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Iguerot Kodesh — lettres 439 à 458

Lettres du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Menahem Mendel Schneerson, traduites en français. Texte intégral. Sommaire du corpus.

Lettre n°439

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°439, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

22 Tévet 5709,

Au distingué ’Hassid qui craint Dieu,

le Rav I.(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai l’intention, sans en faire le voeu, de répondre aux questions que vous m’avez posées dans votre lettre. Je le ferai lorsque je disposerai d’un peu plus de temps ou, tout au moins, lorsque je traiterai de ces questions, dans le cadre de mon travail d’édition des écrits ‘hassidiques. De la sorte, je ne répondrai pas à vos interrogations alors que mes efforts de recherche portent sur un autre domaine. Je suis convaincu que vous ne m’en voudrez pas.

Je voudrais, cependant, faire la preuve de ma bonne volonté en répondant à la question que vous posez dans votre dernière lettre. Je la détaillerai et la formulerai d’une manière un peu différente, par rapport à votre lettre, afin de suivre l’ordre établi et d’aller du plus général vers le plus spécifique.

A) Peut-on dire que la connaissance de Dieu a une portée générale? Ainsi, comme le dit le Rambam, lorsque Dieu fixa que les Egyptiens devaient réduire les enfants d’Israël en esclavage et les faire souffrir, Il ne décida pas quels Egyptiens seraient chargés d’exécuter la sentence, mais confia cette mission à tout le peuple d’Egypte, en général, de sorte que chaque Egyptien aurait pu refuser de l’assumer. Et l’on sait l’objection que soulève le Rabad, à ce propos(2).

Réponse: Il est impossible d’avancer pareille hypothèse, qui contredit des versets et des paroles de nos Sages. Ainsi, le Midrach Vaykra Rabba 26, 7, dit: Le Saint béni soit-Il montra à Moché chaque génération, avec ses voleurs, ses prophètes. Il lui fit voir Chaoul et les Cohanim qu’il assassina. Tout cela est exprimé dans la bénédiction constatant que Tu Te souviens des actions du monde. Celle-ci constate, en effet, que: Tu sais tout et connais tout, Tu observes jusqu’à la fin des générations.

B) Peut-on dire que l’observation de Dieu porte sur tout à l’exception de ce qui est lié à la crainte de Dieu, laquelle n’est pas dans les mains de Dieu?

Réponse: D’après ce qui a été dit au paragraphe A, il est clair que Dieu possède une connaissance détaillée, y compris pour ce qui concerne la Torah et les Mitsvot.

C) Peut-on considérer que le libre arbitre de l’homme n’est qu’une illusion et qu’en réalité, il est induit, dans ses actions(3)?

Réponse: Que Dieu nous garde d’une telle affirmation. Le libre arbitre est, selon les termes du Rambam, un grand principe, un fondement de la Torah et des Mitsvot, qui, sans lui, n’auraient pas de sens. Car, comment punir l’impie et récompenser le Juste? Sur quelle base le Maître du monde rendrait-Il la justice?.

Plus profondément, la ‘Hassidout explique que, par l’effet du libre arbitre, agir ou ne pas le faire apparaissent comme deux situations équivalentes. Ainsi, un homme affamé se trouve devant une fournaise, d’une part, une table couverte de bons plats, d’autre part. Il peut donc calmer sa faim ou bien se jeter dans le feu. Il n’y a pas là un véritable choix, justifiant une récompense ou une punition.

Autre exemple, un animal peut se jeter dans le fleuve et se noyer ou bien paître dans un champ agréable. Là encore, il n’y a pas de choix, de récompense ou de punition, car l’animal ne fera que se conformer à sa nature. Il en est de même pour toute la création, laquelle ne peut nullement modifier la mission qui lui est confiée, comme l’expliquent les chapitres 24 et 39 du Tanya.

Il est cependant une exception, c’est l’homme, qui a le pouvoir d’aller à l’encontre de la Volonté de son Créateur, comme le dit le chapitre 29 du Tanya. Plus profondément, il en est ainsi parce que la source de l’homme est particulièrement élevée. Nulle autre créature ne peut donc se dresser contre lui, comme l’explique le Likouteï Torah.

De ce point de vue, on peut se demander si les non-Juifs possèdent réellement le libre arbitre. Un discours ‘hassidique de 5660(4) évoque ce sujet, mais ce n’est pas ici l’occasion d’en parler.

D) Il semble que la connaissance de Dieu et le libre arbitre soient des notions contradictoires, comme le demande le Rambam, à cette référence, de même que dans d’autres textes.

Réponse: J’introduirai une notion préalable. Il y a des éléments contradictoires et il est alors nécessaire que l’un disparaisse devant l’autre ou bien qu’ils ne se présentent pas conjointement. En l’occurrence, la connaissance de Dieu et le libre arbitre sont effectivement des notions contradictoires. L’un doit donc disparaître et, de fait, les actes de l’homme ne sont pas décidés par Dieu, ou bien cette décision ne porte-t-elle pas sur ce qui est livré au libre arbitre de l’homme.

Ainsi, comme on l’a vu, la mission d’asservir les enfants d’Israël fut assignée à l’ensemble de la nation égyptienne, mais chaque Egyptien conserva son libre arbitre.

On peut imaginer également que deux éléments n’aient rien de commun, bien que l’on puisse déduire de l’un une preuve de l’inexactitude de l’autre. Il y a alors trois possibilités. Ou, comme on l’a dit, l’un disparaît, ou bien, comme on l’a vu, ils ne se présentent pas conjointement, ou encore ils apparaissent bien conjointement et c’est alors la preuve qui est fausse.

En l’occurrence, la connaissance de Dieu ne contredit pas réellement le libre arbitre. Ainsi, je sais, avec certitude, que, si je jette demain une pierre en l’air, elle retombera finalement sur le sol. Mais, cette connaissance ne contredirait pas l’idée d’un homme prétendant que cette pierre a le choix de tomber au sol ou de rester en l’air. A l’opposé, ma connaissance ne fait pas la preuve que la pierre n’est pas douée du libre arbitre.

La remise en cause de la preuve pourrait, en l’occurrence, être la suivante. Je possède une connaissance certaine et je n’ai pas le moindre doute. Or, si la pierre a le libre arbitre, comment puis-je savoir à l’avance ce qu’elle va choisir? Il faut en conclure, sans pouvoir l’expliquer, que j’ai le moyen de déterminer ce que va être le choix de la pierre, ce qui veut bien dire qu’il n’y a plus de preuve.

Je citerai un second exemple. Reouven connaît l’avenir de Chimeon, qui se trouve à l’autre bout du monde, en tout cas à une distance telle qu’il ne peut subir son influence. Il a connaissance de ses actions et de ses choix, mais sa parole n’oriente pas la décision de Chimeon. En fait, Reouven sait de quelle manière Chimeon fera usage de son libre arbitre. Ainsi, la décision de Chimeon change la connaissance de Reouven, alors que cette dernière ne modifie nullement le comportement de Chimeon.

En pareil cas, le libre arbitre est la cause, tandis que la connaissance est l’effet, étant identique à ce qu’elle serait si l’action avait déjà été réalisée, alors qu’en pareil cas, il est bien clair qu’elles ne se contredisent pas. Le choix a alors été libre, n’ayant pas été conditionné par la connaissance, laquelle, bien au contraire, dépend de la conséquence de ce choix.

C’est ainsi que l’on peut, toute proportion étant gardée, définir la connaissance de Dieu. Nos Sages disent, dans le Yerouchalmi Roch Hachana 1, 3 que le Saint béni soit-Il anticipe l’action. Or, si le choix est réellement libre, comment peut-Il, à l’avance, savoir ce qui va se passer? Le Rambam répond à cette question en remarquant que la connaissance de Dieu n’est pas la nôtre, que nous n’avons pas la faculté de savoir ce qu’Il connaît.

A propos de la connaissance et du libre arbitre, vous consulterez le Torah Or et le Torat ‘Haïm, à la fin de la Parchat Vayéra, le Likouteï Torah, à la Parchat Behar et à la Parchat Bamidbar, le Chaareï Techouva de l’Admour Haémtsahi. Vous verrez également le commentaire de la Michna, au traité Avot 3, 9, à propos de l’affirmation suivante: Tout peut être anticipé, mais le libre choix est accordé. Le Or Saméa’h, commentant les lois de la Techouva, recense l’avis de nos Sages, sur cette question.

Vous trouverez ci-joint le fascicule édité à l’occasion du 24 Tévet, une lettre de mon beau-père(5), le Rabbi Chlita et une autre du Ma’hané Israël, dont le contenu s’adresse à chacun et que vous vous efforcerez donc de mettre à la disposition du plus grand nombre, de la manière qui convient le mieux. Je vous en remercie d’avance.

Vous voudrez bien me confirmer avoir reçu cette lettre.

Je salue tous vos proches,

Rav Mena’hem Schneerson,

Vous(6) consulterez le Torat Chalom, à la note de la page 276(7), le Pardes, Atsmout Vekélim, chapitre 9, l’introduction du Chneï Lou’hot Haberit Beth Habe’hira, la conclusion du Tikouneï Zohar ‘Hadach et le Torah ‘Haïm, de même que le développement sur le serviteur juif(8).

Note ultérieure: D’après ce qui vient d’être dit, on ne peut se demander pourquoi celui qui implore Dieu, quarante jours après la conception d’un enfant(9), qu’il soit un garçon, formule une prière inutile, selon le traité Bera’hot 54a. En effet, Dieu peut savoir à l’avance que l’homme formulera cette requête et accorder d’emblée que ce soit bien un garçon. Et il n’y a effectivement là aucune difficulté car la connaissance de Dieu reste extérieure(10) à l’homme et n’agit pas sur lui.

Notes

(1) Le Rav Israël Meïr Altein. Voir les lettres n°331, 442. (2) Si tous les Egyptiens avaient refusé, comment se serait accomplie la Volonté de Dieu de réduire les enfants d’Israël en esclavage? (3) Voir, sur ces sujets, la lettre n°442. (4) 1900, du Rabbi Rachab. (5) Sur la nécessité de répartir, dans chaque communauté, les différents traités du Talmud. Voir également les cinq lettres précédentes. (6) Le Rabbi rajouta ces références, par la suite, sur le manuscrit de cette lettre. On les retrouve également dans la lettre n°442. (7) A la page 29 de l’édition actuelle. (8) Qui se trouve dans le Dére’h Mitsvoté’ha, du Tséma’h Tsédek. (9) C’est alors qu’il est définitivement fixé s’il sera un garçon ou une fille. Une prière ultérieure à cette date n’a donc plus de sens. (10) Voir, à ce propos, la lettre n°442.

Lettre n°440

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°440, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

8 Chevat 5709,

Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav N.Nemanov(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais suite à ma lettre du 9 Tévet:

A) Vous trouverez ci-joint le fascicule qui vient de paraître et vous voudrez bien le mettre à la disposition du plus grand nombre.

B) Je vous joins également mon commentaire, à mon humble avis, sur la différence entre le fait de supporter la faute et de la cacher(2).

Vous transmettrez mon salut à toute la communauté,

M. Schneerson,

Je fais réponse à la question que vous avez posée sur le quatrième paragraphe du discours ‘hassidique intitulé Quiconque prend en pitié, qui est imprimé dans le fascicule édité à l’occasion du 19 Kislev 5709. Ce texte dit que, grâce à l’attribut de bonté, le bienfait l’emporte sur la rigueur. De ce fait, Dieu met la faute de côté, sans pour autant l’effacer.

Votre question, si j’essaye de la préciser, est la suivante. Le traité Roch Hachana 17a se demande si la grande bonté de Dieu consiste à supporter la faute ou bien à la cacher. Nos Sages expliquent la différence entre ces deux notions en commentant le verset des moutons d’un an(3). En effet, Beth Chamaï enseigne: Ils permettent de cacher leurs fautes(4). Beth Hillel dit: Ce qui est caché peut refaire surface. En fait, ils purifient leurs fautes(5), comme il est dit: si vos fautes sont écarlates, elles seront blanchies.

On peut en conclure que l’avis de Rava, exprimé dans le traité Roch Hachana, selon lequel la faute n’est pas effacée, s’accorde avec la première opinion exprimée ici. Selon la seconde, en revanche, elle est complètement effacée, comme l’explique le discours ‘hassidique intitulé Sonnez du Choffar, de 5670(6).

Ce qui vient d’être dit permet de s’interroger: 1. D’après l’avis qui dit que Dieu supporte la faute, quelle différence y a-t-il entre cette grande bonté et la vérité? 2. Comment accorder le discours ‘hassidique sur lequel vous m’interrogez avec celui de 5670? De même, comment comprendre le Likouteï Torah, qui dit que les deux avis sont vrais? En effet, Dieu, selon ce texte, cache la faute proprement dite et supporte l’envie de la commettre, afin qu’elle devienne partie intégrante de la sainteté.

Il semble donc que chacun de ces discours ‘hassidiques adopte une position différente. Le texte sur lequel vous m’interrogez dit que, même avec la grande bonté de Dieu, la faute n’est pas du tout effacée. Le Likouteï Torah confirme que c’est bien le cas, mais il ajoute que l’envie de mal agir est transformée, pour inciter à faire le bien. Enfin, le discours de 5670 précise que les fautes commises intentionnellement sont transformées en bienfaits.

Voici ma réponse: Il faut, en la matière, distinguer l’avis de la partie législative de la Torah, de celui de la ‘Hassidout. Je préciserai, à mon humble avis, le premier, puis le second.

Le traité Roch Hachana se demande si la grande bonté de Dieu supporte la faute ou la cache. Le Talmud envisage plusieurs manières de la cacher, comme l’expliquent longuement le Rif, le Roch et les autres commentateurs. Seul Rabbi Yehouda, au traité Ara’hin 5b, considère que Dieu supporte la faute. A l’opposé, la Yechiva de Rabbi Ichmaël, Rava et Rabba, lequel vécut ultérieurement, enseignent, à la même référence, que Dieu cache la faute, sans l’effacer. Les principes d’interprétation de la Guemara permettent donc d’adopter ce dernier avis(7).

Certes, une opinion considère que ces principes s’appliquent seulement dans les domaines où ils sont d’usage courant. Pour autant, ce la ne veut pas dire qu’il ne faille pas les appliquer chaque fois que cela est possible. De plus, cette remarque, à mon humble avis, s’applique uniquement à une règle comme celle qui dit que s’il y a une controverse entre tel et tel autre Sage, voici la conception qui doit être retenue. En effet, on savait que son avis était plus autorisé.

Ainsi, s’il faut, certes, envisager les domaines qui étaient, pour eux, d’usage courant, il n’en reste pas moins qu’un principe énonçant une évidence intellectuelle, comme celui-ci, doit s’appliquer également à un problème qui ne se posait pas à leur époque. Vous consulterez, à ce propos, le Kovets Loubavitch, tome 10, page 82, à la note 15(8).

