Lettres du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Menahem Mendel Schneerson, traduites en français.
Texte intégral. Sommaire du corpus.
Lettre n°318
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°318, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
12 Tévet 5708,
Au grand Rav, ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav N.C. Sasonkin(1),
Je vous salue et vous bénis,
J’ai reçu votre lettre, me confirmant que les livres pour les implantations(2) vous étaient bien parvenus. Comme vous le demandez, trois autres exemplaires des mémoires(3) vous ont été envoyés, afin de les transmettre aux autres implantations. Vous confirmerez également les avoir reçus.
Vous avez sans doute réparti ces livres entre les implantations pour que le plus grand nombre puisse les consulter, comme je l’ai dit lorsque je me trouvais à Paris(4). Je serai heureux de savoir si vous avez élargi, à l’extérieur, le cercle de ceux qui étudient ces livres.
L’extérieur s’entend ici dans les dimensions de l’espace(5), du temps(6) et de l’homme(7), auxquelles seule la diffusion permet d’apporter l’élévation(8).
On peut s’interroger si l’on consulte le Tana Dveï Elyahou Rabba, au début du chapitre 21, qui commente le verset (Yermyahou 5): «Ils erraient à l’extérieur de Jérusalem». Il dit, en effet: «L’extérieur fait allusion à la synagogue et à la maison d’étude». Ce terme doit, sans doute, être systématiquement interprété en fonction de son contexte. En tout état de cause, ce n’est pas ici le lieu de cette discussion.
Vous trouverez, ci joint, la réponse pour madame Golenbovitch qui, dans sa lettre, m’a indiqué votre adresse. Vous voudrez bien m’excuser de vous mettre à contribution, de la sorte.
Je conclus en vous souhaitant tout le bien et en vous saluant,
Rav Mena’hem Schneerson
Vous trouverez, ci-joint, le fascicule édité pour le 19 Kislev.
Notes
(1) Le Rav Na’houm Chmaryahou Sasonkin, auparavant Rav de Batoum et qui se trouvait alors à Paris. Voir la lettre n°286. (2) Des ‘Hassidim ‘Habad, ayant quitté la Russie, qui s’étaient réfugiés à Paris. (3) Du précédent Rabbi. (4) Un an plus tôt, quand le Rabbi était venu à la rencontre de sa mère, qui quittait alors la Russie. (5) Etudier dans de nouveaux endroits. (6) Etudier à d’autres moments. (7) Etudier avec d’autres personnes. Le mot cité, dans le texte, par le Rabbi, est Achan, la fumée, constitué des initiales de Olam, l’espace, Chana, le temps et Nefech, l’âme. Cette fumée fait allusion à celle du sacrifice des encens effectué par le Grand Prêtre, perfection de l’âme, dans le Sanctuaire, perfection de l’espace, le Yom Kippour, perfection du temps. (8) Le Rabbi note, en bas de page: «Vous consulterez le traité Sotta 44a, selon lequel la préparation du travail, à l’extérieur, fait allusion à la Loi Orale, laquelle se révèle jusque dans ce monde matériel».
Lettre n°319
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°319, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
16 Tévet 5708,
Au grand Rav, ‘Hassid érudit qui craint Dieu,
le Rav Y.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je vous confirme, par la présente, avoir bien reçu votre lettre et ce qu’elle contenait. De même, j’ai reçu la copie de la lettre du Rabbi(2) à propos de l’usage de la Langue sacrée(3).
Je suis tout à fait convaincu que, très prochainement, vous vous acquitterez également de l’engagement pris à la fin du même courrier et que vous enverrez la fin de cette lettre, de même que tout autre document que vous pourriez trouver. Je vous en remercie d’avance.
Vous trouverez ci-joint le fascicule édité à l’occasion du 19 Kislev, cette année(4). Il me semble que le discours ‘hassidique du Rabbi(2) qu’il contient est inédit. Je suis l’auteur des notes qui figurent en bas de page
Je salue tous les membres de votre famille, bien que je ne les connaisse pas,
Rav Mena’hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(5),
Notes
(1) Le Rav Yaakov Landa, de Bneï Brak. Voir la lettre n°228. (2) Rachab. (3) Voir, à ce propos, la lettre n°235. (4) Voir les lettres n°313, 314, 315, 316 et 318. Ce fascicule contenait le discours ‘hassidique intitulé «et il rêva», que le précédent Rabbi rédigea en 5708, en se basant sur un texte prononcé par son père, le Rabbi Rachab, en 5655 (1895) et intitulé «pour comprendre la différence». C’est à ce dernier discours ‘hassidique que le Rabbi fait allusion, dans sa lettre au Rav Landa. (5) Du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.
Lettre n°320
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°320, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
16 Tévet 5708,
Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav D.Bravman(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à vos lettres, bien que certaines de ces réponses vous soient sûrement déjà parvenues par le Rav C.M.(2):
A) Le Rav B.G.(3) vous a sans doute déjà envoyé les instructions concernant l’introduction et l’impression du Choul’han Arou’h. Les voici. Il faudra y inscrire la mention: «troisième sanctuaire(4), seconde porte(5)» et supprimer les additifs du Tséma’h Tsédek.
Je lui ai transmis également une reproduction du manuscrit d’une réponse de l’Admour Hazaken à propos d’une question qui lui était posée sur le poumon(6). Vous le ferez imprimer dans le Choul’han Arou’h.
Il comptera trois volumes. Le papier et la reliure seront les meilleurs possibles. Je n’ai plus trace de l’introduction et vous voudrez bien m’en adresser une copie. La page de garde et l’introduction seront imprimés en dernier, bien qu’elles figurent au début du livre, car des modifications pourraient encore intervenir.
B) Tous les livres de l’Admour Haémtsahi portent la mention: «quatrième sanctuaire(7), première porte(8)». Ceci s’applique aussi à Chaareï Ora, Chaar Haémouna et Chaar Hay’houd(9). Bien évidemment, vous daterez l’avant propos d’Atéret Roch de 5707 et non de 5708.
C) Si vous avez perdu le dessin de la page de garde du Chaareï Ora, vous pourrez prendre celle d’Atéret Roch ou de Chaar Haémouna.
