Torah fut plein et entier, alors que fut célébré le mariage de la fille unique du Roi, Roi des rois, le Saint béni soit-Il, alors que nous sommes devenus les gendres de Dieu.
Puisse Dieu faire que vous ayez beaucoup de satisfaction de vos enfants et de vos gendres. Chacun apportera toute son ardeur à grandir et embellir la Torah.
Alors, avec tout le peuple juif, en cette période de voile, nous mériterons, ce jour-là, l'accomplissement de la prophétie de Ze'harya, et ce sera, ce jour-là, il fera clair dans la soirée, et Dieu régnera sur la terre entière. Ce jour-là, Dieu sera un et Son Nom sera un.
Avec ma bénédiction de joyeux Pourim, de Techouva immédiate et de délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Rav David Halevi Shtockhamer. (2) Le Rav Moché Pin'has Kats. Voir le début de la lettre précédente. (3) Voir, à ce propos, la lettre n°145. (4) 1926. (5) Esther signifie également le voile.
Lettre n°142
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°142, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
18 Adar 5704,
Brooklyn,
Au remarquable et érudit jeune homme,
le Rav Avraham Chmouel(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous me faites savoir que vous vous êtes fiancé.
Puissent donc se réaliser en vous toutes les bénédictions que vous a accordées mon beau-père, le Rabbi Chlita, au sens le plus littéral et avec tout ce qu'elles peuvent apporter, un bien visible et tangible.
Une précision peut être donnée sur le début de l'acte de fiançailles, qui en est la partie la plus importante. Selon notre coutume, celle de la famille du Rabbi, il commence par: Tout d'abord, celui-ci ne la quittera pas et celle-ci ne le quittera pas.
Les termes celui-ci et celle-ci désignent ce que l'on peut montrer du doigt, selon l'interprétation de nos Sages, qui en déduisent qu'une servante, lors du passage de la mer Rouge, s'exclama Ceci est mon Dieu et qu'elle en eut donc une révélation divine plus précise que celle de Yé'hezkel et Ichaya, qui introduisirent leur prophétie par ainsi(2).
Moché, en revanche, commença sa prophétie par ceci et le Rambam explique que tous les autres prophètes eurent une vision semblable à une parabole, à une image. Moché, par contre, eut une apparition nette.
En conséquence, le terme ceci désigne, au sens propre, le Saint béni soit-Il et tous ceux qui sont attachés à Lui. Le Eré'h Hakélim, qui est cité par le Likouteï Torah, dit, à ce propos: Toutes les créatures subissent des mutations. Ce qui était hier ne subsiste plus aujourd'hui et ce qui est aujourd'hui ne restera pas demain. On ne peut donc pas employer, à leurs propos le terme «ceci». Le Saint béni soit-Il, en revanche, ne connaît pas de fluctuations, ainsi qu'il est dit: «Moi, Dieu, Je n'ai pas changé». Tout emploi de ce terme dans un autre contexte est donc uniquement un sens figuré.
Nos Sages disent que Esav blasphéma, lorsqu'il dit «Qu'est ceci pour moi?». Or, le verset dit: «Ceci est mon Dieu». Ils enseignent encore: Celui qui bénit le mois en son temps est considéré comme s'il recevait la Présence divine. Le verset(3) dit en effet: «ce mois-ci» et il est dit aussi: «Ceci est mon Dieu». Le terme ceci apparaît de nombreuses fois dans la Torah et l'on peut l'interpréter en fonction de ce qui vient d'être dit.
Dans le traité Mena'hot, Dieu est appelé puissant, amical, bon, celui-ci. Or, si les trois premiers termes expriment une qualité et constituent une éloge, qu'en est-il du quatrième? Il faut donc expliquer, comme nous l'avons fait, que ce terme décrit avant tout le Saint béni soit-Il Lui-même. Et il s'applique aussi à Israël et à la Torah, parce que Israël, la Torah et le Saint béni soit-Il ne font qu'un(...).
Or, il faut proclamer au monde entier que Dieu est Celui-ci. Lors du passage de la mer Rouge, seuls les enfants d'Israël en eurent la révélation. C'est donc ce qui se passa lors du don de la Torah. Mais, par la suite, le monde fut atteint par la grossièreté. Toutefois, les Juifs, par les efforts qu'ils multiplient dans le domaine de la Torah et des Mitsvot permettent que cette révélation soit effective, dans le monde futur.
Le don de la Torah consacra l'union entre le Saint béni soit-Il et Israël. Combien plus en sera-t-il ainsi dans le monde futur, lorsque seront révélées les raisons profondes de la Torah.
L'homme, existant ici-bas, est à l'image de l'Homme céleste et, à propos des enfants d'Israël, il est dit: Dieu est ton ombre, Qui suit l'homme, si l'on peut s'exprimer ainsi. C'est la raison pour laquelle, lorsqu'un homme et une femme décident de se marier, on peut employer, à leur propos, les termes celui-ci et celle-ci.
Je formule le voeu que, très bientôt et de nos jours, nous assistions tous à la réalisation de la promesse: Et ce sera, ce jour-là, je dirai: Celui-ci est mon Dieu.
Avec une Techouva immédiate et une délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(4)
Ajout, longtemps après: J'ai trouvé, dans le Or Hatorah, une explication sur les termes celui-ci et celle-ci figurant dans l'acte des fiançailles. Cet ouvrage en explique aussi la phrase suivante: Ils feront usage ensemble de ce qu'ils possèdent. Il dit, à ce propos, que dans le monde futur, les six Attributs divins de l'émotion seront l'équivalent de l'Attribut de royauté(5).
Notes
(1) Le Rav Avraham Chmouel Stein. (2) Le terme Ko, ainsi, s'applique à une apparition floue, imprécise, alors que Zé, ceci ou celui-ci, décrit une vision nette. (3) Evoquant le nouveau mois. (4) De Ma'hané Israël. (5) Alors que, à l'heure actuelle, les six Attributs de l'émotion sont «l'élément masculin», celui qui donne et l'Attribut de royauté, «l'élément féminin», celui qui reçoit.
Lettre n°143
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°143, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
18 Adar 5704,
Brooklyn,
Au remarquable jeune homme, distingué et honorable,
le Rav Its'hak Hacohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous m'avez invité à prendre part à votre joie, à l'occasion de vos fiançailles, qui sont célébrées en ce jour.