Une preuve éclatante du fait qu’en l’occurrence, la faute est cachée peut être découvert dans la position du Rif, qui ne cite même pas l’avis selon lequel Dieu la supporte, alors qu’il détaille celui-ci.

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On peut s’interroger sur ce qui vient d’être dit, à partir de la discussion entre Beth Chamaï et Beth Hillel, précédemment citée. Car, on sait qu’en pareille situation, la Hala’ha est tranchée selon l’avis de ce dernier. Bien plus, ce n’est pas le cas uniquement dans les domaines où il est d’usage courant de le faire, mais systématiquement, comme l’établit le traité Erouvin 13b.

Or, si le sacrifice perpétuel, dont il est ici question, efface les fautes et combien plus doivent donc le faire les treize Attributs de Miséricorde divine. Or, la discussion du traité Roch Hachana prend en compte uniquement l’avis de Beth Hillel. N’y a-t-il donc pas là une objection à la conclusion à laquelle nous venons d’aboutir?

La réponse à cette question est bien évidente. Il est ici question du sacrifice perpétuel, qui rachète seulement la négligence des Injonctions, comme le dit le chapitre 11 d’Igueret Hatechouva. En pareil cas, la faute est totalement effacée. Le traité Roch Hachana, par contre, parle des treize Attributs de Miséricorde divine et envisage la transgression des Interdits, qu’il est plus difficile de racheter que la négligence des Injonctions.

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Celui qui dit que Dieu supporte la faute considère qu’elle est entièrement pardonnée. Pour autant, il reconnaîtra que la bonté ne peut être identifiée à la vérité, qui n’a pas de frontière, est un héritage sans limite, comme l’explique le discours ‘hassidique sur lequel vous m’interrogez.

A l’opposé, la grande bonté de Dieu s’applique à celui qui a moitié de mérites et moitié de fautes. Dieu écarte alors seulement les premières fautes, selon les différentes conceptions qui ont été développées, à ce propos.

Car, la discussion pour établir si Dieu supporte la faute ou la cache concerne uniquement la faute elle-même et tend à établir si elle a été effacée ou non.

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Je donnerai maintenant, brièvement et à mon humble avis, l’explication de la ‘Hassidout. De façon générale, trois situations sont envisageables. On peut se retirer devant le mal, transformer le mal qui peut recevoir l’élévation pour lui permettre de réintégrer la sainteté ou bien transformer le mal qui n’a, a priori, aucune élévation possible.

Se retirer devant le mal impose un combat, dans lequel une relation doit être établie entre deux éléments antagonistes. A l’issue de ce combat, l’un des deux sera la vainqueur. Ceci s’applique aux attributs du sentiments, parmi lesquels on distingue un côté gauche et un côté droit. Dieu, se révélant par ces Attributs, est qualifié de Homme de guerre. La victoire appartient tantôt à un côté, tantôt à l’autre.

La transformation, en revanche, modifie la nature de l’opposant, ce qui est possible seulement lorsqu’aucune commune mesure n’existe entre les deux éléments antagonistes ou, en d’autres termes, lorsque la nature de l’opposant est radicalement différente de celle du vainqueur. Il en est ainsi pour ce qui transcende la limite.

A ce stade, on peut définir une transformation de la force du mal qui peut recevoir l’élévation. Il s’agit alors d’un processus qui ne requiert pas une modification du processus de la création, dès lors qu’une telle élévation est possible sans transcender la source des créatures.

La transformation des forces du mal totalement impures, par contre, doit passer par une mutation de l’enchaînement des mondes et donc transcender la source des créatures, comme l’explique le Likouteï Torah.

Les treize Attributs de Miséricorde divine interviennent dans les différentes sphères de l’émotion, dans la partie extérieure de la source de la création ou dans sa phase cachée. Ils peuvent se révéler à chacun de ces trois stades et c’est pour cette raison que trois situations sont définies. On peut repousser le mal et la faute reste alors cachée, sans pour autant disparaître. On peut introduire la transformation, de sorte que Dieu supporte la faute qui provient de la force du mal pouvant connaître l’élévation. On peut enfin obtenir la transformation totale, y compris celle des forces totalement impures.

La grande bonté de Dieu prend donc sa source au stade qui transcende l’enchaînement des mondes et se révèle ici-bas, par les attributs du sentiment, car Dieu désire faire le bien. Parfois, cette bonté est identifiée à sa source, comme l’explique le Likouteï Torah. C’est la raison pour laquelle il y a, à ce sujet, une discussion. Dieu cache-t-Il la faute, la supporte-t-Il, ou bien, selon la position intermédiaire adoptée par le Likouteï Torah, supporte-t-Il uniquement le désir de mal agir?

La vérité, à l’opposé, ne peut que se révèler telle qu’elle est réellement, comme le dit le Likouteï Torah. Elle transcende donc l’enchaînement des mondes et implique la transformation la plus totale.

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Ce qui vient d’être dit trouve une application dans le service de Dieu. La séquence de discours ‘hassidiques de 5672(10) explique qu’il est trois moyens d’adoucir l’attribut de rigueur. Tout d’abord, le fait de repousser le mal permet d’obtenir ce résultat en multipliant les bienfaits. De plus, l’âme divine peut également vaincre l’âme animale au prix d’une lutte. Cette façon de procéder a l’avantage d’introduire l’effort de l’homme, car l’âme animale se met elle-même en éveil et recherche l’élévation. Enfin, il y a la transformation, par exemple celle qui se passa à Mara. Là, d’après le Zohar, fut projetée dans l’eau amère une branche de l’arbre de la vie, qui est l’essence de la bonté et du bien. Dès lors, les eaux furent adoucies. De même, une intense lumière issue de l’âme divine affine l’âme animale. Néanmoins, ce dernier processus est à l’initiative de Dieu et peut donc n’être qu’éphémère.

La transformation est donc bien comparable à celle que connurent les eaux de Mara, dans lesquelles furent précipitées des branches amères, ou encore à celle des eaux de Jericho, qu’Elisha adoucit en y jetant du sel, évoquant la rigueur.

Ainsi, l’âme animale peut éprouver de l’aversion pour sa propre situation, par ses forces propres plutôt que sous l’impulsion de l’âme divine, car, dans ce dernier cas, son rejet du mal ne pourrait être aussi intense que dans la première situation, comme l’établissent différents textes.

Cette image évoque la prière de Neïla, comme peut la prononcer le Juif le plus simple ou bien le retour de ceux qui sont perdus dans le pays d’Achour, lorsque retentira le grand Choffar. En effet, la ferveur que suscitent le grand Choffar ou la Neïla émane également de l’attribut de

rigueur et constitue donc une force profondément cachée.

C’est, de façon générale, le rôle de celui qui accède à la Techouva et transforme, de cette façon, les fautes qu’il a commises intentionnellement en bienfaits. C’est aussi ce qui distingue le sacrifice des encens de tous les autres sacrifices(11). Or, Rabbi Yehouda permet même d’en consommer les ingrédients, comme l’explique le Torah Or.

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Voici donc ce qu’il faut savoir. Le Likouteï Torah semble établir que Dieu ne peut supporter la faute proprement dite, mais uniquement la force du désir. Néanmoins, il est établi, par différents textes, que les fautes commises intentionnellement peuvent se transformer en bienfaits. Il en résulte que l’on doit bien distinguer trois éléments, l’action de la faute, la parcelle de sainteté qui se trouvait en elle et la force du désir.

Le Likouteï Torah ne parle que de l’action proprement dite, mais non de cette parcelle de sainteté qui, si elle appartient à la force du mal pouvant connaître l’élévation, peut être libérée comme c’est le cas de la myrrhe(12) ou de celui qui accède à la Techouva et des épreuves qu’il subit(13). C’est ce qu’explique le Taameï Hamitsvot du Tséma’h Tsédek.

Et le Likouteï Torah dit: Cela est difficile à comprendre, car les trois forces du mal n’ont, à l’heure actuelle, aucune possibilité de recevoir l’élévation et l’acquerront uniquement dans le monde futur. On peut s’interroger sur cette affirmation, mais ce n’est pas ici le lieu de ce développement.

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On peut également avancer une explication plaisante. Les principes d’interprétation du Talmud, appartenant à la partie révélée de la Torah, apportent l’élévation à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, comme l’explique le Rabbi(14), dans le Kountrass Ets ‘Haïm. Or, la Hala’ha tranche que Dieu cache uniquement la faute et il n’y a donc pas de transformation.

Il en est de même pour le discours intitulé Quiconque a pitié des créatures, dont le contenu s’applique tout au long de l’année et qui évoque donc les treize Attributs de Miséricorde divine tels qu’ils se révèlent pendant l’année. Puis, ceux qui se dévoilent en Elloul constituent l’invitation céleste, à l’origine de l’effort des hommes, l’initiative de Dieu qui n’est donc pas encore la transformation.

Tel n’est pas le cas des explications de la ‘Hassidout figurant dans les discours liés aux dix jours de Techouva(15), comme celui du Likouteï Torah précédemment cité. Ces textes présentent les treize Attributs de Miséricorde divine tels qu’ils sont pendant ces dix jours de Techouva, lorsque vous vous purifierez devant l’Eternel. Alors, les fautes commises intentionnellement se transforment en bienfaits.

Notes

(1) Le Rav Nissan Nemanov, de Brunoy. Voir les lettres n°321, 513, 517, 548, 557, 562, 575, 653, 717, 739. (2) Cette explication est traduite après la signature du Rabbi. (3) Qui constituaient le sacrifice perpétuel, destiné à racheter les fautes des Juifs. (4) Kevassim, les moutons, est de la même étymologie que Kovech, Il cache . (5) Kevassim, les moutons, est de la même étymologie que Me’habsin, ce qui lave, purifie. (6) 1910, du Rabbi Rachab. (7) Qui est majoritaire. (8) Voir la lettre n°200. (9) Qui sont antagonistes et s’affrontent. (10) 1912, du Rabbi Rachab. (11) Une substance le composant, la myrrhe, était liée au mal. Il était, en outre, fait de onze ingrédients, chiffre qui évoque lui-même les forces du mal. (12) Du sacrifice des encens. (13) Qui le purifient des fautes qu’il a commises auparavant. (14) Rachab. (15) Période de l’effort des hommes.

Lettre n°441

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°441, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

9 Chevat 5709,

Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav C.Z.(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai bien reçu votre neuvième lettre(2), à laquelle était jointe une photocopie du courrier de mon beau-père, le Rabbi Chlita et je vous en remercie. J’ai bon espoir que vous continuerez à rédiger ces témoignages. A n’en pas douter, vous vous souviendrez d’autres explications et d’autres récits. Je vous en remercie d’avance.

Par paquet séparé, la biographie du Rabbi Maharach vous a été adressée, de même qu’un manuel de lecture. Vous les mettrez à la disposition du plus grand nombre, comme les publications précédentes. Je vous joins le fascicule qui vient d’être édité.

En saluant tous les vôtres,

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Le Rav Chnéor Zalman Duchman. Voir la lettre n°414. (2) Voir la lettre n°434.

Lettre n°442

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°442, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

10 Chevat 5709,

Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav I.(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre:

A) Je suis surpris d’avoir reçu uniquement votre propre participation et celle du Rav C.P.(2) à la répartition du Talmud(3). Après tant d’années passées dans cette ville, n’y a-t-il pas une seule personne sur laquelle vous exerciez votre influence? Et s’il en est ainsi pour ce qui concerne la partie révélée de la Torah, combien plus cela doit-il être le cas pour ce qui est lié à sa partie profonde, de même qu’à celle des Mitsvot, contre laquelle l’opposition du mauvais penchant se marque beaucoup plus fermement et soulève des objections diverses et variées.

Quand commencerez-vous enfin à apporter votre contribution à la diffusion, à l’extérieur, des sources de l’enseignement du Baal Chem Tov? Le Machia’h attend les accomplissements de chacun d’entre nous pour venir, comme il l’a dit au Baal Chem Tov et nous libérer de l’exil physique et de l’exil moral. Et il n’y a en aucune manière ici une figure de style. Ce sont, au sens le plus littéral, les termes de la lettre du Baal Chem Tov!

Le but de mon étonnement n’est pas de vous conduire à trouver quelques hommes qui s’engageront à étudier un traité du Talmud. Je souhaite que, vous et vos amis, soyez entourés des personnes qui constituent la communauté Loubavitch, telle qu’elle est, à l’heure actuelle, dans votre ville. Il faut que l’Admour Hazaken, s’il faisait le tour du monde et parvenait dans votre ville, puisse se sentir chez lui, y retrouver les siens, sa propre maison d’étude, un coin où sont entreposés les livres de ‘Hassidout usés(4), une atmosphère pénétrée de mots de Torah et de crainte de Dieu, en général, de ‘Hassidout ‘Habad, en particulier, qui, certes, sont montés vers le ciel, mais dont la trace immuable reste dans l’air ambiant. On sait, en effet, que tout ce qui appartient à la sainteté est éternel.

Or, pourquoi retarde-t-on tout cela? Car, entre nous, tout le peuple juif ne se trouve-t-il pas dans un exil terriblement sombre? Chaque jour n’apporte-t-il pas une malédiction plus sévère que celle de la veille, d’autant plus que l’on a pris l’habitude de considérer l’obscurité comme de la lumière et la servitude comme une délivrance?

B) Vous vous interrogez sur la compatibilité de la connaissance qu’a Dieu de l’action des hommes et leur libre arbitre(5). Car, au final, Dieu sait bien aujourd’hui ce que je ferai demain. Ainsi, demain, je ne pourrai pas agir autrement, faute de quoi la connaissance de Dieu irait à l’encontre de la vérité.

La réponse à cette question est très simple. Mon libre arbitre est le pouvoir qui m’est accordé de prendre ma décision sans subir la contrainte. Et, il en est de même en l’occurrence. Je pourrai, demain, faire ce que bon me semble, sans être contraint. Il me sera donc possible de choisir l’opposé de ce que Dieu sait, car cette connaissance de Dieu n’a rien de commun avec mon choix, dans lequel elle n’intervient pas et elle ne m’impose rien. Au final, j’agis ainsi parce que telle est ma décision, prise de manière libre.

Outre l’image que je donnais dans ma précédente lettre, celle de l’homme qui a connaissance du futur et sait ce qu’une personne fera demain sans pour autant influencer son choix, on peut citer également un exemple de ce qui va à l’encontre du libre arbitre, c'est-à-dire de la contrainte. Ainsi, quelqu’un sait que demain, lorsqu’une pierre sera lancée en l’air, elle finira par retomber sur le sol.