D) J’ai demandé au Rav B.G.(3) de vous envoyer les sommes nécessaires(10). Si vous connaissez un autre moyen de vous les faire parvenir, faites-le moi savoir et je m’arrangerai.
E) Quand les livres parviendront-ils ici? Le tome un du Sifrénou est épuisé, chez nous. Nous avons compté sur ce que vous deviez imprimer et nous n’avons toujours rien.
Nous venons de recevoir deux Tanya et un Chaareï Ora que le Rav B.G.(3) a apporté, en venant ici et rien d’autre! L’envoi doit être fait au plus vite, au moins pour cent tomes un du Sifrénou et cent Tanya.
F) Si vous pouvez vendre le Tanya dans votre région, au prix d’un demi mark, vous en réaliserez une nouvelle impression de mille exemplaires, avec toutes les corrections qui pourront être faites, comme vous l’avez écrit et vous vendrez alors les anciens dans votre région.
G) Prenez avec vous le Séfer Hamaamarim, le Séfer Hasi’hot et le Pokéa’h Ivrim qui sont déjà imprimés, selon ce que vous dites. Pour l’instant, vous n’en enverrez ici que dix exemplaires de chaque. Vous vendrez le reste dans votre région ou à Paris.
Le Séfer Hamaamarim et le Séfer Hasi’hot seront vendus soixante cents chacun et, à Paris, soixante quinze. Le Pokéa’h Ivrim coûtera quinze cents et, à Paris, vingt. Vous pourrez donner une commission aux vendeurs ou à ceux qui en achètent un grand nombre, jusqu’à 30%.
H) J’ai entendu que quelques autres Si’hot ont été éditées et vendues avec un bénéfice. Vous voudrez bien nous en envoyer quatre ou cinq exemplaires pour notre bibliothèque. Peut-être ceux qui se sont occupés de cela pourront-ils vendre et diffuser ce qui vient d’être imprimé. Vous prendrez donc contact avec eux, car ils semblent avoir des connaissances en la matière. Je m’en remets à votre décision.
I) Il me semble vous avoir déjà demandé, par écrit, d’imprimer également le Torah Or, le Likouteï Torah et les décisions hala’hiques du Tséma’h Tsédek, de même que le Chaar Haémouna et la Chaar Hay’houd. Vous en réaliserez cinq cents exemplaires. Dites-moi si vous en possédez un exemplaire et, le cas échéant, de quelle édition. Si cela est possible, faites établir un devis pour chacun de ces livres.
J) La fascicule du Tanya(11) n’a pas encore été édité, du fait de mes nombreuses occupations. Je vous enverrai un exemplaire de toutes les autres publications, comme vous me l’avez demandé. Vous m’indiquerez au bout de combien de temps vous les avez reçues. Vous me confirmerez également avoir reçu la lettre ci-jointe
J’attends une réponse détaillée sur tous ces points et je vous souhaite tout le bien,
M. Schneerson,
Directeur du comité exécutif,
Notes
(1) Le Rav David Bravman. Voir la lettre n°279. (2) Le Rav Chalom Mendel Kalmenson. (3) Le Rav Binyamin Gorodetski, responsable du bureau européen d’aide aux réfugiés. (4) Puisqu’il s’agit du troisième Rabbi, après le Baal Chem Tov et le Maguid de Mézéritch. (5) La première étant le Tanya. (6) D’un animal, lors de la Che’hita. (7) C’est le quatrième Rabbi. (8) Celle des discours ‘hassidiques. (9) Paru sous le nom de Ner Mitsva Vetorah Or. (10) Pour les frais d’impression. (11) Notes et résumés sur le Tanya. Ce fascicule fut édité à la fin de 5708. Voir, à ce propos, la lettre n°219.
Lettre n°321
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°321, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
16 Tévet 5708,
Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav N.Nemanov(1),
Je vous salue et vous bénis,
Le Rav ‘Haïm N. Denburg m’a transmis un montant de deux cents que vous lui avez donné, m’a-t-il dit, pour votre tante, madame Henya Denburg. Vous voudrez bien me dire ce qu’il faut en faire.
Peut-être savez-vous si quelqu’un possède les textes des causeries du Rabbi(2), qui ne figurent pas dans le Torat Chalom, de même que des références, des récits et des notes sur le Tanya, émanant de ‘Hassidim des précédentes générations, en particulier du Rav Y.Kadoner(3) ou du Rav C.Gronam(4)?
Vous trouverez ci-joint le fascicule édité pour le 19 Kislev.
En vous souhaitant tout le bien et en vous saluant,
M. Schneerson,
Notes
(1) Le Rav Nissan Nemanov. Voir les lettres n°291, 338, 353 et 377. (2) Rachab. (3) Le Rav Yaakov Kadoner, auteur du Beth Rabbi. (4) Le Rav Chmouel Gronam Osterman, premier guide spirituel de la Yechiva, à Loubavitch.
Lettre n°322
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°322, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
22 Tévet 5708,
Très cher monsieur D. L. Mekler(1),
Je vous salue et vous bénis,
On m’a dit que vous étiez déjà de retour de votre voyage en Europe. J’espère qu’il vous a satisfait en tout point.
J’ai le plaisir de vous adresser un exemplaire des mémoires de mon beau-père, le Rabbi Chlita. Nous vous en adresserons d’autres exemplaires, si vous le désirez.
Je dirai quelques mots sur la signification de ces mémoires.
Chaque détail de la Torah a une immense importance. L’ordre dans lequel elle est énoncée a également beaucoup à nous apprendre.
Torah est de la même étymologie que Horaa, enseignement. Elle n’est nullement un recueil d’histoires, mais, bien au contraire, un ouvrage délivrant une leçon. Elle présente d’abord le livre de Béréchit, puis celui de Chemot, de Vaykra, mais ne le fait pas uniquement en fonction des événements chronologiques dont elle fait état, car un tel critère suffit pour un manuel d’histoire, mais non pour un guide de l’existence.
Son classement est donc également, et surtout, la règle qui établit ce que doit être la vie d’un individu, d’une communauté, d’un peuple.