J'exprime le voeu que s'accomplisse en vous la promesse selon laquelle celui qui a trouvé une femme a découvert le bien et suscitera la bienveillance de Dieu, Qui est bon.
On peut, à ce propos, commenter le texte de l'acte de fiançailles(2) qui, selon la coutume de la maison du Rabbi, commence par: Tout d'abord, il l'épousera, en un bon moment, selon la loi de Moché et d'Israël. Ils ne s'enfuiront pas et ne se cacheront pas, l'un de l'autre. Ils vivront ensemble, avec amour et fidélité, selon la coutume de la terre.
Cette formulation peut surprendre. Pourquoi ne pas préciser qu'ils vivront ensemble tout de suite après avoir dit qu'il l'épousera, en un bon moment, selon la Loi de Moché et d'Israël? C'est ensuite seulement que l'on aurait pu ajouter ils ne s'enfuiront pas et ne se cacheront pas.
Pour répondre à cette question, une notion préalable sera introduite. Les enfants d'Israël sont les fils de Dieu. Un fils ressemble à son père et c'est également le cas, pour ce qui les concerne, si l'on peut ainsi s'exprimer. Les enfants d'Israël sont à l'image du Tout Puissant.
Tout ce qui concerne un Juif, tous ses comportements, basés sur la Torah ou sur la coutume d'Israël, qui en est partie intégrante, est donc bien à l'image des préoccupations célestes.
C'est en particulier le cas pour un mariage et le moindre détail de ce qui le concerne. A la source, l'homme et la femme évoquent les six Attributs divins de l'émotion et l'Attribut de royauté, ou même des stades encore plus élevés de la création. C'est la raison pour laquelle les bénédictions récitées lors du mariage expliquent ce qu'est la finalité de la création, qui fut réalisée par les six Attributs de l'émotion et celui de la royauté.
Néanmoins, les fiançailles précèdent le mariage et, d'emblée, ils fixent donc l'objectif ultime: Tout d'abord, il épousera, en un bon moment. Puis, est expliqué ce que cela signifie: Ils ne s'enfuiront pas et ne se cacheront pas.
On peut donner, à ce propos, l'explication suivante:
Dieu effectua la création en y introduisant tout d'abord Sa Lumière infinie, qui emplissait auparavant tout l'espace. Puis, lorsque Sa Volonté, elle-même infinie, fut de créer des mondes, Il contracta cette Lumière, de sorte qu'il ne resta qu'un creux, un endroit vide. Par la suite, Il en fit émaner un fil de Lumière, comme l'expliquent le Torah Or, le Likouteï Torah et d'autres textes.
Cette contraction est différente de toutes celles qui se produisirent par la suite, car elle provoqua un retrait de la Lumière et non uniquement un diminution de son intensité. C'est grâce à cela que le fil de Lumière, capable de s'introduire dans les réceptacles, put ensuite se constituer et permettre aux mondes d'exister. Car, la contraction s'opéra à la fois sur l'aspect infini et sur l'aspect fini de cette Lumière.
La finalité ultime de la création est d'y révéler cette Lumière, telle qu'elle était avant la contraction. Cet apport est double. D'une part, les mondes pourront ainsi en recevoir la révélation. D'autre part, la Lumière recevra, de cette manière, une élévation, par rapport à son état antérieur, grâce à l'intensité nouvelle qui lui est conférée par la pratique de la Torah et des Mitsvot. Tout cela est possible uniquement grâce à la contraction première, qui permit, par la suite, le dévoilement.
C'est seulement dans le monde futur que nous percevrons ce double apport. Alors, sera, à proprement parler, célébré le mariage de Dieu et d'Israël et la dimension profonde de la Torah se révélera. Mais, tout dépend de la Torah et des Mitsvot qui sont accomplies avant cela.
C'est la raison pour laquelle, lorsque l'on envisage un mariage, il l'épousera, en un bon moment, on précise aussitôt que ils ne s'enfuiront pas. De fait, la Lumière précédant la contraction ne s'enfuira pas. Elle se révélera et apportera les dévoilements les plus importants. Puis, dans le monde futur, l'Essence de Dieu pourra être perçue et le rapport entre un stade qui donne et un autre qui reçoit(3) disparaîtra.
Il est dit ensuite que ils ne se cacheront pas. En effet, la Lumière ne sera plus dissimulée dans son réceptacle. Dans le monde futur, les stades actuellement cachés de la création se dévoileront et l'épouse vertueuse sera la couronne de son mari, l'âme sera nourrie par le corps.
J'exprime le voeu que, très bientôt et de nos jours, nous assisterons tous à l'accomplissement de la promesse selon laquelle très vite, on entendra la voix du fiancé et la voix de la fiancée.
Avec la Techouva immédiate et la délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(4)
Notes
(1) Le Rav Its'hak Hacohen Hendel, de Montréal. (2) A ce propos, voir également la lettre précédente. (3) Tous les stades de la création seront identiques, par rapport à la révélation de l'Essence. (4) De Ma'hané Israël.
Lettre n°144
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°144, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mercredi 20 Adar 5704,
Brooklyn,
Au grand Rav, distingué et honorable, érudit et
diffusant la Torah, le Rav Ch.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je réponds à votre lettre et vous demande de m'excuser pour mon retard, dû à mes multiples occupations. Maintenant encore, je ne peux envisager qu'une brève réponse, qui reprendra néanmoins les différents points évoqués dans votre lettre:
A) Vous m'interrogez sur ce que j'avais écrit, dans ma lettre(2), à propos de la controverse, entre Rabbi Yossi et les Sages, portant sur le jugement quotidien de l'homme. Vous objectez que, selon les écrits de la 'Hassidout, il s'agit de deux jugements différents(3) et il n'y a donc là aucune divergence.
Ma lettre avait pour but de répondre à une question posée sur le Mikraeï Kodech à propos de cette discussion entre Rabbi Yossi et les Sages. Cet auteur indique, en effet, que la Hala'ha est tranchée selon l'avis des Sages et c'est ce qui faisait l'objet de mon étonnement car, même selon son propre raisonnement, une telle conclusion n'est pas évidente et, bien plus, la conclusion inverse semble même plus logique.