Lorsque la pierre se posera effectivement par terre, nul ne prétendra qu’elle l’a fait uniquement pour s’en tenir à la parole de cet homme. Bien au contraire, le fait qu’elle se pose sur le sol est un caractère que le Saint béni soit-Il lui a conféré et, si ce caractère consistait, bien au contraire, à s’élever vers le ciel, c’est bien là ce que cet homme aurait prédit.

Or, il en est strictement de même pour ce qui fait l’objet de notre propos. Demain, je ferais le choix, sans aucune contrainte, d’agir de la sorte et Dieu en a donc connaissance. Si, demain, mon choix était à l’inverse, encore une fois sans contrainte, Dieu en aurait également connaissance.

On peut cependant constater, entre l’image qui vient d’être donnée et la connaissance de Dieu, les différences suivantes:

1. Comment un homme peut-il savoir qu’une pierre va retomber sur le sol? Parce qu’il a connaissance des lois de la nature. A l’opposé, il est difficile de comprendre comment Dieu sait à l’avance ce que je vais décider. Il faut donc expliquer que la connaissance de Dieu n’est pas la nôtre. En effet, Sa Connaissance est partie intégrante de Lui-même, comme l’explique le Rambam.

2. Autre question, comment la Connaissance de Dieu qui, à chaque instant, conduit à l’existence et à la vie toutes les créatures, peut-elle n’exercer aucune influence sur elles? La Pensée de Dieu n’a-t-elle pas créé les mondes? Et, pour Lui, un potentiel n’a nul besoin d’une application effective pour se révéler. Il faut en conclure que cette Connaissance ne fait qu’entourer la créature(6). C’est ce qu’explique la ‘Hassidout.

En plus des références que j’ai indiquées dans ma précédente lettre, vous consulterez également(7) la fin du Tikouneï Zohar ‘Hadach, le chapitre 9 du Pardès, Chaar Atsmout Vekélim, l’introduction du Chneï Lou’hot Haberit, partie Beth Habe’hira, le Torat ‘Haïm, à la fin de la Parchat Vayéra, le commentaire du Tséma’h Tsédek sur la Mitsva du serviteur juif, qui traite de cette question d’une manière particulièrement magistrale.

C) Dans votre précédente lettre, vous me demandez ce qu’est la vitalité dans l’accomplissement des Mitsvot et leur mise en pratique, évoquée par le Tanya, au début du chapitre 23, à la page 56.

Réponse: Vous verrez la définition de la Volonté divine que donne le début du chapitre 37 du Tanya. Celui-ci distingue la vitalité du parchemin des Tefilin de la force d’action de l’homme qui les porte sur son bras. La vitalité dont il est question au début du chapitre 23 s’applique à la fois à l’une et à l’autre. Vous consulterez, à ce propos, le résumé du Tanya(8), à la page 11 et son commentaire, qui renvoie au Torah Or.

D) Vous m’interrogez aussi sur la formulation de ce chapitre 23 du Tanya, qui parle de la pensée et de la force de la parole. Pourquoi ajouter le mot force uniquement pour la parole?

Réponse: A mon humble avis, c’est parce que la parole ne s’unifie pas avec l’homme comme le fait la pensée. Elle est seulement comparable à l’âme par rapport au corps. Ainsi, on peut parler d’action de l’âme divine, puisque le fait de bouger les lèvres est bien considéré comme une action, comme le souligne le Tanya, au début du chapitre 37 et le Likouteï Torah.

Vous transmettrez mon salut à toute la communauté, ce qui est dit au premier paragraphe de cette lettre s’appliquant assurément à chacun d’entre eux.

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Le Rav Israël Meïr Altein. Voir la lettre n°339. (2) Le Rav Chalom Posner. (3) Voir les lettres n°334 à 339. (4) Parce qu’ils ont été beaucoup utilisés. (5) Voir, à ce propos, la lettre n°339. (6) Sans agir profondément sur elle. (7) Voir les références ultérieurement rajoutées par le Rabbi, à la fin de la lettre n°439. (8) Du Tséma’h Tsédek.

Lettre n°443

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°443, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

11 Chevat 5709,

A mon parent, le distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav C.Z.(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre du 2 Chevat, à laquelle était jointe la liste des participants à l’étude du Talmud parmi les membres de votre synagogue(2):

A) J’ai transmis cette liste à mon beau-père, le Rabbi Chlita et je vous joins sa réponse. A mon humble avis, il serait bon de la copier et de l’accrocher au mur de la synagogue, afin que la compétition entre les érudits multiplie les connaissances, A ce propos, vous consulterez le Kountrass Hé’haltsou(3), au chapitre 15.

B) Vous afficherez également, à la synagogue, la liste des participants à la répartition du Talmud, ce qui les encouragera et leur rappellera leur engagement. Telle est la coutume de Loubavitch.

C) Je vous joins le fascicule qui vient d’être édité et que vous mettrez à la disposition du plus grand nombre.

D) Vous consulterez la troisième lettre qui est à la fin de ce fascicule. Que peut faire de plus mon beau-père, le Rabbi Chlita, pour insuffler la vitalité aux femmes, épouses des ‘Hassidim, en général et pour l’éducation des filles, en particulier?

E) J’ai vu apparaître dans votre liste le nom de monsieur Taichtel. Vous voudrez bien vérifier s’il a reçu ma lettre du 19 Kislev, qui faisait réponse à la sienne.

Avec mes souhaits de joyeux Pourim pour tous les membres de votre communauté et, en particulier, ses responsables. J’espère que tous vont bien, de même que les membres de votre famille.

Notes

(1) Le Rav Chnéor Zalman Butman. Voir la lettre n°273. (2) Voir les lettres n°334 à 339 et la lettre précédente. (3) Du Rabbi Rachab.

Lettre n°444

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°444, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

[Milieu de Chevat 5709(1)]

Je viens de recevoir votre lettre du 5 Chevat.

Vous m’écrivez que celui qui conduit la prière peut acquitter de leur obligation(2) ceux qui ne savent pas lire, car celui qui écoute est considéré comme s’il lisait lui-même(3).

Il me semble que cela n’est pas exact, car l’officiant acquitte également de leur obligation ceux qui travaillent dans les champs(4).

De plus, ceci n’a rien à voir avec la répartition du Talmud(5), car comment imaginer que ceux qui travaillent dans les champs en reçoivent également la récompense(6)?

Notes

(1) Cette lettre fait suite à la lettre n°438. (2) De prier. (3) Ce qui sous entend que l’homme qui ne sait pas lire doit, pour s’acquitter de son obligation écouter tous les mots prononcés par l’officiant. (4) Et ne peuvent donc pas l’entendre. (5) Voir les lettres n°334 à 339, 442 et 443. (6) Si l’on peut comprendre que celui qui étudie un traité, dans le cadre d’une telle répartition, soit considéré comme s’il avait étudié l’ensemble du Talmud, quelle récompense peut avoir celui qui ne participe pas à cette étude?