Le début de cet enseignement n’est pas l’énoncé des Injonctions et des Interdits, mais le récit et l’exposé de l’exemple que donnèrent quelques personnes, ou même des générations entières, des parents, des proches ou des personnes ordinaires, ayant adopté le mode de vie qui convient.
Ceux-là ont, pour ainsi dire, frayé le chemin, fait clairement la preuve de ce que doit être une vie véritable, de la manière de surmonter les différents obstacles auxquels ils ont pu être confrontés, établi sans ambiguïté quel est le droit chemin de la vie.
C’est ensuite seulement que sont énoncés les Préceptes, Injonctions et Interdits, qui sont la conclusion, pratiquement évidente, des récits de la vie, rapportés auparavant.
Telle est la signification des mémoires.
Celles-ci n’ont pas pour but essentiel, aussi important que cela puisse être par ailleurs, de raconter la biographie de telle ou de telle autre personne, afin que nous sachions ce qu’était la vie à l’époque(2) ou qui étaient ces personnages.
Leur finalité première est de nous donner un exemple, de ce que vécurent un Juif, un Rav, un érudit, un commerçant, un artisan, un colporteur, qui étaient, chacun à sa manière, de grands Juifs.
Ainsi, nous pouvons déterminer ce qu’est, à notre époque, le droit chemin, alléger les difficultés auxquelles on est confronté quand on le suit.
Je conclus en vous remerciant chaleureusement, encore une fois, pour votre précieuse contribution à cette importante réalisation.
Avec mes respects et mon salut,
Rav Mena’hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif,
Notes
(1) David Leïb Mekler est le rédacteur des mémoires du Rabbi précédent. (2) Les mémoires du précédent Rabbi ne sont pas autobiographiques, mais plutôt une collection de récits sur l’époque de la formation de la ‘Hassidout ou celle qui la précéda.
Lettre n°323
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°323, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Jour de la Hilloula de
l’Admour Hazaken(1) 5708,
Au grand Rav, ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav E.Karasik(2),
Je vous salue et vous bénis,
J’ai bien reçu votre lettre et vous pouvez comprendre qu’en une période comme celle-ci(3), il serait bon que vos courriers soient plus fréquents et annoncent que vous allez bien, de même que votre beau-frère et les membres de votre famille, afin que nous le sachions également.
Je suis surpris que, pendant toute cette période, ni vous ni votre beau-frère, le Rav M.G.(4), ne nous ayez fait connaître votre décision de faire éditer les livres de nos maîtres(5). Peut-être la situation(3) a-t-elle fait qu’il en soit ainsi et sans doute le moment est-il venu que vous vous occupiez de cela.
Les livres que vous avez commandés vous ont été envoyés et vous confirmerez sûrement, dès réception, qu’ils vous sont bien parvenus.
Pour l’heure, la conclusion de la Torah(6) n’a pas encore été faite.
Vous trouverez ci-joint un fascicule de mon beau-père, le Rabbi Chlita et vous le mettrez sans doute à la disposition du plus grand nombre.
Je conclurai par un point d’actualité.
Nos Sages disent, au traité Meguila 13a, que «Tévet est un mois pendant lequel le contact physique est appréciable(7)». Or, on sait qu’Esther symbolise l’ensemble des âmes juives et le Midrach ajoute que A’hachvéroch fait allusion au Saint béni soit-Il.
On peut proposer une explication basée sur ce qui vient d’être dit. Nos Sages parlent de «corps de la Torah» pour en désigner un grand principe, une règle fondamentale. Le début du Likouteï Torah expose également cette idée. On peut en conclure que l’Essence de Dieu «apprécie le contact», si l’on peut s’exprimer ainsi, du corps, c'est-à-dire de l’essence de l’âme juive. Or, ce contact est réalisé par le corps physique, au sens le plus littéral.
Il faut donc servir Dieu par son corps(8) et avec son corps(9). Dans le monde futur, nous verrons, nous-mêmes, comment l’âme tire de lui
sa vitalité.
Commentant le verset «lorsque tu verras l’âne de ton ennemi ployer sous son fardeau», le Baal Chem Tov révéla une explication, qui est mentionnée dans le Hayom Yom, à la page 23 et qui montre également la nécessité «d’apprécier le contact».
L’Admour Hazaken s’employa, de toutes ses forces, à vivifier toute chose, selon la réponse du Tséma’h Tsédek, également rapportée par le Hayom Yom du 24 Tévet(10). Il transforma, en particulier, la partie «morte» du corps, l’intellect, par nature froid et flegmatique, pour qu’il perçoive la Divinité, comme le dit le Kountrass Torat Ha’hassidout(11).
Du reste, commentant le traité Meguila précédemment cité, Rachi dit: «A cause du froid»(12).
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Notes
(1) 24 Tévet. (2) Le Rav Eliézer Karasik, de Tel Aviv. Voir les lettres n°129 et 141*. (3) Lors de la guerre d’indépendance en Erets Israël. (4) Le Rav Moché Gour Aryé, de Tel Aviv. Voir la lettre n°218. (5) Voir, à ce propos, la lettre n°261. (6) Du Séfer Torah écrit pour aller à la rencontre de notre juste Machia’h. Voir, à ce propos, la lettre n°29. (7) Ce qui permit à Esther de s’unir à A’hachvéroch, union de laquelle découla le salut de tout Israël, qui fut obtenu par son intervention. (8) Par des actions concrètes. (9) Sans s’imposer des mortifications. (10) Date de cette lettre. (11) Du précédent Rabbi. (12) C’est pour cette raison que «le contact physique est appréciable». Cette affirmation est donc liée également à l’intellect, froid par nature.
Lettre n°324
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°324, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Hilloula de l’Admour Hazaken(1),
Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav I.(2),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre du lundi de la Parchat Vaye’hi:
A) Vous avez sûrement reçu mon précédent courrier. Vous me le confirmerez. Nous vous enverrons les publications, comme vous l’avez demandé, avec le Sidour, par l’intermédiaire du Rav C.Zalmanov(3).
B) Une correspondance nous a appris aujourd’hui que ceux qui sont en Pologne ont obtenu des visas(4). Ils espèrent que les malades se trouvant parmi eux seront guéris(5) dès la semaine prochaine.