B) Vous citez l'explication de Rav 'Hisda, selon laquelle l'avis de Rabbi Yossi est déduit du verset pour prononcer le jugement de Son serviteur et celui de Son peuple, Israël, chaque jour. Il en déduit que chaque Juif est appelé Son serviteur et en conclut que ce jugement est bien quotidien. Puis, Rav 'Hisda dit que le roi a la préséance sur le reste du peuple et il l'établit également à partir du verset pour prononcer le jugement de Son serviteur et ensuite celui de Son peuple. Il en résulte que Son serviteur désigne ici le roi. Vous résolvez cette apparente contradiction dans les propos de Rav 'Hisda en disant que la première explication est donnée selon l'avis de Rabbi Yossi, mais ne reflète pas le sien propre.
Il me semble difficile d'adopter ce raisonnement, pour plusieurs raisons:
1. Il n'est pas habituel, dans le Talmud, de chercher à justifier l'avis de Rabbi Yossi, sans pour autant l'adopter, de l'établir à partir d'un verset et, tout de suite après cela, de donner une interprétation totalement divergente de ce verset, sans donner aucune précision sur ce changement.
2. Si l'expression Son serviteur désigne chaque Juif, qu'ajoute de plus Son peuple? On ne peut considérer que ce terme introduit la notion de communauté, car ce serait alors une requête inutile. Si chaque individu est jugé quotidiennement, il est bien clair que la communauté, qui est plus importante, l'est également.
3. Si Son serviteur est chaque homme, l'individu serait jugé avant la communauté, ce qui va à l'encontre de ce que dit l'avis qui s'oppose à Rav 'Hisda.
4. Le verset pour établir le jugement de Son serviteur est extrait de la prière du roi Chlomo. Au sens simple, le terme Son serviteur désigne donc bien ce roi. Dès lors, comment déduire de ces mots que le jugement de chacun est quotidien, ce qui contredit l'avis des Sages, en modifiant le sens simple du verset ou encore en disant que ce qui est énoncé à propos du roi s'applique, en fait, à chacun, bien que le verset ne le dise pas?
Il faut en conclure que Rabbi Yossi considère que l'homme est jugé chaque jour en se basant sur le verset le jugement de Son peuple, Israël, chaque jour, qu'il peut interpréter de deux manières, ou bien en n'acceptant pas la distinction que fait Rav 'Hisda entre l'individu et la communauté, ou bien parce que le mot Israël est en trop, dans ce verset. La première interprétation me semble être la bonne.
C) Rav Krouspidaï enseigne, au nom de Rabbi Yo'hanan, que trois livres sont ouverts devant Dieu, à Roch Hachana(4). Le Rambam en fait mention, dans la Hala'ha et vous en déduisez que l'avis des Sages est retenu, selon lequel le jugement est prononcé à Roch Hachana.
Vous ne pouvez cependant rien déduire de la décision du Rambam, qui peut adopter l'avis du Assara Maamarot ou bien considérer, comme le Likouteï Torah, qu'il n'y a pas de controverse(5).
Et ce qu'enseigne Rav Krouspidaï, au nom de Rabbi Yo'hanan, ne prouve rien non plus. Car, si l'on considère qu'il y a réellement une discussion entre Rabbi Yossi et les Sages, on peut dire, selon l'interprétation des Tossafot, que celle-ci porte sur le monde futur. Rabbi Yossi concédera qu'un tel jugement aura lieu, à cette époque, alors que, à l'heure actuelle, la prière est dite uniquement pour les malades et ceux qui sont de faible constitution.
D) Rabbi Meïr considère, comme Rabbi Its'hak, que la prière reste efficace après que le verdict ait déjà été prononcé(6). Vous en concluez, pour ne pas multiplier les controverses, que Rabbi Its'hak adopte sans doute l'avis de Rabbi Meïr et considère que l'homme est jugé à Roch Hachana.
Je n'ai pas compris votre raisonnement. Le principe selon lequel on ne multiplie pas les controverses s'applique uniquement quand elles portent sur un même sujet. Pourquoi, parce qu'ils ont un même avis sur la possibilité d'annuler le verdict prononcé à l'encontre de l'homme, Rabbi Meïr et Rabbi Its'hak devraient-ils avoir la même opinion sur le jugement de Roch Hachana?
Bien plus, il est plus logique de penser qu'ils divergent sur ce point. Si ce n'était le cas, pourquoi les mentionner tous les deux? Un seul avis aurait suffi.
E) Il est dit qu'il est plus aisé d'accéder à la Techouva pendant les dix jours qui séparent Roch Hachana de Yom Kippour. Vous en déduisez que l'avis des Sages est retenu, en la matière(7). Or, cette affirmation ne prouve rien et indique uniquement que la Techouva est plus aisée pendant cette période que pendant tout le reste de l'année, ainsi qu'il est dit recherchez Dieu pendant qu'Il est proche. Le verdict peut alors être annulé, mais cela n'exclut pas le fait qu'un homme soit jugé chaque jour. Il en est de même pour Yom Kippour, clairement désigné par le verset comme jour du pardon et qui n'écarte cependant pas l'avis de Rabbi Yossi.
F) J'ai écrit, en effet, que ceux qui considèrent qu'il est impossible d'annuler un verdict prononcé contre un individu adoptent l'avis de Rabbi Yossi, selon lequel le jugement est prononcé chaque jour et la prière porte uniquement sur les malades et ceux qui sont de constitution faible. Le traité Roch Hachana l'établit clairement, comme je le soulignais dans ma lettre précédente.
Et les Tossafot se demandent comment justifier la prière pour la guérison des malades et la bénédiction de l'année(8) d'après l'avis des Sages. Pour le Baït 'Hadach, cette prière est dite uniquement pour les malades.
Quant à votre objection réfutant ce que dit la Guemara, je ne l'ai pas comprise.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(9)
Notes
(1) Le Rav Chmouel Zalmanov. (2) La lettre n°114. (3) Celui de Roch Hachana et celui de chaque jour. (4) Celui des impies, celui des justes et celui des hommes intermédiaires. (5) Entre Rabbi Yossi et les Sages, qui parlent de deux jugements différents. (6) Elle permet de l'annuler. (7) Et que le jugement est donc bien prononcé à Roch Hachana. (8) Figurant l'une et l'autre dans la Amida. (9) De Kehot.
Lettre n°145
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°145, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mercredi 20 Adar 5704,
A l'homme honorable, qui recherche la Tsédaka et le bien,
et craint Dieu, monsieur Aryé Yaakov Lehman,
Je vous salue et vous bénis,
Vous trouverez ci-joint un exemplaire de la brochure du 18 Elloul(1), que nous venons d'éditer, grâce à notre ami, le grand érudit, Rav Moché Pin'has Kats et son épouse, de Newark. Ceux-ci nous ont transmis le don de cinquante dollars que vous avez bien voulu nous accorder, par leur intermédiaire, pour participer aux frais d'impression de ce livre.