Lettre n°445

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°445, traduction française

Par la grâce de Dieu, 15 Chevat 5709, nouvel an des arbres,"L’homme estsemblable à l’arbre du verger", Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu, le Rav C.H.(1), Je vous salue et vous bénis, Je fais réponse à votre lettre du 18 Tévet, à laquelle étaient jointes des listes, que j’ai reçue avec retard: A) Je vous remercie de m’avoir fait savoir que votre fille s’était fiancée. Puisse cette union être scellée en un moment qui, en tout point, sera bon et fructueux. Et ces bonnes nouvelles, qui permettent de mettre en pratique la Mitsva d’aimer son prochain comme soi-même, en attireront d’autres. Vous m’annoncerez donc son mariage et, en un bon moment, elle bâtira un édifice éternelle, avec toutes les interprétations que l’on peut donner de cette expression. La couronne surplombant l’enchaînement du monde fait ainsi allusion à celle que l’on reçoit au jour du mariage. Celle-ci évoque la vérité, correspondant à l’opulence matérielle et l’éternité, évoquant, bien évidemment, la naissance des enfants. Elle est aussi la phase la plus inférieure de l’Emanation créatrice et la source première des créatures, qui leur donne la vie. De fait, seul Israël la possède vraiment, ainsi qu’il est dit "vous êtes liés à l’Eternel votre Dieu, vivant tous ensemble aujourd’hui", comme l’expliquent les Avot de Rabbi Nathan, au chapitre 34. Cette couronne possède la vie et l’insuffle aux créatures, dont elle est la source première, selon l’expression du Rambam, citée et commentée par la ‘Hassidout, "l’Eternel Dieu est Vérité". Il possède l’existence véritable, est la Quintessence, de sorte que "Il est un Dieu de Vie". Or, la naissance d’enfants, la vie et l’opulence matérielle dépendent des influences que chacun peut recevoir. Vous consulterez, à ce propos, le Likouteï Torah, les discours ‘hassidiques de 5666(2) et le ‘Hano’h Lenaar du Rabbi(3), à la page 38. B) Vous trouverez ci-joint le fascicule qui vient d’être édité. Vous le mettrez à la disposition du plus grand nombre. C) J’ai transmis vos listes à mon beau-père, le Rabbi Chlita, puis au comité du Maamad(4). J’ai demandé également des reçus individuels, comme vous le vouliez. Ils vous ont sûrement déjà été envoyés et vous me confirmerez les avoir reçus. D) Vous m’avez envoyé, avec votre lettre du 25 Iyar, cinq Shekels pour acquérir des lettres dans le Séfer Torah(5) et un même montant pour les Sidourim. Je les ai bien reçus. Peut-être la lettre vous confirmant que nous les avions reçus a-t-elle été égarée. Si vous n’avez pas été averti des lettres du Séfer Torah qui vous ont été attribuées par tirage au sort, vous voudrez bien me le faire savoir. E) Vous me dites qu’il est impossible de promouvoir le Maamad dans la ville, chez d’autres personnes que les ‘Hassidim et les élèves de la Yechiva. Vous justifiez cette affirmation de différentes manières. Or, deux lignes et demie plus haut, vous écrivez: "Les ‘Hassidim sont attachés au Rabbi de tout leur coeur et de toute leur âme, jusqu’au don d’eux-mêmes. Si on leur ordonne de se glisser dans une fente, ils le feront". Je vous applique donc les termes de l’affirmation de nos Sages selon laquelle "l’homme ne ressent pas à quel point Dieu lui vient en aide". Il semble, en effet, que vous ne vous aperceviez pas à quel point l’introduction de votre propos est en contradiction avec votre conclusion. En tout endroit où l’on a collecté le Maamad l’an dernier, aux Etats Unis, au Canada, en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, l’expérience a montré que l’on a connu la réussite, même si ce n’était pas toujours dans des proportions égales. Et ceux qui étaient responsables de cette collecte n’ont eu nul besoin de faire don d’eux-mêmes, ni même de se glisser dans une fente. Bien plus, ils ont pu améliorer leur propre situation, matériellement et spirituellement. Leur respectabilité, auprès de tous ceux qu’ils ont pu contacter, s’en est trouvée accrue. Ceux-ci ont pris conscience que, par leur participation, ils reçoivent plus qu’ils ne donnent, y compris matériellement et financièrement. Or, dans votre pays, d’après ce que vous me dites dans votre lettre, on est prêt à faire don de soi-même, ce qui inclut également le fait de mettre de côté sa propre volonté et de ne pas être victime de sa propre rationalité. Voici ce que je voudrais vous dire. Ce que j’écris ici ne s’adresse pas une personne bien précise, ce qu’à Dieu ne plaise, car qui suis-je pour trancher que tel rôle incombe à tel homme? En fait, je m’adresse à vous tous, collectivement. Vous possédez, à n’en pas douter, les moyens de mettre en pratique la mission qui vous est confiée dans l’endroit où vous vous trouvez actuellement, c'est-à-dire la diffusion des sources de l’enseignement du Baal Chem Tov et de l’Admour Hazaken, parmi ceux qui vivent en France. Or, il n’est qu’une seule source de laquelle jaillit cet enseignement, c’est mon beau-père, le Rabbi Chlita. En s’attachant à lui physiquement, par "ce qui permettrait de satisfaire ses propres besoins"(6) et moralement, on transforme de l’eau ordinaire en eau de vie. C’est ce que tranche la Torah qui dirige et gouverne la nature, au sens le plus littéral et cela reste vrai, où que l’on puisse se trouver. Vous m’écrivez une lettre qui, si l’on en considère la passivité, est bien le reflet des ‘Hassidim de votre ville et, de sang froid, vous décrétez que tout cela ne concerne pas les Juifs de votre ville, à l’exception de ceux qui se trouvent dans votre quartier. Que l’on convoque donc tous les ‘Hassidim à une réunion et que l’on établisse un bilan moral! Combien d’efforts a-t-on fait pour convaincre d’autres personnes? On s’apercevra alors qu’un tel raisonnement est sans objet et les raisons de l’échec seront clairement établies. Un jeune homme qui a été obligé de s’enfuir de sa ville, qui ne sait pas prier avec ferveur, ne possède pas de connaissances profondes de la ‘Hassidout et n’y médite donc pas pendant la prière, n’a jamais été un élève de la Yechiva Loubavitch ou de n’importe quelle autre Yechiva, s’est trouvé exilé, dans un endroit particulièrement éloigné, au sens géographique comme par rapport aux centres juifs. Or, peu après son arrivée dans ce pays, des hommes et des femmes ont commencé à écrire à mon beau-père, le Rabbi Chlita. Je citerai un exemple. Une femme d’affaires reçoit une proposition, en l’occurrence celle de louer un magasin et un appartement qui se trouvent dans un quartier ou un autre de la ville. Et elle demande à mon beau-père, le Rabbi Chlita, ce qu’elle doit faire. Elle ne l’a jamais vu. Elle sait qu’il ne s’est jamais rendu dans sa ville, ni même dans son pays. Elle n’appartient pas aux ‘Hassidim et ne descend pas de ‘Hassidim. Mais, cette femme a entendu ce jeune homme qui, parlant avec son coeur, a dit: "Le peuple juif a un Rabbi, qui n’est pas astreint aux limites de la nature. Et, celui qui veut être sûr de lui, pour tout ce qui concerne ses affaires ou la conduite de sa maison, ne doit prendre aucune initiative sans interroger, au préalable, le Rabbi". Elle a reconnu la sincérité de ce jeune homme, car des paroles vraies ne trompent pas. Elle a donc interrogé le Rabbi. Il est bien clair qu’une telle femme peut participer au Maamad, se rapprocher de la pratique juive. Très bientôt, à n’en pas douter, elle mangera cacher, respectera les règles de la pureté familiale. Voici ce que peut accomplir un simple jeune homme, sans faire don de lui-même, sans faire abstraction de sa propre personne, car une telle démarche ne heurte pas sa logique, ne va pas à l’encontre de l’intellect humain. Que l’on médite donc. Se basant sur ce qu’il a vu de ses propres yeux, il sait la valeur d’une parole ou d’une bénédiction du Rabbi. Son âme animale convient qu’il en est bien ainsi, non pas à la suite d’une réflexion approfondie, d’une consultation méticuleuse des livres, mais seulement sur la base de son expérience et de celle de ses amis. L’expérience, en l’occurrence, lui a fait la preuve que, lorsque l’on s’en remettait à l’avis du Rabbi, tout allait bien et, lorsque l’on ne le faisait pas, on en voyait la conséquence. Aussi, tout comme il indique naturellement à un ami l’adresse d’un médecin compétent, quand celui-ci en a besoin, il dit à celui qui est dérouté ou confronté à une question fondamentale de son existence: "Le peuple juif n’est pas à l’abandon. Il y a quelqu’un que tu peux consulter". Bien plus, il n’attend pas que son ami vienne lui demander si un Rabbi existe. De manière générale, celui-ci n’a pas connaissance d’une telle notion. Il prendra donc les devants et lui expliquera qu’il ne peut pas se fier à son propre jugement, ni à celui de l’homme qui propose un mariage, du médecin ou de l’intermédiaire, qui peuvent tous être sujets à caution. Or, il est un moyen sûr de se libérer du doute. Et nos Sages affirment que les propos émanant du coeur pénètrent dans le coeur. J’en viens maintenant au propos de votre lettre. Les meilleurs, parmi les ‘Hassidim, se trouvent dans votre ville, qui ont vu le Rabbi(7) et mon beau-père, le Rabbi Chlita. Ils ont affronté la pauvreté et les épreuves les plus diverses. Ils étudient profondément la ‘Hassidout et prient avec ferveur. Ils ont d’abord été dans des camps de réfugiés, parmi des milliers de Juifs souhaitant de toutes leurs forces entendre des paroles chaleureuses et vivifiantes, des termes d’encouragement et de sympathie. Et les plus jeunes d’entre eux désiraient être guidés: "Où se trouve le Moché qui nous fera quitter l’Egypte et les limites, nous conduira sur le chemin de la vie?". Et une question se pose. Combien de personnes ont-elles été approchées, par leur intervention et leur effort, de l’enseignement du Baal Chem Tov et de l’Admour Hazaken, pendant le temps qu’ils ont passé dans ces camps? J’ai alors écrit au camp où se trouvait le plus grand nombre de ‘Hassidim et j’ai demandé que l’on mette sur pied un Maamad spirituel pour tous ceux qui se trouvaient là, en particulier les jeunes, considérant qu’au début du processus, le Maamad ne devait pas nécessairement être matériel. On m’a répondu que tout cela était assurément très positif, mais qu’il fallait, dans un premier temps, obtenir un budget pour prendre en charge les dépenses et que, plus généralement, on pourrait mener de telles actions lorsque les ‘Hassidim auraient retrouvé le calme. Alors, certains d’entre eux retourneraient dans leur camp et assumeraient cette mission avec abnégation! Puis, j’ai encouragé encore une fois à l’action, par l’intermédiaire de quelqu’un qui se rendait sur place. Alors, me semble-t-il, on a élu un comité et cela s’est terminé ainsi. Les résultats sont bien connus. Par la suite, les ‘Hassidim ont pris conscience, et il semble qu’on les ait aidé à cela, qu’il fallait avoir pitié des Juifs, auxquels on demandait des efforts en vain. On a donc espéré que tout irait mieux lorsqu’ils serait définitivement installés. Or, le même principe reste en vigueur, ou plus exactement le même désordre. Vous êtes installé dans votre ville depuis plus d’un an maintenant. Combien d’actions sont menées à Paris et dans ses environs? Il y a un an et demie, lorsque j’étais moi-même à Paris, je suis intervenu en ce sens, à différentes reprises. Finalement, on a décidé, sans doute pour me marquer de la déférence, que le comité pour le Maamad se consacrerait également aux autres Juifs de la ville. Bien évidemment, l’action devait être confiée à ceux qui étaient capables de s’adresser à des personnes qui, pour l’heure, sont encore éloignées de la pratique juive. De temps à autre, j’ai essayé de savoir ce qui était fait et l’on m’a répondu qu’il ne se passait rien du tout, ni pour le Maamad spirituel, ni pour le Maamad matériel, deux activités qui, sauf dans des cas exceptionnels, doivent aller de paire et ne peuvent se maintenir que dans ce cas. Moi-même, j’aurais été heureux que quelqu’un m’apprenne enfin que certains aspects de l’activité ne me sont pas connus, que des dizaines de personnes non seulement ont été influencées, apportent leur contribution aux institutions, mais, bien plus, ont accepté les enseignements de la ‘Hassidout, sont devenus des ‘Hassidim ou, tout au moins, se sont quelque peu attachées au Rabbi. Votre lettre m’a fait la preuve que cela est, pour vous, totalement exclu. Certes, préserver l’intégrité de la communauté requiert un effort intense et perpétuel, mais la garde du Temple n’était elle-même qu’une des formes du service de Dieu et tous les Cohanim n’y étaient pas affectés. Il est bien clair que, si l’on dit à quelqu’un: "Juif, donne-moi de l’argent que j’enverrai à quelqu’un qui se trouve à plusieurs milliers de kilomètres d’ici, que tu ne connais pas et qui n’a rien à faire avec toi , mais qui possède, cependant, d’immenses qualités”, on passera pour un insensé. Mais, il est tout aussi évident que, si l’on croit, avec une foi pure, qui se reflète dans chacune de ses forces, que l’avis et la bénédiction du Rabbi sont déterminants, on doit avoir le sentiment d’humanité, d’amour du prochain de le suggérer, lorsque l’on rencontre quelqu’un qui a une importante décision à prendre, concernant les enfants, la santé ou la prospérité, ou qui se trouve dans une situation de danger, ce qu’à Dieu ne plaise. Dès lors qu’il y a un espoir, le moindre doute qu’il puisse suivre ce conseil, il faut le poursuivre et lui dire: "Aie pitié de ta propre personne, des membres de ta famille et de tout ce qui te concerne. Ne t’en remets pas à ton propre jugement. Etudies la ‘Hassidout, attache-toi au Rabbi et conforme-toi à son avis. Ainsi, tu connaîtras la réussite". Et l’on sait que tout ce que les ‘Hassidim entreprennent est couronné de succès, comme le souligne l’Admour Hazaken. Il est dit que l’on ne peut tirer une preuve du fait que l’on n’a pas vu une certaine chose. Néanmoins, cette règle ne s’applique pas à ce qui est courant, comme le disent le Sifteï Cohanim et l’Admour Hazaken, au Choul’han Arou’h Yoré Déa, chapitre 261. J’ai vu plusieurs lettres, provenant de votre ville, qui ont été adressées à mon beau-père, le Rabbi Chlita. Je n’en ai pas trouvé une seule qui émanait d’une personne venant de s’approcher de mouvement Loubavitch, sous l’influence d’un des ‘Hassidim qui se trouvent sur place. A Paris et dans ses environs, vous entrez en contact avec des centaines, peut-être même des milliers de Juifs. Vous savez ce que le Rambam dit de la parole et, de fait, vous parlez ensemble, plus ou moins longuement. Combien, parmi ces Juifs, ont-ils interrogé le Rabbi, à propos d’une opération chirurgicale, d’un mariage ou demandé une bénédiction pour Roch Hachana? Or, si on leur racontait qui était le Rabbi de Loubavitch, un simple récit sans aucun commentaire, si, la seconde fois, on transmettait quelques points de son enseignement, combien de Juifs, avec leurs enfants et leurs petits-enfants, jusqu’à la fin des générations, se seraient-ils liés à lui, auraient illuminé leur foyer, seraient devenus des "hommes de Moché"? Vous consulterez le discours ‘hassidique intitulé "et vint Amalek", qui se trouve dans le fascicule ci-joint. A mon humble avis, vous pouvez voir également les discours du Torah Or et du Torat ‘Haïm, selon lesquels les "hommes de Moché" sont ceux qui lui sont profondément soumis. Dans ce fascicule, cette expression fait allusion à ceux qui sont liés au Rabbi, équivalent de Moché dans sa génération et elle n’a dont pas été commentée. C’est donc de cette façon que l’on apporte sa contribution au Maamad et que l’on renforce les institutions, avec plaisir et bienveillance et non uniquement par déférence. Au lieu de tout cela, l’un se réserve pour son institution et l’autre s’occupe de son commerce. On se contente de donner du Maamad de manière large. On se justifie en affirmant que l’on est prêt au don de soi, selon votre expression. Mais, la mission à accomplir n’a, semble-t-il, même pas été entamée. Et cela fait plus d’un an qu’il en est ainsi, dans une ville où résident plusieurs dizaines de ‘Hassidim, ceux que le Rabbi(7) a appelé "des lumières qui éclairent". Or, comme le rappelle mon beau-père, le Rabbi Chlita, lorsque l’on dresse une torche au milieu de l’obscurité, tous se rassemblent autour d’elle. Pensez-vous vraiment que tout le problème vienne des Juifs de Paris et de sa région? Je donnerai une explication plaisante. Ce terrible exil est une conséquence de la cassure des Tables de la Loi, sans laquelle la gravure nous aurait apporté la liberté(8). Mais, les Tables de la Loi furent brisées à cause du veau d’or, qui raviva l’impureté causée par la faute de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. D’après la ‘Hassidout, cette faute est consécutive à la diminution de la lune(9), découlant elle-même de l’éclatement des réceptacles dans le monde spirituel de Tohou, conséquence du Tsimtsoum(10). Or, que fut ce Tsimtsoum? L’impossibilité pour la Lumière d’éclairer à l’extérieur, le fait qu’elle conserve sa propre définition et ne peut s’en écarter, comme l’explique le Likouteï Torah. Je répète encore une fois que ces propos ne sont pas adressés à une personne bien particulière, ce qu’à Dieu ne plaise, mais à toute la communauté, en général. Vous montrerez sans doute ma lettre à quiconque peut être concerné par elle. Bien évidemment, elle a seulement pour but d’échanger avec vous et d’exprimer mon propre point de vue, sans reproduire le comportement de Yossef(11), ce qu’à Dieu ne plaise. Nombreux seront sans doute ceux qui demanderont à quel titre je me permets de tenir de tels propos, me conseilleront de remédier d’abord à mes propres défauts. Et, ils auront sans doute raison en tout ce qu’ils me reprocheront. Mais, cela ne modifie nullement la situation et la conclusion qui s’impose. J’espère que vous ne m’en voudrez pas, pas même intellectuellement, pour vous avoir écrit cette lettre, qui ne doit pas remettre en cause nos bonnes relations. Je conclus en vous chargeant de saluer toute la communauté. Je n’ai pas montré cette lettre au comité du Maamad, ici. En revanche, j’ai adressé une copie du paragraphe E) au Rav B.T. Chem Tov(12), mais je ne lui ai pas dit qui était le destinataire de cette lettre et vous ferez, en la matière, ce que vous jugerez bon. Voici pourquoi j’ai envoyé cela au Rav B.T.(12): 1. Peut-être en tirera-t-il profit pour sa propre mission. 2. Lorsque j’étais à Paris, il était aussi un des grands avocats de l’inactivité, étant convaincu qu’un développement de l’action interviendrait plus tard. Notes (1) Le Rav Chlomo ‘Haïm Kasselman, qui était alors le délégué du Rabbi au Maamad, à Paris. Voir la lettre n°425. (2) 1906, du Rabbi Rachab. (3) Rachab. A la page 48 de l’édition actuelle. (4) Voir, à ce propos, les lettres n°375, 425, 436, 437, 438. (5) Ecrit par le précédent Rabbi pour aller à la rencontre de notre juste Machia’h. Voir, à ce propos, les lettres n°269, 286, 355, 471, 478, 479. (6) Par l’argent dont on dispose. (7) Rachab. (8) Le mot ‘Harout, gravé, peut aussi se lire ‘Hérout, liberté. (9) Qui, dans un premier temps, fut créée à l’égal du soleil, puis diminuée lorsqu’il fut établi que "deux rois ne peuvent faire usage de la même couronne". (10) Processus du rétractation de la Lumière divine au sein du processus créatif, qui conduisit à l’éclatement des réceptacles de Tohou, parce que cette Lumière, lorsqu’elle s’y introduisit, était encore trop forte par rapport aux possibilités de ces réceptacles. (11) Qui rapporta le mauvais comportement de ses frères à son père. En l’occurrence, il n’était pas question de transmettre tout cela au précédent Rabbi. (12) Le Rav Ben Tsion Chem Tov. Il s’agit de la lettre suivante.

Lettre n°446

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°446, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

15 Chevat 5709,

Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav B.T.(1), émissaire du Rabbi,

Je vous salue et vous bénis,

J’ai enfin eu de vos nouvelles et reçu votre lettre du 4 Chevat. Ne sachant pas combien de temps vous resterez à Paris, je vous envoie ma réponse dans cette ville.

A) Vous trouverez ci-joint le fascicule édité à l’occasion du 10-13 Chevat(2). A n’en pas douter, vous le mettrez à la disposition du plus grand nombre.

B) Je ne possède pas la lettre de mon beau-père, le Rabbi Chlita, de 5670(3), à laquelle vous faites allusion. Je n’ai donc pas compris ce que vous vouliez dire. En tout état de cause, je ne suis pas d’accord avec ce que vous écrivez, sur deux points:

1. Vous me présentez des excuses pour tout ce qui n’est pas encore satisfaisant. Sachez que votre travail et le mien ne nous appartiennent pas, mais sont partie intégrante des préoccupations divines. Nos Sages enseignent, en effet, dans la Michna, à la fin du traité Kiddouchin, que j’ai été créé pour servir mon Créateur. Le Likouteï Torah en donne l’interprétation de la ‘Hassidout, qui n’est nullement contradictoire avec ce qu’explique le fascicule que je vous joins.

Dès lors, à quoi sert que j’accepte vos excuses, alors que les Sages ont porté témoignage que la journée est courte, le travail est important et le Maître est pressé?

Je ne souhaite pas évoquer tout cela longuement, car vous ne vous trouvez pas actuellement là où s’exerce essentiellement votre mission(4). Mon intervention se réduirait donc à de la cendre et, dès votre retour en Angleterre, vous pourriez oublier ces propos.

Puisse Dieu faire que nous n’ayons plus besoin de faire de la morale et que s’applique désormais, de façon permanente, l’Injonction de servir Dieu dans la joie.

2. Pourquoi repoussez-vous sans cesse ce qui doit être amélioré dans votre travail? Qu’en sera-t-il des jours qui passent et sont définitivement perdus? N’est-il pas dit que Dieu confie à l’homme un nombre limité de jours?