C) Vous prenez sans doute part aux activités du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et de Ma’hané Israël. Je serai heureux, la prochaine fois que je parlerai de vous à mon beau-père, le Rabbi, de pouvoir lui citer quelques unes de vos actions.
Vous consulterez le Sidour, à la porte de Lag Baomer, selon lequel un Juste, au jour de sa Hilloula, s’élève vers le stade le plus élevé qu’il ait jamais connu. Il apporte alors l’élévation à tous les accomplissements de son existence. Le Tanya précise qu’il est alors plus aisé, pour ses disciples, de recevoir leur part(6). Le Sidour ajoute que celle-ci peut dépasser très largement la nature de ces élèves.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Notes
(1) 24 Tévet. (2) Le Rav Its’hak Goldin. Voir la lettre n°292. (3) Le Rav Chmouel Zalmanov. (4) Quelques familles de ‘Hassidim, venant de Russie, étaient réfugiées en Pologne et venaient d’obtenir des visas pour se rendre à Prague, puis à Paris. (5) C'est-à-dire que les prisonniers seront libérés. Voir, à ce propos, les lettres n°272 et 299. (6) De cette élévation.
Lettre n°325
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°325, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
28 Tévet 5708,
Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav M.M.(1), le Cho’het,
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse aux questions que vous me posez dans votre lettre:
A) Le Midrach Chemot Rabba dit: «Sur le linteau et les deux montants de la porte(2): Le linteau fait allusion à Avraham. Car, ce dernier est le plus grand des convertis et le plus grand des Patriarches. De même, le linteau est la pièce la plus haute de la porte. Les deux montants sont le mérite d’Its’hak et de Yaakov.»
Vous faites remarquer que ceci va à l’encontre de l’affirmation courante, selon laquelle Avraham correspond au côté droit(3), Its’hak au côté gauche(4) et Yaakov au domaine du milieu, qui les relie(5).
Je reproduirai ici ce que dit le Tséma’h Tsédek, dans un discours ‘hassidique intitulé «Mezouza à droite» et vous pourrez en déduire la réponse à votre question. Il explique: «Le Midrach Rabba dit que le linteau illustre le mérite d’Avraham et les deux montants, ceux d’Its’hak et de Yaakov(...).
Pourquoi n’avoir pas dit que les deux montants sont Avraham et Its’hak, alors que le linteau correspond à Yaakov, à l’attribut de la splendeur, celui de l’étude de la Torah? On sait que Avraham, lié à Kéter, la couronne qui
domine l’enchaînement des mondes, fut qualifié de «grand parmi les géants». Il est le grand-père de Yaakov, dont Its’hak est le père(6), lié à la découverte intellectuelle.»
Un autre texte indique également que Its’hak est le père, qualificatif qui évoque l’Attribut de découverte intellectuelle. Its’hak est, d’ordinaire, lié à l’Attribut de sévérité, mais, par rapport à Kéter, on peut considérer que la découverte intellectuelle et la sévérité s’équivalent.
C’est donc pour cette raison que Avraham correspond au linteau, qui évoque la couronne, Kéter, alors que Its’hak et Yaakov, symbolisent la découverte intellectuelle et les sentiments, sont les deux montants.
Il en résulte que deux présentations peuvent être faites des Patriarches et de ce à quoi ils font allusion, c'est-à-dire le linteau et les deux montants: 1. Dans le sens de la longueur: La succession des générations peut être représentée de cette manière, le linteau, partie la plus élevée, dépassant les montants, puisque Avraham précéda Its’hak et Yaakov. En ce sens, le montant de droite, qui correspond à Its’hak, intervient, dans le temps, avant celui de gauche. 2. Dans le sens de la largeur: On envisage alors trois lignes et Yaakov est, en pareil cas, représenté par le linteau(...).
B) Vous me demandez à quoi correspondent, dans la dimension spirituelle, les douze diagonales reliant entre eux les Attributs de l’émotion.
Vous ne précisez pas ce que vous entendez par dimension spirituelle. Sans doute, votre question porte-t-elle sur ce que devient cette relation lorsque la manifestation de Dieu dans le monde émane uniquement de la bonté ou de la sévérité.
On peut donner, à ce propos, l’explication suivante. On sait que les six millénaires de l’existence du monde correspondent aux six jours de la création, chacun d’entre eux étant lié à un Attribut spécifique. Ainsi, le premier jour était celui de la Bonté et, lors du premier millénaire, les créatures étaient effectivement nourries par la bonté du Saint béni soit-Il(7), malgré leur mauvais comportement. Lors du second millénaire, qui correspond à l’Attribut de Rigueur, il y eut le déluge, qui fut une destruction totale.
Le troisième millénaire, celui de l’Attribut de Splendeur, vit la sortie d’Egypte et le Don de la Torah, qui est une «Lumière triple»(8). Le quatrième millénaire révéla l’Attribut de la Victoire, dérivé de celui de la Bonté. C’est alors qu’apparurent les deux Temples, malgré l’opposition à leur construction, ainsi qu’il est dit «pour Ma colère et Mon emportement»
Le cinquième millénaire, celui de la gloire, appartenant au domaine de la rigueur, fut malheureusement celui des souffrances et des persécutions, qui ne sont néanmoins pas comparables au déluge et pour lesquelles nous dirons(9): «Je Te loue, Eternel, car Tu m’as réprimandé». Durant le sixième millénaire, se dévoile l’Attribut du Fondement, celui de l’attachement, perfection de toutes les émotions. C’est au cours de celui-ci qu’interviendra la délivrance et, si ce n’était nos fautes, nous l’aurions déjà obtenue, comme le soulignent nos Sages, au traité Sanhédrin 97b.
Ce qui vient d’être décrit résulte de l’effet spécifique de chaque Attribut, considéré de manière indépendante. Néanmoins, les diagonales reliant ces Attributs permettent à chacun de recevoir l’influence de celui qui est antagoniste. L’action concrète prend alors en compte tous ces Attributs à la fois.