Conformément à votre requête, qu'ils nous ont transmise, nous avons dédié ce livre au mérite de votre père, le Rav 'Haïm, fils de Rav Kalonimos, à qui Dieu accordera une longue vie. Vous verrez son nom sur la couverture de la brochure.
Faire du bien aux autres est un grand mérite, surtout lorsqu'il s'agit d'imprimer un livre important.
L'une des Mitsvot les plus importantes est celle de la Tsédaka, qui ne se limite pas à une aide matérielle, à offrir de quoi manger et de quoi se vêtir. Elle peut également être morale. Elle consiste alors à fournir à une âme la nourriture dont elle a besoin, à ne pas la laisser dévêtue, c'est-à-dire sans Torah et Mitsvot.
C'est là l'une des formes les plus élevées et les plus fondamentales que peut prendre la Tsédaka. La Guemara dit, à ce propos: Ceci lui apporte la vie dans ce monde, cela lui permet d'accéder au monde futur.
L'une des manières de venir en aide moralement à son prochain est de lui apporter le moyen de prendre connaissance de propos qui l'encourageront, de profondes explications et d'enseignements émanant des grands de notre peuple, dans chaque génération et, pour la nôtre, de mon beau-père, le Rabbi Chlita.
Puisse Dieu faire, par le mérite de cette grande Mitsva, que vous ayez de bonnes nouvelles de vos parents et de tous vos amis et que vous puissiez, avec tout le peuple juif, accueillir notre juste Machia'h, très bientôt et de nos jours.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) 5703, reproduisant les propos du précédent Rabbi. (2) Voir, à ce propos, les lettres n°140 et 141.
Lettre n°146
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°146, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 26 Adar 5704,
Au grand Rav, érudit et craignant Dieu,
le Rav M.L. Rothstein(1)
Je vous salue et vous bénis,
A) Votre lettre, qui se trouvait dans une enveloppe adressée à mon beau-père, le Rabbi Chlita, nous est bien parvenue et nous ne savions pas s'il fallait attendre l'issue finale ou pas, pour envoyer une lettre de remerciement. Mais, votre carte postale, qui vient de me parvenir, semble indiquer que cette lettre doit être rédigée immédiatement. Je vous adresse donc une copie de la lettre que j'envoie à Flyer(2) et une autre, de celle qui est adressée aux fils Weisman(3).
B) Pour ce qui est de l'impression proprement dite, mon beau-père, le Rabbi a promis qu'il donnerait les notes de ses discours prononcés à Chicago. Dès qu'elles nous parviendront, nous les joindrons à ce qui a déjà été préparé et l'ensemble sera imprimé.
C) Il me semble totalement déplacé d'imprimer la photographie du défunt(4). J'ai, néanmoins, posé la question à mon beau-père, le Rabbi Chlita, qui a refusé.
D) Pouvez-vous nous transmettre des informations fiables sur le défunt?
E) Nous avons reçu une lettre d'un libraire de Chicago. Nous ne savons pas ce qui se passe sur place et nous ne voulons pas que notre réponse contredise ce que vous auriez pu dire vous-même. C'est pour cela que nous avons fait la réponse dont vous trouverez ci-joint une copie. Nous vous joignons le courrier de ce libraire, que vous voudrez bien nous restituer. Je vous remercie de me dire ce qu'il en est, en la matière.
F) Nous voudrions savoir si vous avez demandé au Rav Y.Flyer de faire paraître, dans la presse, un article sur nos publications, recueil quotidien(5), conversations avec les jeunes, Sifrénou. Y a-t-il eu un résultat?
G) Le fascicule du 18 Elloul, de même que les tomes 2 et 4 du Sifrénou vous sont sûrement parvenus. Vous voudrez bien faire le nécessaire pour assurer leur diffusion. Vous trouverez ci-joint une liste de ce qui a été imprimé ici.
H) Nous nous préparons à éditer, ces jours-ci, un bulletin(6) qui décrira l'actualité du monde 'Habad, du 19 Kislev au 9 Adar 5704. Pouvez-vous nous communiquer, au plus vite, des nouvelles de ce qui s'est passé, dans votre ville et dans votre entourage, durant cette période, nomination d'un Rav, ouverture d'un Talmud Torah, fixation d'un cours? J'espère que votre réponse sera immédiate, afin de pouvoir être introduite dans ce bulletin. Bien évidemment, il est préférable que vous nous adressiez un long article que nous nous chargerons de résumer, plutôt que l'inverse.
I) On m'a suggéré qu'il serait bon que vous contactiez la rédaction du Pardès(7) pour qu'y soit imprimé un article ou, tout au moins, un compte rendu de ce qui a été édité par Kehot et de ce qui le sera. Il faut faire un reproche sévère au rédacteur: Pourquoi cet article n'a-t-il pas encore été publié?. Si, comme on me l'a dit, il s'avère qu'une telle publication est nécessairement payante, je m'en remets à votre jugement pour déterminer si cette dépense est nécessaire.
J) Le Morguen Journal(8) a, quant à lui, parlé du Kountrass Oumayan et du Hayom Yom, sans exiger aucun paiement. Le Courrier pourrait donc en faire de même, pour ces livres ou pour d'autres. S'il impose une publication payante, vous ferez comme je le disais au paragraphe précédent.
J'attends votre réponse sur tous ces points et je conclus ma lettre en vous remerciant chaleureusement pour le concours que vous avez apporté à la publication d'un fascicule de 'Hassidout(9), enseignement profond de la Torah. Sans doute redoublerez-vous d'ardeur, à l'avenir, dans ce domaine.
Nous nous trouvons dans les jours séparant la lecture de la Parchat Para et celle de la Parchat Ha'hodech. Ces deux textes demandent aux Juifs de se préparer au sacrifice de Pessa'h, de se purifier pour la sortie d'Egypte. La Haftara de la Parchat Para dit: J'aspergerai sur vous de l'eau pure et vous serez purifiés. Et nos Sages soulignent que la purification se fait essentiellement par le feu. Néanmoins, ce qui ne peut être passé par le feu, car il brûlerait, est trempé dans l'eau.