Comme je l’ai dit, tous ces propos sont exprimés de manière très concise, mais le sage sait se suffire d’une simple allusion.

C) Vous vous trouvez actuellement à Paris et vous y exercez sûrement sans doute votre rôle d’émissaire du Rabbi. Je vous joins donc la copie d’une lettre(5) que j’ai écrite à quelqu’un qui se trouve dans cette ville, à propos de la collecte du Maamad dans Paris et sa région. Je me souviens, en effet, que vous saviez défendre à la fois l’activité et l’inaction.

J’attends de bonnes nouvelles liées à l’action concrète, qui est primordiale et je salue tous les vôtres,

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Le Rav Ben Tsion Chem Tov. Voir la lettre n°436. (2) Anniversaire du décès de la mère du précédent Rabbi. (3) 1910. (4) C'est-à-dire en Angleterre. (5) La lettre précédente.

Lettre n°447

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°447, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

16 Chevat 5709,

Je vous salue et vous bénis,

Vous m’interrogez sur ce que rapporte le Tanya, au début du premier chapitre: Rabba dit: Moi, par exemple, je suis un homme moyen. Comme vous me le demandez, je m’efforcerai de commenter ce passage, à mon humble avis:

A) Dans la version du Talmud que nous possédons, le Eïn Yaakov, le Yalkout Chimeoni sur le Psaume 36, les manuscrits du Talmud et du Eïn Yaakov qui sont cités par le Dikdoukeï Sofrim sur le traité Bera’hot 61b, le commentaire de Rabbénou ‘Hananel qui est mentionné dans les additifs du Otsar Hagaonim sur le traité Bera’hot, dans toutes ces références, le pluriel est employé, nous sommes de hommes moyens.

Je n’ai, pour l’heure, pas trouvé quelqu’un d’autre que l’Admour Hazaken, citant cette version au singulier, si ce n’est, en allusion, dans le commentaire de Rachi, à cette même référence: Si tu fais partie des hommes moyens, alors que le commentaire de Rabbénou ‘Hananel dit: Si nous ne sommes nous-mêmes que des hommes moyens, tu ôtes la vie à tous.

B) Rachi explique, à cette référence: Si tu fais partie des hommes moyens, c’est qu’il n’y a pas de Juste parfait dans le monde. A mon humble avis, l’explication que vous donnez de ces propos dans votre lettre est difficile à accepter.

Vous dites qu’il n’y aurait pas un seul Juste parfait dans le monde. Or, comment Abbayé pourrait-il trancher, comme une évidence, qu’il n’y avait pas un seul ami de Rabba qui soit plus grand que lui? Bien plus, il y avait, parmi ses collègues, Rav Zeïra, dont on vante le mérite, au traité Baba Metsya 85a. Par ailleurs, le discours ‘hassidique de Pourim 5708 explique que Rav Zeïra correspond à l’attribut de découverte intellectuelle et Rabba, à celui de l’analyse raisonnée.

Le traité Meguila 28a dit aussi que Rav Zeïra vécut très vieux. Et la fin du traité Bera’hot le compare à Rav Yossef, montrant la supériorité de celui qui, possédant d’immenses connaissances, est comparable au Sinaï. Selon le traité Pessa’him 113, Rav Yossef endura de nombreuses souffrances. La fin du traité Sotta rapporte qu’il était particulièrement humble. Le Séder Hadorot et Rabbénou Nissim, dans son commentaire du traité Kiddouchin, racontent qu’il perdit la vue du fait de sa crainte de Dieu.

De plus, de nombreux Sages vivaient alors en Erets Israël, alors que Abbayé se trouvait à Babel. Comment pouvait-il donc adopter une position aussi tranchée? En effet, le propos d’Abbayé était bien simple, y compris d’après le commentaire de Rachi. Si Rabba et tous ceux qui se trouvaient au même niveau que lui étaient seulement des hommes moyens, qui pouvait se définir comme un Juste parfait?

C) Selon votre lettre, vous interprétez l’expression tu ôtes la vie à tous en soulignant que le Juste est le fondement du monde. S’il est absent de la terre, nul ne peut donc conserver la vie. Je ne sais pas pourquoi vous devez avancer une telle explication.

J’interprète ces mots au sens littéral. En effet, le traité Baba Metsya 92a emploie une même expression: Issy ôte la vie à tous, ce qui veut dire, dans ce contexte, que tous les cultivateurs auront des ennuis avec lui. Il en est donc de même ici.

Mon père m’a donné une explication de ce passage, basée sur le traité Roch Hachana 8b: Les Justes sont immédiatement scellés pour la vie. Or, s’il n’existe pas de Justes parfaits, cela veut dire qu’il n’en est ainsi pour personne!

On le comprendra bien d’après une interprétation que donne Rachi du Eïn Yaakov: Tous sont ainsi tenus pour des impies, ce qui voudrait dire que, selon la même référence du traité Roch Hachana, tous sont immédiatement scellés pour la mort!

D) Les propos de Rachi, précédemment cités, Il n’y a pas de Juste parfait dans le monde, semblent difficile à comprendre. Car, si Rabba est un homme moyen, il ne s’y trouve pas non plus de Juste imparfait. On peut donc l’expliquer en fonction de ce qui vient d’être dit. Rachi pense que le terme de Juste, au moins dans ce passage, désigne celui dont les bonnes actions sont plus nombreuses que les mauvaises, mais non l’homme qui ne possède pas du tout de mauvais penchant. Il dit, du reste, que il est capable de le contenir.

Or, le Juste parfait est celui qui ne commet pas du tout de fautes. De ce point de vue, la différence entre un homme moyen et un Juste imparfait est très fine. Il est donc clair, pour Rachi, que l’on ne peut pas dire, à ce propos, tu ôtes la vie à tous. Il explique, en conséquence, que Abbayé fait allusion à un Juste parfait, qui n’a jamais commis de fautes. Cette difficulté est ainsi résolue.

E) On peut se demander pourquoi l’Admour Hazaken reproduit également, dans le Tanya, les paroles d’Abbayé, tu ôtes la vie à tous. La question qu’il pose ne porte-t-elle pas uniquement sur l’affirmation de Rabba, Moi, par exemple, je suis un homme moyen.

En fait, il renforce, de cette manière, son interrogation. En effet, la Guemara s’interroge sur l’affirmation de Rabba, dont la grandeur est établie. Aussi, même si l’on considère que Rabba s’est trompé sur son propre compte, par modestie, comme l’explique le Maharcha, ou bien qu’il ne souhaitait pas révéler son véritable niveau, on peut encore s’interroger sur ce que dit Abbayé. Pourquoi se préoccuper du fait que Rabba ôte la vie aux autres créatures? Pourquoi ne pas dire qu’il ne pouvait pas être uniquement un homme moyen, dans la mesure où il ne cessait pas un seul instant d’étudier la Torah?

F) Le Tanya, après avoir rapporté les mots tu ôtes la vie à tous, conclut la citation par etc.. Qu’ajoute ici ce terme, puisque les propos d’Abbayé ont été intégralement cités? Et, s’il s’agit d’introduire une idée par allusion, pourquoi ne pas plutôt la préciser clairement, comme c’est le cas pour les autres questions?

En fait selon plusieurs versions, en particulier celles du Eïn Yaakov, celle de Rabbénou ‘Hananel et celle du Maharcha, Rabba fait la réponse suivante à la question posée par Abbayé: Un homme sait lui-même s’il est un Juste. Ainsi, nul ne peut savoir ce qu’est réellement l’autre. Un homme ne peut être pleinement édifié que sur sa propre situation.

Le Tanya envisage qu’un Juste puisse être celui qui a plus de mérites que de fautes. Or, ceci est difficile à comprendre. Rabba savait qu’il n’interrompait pas son étude un seul instant. Abbayé, qui avait été élevé près de lui, en avait conscience également. Dès lors, comment comprendre les propos de Rabba, un homme sait lui-même s’il est un Juste? Lui et Abbayé n’avaient-ils pas vu de leurs propres yeux que l’inverse était vrai?

L’Admour Hazaken ne précise pas tout cela clairement et l’on peut donner, à ce propos, les explications suivantes: 1. Cette version n’est pas certaine. 2. C’est bien, au final, cette question qui sera posée plus loin. Comment Rabba put-il faire l’erreur de se considérer comme un homme moyen? Cette dernière explication est plus satisfaisante.

Lettre n°448

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°448, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

16 Chevat 5709,

Au distingué érudit, qui craint Dieu, dont les connaissances

sont particulièrement étendues, le Rav H., qui est appelé

docteur Bloch(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre.

Conformément à votre demande, j’ai interrogé le responsable de la bibliothèque de mon beau-père, le Rabbi Chlita. Il m’a confirmé ne jamais avoir reçu votre livre, le Hé’hal(2).

De fait, peu après sa parution, le bibliothécaire l’a acheté, chez le négociant de livres Pardès. C’est ce seul exemplaire que nous possédons.

A cette occasion, je formulerai quelques remarques sur ce livre:

A) Il est évident, dès la première lecture, que vous y avez investi beaucoup d’efforts et il sera d’une grande utilité. Il est dommage que son prix empêche de nombreuses personnes, qui auraient pu en faire un bon usage, de l’acquérir.

B) Il existe plusieurs recueils des enseignements de nos Sages qui sont exprimés dans le Talmud, le Midrach et le Zohar. Certes, quelques uns ont été oubliés, mais, pour la plupart, ils ont déjà été recensés dans ces ouvrages.

A l’opposé, pour ce qui concerne le moyen-âge, la situation est inverse. Seuls quelques proverbes ont été recensés par ces livres. Et, je ne connais pas un seul ouvrage digne de ce nom qui puisse être considéré comme un recueil de références sur la littérature du moyen-âge, y compris parmi les livres les plus célèbres pour l’ensemble de notre peuple, comme les écrits de Rachi, des Tossafot, du Rambam, les responsa de nos premiers Sages.

Vous m’avez dit ou écrit, il y a quelques temps, que vous souhaitiez combler cette lacune avec votre Hé’hal. Il semble que vous n’ayez pu réaliser cet objectif et c’est bien dommage.

C) J’ai recherché les références des propos de nos Sages que vous commentez dans la lettre qui est reproduite à la page 611 de votre Hé’hal, dans le cadre de mon travail pour éditer les livres de maîtres de la ‘Hassidout.

L’enseignement que cite Heyman(3), à la page 318, Les honneurs évitent celui qui les recherche est cité également dans le Boné, sur le Eïn Yaakov Yoma 5b.

Celui qui apparaît à la page 232 du livre de Heyman, Lorsque quelqu’un commence une Mitsva, on lui demande de la finir, figure aussi dans le Midrach Tan’houma Ekev 6.

Heyman, à la page 370, indique plusieurs raisons pour lesquelles le porc est appelé ‘Hazir. Vous consulterez mon commentaire sur la séquence de discours ‘hassidiques intitulée les eaux nombreuses, de 5636(4), à la page 87.

A la page 307, Heyman cite plusieurs références à propos de l’affirmation selon laquelle celui qui s’emporte est considéré comme s’il avait servi les idoles. On peut y ajouter le Zohar, tome 3, page 234b et, me semble-t-il, également les responsa du Rambam, au chapitre 369.

Une note de l’éditeur renvoie également au Sefer Hamitsvot, du Rambam, édition du Rav H.Heller, de New York, qui, à la page 67, donne les références de cette affirmation(5). C’est ce que j’ai noté, mais je ne dispose pas actuellement de ces livres.

A propos de l’affirmation selon laquelle les propos émanant du coeur pénètrent dans le coeur, j’ai noté la référence suivante, le Chirat Israël, de Rabbi M. Ibn Ezra, qui la cite à la page 156. Mais, je ne dispose pas de ce livre(6).

En vous souhaitant tout le bien,

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Le docteur ‘Haïm Bloch. Voir la lettre n°457, qui fait suite à celle-ci. (2) Encyclopédie des enseignements et proverbes de nos Sages, qui ne figurent pas dans les livres de références usuels. (3) Dans son encyclopédie des enseignements et des proverbes de nos Sages. (4) 1876, du Rabbi Maharach. (5) Le Rabbi note, en bas de page: Et renvoie aux responsa du Rambam, chapitre 160. Celles du Rachbach, chapitre 370, citent le traité Nedarim et demandent de consulter les responsa Yad Eliézer, au chapitre 32. (6) Le Rabbi note, en bas de page: Omission: Il est dit que Erets Israël se répandra dans tous les pays du monde, mais l’Admour Hazaken écrit, dans le Likouteï Torah, Erets Israël se répandra dans le monde entier. Des références sont citées à la page 479 de Heyman, qui dit aussi Jérusalem se répandra. Cette citation figure également dans le Or Hatorah.

Lettre n°449

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°449, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

17 Chevat 5709,

Au ‘Hassid qui craint Dieu et s’acquitte fidèlement de sa

tâche, le Rav Y.Hacohen(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre du 15 Chevat:

A) Dans le discours ‘hassidique intitulé elle a un goût agréable, de 5709, il est dit, à la fin du troisième paragraphe: Elles(2) sont classées en trois groupes, ‘Ho’hma, Bina et Daat; ‘Hessed, Guevoura et Tiferet; Nétsa’h, Hod et Yessod. Mais, il existe également un autre classement, ‘Ho’hma, ‘Hessed et Nétsa’h à droite, Bina, Guevoura et Hod à gauche, Daat, Tiféret et Yessod au centre. Tout ceci reçoit l’apparence d’un homme.

En fait, ce texte est un classement des Sefirot, desquelles il est dit, dans le passage Pata’h Elyahou: Tu as suscité dix Sefirot pour diriger les mondes par elles. Car, il bien est deux manières de les classer:

1. Dans le sens de la longueur, c'est-à-dire du haut vers le bas, en prenant pour critère la finesse, le degré de proximité de la Lumière infinie de Dieu et d’éloignement des mondes créés.

L’ordre est, alors, ‘Ho’hma, Bina, Daat, ‘Hessed et ainsi de suite. Ces Sefirot sont ainsi classées en trois groupes. Si l’on cherche leur équivalence en l’homme, le premier correspond à la tête, le second au corps et le troisième au pied.

2. Dans le sens de la largeur, c'est-à-dire de la droite vers la gauche, en prenant pour critère le fait de se révéler ou bien de rester caché, d’accorder son influence ou bien de la supprimer.

L’ordre est alors ‘Ho’hma, ‘Hessed, Netsa’h à droite, Bina, Guevoura, Hod à gauche, Daat, Tiféret, Yessod au centre. Vous consulterez, à ce propos, le Bad Kodech, de l’Admour Haémtsahi.