Le Tséma’h Tsédek, dans son Séfer Hamitsvot, explique ce que sont ces Attributs, dans leur dimension morale. Le Or Hatorah le fait aussi, d’une manière plus large et plus détaillée.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Je suis surpris que vous m’écriviez à une adresse différente. Si vous souhaitez que vos lettres me parviennent en leur temps, vous voudrez bien les adresser au Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h ou aux éditions Kehot.
Vous avez sans doute eu connaissance des différents livres de ‘Hassidout, dernièrement parus aux éditions Kehot.
Notes
(1) Le Rav Mena’hem Mendel Margolis. Voir la lettre n°177. (2) C’est là que devait être placé, en Egypte, le sang du sacrifice de Pessa’h, dans la demeure des enfants d’Israël. (3) Celui de la bonté, soit l’un des montants. (4) Celui de la sévérité, l’autre montant. (5) C'est-à-dire, le linteau. (6) En ce sens, le linteau est bien le «produit» des deux montants. (7) Sans contrepartie, puisque la Torah n’avait pas encore été donnée. (8) Torah, Prophètes et Ecrits saints. (9) Lorsque le Machia’h viendra.
Lettre n°326
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°326, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
2 Chevat 5708,
Au distingué et érudit ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav M.Hacohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
J’ai bien reçu vos lettres du 5 Mar’Hechvan et du 8 Tévet. Je vous remercie pour le compte rendu de la situation de votre pays, dans le domaine de l’éducation. J’espère que vous continuerez à donner de telles nouvelles, à l’avenir.
Très prochainement, vous recevrez la visite de nos émissaires, les Rabbanim Pozner et Baumgarten(2), qui vous transmettront le salut de mon beau-père, le Rabbi Chlita, vous raconteront ce qui se passe ici et vous décriront, en particulier, l’activité du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h et de ses différents départements.
Nous espérons que vous serez satisfaits de cette visite, que les émissaires seront contents de vous voir et que vous-mêmes serez satisfaits de les rencontrer. Si aucun obstacle ne se fait jour, ils vous apporteront également nos publications, que vous demandez dans votre lettre. Une série du Tséma’h Tsédek vous a déjà été postée et vous trouverez, ci-joint, le fascicule du 19 Kislev et la copie d’une lettre(3) de mon beau-père, le Rabbi, à propos de ces publications. Vous voudrez bien me confirmer avoir reçu tout cela.
Peut-être possédez-vous, ou connaissez-vous quelqu’un qui possède, des commentaires du Tanya rédigés par les ‘Hassidim des anciennes générations, des causeries du Rabbi(4) qui ne figurent pas dans le Torat Chalom, des notes sur les discours prononcés entre 5681(5) et 5687(6)? Si c’est le cas, vous voudrez bien me le faire savoir, car je suis, depuis longtemps, à la recherche de ces textes. J’espère que mon beau-père, le Rabbi Chlita, me permettra de les éditer, après relecture. Ainsi, vous conférerez un mérite au plus grand nombre et je vous remercie d’avance pour tout ce que vous ferez, dans ce domaine.
Je conclus en vous souhaitant tout le bien,
M. Schneerson,
Directeur du comité exécutif,
Je citerai une idée de ‘Hassidout. Le discours ‘hassidique que vous trouverez ci-joint parle des bons sentiments que les Juifs possèdent de manière naturelle, que ceux-ci émanent de l’âme divine ou de l’âme animale. On m’a, depuis longtemps, rapporté les questions qui ont été posées, à ce propos.
Voici donc quel est mon sentiment. Le Tanya nous enseigne que les Juifs possèdent des qualités par la nature même de leur âme animale, c'est-à-dire sans aucun effort de leur part. Il précise, en outre, que, toujours de manière naturelle, la bonté l’emporte sur la rigueur. Néanmoins, l’une et l’autre sont présentes et, bien entendu, nécessaires.
Le traité Yebamot 79a cite les trois qualités des Juifs, bons, humbles et miséricordieux. Le Tanya cite seulement la première et la troisième. En effet, l’humilité émane de la crainte et non de la bonté. Toutefois, nos Sages précisent, au traité Beïtsa 25b que cette humilité n’est pas comparable aux deux autres caractères puisqu’elle fut acquise uniquement lors du don de la Torah(7). On peut en déduire la précision d’une omission figurant dans le Tanya.
Notes
(1) Le Rav ‘Haïm Morde’haï Perlov. Voir la lettre n°303. (2) Qui firent le tour de l’Europe et visitèrent, en particulier, les camps de réfugiés, en Allemagne et en Autriche. Voir, à ce propos, les lettres n°329, 338, 359, 363 et 365. (3) Datée du 14 Kislev 5708. (4) Rachab. (5) 1920-1921, par le précédent Rabbi, juste après le décès de son père, le Rabbi Rachab. (6) 1927, après sa libération des prisons soviétiques. (7) Elle n’est donc pas aussi «naturelle» que les autres.
Lettre n°327
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°327, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Nouvel an des arbres(1) 5708,
Au distingué grand Rav, érudit qui commente et
discute la Torah, pilier sur lequel elle repose,
responsable communautaire plein d’empressement,
recherchant le bien de son peuple(2), le Rav E.Silver(3),
Je vous salue et vous bénis,
Vous connaissez sans doute, au moins dans ses généralités, l’oeuvre du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, fondé et présidé par mon beau-père, le Rabbi Chlita, avec ses différents secteurs d’activités. Je suis donc certain qu’il est inutile de vous décrire l’importance de ses accomplissements. Je présume que vous en connaissez la juste valeur et que vous ne manquerez donc pas d’y apporter une aide efficace.
Il y a quelques temps, notre ami, le grand Rav et ‘Hassid, Rav Chlomo Aharon Kazarnowski a rendu visite, à Cincinnati, à l’un des anciens donateurs du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, qui, se trouvant à New York, il y a deux ans, s’est intéressé à ce que nous faisons.
Se trouvant à Cincinnati, le Rav Kazarnowski a constaté, parmi vos connaissances, un désir de venir en aide au Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, dont l’activité courante est remise en cause par le manque de moyens, s’ajoutant à ses nombreuses dettes. Ainsi, est menacée la pérennité de cette institution si importante, dans le domaine de l’éducation. Bien évidemment, il est, en conséquence, impossible de la développer comme il aurait fallu le faire.