Dans la dimension spirituelle, la purification correspond à l'étude de la Torah. Nos Sages rapportent ces Paroles de Dieu: S'ils M'abandonnent mais gardent Ma Torah, le luminaire qu'elle contient les ramènera sur le droit chemin.
La Torah est comparée à la fois à l'eau et au feu. Le feu, moyen essentiel de purification, en est la dimension profonde, comme le dit le Hayom Yom, à la page 79. C'est à son propos que nos Sages parlent de luminaire et c'est uniquement parce que certains peuvent se brûler que l'immersion dans l'eau, faisant allusion à la partie révélée de la Torah, est tout d'abord évoquée. C'est également pour cela que le verset comprend une répétition, de l'eau pure et vous serez purifiés.
On peut avancer que la 'Hassidout possède les deux qualités à la fois. Elle est un feu, mais elle ne brûle pas. Bien au contraire, la 'Hassidout souligne l'importance de la matière et demande de transformer son âme animale. Elle exclut tout retrait du monde, comme l'explique le Baal Chem Tov, commentant le verset lorsque tu verras l'âne de ton ennemi ployer sous son fardeau.
En nos générations du talon du Machia'h et de la délivrance complète, comme aux jours de ta sortie d'Egypte, la lumière de la 'Hassidout se dévoile de plus en plus. Elle apporte la purification, par l'eau et par le feu, qui prépare la venue du Machia'h. C'est pour cela que la Parchat Para fait suite à la Parchat Ha'hodech.
Quiconque apporte sa contribution à la purification d'Israël reçoit la récompense qui est précisée par le Zohar: Heureux sera le sort des disciples, lorsque le Roi demandera qui a fabriqué les bijoux de la reine.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Rav Moché Leïb Rothstein, à l'époque directeur de l'association des 'Hassidim 'Habad de Chicago. (2) Le Rav Yossef Flyer, de Chicago, à qui était adressée la lettre n°58. (3) Qui financèrent l'édition du fascicule de Chicago, contenant les explications que le précédent Rabbi développa lors de sa visite dans cette ville, à la mémoire de leur père, Avraham fils d'Eliézer Weisman, décédé le 5 Adar Cheni 5703. (4) Le père Weisman, dans le fascicule de Chicago. (5) Edités pour les soldats juifs partis au combat. (6) Il s'agit du Kovets Loubavitch, qui parut alors pour la première fois. (7) Une revue rabbinique éditée à New York. (8) Quotidien américain en Yiddish. (9) Le fascicule de Chicago.
Lettre n°147
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°147, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
2 Nissan, Hilloula du Rabbi(1),
Au jeune homme, craignant Dieu, aux multiples
réalisations, grand érudit, le Rav A.Hecht(2),
Je vous salue et vous bénis,
Je réponds à votre invitation de prendre part à votre joie, celles de vos fiançailles célébrés en ce jour(3).
J'exprime mon souhait que se réalise ce qui est dit dans le texte de l'acte de fiançailles: Celui qui a trouvé une femme a découvert le bien et suscitera la bienveillance de Dieu, Qui est bon(4).
Ceci inclut tout le bien matériel et spirituel, comme l'expliquent nos Sages qui, commentant le verset Celui qui a trouvé une femme a découvert le bien se demandent si ce bien est la femme elle-même ou la Torah.
Un homme possède une âme, qui est l'aspect essentiel de sa personne, et un corps, qui est uniquement accessoire, extérieur. De même, ses besoins sont de deux types. Ceux de l'âme sont la Torah et les Mitsvot, qui, de ce fait, sont définies comme sa nourriture et sa boisson, lui étant tout aussi nécessaires que les aliments physiques le sont au corps. Il y a, en outre, les besoins physiques, c'est-à-dire tous les objets matériels.
Nos Sages soulignent, cependant, que l'étude de la Torah est, à elle seule, considérée comme l'ensemble des Mitsvot. De plus, grande est l'étude, qui conduit à l'action et permet donc de satisfaire les deux besoins de l'âme. Quant à ceux du corps, nos Sages demandent: Comment une femme peut-elle venir en aide à son mari? S'il apporte du blé, peut-il s'en nourrir? S'il apporte du lin, peut-il s'en vêtir?. Et, le Rambam considère que l'alimentation et le vêtement représentent l'ensemble des besoins de l'homme.
Mais, plus profondément, la Torah permet d'obtenir toutes les révélations nécessaires, matérielles et spirituelles. Pour la vie physique, tout d'abord, puisque la Torah est le lieu de notre existence et se révèle donc ici-bas, afin d'introduire la bénédiction dans le foyer, par l'intermédiaire de l'épouse.
Néanmoins, tout cela n'est pas encore suffisant et il faut, en outre, susciter la bienveillance de Dieu, Qui est bon. Nos Sages disent, en effet, que la Torah devient, pour celui qui ne la mérite pas, ce qu'à Dieu ne plaise, un ...(5).
Et aucune objection ne peut être soulevée à partir de l'affirmation de nos Sages selon laquelle le luminaire qu'elle contient ramène vers le droit chemin, comme l'établissent les Lois de l'étude de la Torah(...).
C'est la raison pour laquelle la bénédiction est, d'emblée, clairement spécifiée, on suscitera la bénédiction de Dieu, Qui est bon. En effet, les fautes que l'on commet détournent du droit chemin, font quitter la voie royale, celle du Roi de l'univers. En l'occurrence, ces fautes se désarticuleront(6). Bien plus, il en sera ainsi grâce à la bienveillance de Dieu, qui supprime définitivement tout écart, à droite ou à gauche. Dès lors, on met en évidence la vérité absolue, dans son étude de la Torah et dans son service de Dieu.
Au sein même de la Torah, l'étude de sa dimension profonde permet, plus spécifiquement, d'obtenir un tel résultat. Au sens le plus littéral, il faut donc apprendre la 'Hassidout et investir tous ses efforts dans cette étude, jusqu'à parvenir à une compréhension satisfaisante. C'est ce qu'explique le Kountrass Ets 'Haïm, rédigé par celui dont nous célébrons la Hilloula(1). Le Tanya y fait également allusion et l'on consultera, à ce propos, le Likouteï Torah.
Dans le service de Dieu, ceci implique de s'emplir de Sa crainte, d'être agréable envers les autres. En effet, la soumission totale est le moyen de percevoir la vérité absolue.