Ces deux classements sont deux présentations de ce qui est appelé l’Homme céleste, dont ils sont deux conceptions, deux points de vue différents. Puis, il est une perception encore plus haute, qui sera présentée maintenant.

B) Le verset Chmouel 1, 15, 29 énonce la réponse de Chmouel à Chaoul, constatant que Il n’est pas un homme pour changer d’avis.

On peut se demander quel élément nouveau apporte ici Chmouel à Chaoul. Ce dernier ne savait-il pas que Dieu n’est pas un homme? En effet, Chaoul demanda que sa Techouva soit prise en compte, comme Dieu le fait toujours et qu’il conserve la royauté. Dès lors, pourquoi lui répondre que Dieu n’est pas un homme pour changer d’avis?

En fait, Chmouel expliquait ici à Chaoul que sa faute n’avait pas atteint uniquement l’Homme céleste(2), au sein duquel on distingue un côté droit et un côté gauche, qui est sensible aux actes des créatures. Au verset 28, Chmouel dit: Il a donné ta royauté à ton ami, qui est meilleur que toi et ce choix transcende l’Homme céleste, car, à ce stade, Il n’est pas un homme pour changer d’avis.

Vous consulterez, à ce propos, le Torah Or de notre Sidra, à la fin du commentaire portant sur le discours ‘hassidique intitulé souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier.

C) Vous m’avez demandé, lors de notre conversation téléphonique pourquoi je vous transmettais aussi rapidement la réponse de mon beau-père, le Rabbi Chlita.

J’énoncerai quatre raisons à cela:

1. Il est dit que tu ne feras pas à ton ami ce que tu détestes toi-même. Si je posais une question sur ce qui me concerne personnellement et qu’un intermédiaire me cachait la réponse pendant quelques temps, je n’en aurai pas été satisfait.

Je ne peux pas dire s’il en est de même pour vous. Peut-être est-ce le cas. Cela dépend de chacun.

2. Lorsqu’il s’agit d’une Mitsva, en particulier celle d’aimer son prochain, l’Admour Hazaken dit, au chapitre 21 d’Igueret Hakodech, que l’importance de l’empressement est établie et cette qualité que possédait notre père Avraham nous protège, nous-mêmes et nos enfants, pour l’éternité. Il faut montrer sa joie et son désir de mettre en pratique la Volonté du Créateur, Lui procurer de la satisfaction.

Cela est une Mitsva pour chacun.

3. Pour ce qui concerne la subsistance matérielle de l’homme, la décision est, dans un premier temps, prise là-haut. Puis, elle doit recevoir une formulation matérielle. Des accusations peuvent alors être portées, empêchant sa révélation ou bien la limitant à une portée spirituelle.

Telle est la qualité de la bénédiction des Cohanim et celle des Cohanim(3) eux-mêmes, comparés à des amandes(4). Cette bénédiction se dévoile très vite, comme l’expliquent le Likouteï Torah, à la fin de la Parchat Kora’h et le Dére’h Mitsvoté’ha, du Tséma’h Tsédek, à la Mitsva de la bénédiction des Cohanim.

C’est précisément là ce que peut accomplir un Rabbi. C’est la raison pour laquelle aucun obstacle ne doit se dresser dans l’acheminement de sa réponse.

Il en est ainsi pour une réponse qui concerne une Mitsva et la subsistance matérielle, pour chacun.

4. Le Rabbi Chlita était fatigué, après une journée de travail, lorsque vous avez téléphoné. Pénétrant dans son bureau, je lui ai demandé si la question pouvait attendre le lendemain, puisque vous aviez vous-même indiqué qu’il n’y avait pas urgence, en la matière. Il m’a alors demandé de lui poser tout de suite cette question. J’en ai déduit que je devais moi-même transmettre la réponse sans retard.

Je conclus en vous souhaitant un bon Chabbat et tout le bien,

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Le Rav Yaakov Hacohen Kats de Chicago. Voir la lettre n°421. (2) Les dix Sefirot. (3) Le destinataire de cette lettre est un Cohen. (4) L’amandier, en effet, est un arbre qui fleurit très vite.

Lettre n°450

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°450, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

18 Chevat 5709,

A l’homme honorable et généreux, qui craint Dieu,

chérit la Torah et recherche la Tsédaka, distingué

responsable communautaire, monsieur Tsvi Eliézer,

fils du Rav Avraham Abir Halévi Cruishar(1),

Je vous salue et vous bénis,

Au nom du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et en mon nom propre, je voudrais vous remercier chaleureusement pour l’intérêt amical que vous avez bien voulu manifester, avec votre épouse, à notre collaborateur, le Rav Chlomo Aharon Kazarnovski. Nous vous sommes tout autant reconnaissants pour votre aide qui nous permettra de poursuivre l’impression de l’importante encyclopédie Sdeï ‘Hémed, de Rabbi ‘Haïm ‘Hizkya Medini.

Il est inutile de vous décrire la grande importance de ce livre et l’immense mérite que mon beau-père, le Rabbi de Loubavitch Chlita, vous a conféré, puisque je l’ai déjà fait, d’une manière générale, dans mon précédent courrier.

Je voudrais simplement vous faire remarquer à quel point l’initiative, prise par mon beau-père, le Rabbi Chlita, de faire éditer ce livre, fait la preuve de la grande étendue de son oeuvre, qui allie la recherche la plus approfondie dans la domaine de la Torah et la ‘Hassidout à la satisfaction des besoins quotidiens de chaque Juif.

La Torah, en général et les dix Commandements, en particulier, font de cette attitude un principe fondamental, que l’on peut déduire de la Sidra de cette semaine.

Les dix Commandements commencent par le mot Ano’hi, Je(2), qui fait allusion à la manifestation la plus élevée de la Divinité(3), à Son Unité, à Sa Providence et à la foi, en général. Ils se concluent par des Préceptes aussi évidents que le respect des parents, l’interdiction du crime ou du vol.

Il en résulte que notre foi n’est pas une notion abstraite, réservée aux intellectuels et aux philosophes. Celle-ci reçoit également une application concrète dans l’existence quotidienne.

De même, mon beau-père, le Rabbi Chlita, ne se consacre pas uniquement à l’édition d’ouvrage traitant de la philosophie ‘hassidique, mais aussi des livres comme le Sdeï ‘Hémed, qui énonce la Hala’ha régissant le quotidien de chaque Juif.

Nous vous souhaitons, de même qu’à votre épouse et à votre fils, que le mérite d’avoir édité ce livre vous permette d’obtenir toutes les bénédictions, dans votre vie quotidienne et la satisfaction de tous vos besoins, matériels et spirituels.

En vous souhaitant tout le bien,

Rav Mena’hem Schneerson,

Directeur du comité exécutif(4),

Notes

(1) Destinataire de la lettre n°332, qui porte sur le même thème. (2) Je suis l’Eternel ton Dieu. (3) Qu’aucun Nom ne peut qualifier. (4) Du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.

Lettre n°451

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°451, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

21 Chevat 5709,

Au grand Rav, ‘Hassid érudit qui craint Dieu,

le Rav M.(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai bien reçu votre lettre du 15 Chevat, avec le chèque de dix dollars, destiné à l’aide aux réfugiés, de la part de monsieur ‘Haïm Yossef et je vous en remercie. Vous trouverez ci-joint un reçu pour ce donateur.

Je suis surpris qu’après tout notre échange sur l’oeuvre du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et le Ma’hané Israël dans votre ville, nous n’ayons pas encore pu constater des résultats concrets. En tant que grand Rabbin de l’union des communautés de Worcester et qu’ami fidèle de notre institution, je ne comprend pas que vous n’agissiez pas, que vous ne participiez pas à nos réalisations, par exemple en organisant des appels dans votre communauté. Devons-nous, chaque jour, taper à la porte de votre coeur?

De même, je suis surpris que votre frère, le Rav I.(2), qui, auparavant, prenait, dans sa ville, une part très active à toutes les réalisations du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et de Ma’hané Israël, ne donne plus de nouvelles, depuis qu’il a déménagé.

Je vous demande donc encore une fois d’encourager votre frère, de l’engager à renouveler et à renforcer sa participation à notre oeuvre. Pour quelqu’un comme vous, il est inutile d’en souligner l’importance.

Nous attendons, très prochainement, de bonnes nouvelles, car il est difficile d’imaginer à quel point notre situation est difficile, mettant en cause la poursuite du programme ambitieux que nous a assigné mon beau-père, le Rabbi Chlita.

Ce qui vient d’être dit sera lié à une idée de notre Paracha. Commentant le verset si tu prêtes de l’argent à Mon peuple, la ‘Hassidout en applique les termes à la descente de l’âme dans le corps, comme l’explique le discours ‘hassidique figurant dans le fascicule que vous trouverez ci-joint. Cette âme, en effet, est à la fois un prêt et un dépôt.

Parfois, la ‘Hassidout souligne le rôle prépondérant du prêt. C’est ce que dit le Likouteï Torah. D’autres fois, elle avance la thèse inverse, comme dans ce discours ‘hassidique. En fait, il n’y a là aucune contradiction et tout dépend si l’on est au début ou bien au milieu du service de Dieu, en particulier pour ceux qui ont d’ores et déjà acquis une certaine élévation.

En tout état de cause, la qualité de l’emprunteur, par rapport au prêteur, réside dans l’effort qu’il doit faire pour se procurer le dépôt, ce qui lui permet d’obtenir les deux tiers de la récompense(3). C’est la raison pour laquelle, Dieu prit une couronne et en plaça deux sur la tête de ses enfants(4), selon le Midrach Vaykra Rabba, à la Parchat Kedochim, comme cela est expliqué par ailleurs(5).

On peut déduire de tout cela à quel point l’effort de l’homme est important et donc l’immense perte que constitue son absence. Selon le principe établi, la révélation céleste est liée à l’effort de l’homme. Chacun doit donc venir physiquement en aide aux autres, même si les sommes qu’il collecte par son effort appartiennent à d’autres personnes.

Cet exposé concis sera sans doute suffisant pour quelqu’un comme vous. J’espère avant tout qu’il aura un effet concret.

J’attends de vos bonnes nouvelles et vous souhaite tout le bien,

Le directeur du comité exécutif(6),

Notes

(1) Le Rav Meïr Greenberg, de Worcester, Massachusetts. (2) Le Rav Its’hak Greenberg. (3) Le troisième tiers étant pour le prêteur, qui avance effectivement l’argent. (4) C'est-à-dire des enfants d’Israël, lors du don de la Torah, lorsque ceux-ci dirent: Nous ferons et (ensuite) nous comprendrons. (5) Le Rabbi note, en bas de page: Dans le discours ‘Hassidique du Tséma’h Tsédek, intitulé si tu prêtes de l’argent à Mon peuple, qui est actuellement sous presse. Ce texte figure dans le Or Hatorah Michpatim, page 1170, Chemot tome 8, page 3030. (6) Du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.

Lettre n°452

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°452, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

22 Chevat 5709,

A mon parent, le grand Rav, érudit qui craint Dieu,

le Rav B.C.(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai reçu avec retard votre lettre et ce qui y était joint, votre article paru dans le périodique Hayoman et sa partie qui n’a pas été publiée(2). Ma réponse a également été retardée, du fait de mes nombreuses occupations et vous voudrez bien m’en excuser.

Le Rav H.H.(3) vous a sûrement transmis ce que je lui ai écrit, de même que les publications que je lui ai envoyé à votre intention. Vous les avez sans doute reçues. Si vous écrivez un

article à leur propos ou, de façon générale, sur les activités des éditions Kehot et du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, vous voudrez bien nous en adresser une copie. Je vous en remercie par avance.

Dieu merci, tout a maintenant été fait pour permettre la parution des Pisskeï Dinim du Tséma’h Tsédek, qui sont sous presse.

Je voudrais maintenant répondre aux remarques que vous formulez sur quelques références du Tséma’h Tsédek, après vous avoir remercié pour les éloges et les compliments que vous adressez aux éditions Kehot, dans votre article. Je reprendrai ces remarques dans l’ordre:

A) J’ai déjà précisé, au début de mes notes, qui sont imprimées à la fin du Chaar Hamilouïm, que je me limitais à citer les manuscrits ou les livres présentant une idée nouvelle ou une réponse donnée par le Tséma’h Tsédek et à indiquer si la question à laquelle il répond est également citée dans les livres de ceux qui étaient proches du Tséma’h Tsédek et ont donc pu échanger avec lui, sur ce point.

A l’opposé, mon propos n’était nullement de rappeler la position de tous les derniers Sages sur ces questions, évoquées par le Tséma’h Tsédek et ce, pour différentes raisons, en particulier parce que les recueils de responsa et d’analyses hala’hiques se sont multipliés, dernièrement. Ils constituent donc un domaine à part entière.

B) Vous dites que, dans le Chaar Hamilouïm, page 33b, seconde ligne, la négation doit être supprimée. Vous avez raison.

Cette erreur d’imprimerie s’explique par le fait que l’on ne possédait de ce texte qu’un manuscrit, qui se trouvait lui-même être une copie, comme je le signalais dans mes notes. Et, je viens de vérifier que ce manuscrit porte effectivement une négation.

C) Vous faites référence à ce point, qui figure, d’une manière plus détaillée, dans les responsa du Tséma’h Tsédek et constatez que, par erreur, l’explication qui est donnée pour le traité Mikvaot, à la page 33c, n’est pas reproduite à propos du traité Taharot.

Concernant Mikvaot, ce texte doit être comparé à ce qui est imprimé dans les responsa et les commentaires sur le Talmud.

C*) A la page 16b, le Tséma’h Tsédek justifie la coutume de ceux qui disent le Psaume Mizmor Letoda, à la veille de Pessa’h(4). En effet, il est dit que celui qui étudie les lois du sacrifice de Ola est considéré comme s’il en avait offert un, même la nuit(5). En pareil cas, il est bien considéré comme si son sacrifice avait été offert le jour.

Vous soulevez une objection à partir des propos du Rif, selon lequel il est interdit de dire deux fois la prière de Moussaf, parce que l’on ne pouvait offrir deux sacrifices de Moussaf consécutifs.

Je ne vois ici aucune difficulté, puisque le Tséma’h Tsédek parle bien de l’étude des lois du sacrifice de Ola, ce qui n’a rien à voir avec la prière de Moussaf et la remarque du Rif. Du reste, on sait que la description du sacrifice de Moussaf n’est pas essentielle, dans la prière de Moussaf. Il n’est donc nul besoin de dire, comme vous le faites dans votre lettre, que le Mizmor Letoda ne fait pas partie du texte de la prière instauré par les membres de la grande Assemblée.