Certes, avant d’intervenir, dans ce domaine, il(4) aurait dû vous consulter et recueillir votre avis. Il se trouve que vous n’étiez alors pas chez vous. Or, il a craint de voir disparaître l’enthousiasme(5), car ce qui est repoussé, l’est souvent définitivement. Il s’est donc aussitôt employé à constituer un groupe de sympathisants et de personnes désireuses de venir en aide au Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, en général et à son activité d’édition, en particulier.
Ce qu’il a accompli n’est qu’une entrée en matière, comparable aux semailles. Avant de demander à notre ami, le Rav Kazarnowski de poursuivre la grande Mitsva qu’il a commencée, nous nous adressons à vous, en vous demandant, en réitérant notre demande une seconde et même une troisième fois, de bien vouloir nous donner votre avis, en la matière. Quand faut-il agir et de quelle manière le faire?
Nous vous demandons également de bien vouloir nous accorder votre aide, grâce à l’influence considérable que vous exercez, afin de multiplier les donateurs soutenant l’action du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, permettant ainsi le salut moral de milliers d’enfants juifs.
Bien évidemment, aucun doute ne peut être soulevé à propos de ce qui est connu de tous, en l’occurrence, le fait que le Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h est un organisme non affilié, qui n’est lié à aucune Yechiva.
Je conclurai en évoquant ce qui est d’actualité. Le 15 Chevat est le nouvel an des arbres. Selon le Rambam, cette date est introduite par la Torah, ce qui n’est pas l’avis de Rachi. Certes, on peut déduire d’un verset uniquement que cette date suit le Roch Hachana des années(6).
Néanmoins, il est deux manières de fixer cette date. On peut considérer qu’elle fut transmise à Moché, sur le mont Sinaï. Tel est l’avis de la majeure partie des Décisionnaires. Mais, l’on peut dire également que la Torah a chargé les Sages de fixer un nouvel an des arbres et qu’à la suite de leur décision, cette date prend valeur, comme si elle avait été énoncée par la Torah.
Selon plusieurs avis, on en retrouve l’équivalent à propos de l’activité commerciale avec des objets interdits, de la mortification nécessaire à Yom Kippour, du travail pendant ‘Hol Hamoéd, de l’interdiction de se conformer à des règles spécifiques aux autres nations et des animaux premiers-nés.
Le choix d’une de ces deux définitions n’est pas neutre. Si l’on opte pour la seconde, cela a pour conséquence qu’un tribunal, plus important que celui qui a fixé cette date, pourrait la modifier et demander que l’on célèbre le nouvel an des arbres à un autre moment.
La Michna définit quatre Roch Hachana et les présente comme équivalents, ce qui semble accréditer la première définition. A l’opposé, la Guemara discute la date du nouvel an des arbres sur la base de la logique, envisageant ce qui se passe pendant la plupart des années(7), selon une formulation explicative et non en recherchant seulement un indice dans la pratique courante. Ceci conduit à pencher pour la seconde définition.
Dans ce dernier cas, la Torah aurait demandé aux Sages de fixer le nouvel an des arbres à la date du bourgeonnement de la nouvelle récolte, car la nature du monde se met en conformité avec la Torah(8), comme l’expliquent nos Sages dans le Yerouchalmi. Je tenais simplement à vous souligner tout cela.
On pourrait développer l’implication de tout cela, car «l’homme est tel l’arbre du verger» et, bien souvent, il n’est guère plus que cela. Les Sages, par la force de la Torah, peuvent donc fixer la date à laquelle les arbres produiront des fruits, qui font allusion aux Mitsvot. Ils peuvent faire qu’il en soit effectivement ainsi, que commence alors une année nouvelle, qui permettra à l’homme de renouveler ses actions, pourvu que cela se passe après le Roch Hachana des hommes, puisque c’est bien d’eux qu’il s’agit.
Je vous exprime mes respects et vous souhaite tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(9),
Notes
(1) 15 Chevat. (2) Selon l’expression que la Meguila emploie à propos de Morde’haï. (3) Le Rav Eliézer Silver, Rav de Cincinnati. (4) Le Rav Kazarnowski. (5) Des donateurs. (6) Le 1er Tichri. (7) C'est-à-dire adoptant la technique de l’observation. (8) Le Rabbi note, en bas de page: «Vous consulterez, à ce propos, le Sifteï Cohen sur Yoré Déa, chapitre 189, paragraphe 3 et les responsa ‘Hatam Sofer Even Haézer 6». (9) Du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h.
Lettre n°328
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°328, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
16 Chevat 5708,
Au distingué grand Rav, ‘Hassid érudit qui craint Dieu,
le Rav A.E. Axelrod(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre.
Le chapitre 20 du Tanya dit que les mots prennent naissance au début de la pensée, lorsque l’homme se demande de quelle manière satisfaire son désir. On retrouve la même affirmation au chapitre 132 du Boné Yerouchalaïm.
Vous faites remarquer que la révélation émanant du cerveau et sa compréhension doivent nécessairement s’exprimer également sous forme de mots(2). Il en résulte que les mots existent bien avant la pensée.
Mais, en fait, le Tanya explique, dans ces chapitres, que la création du monde n’a nullement remis en cause l’unité de Dieu. De façon générale, il est deux catégories de mondes, le monde caché et le monde révélé, comme l’expliquent différents textes et, en premier lieu, le chapitre 11 de Chaar Hay’houd Vehaémouna.
Le Tanya souligne donc que, dans les sphères célestes, les mots constituant les pensées et les paroles, restent, après avoir été constitués, en union totale avec leur source, précédant leur existence.
En effet, les mondes, avant de prendre forme, sont effectivement partie intégrante de leur source première, dans laquelle Dieu fixa, potentiellement, ce que serait chacun d’entre eux. A ce stade, ils n’ont pas encore d’existence effective et l’on peut en déduire ce que sont ces mots. A un niveau dépassant la pensée, ils n’existent pas réellement. Seul l’intellect pur ou l’émotion pure(3) sont alors perçus, mais non les mots. Celui qui médite à un concept éprouvera de l’amour, sans l’exprimer par des mots, comme l’expliquent le Likouteï Torah et le Biyoureï Hazohar.