Avec ma bénédiction de Mazal Tov, de Techouva immédiate et de délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Rachab, père du précédent Rabbi. (2) Le Rav Avraham Hecht, de New York. (3) Le Roch 'Hodech Nissan. (4) Voir, à ce propos, les lettres n°142 et 143. (5) Poison mortel. (6) En hébreu, Mitparkin, de la même étymologie que Yafik, il suscitera.
Lettre n°148
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°148, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Dimanche 9 Nissan,
Au très cher monsieur 'Haïm Liberman(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je voudrais tout d'abord vous proposer de nous faire partager avec vous, dans la mesure où cela vous est possible, une rubrique hebdomadaire.
De plus, pourriez vous mettre votre projet à notre disposition, dans les prochains jours, selon ce que nous avons convenu, lorsque vous êtes venu me voir, dans mon bureau(2)?
Je vous en remercie d'avance.
Avec ma bénédiction pour une fête(3) cachère et joyeuse, la Techouva immédiate et la délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Qui était journaliste. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°137. (3) De Pessa'h.
Lettre n°149
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°149, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Veille de Pessa'h 5704,
Au grand Rav, érudit et craignant Dieu,
Le Rav Avraham Elyahou(1),
Je vous salue et vous bénis,
J'ai bien reçu vos deux lettres concernant les livres provenant de la bibliothèque du défunt Neyhaizen. J'ai tout de suite transmis la question à mon beau-père, le Rabbi Chlita et vous avez sans doute déjà reçu sa réponse, à ce propos.
Vous avez sûrement reçu, en leur temps, nos dernières publications, le fascicule du 18 Elloul, les tomes 2 et 4 du Sifrénou, les étapes du Séder de Pessa'h, le Kovets Loubavitch.
Il est dommage que vous ne vous serviez pas de votre influence auprès des différents groupes constitués dans votre ville, pour élargir le nombre des lecteurs de ces livres et de ceux qui les étudient.
C'est en particulier vrai pour les livres éducatifs, dont l'intérêt est double. En effet, utiliser ces livres permet de délivrer les écoles des ouvrages dans lesquels figurent des idées étrangères au Judaïsme.
Il y a ici de nombreuses écoles, qu'il est difficile de considérer comme des institutions appartenant à des 'Hassidim 'Habad, mais qui ont, néanmoins, adopté ces livres, pour la raison qui vient d'être évoquée.
Il est justifié de faire preuve, en la matière, d'un peu de fierté, car, dans ce pays aussi, on accorde de l'attention à ce qui est dit avec fermeté et détermination. Ayant eu connaissance de l'influence que vous exercez, je suis convaincu que si vous exprimiez fortement votre avis, vous verriez vos efforts couronnés de succès. Du reste, vous pouvez dire que, au Beth Yaakov, on utilise les livres publiés par le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Nos Sages disent qu'un érudit doit avoir un peu d'orgueil(2). Et, la 'Hassidout explique que, de la sorte, on supprime toute emprise des forces du mal.
Puisque j'évoque ce sujet, je vous citerai une explication, donnée à ce propos, qui semble surprenante. En effet, les discours 'hassidiques font mention de l'avis conseillant à l'érudit d'avoir un peu d'orgueil, alors que la Hala'ha retient l'autre avis, faisant obligation de la rejeter résolument, comme le dit le Rambam, de même que l'Admour Hazaken, dans son Choul'han Arou'h.
Je conclurai, comme vous l'avez fait vous-même, en évoquant la délivrance. J'ai entendu un proverbe, couramment cité par les 'Hassidim des écoles polonaises: L'année au cours de laquelle on lit huit fois la Parchat Chemini est grasse(3). C'est bien le cas, cette année(4).
Ceci peut sans doute être lié à l'importance du chiffre huit, décrite par la 'Hassidout. Ainsi, la harpe, dans le monde futur, aura huit cordes. Les huit lectures de Chemini évoquent, en outre, la révélation de l'Attribut de l'analyse raisonnée(5) dans tous les domaines possibles. On distingue deux niveaux, constituant la cinquantième porte de cet Attribut. De fait, celui-ci opère la synthèse de tous les Attributs de l'intellect, mais non de ceux de l'émotion.
Néanmoins, il faut citer une preuve de la Torah qu'il en est bien ainsi, tout comme on lit des versets proclamant la royauté de Dieu(6). C'est pour cela que la Parchat Chemini est lue huit fois. Dès lors, l'année peut être grasse.
Citant le Maguid de Mézéritch, mon beau-père, le Rabbi Chlita expliqua le sens de Chemini Atséret. Il dit que ce jour est le huitième(7), mais aussi le plus gras. En effet, un seul boeuf est alors sacrifié, pour toi et non pour les étrangers qui sont avec toi(8). Ceci se réalisera, lors de la délivrance complète, très bientôt et de nos jours, par notre juste Machia'h.
Avec ma bénédiction pour une fête de Pessa'h cachère et joyeuse, la Techouva immédiate et la délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Axelrod. (2) Voir, à ce propos, les lettres n°160 et 161. (3) Chemini, signifie huitième et est, en outre, de la même étymologie que Chamen, gras. (4) Soit Chabbat après-midi, lundi et jeudi avant Pessa'h, les deux Chabbats après-midi de Pessa'h, lundi et jeudi suivant Pessa'h et le Chabbat Chemini au matin. (5) Bina, qui est la huitième Sefira. (6) Le jour de Roch Hachana, pour apporter une preuve de la Torah, que Dieu doit effectivement régner sur le monde. (7) De la fête de Soukkot. (8) En ce jour, la bénédiction divine est accordée uniquement à Israël, alors que les soixante dix boeufs sacrifiés pendant les sept premiers jours de la fête correspondent aux soixante dix nations.
Lettre n°150
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°150, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[Début de l'été 5704(1)]
Depuis quelques temps, on nous a demandé d'éditer les causeries, les discours et les lettres de mon beau-père, le Rabbi Chlita, qui furent prononcés lors de sa visite dans la ville de Chicago, en Chevat 5702(2).
Pour différentes raisons, cette publication a été retardée jusqu'à maintenant.
*
*
*
Je saisis cette occasion pour apporter une précision à tous ceux qui s'interrogent sur les causeries et les discours.