En fait, s’il est ici une question qui se pose, elle doit porter sur les sacrifices, dont nous lisons la description pour être considérés comme si nous les avions offerts, alors qu’il s’agit de lire ce Psaume durant le jour(6). Bien plus, vous auriez pu poser une question portant sur le même sujet en demandant pourquoi le Mizmor Letoda n’est pas lu pendant ‘Hol Hamoéd Pessa’h.

Mais, il est clair que la remarque du Tséma’h Tsédek, selon laquelle on est considéré comme ayant offert ce sacrifice même si l’on en a étudié les lois pendant la nuit n’a qu’une valeur accessoire et permet de supprimer la différence entre l’action considérée a priori et la manière de la juger, a posteriori et ce, uniquement pour justifier une pratique qui existe(7).

D) Vous avancez que l’on pourrait offrir un sacrifice de Toda à la veille de Yom Kippour, bien que de tels sacrifices ne peuvent être conduits en un lieu qui leur est impropre, dès lors qu’il reste possible d’en nourrir les enfants.

Il est impossible d’avancer une telle explication, car conduire ce sacrifice en un lieu impropre ne fait pas que réduire l’endroit où il est possible de le consommer et le temps pendant lequel on peut le faire, mais également la quantité pouvant en être consommée, selon le traité Be’horot 60b et le Rambam, lois des sacrifices impropres 6, 6. Or, la formulation de la Michna, au traité Maasser Chéni 3, 2, établit que la diminution de la quantité pouvant être consommée est plus grave que celle du temps de consommation.

De même, vous avancez qu’il est une Mitsva de manger plus que de coutume, à la veille de Yom Kippour(8). Il est difficile de considérer que c’est là ce que veut dire le Tséma’h Tsédek, car, si c’était le cas, il aurait dû le spécifier clairement. Bien plus, il conclut par ces mots: C’est différent(9) pour ce qui concerne la veille de Pessa’h, puisque l’on peut en manger(10) uniquement jusqu’à la fin de la quatrième heure du jour.

E) Vous écrivez qu’il faut se garder également de diminuer le temps de la nuit pendant lequel il est possible de consommer ce sacrifice. Vous avez raison, c’est bien ce que dit le Rambam, dans ses lois de ce qui est consacré, 10, 12, se basant sur la Tossefta du traité Zeva’him.

F) A mon humble avis, il est possible d’interpréter les propos du Tséma’h Tsédek de la manière suivante. Il s’agit pour lui, ici, de trouver une explication et non de soulever une objection.

Le Tséma’h Tsédek se demande pourquoi on offre un sacrifice de Toda à la veille de Yom Kippour. En effet, aucune source ne permet d’affirmer que ce ne soit pas le cas. Il souligne donc que ce sacrifice n’a pas été supprimé du fait de la diminution du temps de la nuit(11). A la veille de Pessa’h, en revanche, c’est pendant le jour que le temps a été diminué.

Le Tséma’h Tsédek s’en est remis au lecteur pour approfondir cette différence(12). On peut considérer qu’elle est double:

1. La logique indique que le temps de la nuit ne change rien, pour ce qui est d’offrir le sacrifice(13), comme l’établit le traité Kritout 7b. A l’opposé, c’est bien le temps du jour qui est réduit, selon le traité Zeva’him 75b. Combien plus est-ce le cas pour ce qui fait l’objet de notre propos, en l’occurrence le sacrifice de Toda, à la veille de Pessa’h.

2. Il est clair que les règles s’appliquant au sacrifice sont modifiées lorsque le temps de la journée est diminué. En effet, ce sacrifice ne peut être offert, durant le jour, aux heures interdites. Ce n’est pas le cas lorsque le temps de la nuit est diminué. Alors, il est, de toute façon, impossible d’offrir ce sacrifice.

Le Tséma’h Tsédek souligne donc que l’on n’empêchait pas d’offrir ce sacrifice pendant le jour(14), ce qui permet de répondre à la question posée par la Tossefta.

G) On peut effectivement se demander pourquoi le Tséma’h Tsédek n’introduit pas ici le fait qu’il soit une Mitsva de manger plus que d’ordinaire à la veille de Yom Kippour. Et l’on peut donner, à ce propos, les explications suivantes:

1. Si le principe de ne pas apporter des sacrifices en un lieu qui lui est impropre est bien instauré par la Torah, le fait de manger plus que d’ordinaire, à la veille de Yom Kippour, est uniquement introduit par nos Sages, comme le dit le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken, Ora’h ‘Haïm, chapitre 604.

En effet, lorsqu’un principe est instauré par la Torah, on peut faire une distinction entre la situation telle qu’elle se présente a priori et celle qui survient, a posteriori, en particulier pour ce qui concerne les sacrifices. Plusieurs références, à ce propos, sont données par le Darkeï Chalom, du Maharcham de Brezan, au chapitre 71. Mais ce n’est pas ici le lieu de cette discussion.

2. Si l’on accepte que ce principe est instauré par nos Sages, on peut dire que la Mitsva de la veille de Yom Kippour est de manger et non de multiplier la nourriture. Bien plus, dans la province de Yehouda, qui comprend également Jérusalem, on consommait, en ce jour, de la volaille et du poisson, mais non de la viande rouge, selon les Tossafot, au traité ‘Houlin 83a.

H) Il reste à comprendre pourquoi le Tséma’h Tsédek n’introduit pas une distinction simple, en l’occurrence la suivante. Si l’on n’apporte pas de sacrifice de Toda à la veille de Yom Kippour, l’autel restera inactif. En effet, si l’on n’offre pas les sacrifices consommés pendant un jour et une nuit, on n’apportera pas non plus, à plus forte raison, ceux qui sont consommés pendant deux jours et une nuit. A l’opposé, à la veille de Pessa’h, seuls les pains ‘Hamets sont écartés(15).

Mais, ceci nous conduit à une question se posant en sens inverse. On pourrait déduire la possibilité d’offrir le sacrifice de Toda à la veille de Pessa’h de celle des sacrifices qui sont offerts à la veille de Yom Kippour, malgré la réduction du temps pendant lequel ils peuvent être consommés.

Le Tséma’h Tsédek souligne donc qu’une telle différence peut effectivement être faite lorsque le temps du jour est diminué.

Je conclus en vous souhaitant tout le bien,

Rav Mena’hem Schneerson,

Ne connaissant pas votre adresse, après les modifications intervenues cette année, je vous fais parvenir cette lettre par l’intermédiaire du Rav H.H.(3). Vous voudrez bien me confirmer avoir reçu ce courrier.

Notes

(1) Le Rav Barou’h Chimeon Schneersohn, recteur de la Yechiva Ko’hav Méyaakov. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°397, au paragraphe I et la lettre suivante. (3) Le Rav ‘Hano’h Hendel Havlin, de Jérusalem. (4) Que nous ne récitons pas, car le sacrifice d’action de grâce, Toda, comportait du ‘Hamets et n’était donc pas offert, en ce jour. (5) Alors que l’on n’offre pas de sacrifice pendant la nuit. (6) Exigence qui ne s’explique pas, puisque l’étude n’y est pas soumise. (7) Celle de lire ce Psaume. (8) Ce qui explique que l’on puisse offrir le sacrifice de Toda en ce jour. (9) De la veille de Yom Kippour. (10) Du ‘Hamets. (11) Pendant lequel il pourra être consommé. (12) Entre la veille de Yom Kippour, lorsque le laps de temps de la nuit est réduit et la veille de Pessa’h, lorsque le laps de temps du jour est réduit. (13) Ce que l’on peut faire uniquement pendant le jour. (14) De la veille de Yom Kippour. (15) Ce qui n’exclut pas tous les sacrifices qui n’en comportent pas.

Lettre n°453

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°453, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

22 Chevat 5709,

Au grand Rav, ‘Hassid érudit qui craint Dieu,

le Rav A.(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre, qui m’est parvenue avec un peu de retard:

A) Concernant les livres du Tséma’h Tsédek que j’ai fait éditer aux Etats Unis, j’ai déjà précisé, dans les additifs aux responsa Ora’h ‘Haïm, que les responsa Ora’h ‘Haïm, Yoré Déa, Even Haézer et les commentaires du Talmud sont une reproduction de la première édition, celle de Vilna, à l’exception de quelques ajouts, qui se trouvent à la fin des responsa Ora’h ‘Haïm et de commentaires.

Les responsa ‘Hochen Michpat et les trois tomes du Chaar Hamilouïm sont une édition nouvelle, dont la plus large partie est publiée pour la première fois, à partir de manuscrits reproduisant les propos du Tséma’h Tsédek ou même de ses propres manuscrits. Chaque référence est précisée, dans mes notes, à la fin du Chaar Hamilouïm. Je suis surpris que vous ne l’ayez pas vu.

B) Ce qui est indiqué dans les additifs aux responsa Ora’h ‘Haïm, à la note 11, est connu sous le nom de Pisskeï Dinim du Tséma’h Tsédek, bien que le texte de la page de garde, reproduit dans les additifs, est: Tséma’h Tsédek, édition comprenant les Pisskeï Dinim.

Cet ouvrage et celui qui est indiqué à la note 10, sont actuellement sous presse, par reproduction de la première édition. J’y ai ajouté, à la fin, des notes du Tséma’h Tsédek, que j’ai reproduite d’un manuscrit du Rabbi(2), en précisant le recueil dans lequel j’avais trouvé chaque explication et chaque réponse donnée par les Pisskeï Dinim, sous la même forme que mes notes, à la fin du Chaar Hamilouïm.

C) Je vous remercie de m’avoir signalé la faute d’imprimerie que vous avez découverte. Vous exprimez votre étonnement devant ces erreurs, dès lors qu’il est possible de comparer le texte avec celui du manuscrit. Mais, vous savez sans doute que l’on n’imprime pas un livre directement à partir du manuscrit. C’est seulement une copie qui est donnée à celui qui fait la composition, puis au correcteur. Pensez que plusieurs centaines de pages ont été composées ainsi, à partir de différents manuscrits. Bien plus, l’imprimeur voulait accélérer la cadence, afin d’achever son travail. Si vous aviez pu voir le nombre d’erreurs qui, malgré tout cela, ont pu être rectifiées, vous vous demanderiez comment l’on a pu, au bout du compte, éditer six tomes du Tséma’h Tsédek!

Je voudrais faire une remarque, pour laquelle vous voudrez bien m’excuser. Celle-ci n’a pas pour but de me justifier, mais uniquement de décrire la situation telle qu’elle est. Je ne possède pas l’encyclopédie talmudique, à laquelle vous faites référence dans votre lettre, mais, d’après ce que j’ai pu constater, les livres actuellement imprimés comportent plusieurs fautes d’imprimerie, même si, à en juger par les publicités qui ont été faites, les moyens financiers n’ont pas manqué, pour la publication de cet ouvrage.

Sachez donc quel travail a été nécessaire pour éditer le Tséma’h Tsédek. Il a fallu rechercher les recueils de manuscrits, les étudier. Si vous êtes habitué à travailler sur des manuscrits, comme vous me l’écrivez, vous devez pouvoir mesurer, en consultant mes notes, à la fin du Chaar Hamilouïm, l’immense travail qui a été nécessaire. Il fallait ensuite comparer le texte avec ce qui est déjà imprimé, rédiger les additifs qui sont à la fin du Ora’h ‘Haïm, l’index du ‘Hochen Michpat, de l’explication de la Michna et du Chaar Hamilouïm. Puis, viennent les négociations avec les imprimeurs.

Pour différentes raisons, tout cela m’est personnellement confié et nul ne me vient en aide, à l’exception de deux Rabbanim, qui en ont fait la relecture. Et, tout cela s’ajoute au travail courant du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et de Ma’hané Israël.

D) Pour reprendre ma conclusion, au paragraphe précédent et parce que vous m’écrivez que vous êtes le petit-fils du Rav A.de Jembin(3), je voudrais vous exprimer mes doléances, après que vous m’ayez fait connaître les vôtres.

Ce livre a été publié il y a plus de deux ans, après que les ouvrages du Tséma’h Tsédek aient été introuvables pendant des dizaines d’années. Nous avons, en outre, ajouté à cette édition plusieurs explications et réponses inédites du Tséma’h Tsédek. Or, quelqu’un a-t-il dit qu’il se réjouissait de cela? Savez-vous combien d’exemplaires du Tséma’h Tsédek ont été diffusés en Terre Sainte, pendant toute cette période?

En Terre Sainte, on écrit, pratiquement chaque jour, des articles sur les livres qui paraissent, qu’ils soient grands ou petits. Y a-t-il eu un seul article écrit sur le Tséma’h Tsédek, en dehors de celui d’un réfugié(4), qui vient de s’installer en Terre Sainte et n’y est pas encore totalement intégré?

Ces dernières années, les éditions Otsar Ha’hassidim ont édité plus de quarante livres et brochures. Lesquels ont-ils été mentionnés dans les journaux de Terre Sainte? Si vous êtes actif dans ce domaine, pourquoi n’en avez-vous pas souligné l’intérêt à la population religieuse de Terre Sainte, en écrivant vous-même un tel article ou bien en chargeant de le faire quelqu’un qui en est capable? Or, vous êtes le petit-fils du Rav A.de Jembin et tout cela vous concerne donc personnellement. Pourquoi l’avez-vous négligé?

Je ne souhaite pas évoquer ce sujet plus longtemps, car je ne sais pas par quelles difficultés vous êtes passé depuis que vous avez quitté notre pays d’origine(5). Je ne suis donc pas certain que vous soyez réellement concerné par mes reproches. Mais, en tout état de cause, l’attitude des ‘Hassidim de Terre Sainte et de leurs descendants devant la littérature de la ‘Hassidout ‘Habad est pour le moins étrange.

Cela fait d’autant plus de peine que dernièrement ceux qui sont éloignés expriment leur intérêt, des chercheurs s’intéressent et désirent élargir leurs connaissances, alors que ceux qui sont proches se consacrent à différents centres d’intérêt, à l’exception de la ‘Hassidout.

Je conclus en vous souhaitant tout le bien,

M. Schneerson,

Directeur du comité exécutif(6),

Notes

(1) Le Rav Alter Hilevitch. Voir également les lettres n°495, 516 et 563. (2) Rachab. (3) Le Rav Avraham Landau de Jembin. Voir, à son propos, la lettre n°516. (4) Le Rav Barou’h Chimeon Schneersohn. Voir la lettre précédente. (5) La Russie. (6) Du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.

Lettre n°454

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°454, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

22 Chevat 5709,

Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav A.

Je vous salue et vous bénis,

Je voudrais répondre aux questions que vous m’avez posées il y a quelques temps. Ma réponse a été retardée du fait de mes occupations et vous voudrez bien m’en excuser.