On peut donc décrire ce processus de la manière suivante. En se liant intellectuellement à la perception divine, par exemple, on éveille en soi un désir de connaître. Alors, la force de l’intellect puise dans le potentiel de compréhension pour permettre une perception effective. Ensuite, on s’attache profondément au concept, ce qui a pour effet d’en approfondir la compréhension.
On donne ainsi naissance à l’amour et à la crainte de Dieu. Et l’on se demande de quelle manière assouvir la soif que l’on éprouve pour Lui, en mettant en pratique la Torah et les Mitsvot, par ses pensées, ses paroles et ses actions. Dès lors, l’apparition des mots devient une nécessité, comme le disent les discours ‘hassidiques.
Bien évidemment, on peut se passer de certaines étapes du processus qui vient d’être décrit. Ainsi, le Sidour du Ari Zal dit de celui qui, soudain, éclate en sanglots pendant les dix jours de Techouva, qu’il est jugé à cet instant précis, bien que, par les forces révélées de sa personnalité, il ne peut nullement en avoir connaissance. Il peut ainsi être conduit à lire des Tehilim ou bien à être saisi par un désir de Techouva, de confesser ses fautes. Pour cela, il fera usage de mots qui seront les révélateurs de l’essence de son âme, sans intermédiaire.
Néanmoins, une telle situation reste exceptionnelle. Bien plus, on peut même considérer qu’en pareil cas, toutes les étapes sont bien franchies, certaines restant, néanmoins, cachées. Ainsi le chapitre 8 de Chaar Hay’houd Vehaémouna dit que «un sentiment est systématiquement présent dans chaque pensée».
Ceci ne contredit pas du tout le fait que, pendant Roch ‘Hodech, l’attribut de Royauté reçoit directement des forces de l’intellect, sans passer par celles du sentiment. On peut le comparer aux mots servant à transmettre une idée. En effet, même en pareil cas, il faut éprouver de l’amour pour l’activité intellectuelle ou la crainte de mal interpréter l’objet de son étude(4). Vous consulterez, à ce propos, le Or Hatorah et le Sidour, qui définissent les «sentiments de l’intellect», lesquels sont à l’origine des mots de la pensée.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Notes
(1) Le Rav Avraham Elyahou Axelrod. Voir la lettre n°225. (2) Dès lors, comment dire que ceux-ci prennent naissance dans le coeur, alors qu’ils existent déjà auparavant? (3) Transcendant les mots. (4) Il y a donc bien un passage par les attributs de l ’émotion, quoique sous une autre forme.
Lettre n°329
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°329, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
25 Chevat 5708,
Au ‘Hassid érudit, qui craint Dieu,
le Rav D.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre courrier du 2 Chevat. La lettre pour mon beau-père, le Rabbi Chlita, qui y était jointe lui a été transmise, car je ne veux pas endosser moi-même la responsabilité, dans de tels domaines.
A) Je vous demande encore une fois de réaliser l’impression et l’expédition des livres au plus vite.
B) Les envois peuvent aussi être faits à l’adresse de Ma’hané Israël ou des éditions Kehot. Pour l’instant, nous avons reçu seulement cinq colis de Tanya, dont certains avaient des pages blanches ou manquantes.
C) Vous reproduirez l’édition du Torah Or imprimée à Vilna, en 5659(2), celle du Likouteï Torah, imprimée à Vilna en 5664(3), que vous possédez, d’après ce que vous écrivez. Vous vérifierez que les additifs se trouvent bien à la fin du Torah Or, de même que le tableau des corrections, à la fin du Likouteï Torah.
Je vous enverrai le texte des pages de garde et des avants propos, lorsque vous me confirmerez le commencement de l’impression.
Il en est de même pour les Pisskeï Dinim. A la fin de ceux-ci, il doit y avoir les pages 69 et 70, puis sept pages de corrections et d’omissions. Vous vérifierez que c’est bien le cas, car on ne les retrouve pas dans toutes les éditions.
D) Conformément à votre proposition, vous pourrez adopter, dans vos régions, les prix suivants. Pour le Tanya, le Sefer Hamaamarim et le Séfer Hasi’hot, de trente à trente cinq cents chacun. Pour le tome 4 du Sifrénou, entre vingt cinq et trente cents. Pour le Pokéa’h Ivrim, les tomes 1 et 2 du Sifrénou, de dix à quinze cents chacun.
E) Si vous trouvez un Tehilim en format de poche, vous en ferez imprimer deux milles exemplaires. Vous me ferez savoir de quelle édition vous disposez et je vous dirai alors s’il faut prévoir des modifications.
En tout état de cause, il faudra mentionner, au début du livre, la nécessité de lire les Tehilim en public(4), comme c’est le cas dans le Sidour Torah Or ou à la fin du Moré Chyour(5).
F) J’ai demandé au Rav B.G.(6) de faire diligence, comme vous le vouliez. Mais, l’on me pose la question suivante. L’impression a commencé il y a six mois et où sont les livres?
Du reste, d’autres ont ici reçu des livres imprimés dans votre ville, bien que leur projet d’impression ait été introduit après que vous ayez vous même été chargé du nôtre. De même, certains, ici, ont reçu des Tanya et les vendent.
Un courrier nous a appris que le Joint(7) a donné une somme pour l’impression du Pokéa’h Ivrim et je ne sais que répondre. Pouvez-vous m’informer de tout cela au plus vite, afin que je sois en mesure d’apporter une réponse à ceux qui m’interrogent?
G) Vous enverrez cinquante exemplaires du tome 1 du Sifrénou à l’adresse suivante: Escuelu Beth Jacob Montviduo 2317 Constitucion Uruguay. Vous me direz à quelle date l’envoi a été fait.
H) J’ai entendu dire que quelques Likouteï Dibourim et causeries du Rabbi ont été imprimées dans votre ville. Vous voudrez bien nous en envoyer quelques exemplaires de chaque, pour notre bibliothèque.