Les causeries sont généralement compréhensibles par tous, y compris ceux qui ne connaissent pas la 'Hassidout 'Habad. Néanmoins, quelques idées, en particulier celles qui sont citées seulement de manière accessoire, peuvent être réellement perçues uniquement dans la mesure où l'on possède des notions de 'Hassidout, au moins de ses principes fondamentaux qui ne sont pas exposés dans cette causerie. Il est dit, en effet, que les paroles de la Torah sont pauvres(3) dans un texte et s'enrichissent(4) dans un autre.
Bien évidemment, à celui qui s'interroge sur une causerie ou un discours et, ne trouvant pas de réponse à sa question, se permet de repousser ce texte, bien qu'il ne possède, de la 'Hassidout, qu'une connaissance approximative et parfois même erronée, s'applique la parabole énoncée par le Rambam, dans son introduction au commentaire de la Michna, lorsqu'il évoque l'étude des secrets de la Torah:
Je donnerai, à ce propos, une image très claire. Si l'on interroge un savant qui ne connaît cependant pas l'astronomie, lui demandant ce qu'il pense de l'homme qui prétend connaître les dimensions du soleil, celui-ci répondra qu'à n'en pas douter cet homme est un insensé, car posséder de telles notions lui semblera impossible. Puis, s'il apprend l'astronomie, il comprendra qu'il est possible de déterminer cette mesure et il y prêtera foi. Combien plus en sera-t-il de même pour celui qui ne possède aucune connaissance, dans quelque discipline que ce soit et s'en remet d'abord à la sagesse de sa mère, puis à celle de son épouse. Si on l'interroge sur la Divinité, qui lui est cachée, il lui semblera, sans nul doute, que cette idée est éloignée de lui, comme le soleil de la terre, que son intellect n'en a aucune notion.
Celui qui souffre des pieds ne demandera pas à un architecte de le guérir, bien que ce dernier soit, par ailleurs, un grand érudit, ayant construit de nombreux bâtiments. Il consultera un médecin, compétent en la matière. Et, l'architecte lui-même, s'il est un homme droit, lui expliquera que, bien que possédant une immense connaissance de l'architecture, il ne connaît rien à la médecine. Il orientera donc lui-même le malade vers un médecin.
Il en est de même pour celui qui ne comprend pas une idée d'un discours 'hassidique et souhaite en avoir une juste compréhension. Il doit s'adresser à ceux qui étudient la 'Hassidout et la comprennent.
Et, quand on s'interroge et que l'on s'adresse à quelqu'un qui ne connaît pas la 'Hassidout, ce dernier, s'il est droit et sincère, devra répondre: Dieu merci, j'ai une bonne connaissance de telle partie de la Torah. En revanche, je n'ai pas étudié la 'Hassidout. Tu dois donc t'adresser à quelqu'un qui est compétent, en la matière.
Notes
(1) Une partie de cette lettre a été reproduite dans la lettre n°154. (2) 1942. Voir, à ce propos, la lettre 146. (3) Insuffisamment expliquées. (4) Se complètent.
Lettre n°151
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°151, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Lundi 1er Iyar,
Au grand Rav et grand 'Hassid, aux nombreuses réalisations
et aux comportements généreux, le Rav H.Ts.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous m'avez invité à la Bar Mitsva(2) de votre fils, mais je ne pourrais être présent et je vous adresse donc ma bénédiction pour qu'il grandisse, physiquement et moralement, qu'il craigne Dieu, soit un 'Hassid et un érudit.
De manière allusive, un lien peut être trouvé entre ce jour, le 26 Nissan(3) et la Bar Mitsva.
C'est à l'âge de la Bar Mitsva que l'on est astreint à la pratique de la Torah et des Mitsvot. Le Midrach indique que le bon penchant pénètre alors dans le corps de l'homme. C'est essentiellement à cet âge que l'âme issue de la sainteté prend possession du corps, comme l'établit le Choul'han Arou'h de l'Admour Hazaken.
Pour indiquer que le bon penchant pénètre dans le corps de l'homme, le Midrach emploie, textuellement l'expression: Il se marie avec l'homme et cette formulation est effectivement significative.
C'est à cet âge que l'on entre en guerre contre le mauvais penchant, afin de conquérir le corps, comparé à une petite citadelle.
Comment vaincre le mauvais penchant? Nos Sages rapportent à ce propos les Paroles du Saint béni soit-Il: J'ai créé le mauvais penchant. Je lui ai également créé une antidote.
Le combat contre le mauvais penchant commença, à proprement parler, lors de l'entrée en Erets Israël. Dans le désert, les enfants d'Israël n'avaient pratiquement aucun contact avec les préoccupations matérielles. Ils se nourrissaient du pain du ciel, leurs vêtements ne les quittaient pas, les colonnes de nuée les entouraient et tuaient les serpents.
Une controverse oppose Rabbi Akiva et Rabbi Eliézer, dans le traité Sanhédrin, pour déterminer si la génération du désert aura part au monde futur. La Hala'ha est tranchée selon l'avis de Rabbi Eliézer, qui dit qu'ils y auront effectivement part, parce que Rabba Bar Bar 'Hanna, s'exprimant au nom de Rabbi Yo'hanan, adopte son avis.
Bien plus, le Assara Maamarot explique que, selon Rabbi Akiva, cette génération n'a pas part au monde futur parce qu'elle n'en a nul besoin. Ceci permet de comprendre, d'après Rabbi Akiva, pourquoi ceux qui moururent dans le désert furent comparés à des hommes ivres, pour reprendre l'expression des Tossafot.
Yochoua, fils de Noun, fut le dirigeant de la génération qui entra en Terre Sainte et nos Sages le définissent donc comme le premier des conquérants. Or, seule la Torah apporte le moyen d'être vainqueur au combat. C'est pour cela qu'il reçut tout l'enseignement de Moché, notre maître et celui-ci, comme le rapportent nos Sages, lui dit: Interroge-moi chaque fois que tu es dans le doute. Yochoua lui répondit alors: Maître, y a-t-il eu un moment que je ne t'ai accompagné?.
Mais, par la suite, il fut puni et oublia trois cents Hala'hot. Le Rambam l'évoque, dans l'introduction du Michné Torah et les commentateurs de la Michna, au début du traité Avot. On pourrait développer leur propos, mais ce n'est pas ici l'occasion de le faire.
Nos Sages disent que les érudits ne connaissent le repos ni dans ce monde, ni dans le monde futur, ainsi qu'il est dit: ils s'élèveront d'une étape vers l'autre. Leur oeuvre, accomplie dans le domaine de la sainteté, augmente d'un jour à l'autre et, lorsqu'ils quittent ce monde, ils parviennent à la plus haute perfection(...).