A) Question: L’Admour Hazaken écrit, au troisième chapitre d’Igueret Hatechouva: On peut manger quelque peu(1), jusqu’à trois heures avant le lever du soleil. Or, vous constatez qu’il est interdit de manger avant le lever du jour, comme le dit le Beer Hetev, sur le Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, chapitre 581, paragraphe 12, se basant sur le Zohar et les écrits du Ari Zal.

Réponse: Il est trois points d’interdiction dans le fait de manger avant le lever du jour:

1. On ne peut manger avant la prière de Cha’harit, selon le traité Bera’hot 10b. C’est ce que dit le Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, à la fin du chapitre 9. Cette interdiction s’applique au début du temps de la prière, c'est-à-dire au lever du jour, mais non avant cela, comme le précise la Guemara. Le Choul’han Arou’h l’établit, à la même référence, paragraphe 5 et celui de l’Admour Hazaken, au même paragraphe.

Cela ne concerne donc pas ce qui est dit dans Igueret Hatechouva.

2. Celui qui jeûne pendant la journée peut manger et boire jusqu’au lever du jour. Mais, s’il a dormi de manière fixe, l’interdiction de manger s’applique aussitôt. C’est ce qu’explique le Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, au chapitre 564. Néanmoins, s’il en a posé la condition(2), il pourra manger après son réveil, selon la plupart des Décisionnaires. C’est cet avis que retient le Choul’han Arou’h.

3. Il y a, en outre, une interdiction de renforcer le domaine du mal, comme l’explique longuement le Zohar, page 215b. Dans le temps, cette interdiction prend valeur, selon l’unanimité des avis, dès que l’on peut prier, comme au paragraphe 1.

Tous s’accordent donc pour dire qu’il n’y a pas d’interdiction de manger, avant le lever du jour, pour celui qui n’a pas dormi ou a dormi moins que le temps de soixante souffles(3), c'est-à-dire, selon l’expression du Zohar, qui n’a pas goûté le soixantième de la mort(4). En revanche, celui qui a dormi et s’est levé dans la seconde moitié de la nuit ne peut plus manger, selon certains, même avant le lever du jour. C’est l’opinion du Maguen Avraham 89, 14, qui se base sur Rabbi ‘Haïm Vital, du Michnat ‘Hassidim, traité ‘Hatsot, début du chapitre 7, du Or Ha’hama, commentant le Zohar, qui cite également Rabbi ‘Haïm Vital et du Nitsoutseï Orot.

Selon d’autres, en revanche, il est alors encore possible de manger, l’interdiction s’appliquant uniquement quand vient le temps de la prière. C’est ce que disent les responsa Hechiv Moché Ora’h ‘Haïm 6, se basant sur le Sidour du Ari Zal, mis en

forme par le Rav de Rachkov qui, à la fin de l’étude pour une veillée, précise que telle était la pratique de Rabbi ‘Haïm Vital. C’est également l’avis du Maharil et du Ramah, dans le Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, chapitre 581, ce qui va à l’encontre de l’opinion du Beer Hétev, à la même référence.

Néanmoins, même ceux qui interdisent de manger le permettent lorsque la santé est en cause, à condition de le faire dans ce but. C’est ce que précisent le Nitsoutseï Orot, le Beer Hétev, le Echel Avraham sur Ora’h ‘Haïm, à la fin du chapitre 9, au nom des responsa Chav Yaakov et d’autres références encore.

L’Admour Hazaken explique, dans Igueret Hatechouva, que, pour celui qui en a fixé la condition, une telle journée sera considérée comme un jeûne, même s’il a mangé dans la nuit précédente. Concernant l’avis du Zohar, il ne dit pas quelle position il adopte. Néanmoins, on a vu que, même d’après les avis qui interdisent de manger, on peut trouver des permissions, dans certains cas. C’est ce qu’explique Igueret Hatechouva.

Remarque:

1. L’Admour Hazaken penche sans doute pour l’avis qui permet de manger. On peut le déduire de son Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, chapitre 89, paragraphe 5. Il cite, en effet, l’avis du Maguen Avraham repoussant la marque d’orgueil que peut constituer le repas, sans dire que celui-ci interdit de manger dans la seconde partie de la nuit. Néanmoins, cette comparaison peut être remise en cause, car cette Hala’ha est ici complètement nouvelle.

2. On peut se demander pourquoi Igueret Hatechouva demande de s’arrêter trois heures avant le lever du soleil, mais ce n’est pas ici l’occasion d’éclaircir ce point.

Le Echel Avraham du Rabbi de Boutchatch, seconde édition Ora’h ‘Haïm, fin du chapitre 9, considère qu’il est interdit de manger avant le lever du jour uniquement si l’on reste éveillé jusqu’au moment de la prière. En revanche, il est permis de le faire si l’on retourne dormir avant le lever du jour.

*

*

*

Y a-t-il une référence ou une source à la coutume des Sefaradim de la communauté de Brooklyn qui, le vendredi soir, répètent deux fois, le Psaume Mizmor Chir Leyom Hachabbat?

Réponse: La même coutume existe dans la synagogue Tsla’ha Oumazal, dans la synagogue Kehal ‘Hassidim Beth Kel, à Jérusalem, dans celle du Maharal, à Prague. Vous consulterez, à ce propos, le périodique Nerot Chabbat, qui parait en Terre Sainte, fascicules 73 et 74, qui cite le Erets ‘Haïm du Rav ‘Haïm Setroun, de Jérusalem. Je ne dispose pas de ce livre.

On peut expliquer cette coutume et le fait qu’elle soit adoptée par les Sefaradim, de la manière suivante. Le Beth Yossef et le Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, fin du chapitre 261, considèrent que l’on accepte sur soi le temps qui est ajouté au Chabbat et l’interdiction de travailler en lisant ce Psaume, alors que, dans nos pays, on poursuit le travail encore après cela, car, en le disant, on n’a pas l’intention d’accepter sur soi le temps qui est ajouté au Chabbat. On le fait plus tard, en disant Bare’hou, comme l’expliquent les commentateurs du Choul’han Arou’h et celui de l’Admour Hazaken.

Les Sefaradim, par contre, suivent, en différents points, l’avis du Beth Yossef, qu’ils adoptent également, en la matière. Or, dans différentes communautés, l’habitude a été prise de continuer à travailler après avoir lu ce Psaume. Il a donc été fixé de le lire une seconde fois, dans le but spécifique de s’interdire tout travail par la suite.

Remarque:

On sait que, selon les écrits du Ari Zal, c'est-à-dire d’après le Chaar Hakavanot, le Michnat ‘Hassidim et le Sidour du Ari Zal mis en forme par le Rav de Rachkov, on doit dire le Psaume Mizmor Ledavid Havou une première fois, dans le champ(5) et une seconde, à la maison.

En vous souhaitant tout le bien,

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Avant une journée de jeûne. (2) Qu’il pourrait manger, avant d’aller dormir. (3) Soit environ une demi-heure. (4) C’est ainsi qu’est défini le sommeil. (5) Où se trouvaient, à l ’époque, les synagogues.

Lettre n°455

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°455, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

23 Chevat 5709,

Au grand Rav, distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav H.H.(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre du 12 Chevat:

A) Je vous remercie de m’avoir donné des nouvelles du Rav P.L.(1) et de sa famille, de m’avoir raconté le séjour en Terre Sainte du Rav C.Palmer(3). Mais une femme peut discuter tout en filant la laine(4). Vous avez donc sans doute fait le nécessaire pour augmenter la subvention accordée à la Yechiva Torat Emet par le comité de Chicago.

B) Nous vous avons adressé la causerie du 10 Chevat et le fascicule édité à l’occasion du 10-13 Chevat. Cette date étant passée et la Torah prenant en pitié les biens matériels d’un Juif, l’envoi en a été fait par courrier ordinaire.

Dans le même paquet, a été joint un fascicule de Chevat pour mon parent, le Rav B.C. Schneersohn(5), un fascicule du 19 Kislev et un autre de Chevat pour mon autre parent, le Rav ‘Haïm Schneerson. Je vous remercie de bien vouloir les leur remettre.

C) A titre de membre actif du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et des éditions Kehot, nous vous avons adressé le Séfer Hanigounim, qui vient de paraître. Vous voudrez bien nous confirmer l’avoir reçu.

D) Je vous joins une lettre pour chacun de ceux que j’ai cité, car je ne connais pas leur adresse exacte. A ce propos, je voudrais bien savoir si le Rav B.C.(5) a édité d’autres articles sur les éditions Kehot et le Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.

E) Vous m’interrogez sur les coutumes d’un anniversaire de décès. Je pourrai vous répondre après quelques vérifications. Peut-être même ces coutumes seront-elles imprimées dans le fascicule qui sera édité pour le 2 Nissan(6).

F) Il est dommage que vous ne m’ayez pas encore adressé les commentaires de votre père sur le Tanya. Je pensais que le Rav C.P.(3) les rapporterait. Nous avons déjà évoqué ce point de nombreuses fois(7).

G) On a pu lire ici, dans les journaux, que des élèves de Yechiva et des Juifs orthodoxes ont été attaqués, dans les rues de Jérusalem. Pouvez vous me dire ce qu’il en est, afin de calmer les esprits?

H) Si vous pouviez en obtenir l’autorisation, il serait bon que vous fassiez l’acquisition de quelques exemplaires de chaque parution des éditions Kehot, d’autant que le nombre des ‘Hassidim et des élèves de la Yechiva parvenant en Terre Sainte est de plus en plus important.

Je vous salue et vous souhaite tout le bien,

Rav Mena’hem Schneerson,

Notes

(1) Le Rav ‘Hano’h Hendel Havlin, de Jérusalem. Voir la lettre n°416. (2) Le Rav Pin’has Landau. Voir la lettre n°380. (3) Le Rav Chlomo Palmer, délégué du comité des Yechivot de Chicago. (4) Selon l’expression du traité Meguila 14b. Ainsi, une femme, lorsqu’elle évoque son mari, permet, de cette façon, que l’on se rappelle d’elle. De même, la lettre du Rav Havlin a rappelé son propre souvenir au Rabbi, bien qu’il ait écrit à propos des Rabbanim Landau et Palmer. (5) Le Rav Barou’h Chimeon Schneersohn. Voir la lettre n°452. (6) Anniversaire du décès du Rabbi Rachab. Voir, à ce propos, les lettres n°416, 424, 498. (7) Voir la lettre n°416.

Lettre n°456

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°456, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

26 Chevat 5709,

Au distingué ‘Hassid, qui craint Dieu,

le Rav D.(1),

Je vous salue et vous bénis,

Avez-vous pu rectifier le Likouteï Torah en fonction de ce qui figurait dans ma lettre du 19 Tévet(2)? Et qu’en est-il de l’impression de la Haggada et du Hayom Yom?

Nous avons entendu ici que l’on imprime le Sdeï ‘Hemed dans les camps de réfugiés. Vous voudrez bien nous faire savoir si c’est effectivement le cas et communiquer, de manière officielle, que l’initiative de la publication nous appartient et que les éditions Kehot s’occupent de faire paraître ce livre(3).

J’attends votre réponse au plus vite et je vous souhaite tout le bien,

M. Schneerson,

Notes

(1) Le Rav David Bravman, responsable des publications, en Europe, pour le compte des éditions Kehot. Voir la lettre n°415. (2) La lettre n°435. (3) Voir, à ce propos, les lettres n°332, 450, 453*, 512, 517 et 518.

Lettre n°457

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°457, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

Premier jour de Roch

‘Hodech Adar 5709,

Au distingué ‘Hassid, qui possède de multiples

connaissances, que l’on appelle docteur Bloch(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre:

A) Je disais, dans ma précédente lettre, qu’il existe plusieurs recueils des propos de nos Sages rapportés dans le Talmud, mais peu sur les proverbes se trouvant dans la littérature du moyen-âge. Je voulais simplement dire qu’un index sur les commentaires du Talmud ne ferait que compléter ceux qui existent déjà, alors qu’un ouvrage dédié au moyen-âge serait réellement nouveau et comblerait un manque évident, duquel, me semble-t-il, nul ne se préoccupe.

B) Il semble que vous ayez déduit de ma lettre mon étonnement devant le fait que vous citiez des propos de nos Sages, déjà mentionnés dans les index déjà édités. Or, je considère, bien au contraire, qu’un tel ouvrage doit être le plus complet possible, afin de ne pas rendre nécessaire la consultation d’autres livres.

En vous demandant de bien vouloir m’excuser, je formulerai donc quelques remarques sur votre He’hal(2), à partir de ce qui vient d’être dit:

1. Ce livre aurait dû reprendre tous les propos de nos Sages figurant dans le Talmud, y compris ceux qui sont cités par ailleurs.

2.

Le Kountrass Hahagana, qui représente un sixième de l’ensemble du livre, n’a pas sa place dans ce Hé’hal, qui doit avoir un usage fréquent.

3. A la fin de ma lettre précédente, a été omise la référence, que vous recherchez, de l’expression suivante de nos Sages: La mort des Justes est une plaie qui n’est pas mentionnée dans la Torah.

Le Nitsoutseï Zohar, du Rav Margolis, à la fin du second tome du Zohar, cite les responsa Atéret Tsvi Yoré Déa, au chapitre 38. Et la même expression figure, en araméen, au second tome du Zohar, page 10b.

Notes

(1) Le Rav ‘Haïm Bloch. Voir la lettre n°448. (2) Nom de l’ouvrage du docteur Bloch.

Lettre n°458

Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°458, traduction française

Par la grâce de Dieu ב'ה,

6 Adar 5709,

Au cher et distingué ‘Hassid qui craint Dieu,

le Rav El’hanan Hacohen(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je connais votre grand intérêt, votre aide précieuse et votre collaboration avec le Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, en particulier pendant la période critique que nous connaissons actuellement. C’est donc avec un grand plaisir que je vous adresse un présent, au nom de cette institution. Vous trouverez ci-joint une photographie de mon beau-père, le Rabbi Chlita, en expression de notre profonde gratitude envers un véritable ami.

Vous avez sans doute connaissance de l’explication de nos Sages, au traité Sotta 36b, selon laquelle le fait de voir l’image d’un homme saint apporte la force d’avancer sur le chemin de la Torah et des Mitsvot. Je souhaite donc que la vision de mon beau-père, le Rabbi Chlita, vous insuffle des forces nouvelles, afin de multiplier les accomplissements positifs, en général et surtout d’intensifier votre participation aux domaines d’activité du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, dans lesquels mon beau-père, le Rabbi Chlita, vous et moi sommes directement impliqués.

Puissions-nous tous concevoir beaucoup de plaisir de ces réalisations.

Avec mon salut chaleureux et mes meilleurs souhaits, pour vous et les vôtres,

Rav Mena’hem Schneerson,

Directeur du comité exécutif(2),

Notes

(1) Par ailleurs appelé Alexandre Kowen. Voir les lettres n°189 et 571. (2) Du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.

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