De plus, lorsqu'un homme perd la vie, tout ce qu'il a accompli durant sa vie et qui était resté caché dans les sphères célestes, se dévoile et éclaire ici-bas, quand il quitte ce monde, selon les termes de l'Admour Hazaken. C'est pour cela que, disent nos Sages, au moment où il quitte ce monde, l'homme est accompagné uniquement par la Torah qu'il a étudiée et les bonnes actions. Il en est ainsi précisément au moment où il quitte ce monde et cette lumière illumine le monde, en général et les disciples de cet homme, en particulier, comme le dit l'Admour Hazaken, dans le Tanya.
Il en est de même, chaque année, en ce jour, comme cela est expliqué à propos de Lag Baomer. L'enseignement et les accomplissements de ce Juste éclairent alors le monde et dévoilent une aide céleste pour que l'on puisse suivre sa voie.
C'est également le cas pour Yochoua, fils de Noun. Au jour de sa Hilloula, des forces particulières sont accordées pour que l'on soit conquérant. En effet, il fut lui-même le premier des conquérants. Or, il quitta ce monde le 26 Nissan, selon la conclusion de la Meguilat Taanit.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson
Notes
(1) Le Rav 'Haïm Tsvi Kriger. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°60. (3) Celui de la Bar Mitsva et aussi celui de la Hilloula de Yochoua, comme le Rabbi le développera plus loin.
Lettre n°152
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°152, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 3 Iyar 5704,
Brooklyn, New York,
Je vous salue et vous bénis,
J'ai déjà expliqué(1) comment il fallait comprendre l'explication que donnent nos Sages de la mise en garde des adultes à propos des petits, qui est répétée trois fois dans la Torah. Ils affirment qu'elle s'applique à trois interdits particuliers(2), les reptiles, le sang, l'impureté(3).
L'enfant, qui reçoit une éducation et qui est donc petit par rapport à l'adulte qui la lui donne, peut parfois ne pas accepter les directives qu'il reçoit ou bien en diminuer la portée. Cette situation peut avoir différentes raisons qui, de façon générale, sont au nombre de trois:
A) On peut considérer que les hommes, à l'époque actuelle, dans un certain endroit, sont rudes et grossiers, peu différents des animaux. Dès lors, comment imaginer qu'ils puissent accepter d'écouter un mot de la Torah, de craindre Dieu? C'est pour répondre à cette objection que la Torah fait obligation à l'adulte d'empêcher l'enfant de consommer des reptiles. L'enfant commettrait ainsi un acte répugnant, qui révulse tout homme sensé. Mais, il est, cependant, une Mitsva de lui donner une bonne éducation, de le mettre en garde contre de tels actes. Nos Sages affirment que Dieu attend des hommes uniquement ce qu'ils ont la force de réaliser. Il faut en conclure que l'éducateur a le pouvoir d'intervenir et de convaincre.
B) On peut également avancer que l'éducation est efficace pour faire acquérir des notions nouvelles, dont on n'avait pas connaissance auparavant. A l'opposé, les actes courants et habituels sont définitivement acquis dans le comportement de l'enfant et il n'y a aucun espoir de les changer. C'est pour infirmer cette idée que les adultes sont tenus d'empêcher les enfants de consommer du sang. Commentant le verset sois fort et ne consomme pas de sang, nos Sages expliquent que les hommes éprouvaient auparavant une attirance particulière pour sa consommation. On peut en conclure que, dans ce domaine également, l'éducation est positive et efficace.
C) On peut encore estimer que l'éducation est envisageable uniquement lorsqu'une approche rationnelle peut être proposée aux élèves. En revanche, ce qui dépend uniquement de la foi et de la soumission ne peut en aucune manière leur être transmis, dès lors qu'ils affirment eux-mêmes ne pas croire. C'est pour cela que la Torah demande aux adultes de s'assurer que les enfants ne se rendent pas impurs. Une telle attitude n'est pas basée sur la logique, mais uniquement sur une disposition de la Torah. Ainsi, le Rambam écrit: Il est bien clair que l'impureté et la pureté sont des décisions de la Torah, dont l'homme ne peut avoir une approche rationnelle. Ces principes font partie des Décrets de la Torah(4).
L'Injonction de la Torah apporte donc la force de convaincre l'élève, selon l'explication du verset si vous marchez dans Mes Décrets, brièvement mentionné dans le Hayom Yom, à la page 56.
Comment l'éducation dans de tels domaines peut-elle être efficace? Le Rambam répond à cette question, à la fin du second chapitre des lois du divorce(5).
Je conclus en souhaitant une Techouva immédiate et une délivrance immédiate.
Notes
(1) Voir la lettre n°72. (2) Trois interdictions que les adultes sont chargés de faire respecter par les petits. (3) Voir, à ce propos, la lettre suivante. (4) Qui transcendent la logique. (5) Qui dit: Si quelqu'un doit divorcer, d'après la Loi juive, mais refuse de le faire, le tribunal rabbinique, en tout lieu et à toute époque, pourra le punir de flagellation, jusqu'à ce qu'il dise: J'accepte!. Puis, on rédigera l'acte de divorce, qui sera valable. De même, si des non-Juifs frappent cet homme, lui disent: Applique la Loi juive! et l'obligent à divorcer, l'acte sera valable. Or, pourquoi l'est-il, puisqu'il est établi sous la contrainte, de Juifs ou de non-Juifs? C'est qu'en réalité, on peut parler de contrainte uniquement pour un acte qui n'est pas imposé par la Torah, par exemple, si l'on frappe quelqu'un pour l'obliger à vendre son bien ou à le donner. A l'opposé, celui qui, victime de son mauvais penchant, décide de négliger une Mitsva ou de commettre une transgression, puis qui, parce qu'il a reçu des coups, accomplit cette Mitsva ou s'écarte de cette transgression, n'est nullement considéré comme ayant agi sous la contrainte. Bien au contraire, c'est lui qui s'était auparavant placé sous la contrainte du mal. De même, l'homme qui refuse de divorcer n'en désire pas moins assumer pleinement son Judaïsme, mettre en pratique toutes les Mitsvot et se préserver de toutes les fautes, mais il est victime de son mauvais penchant. Aussi, lorsqu'il reçoit des coups, son mauvais penchant s'affaiblit et, quand il dit J'accepte!, il exprime réellement son avis.
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