I) Nos émissaires, les jeunes gens Pozner et Baumgarten, vont sans doute vous rendre visite(8). Il serait bon que vous vous concertiez. Peut-être pourront-ils eux-mêmes se charger d’envoyer ici les livres qui sont déjà prêts.
J) Si vous pensez voyager(9), comment vous arrangerez-vous pour que l’impression soit réalisée dans de bonnes conditions? Outre les moyens et les efforts investis dans cette activité, cela ferait scandale, après toute la diffusion qui a été faite autour de cette activité et causerait beaucoup de peine à mon beau-père, le Rabbi Chlita, ce qu’à Dieu ne plaise.
J’attends votre réponse rapide et je vous souhaite tout le bien,
M. Schneerson,
Directeur du comité exécutif,
Vous trouverez ci-joint une lettre pour le Rav C.Z. Kalmenson(10), que vous voudrez bien lui remettre.
Vous me confirmerez également avoir reçu la présente lettre.
Notes
(1) Le Rav David Bravman, responsable des publications de Kehot en Europe. Voir la lettre n°279. (2) 1899. (3) 1904. (4) Instaurée par le Rabbi précédent. (5) Guide d’étude quotidienne du Tanya. (6) Le Rav Binyamin Gorodetski, directeur du bureau européen d’aide aux réfugiés. (7) Comité américain d’aide aux réfugiés. (8) Voir la lettre n°326. (9) En Erets Israël, pour s’y installer. (10) Le Rav Chnéor Zalman Kalmenson, père du Rav Chalom Mendel Kalmenson.
Lettre n°330
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°330, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
26 Chevat 5708,
Au distingué ‘Hassid qui craint Dieu, élève de la Yechiva,
le Rav Y.‘Hitrik(1),
Je vous salue et vous bénis,
J’ai bien reçu vos lettres et vous trouverez ci-joint une note détaillée, indiquant les conditions et les modalités de la diffusion. De la sorte, vous connaîtrez, à n’en pas douter, la réussite, comme dans tous les domaines d’action de mon beau-père, le Rabbi Chlita.
Je vous écrivais(2) qu’il faut «imbiber» son prochain de l’enseignement de la Torah et, à ce propos, vous concluez votre lettre en ces termes: «Que faire s’il s’enferme dans sa chambre? Comment le tirer de son isolement?». Citant son père, mon beau-père, le Rabbi Chlita, a écrit, à ce propos: «Lorsque l’on soulève une torche, les objets se rassemblent à la lumière, car la clarté attire».
Pourquoi parler ici d’objet? Parce que le terme qui les désigne, ‘Hafets, fait également allusion à la volonté profonde, à la différence de Ratson(3). Or, la volonté profonde de chaque Juif est de se lier à Dieu et à Sa Torah, Torah de Lumière(...).
Vous dites que l’huile peut ne pas éclairer l’homme lui-même, lorsqu’elle est trouble. Or, l’huile trouble imbibe également toute chose. Bien plus, elle éclaire, même si sa clarté n’est pas très lumineuse. Pour autant, il s’agit bien de lumière et non d’obscurité. En pareil cas, il y a bien une lumière qui est allumée, comme le montrent le Talmud, les Décisionnaires et la pratique concrète.
De façon générale, à quoi sert la mélancolie, si elle n’est d’aucune utilité pour la Torah, le service de Dieu et les bonnes actions? Bien plus, si elle en écarte, elle est un sentiment interdit.
Chacun, dans l’endroit où il se trouve, est l’émissaire de la divine Providence. S’il assume sa mission et agit concrètement, il est certain qu’il connaîtra la réussite et le bien, spirituel et matériel.
En vous souhaitant la réussite et tout le bien,
M. Schneerson,
Notes
(1) Le Rav Yehouda ‘Hitrik. Voir la lettre n°316. (2) Dans la lettre n°316. (3) Qui est une volonté extérieure.
Lettre n°331
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°331, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Second jour de Roch ‘Hodech
Adar Richon 5708,
Au ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav I.Altein(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre:
A) On a déjà écrit au Rav N.K.
B) Le second chapitre du Tanya dit que «la vitalité des ongles de l’enfant émane du cerveau». Il est bien clair qu’il s’agit du cerveau de l’enfant et non de celui du père, comme on peut le vérifier concrètement. Du reste, le Tanya poursuit: «La vitalité des différentes parties de l’âme des ignorants (qui sont les «ongles» du peuple juif) émane de celles des chefs de la génération (comparables au cerveau)».
Remarque: L’âme des ignorants, en s’attachant à celle des érudits, retrouve sa source première, la Présence divine. On pourrait en conclure que l’ongle du fils, en recevant la vitalité de son cerveau, est unifié à la goutte de semence issue du cerveau du père(2). De fait, on peut penser que c’est bien le cas, car la Guemara précise que le cerveau de l’enfant se forme bien à partir de cette goutte. Il ne subit donc aucune modification(3), de sorte que le cerveau du père se perpétue dans celui du fils. Puis, lorsque les ongles reçoivent leur vitalité du cerveau du fils, ils s’attachent, par son intermédiaire, à celui du père.
Mais, on peut également penser qu’il y a là une différence entre l’image donnée par le Tanya et le concept qu’elle doit illustrer. En effet, l’enfant acquiert une existence différente de celle de son père. Il n’est donc pas tenu de donner sa vie(4). En ce sens, il se distingue de l’âme(5), comme le souligne le Likouteï Torah.
C) A propos du troisième chapitre du Tanya, vous me demandez pourquoi l’on parle de force pour ‘Ho’hma, l’attribut de découverte intellectuelle, alors que l’on n’emploie pas ce terme pour Bina, l’attribut d’analyse raisonnée.
Le mot force a deux significations:
1. On parle, tout d’abord, des forces de l’âme qui en sont, en quelque sorte, les membres. Ainsi, le chapitre 51 du Tanya parle des 613 forces de l’âme. A ce stade, aucune différence ne peut être faite entre ‘Ho’hma, Bina et Daat et l’on peut parler de la force de chacun de ses attributs.
2. Une force est également un potentiel. Le potentiel se distingue de son application concrète par son caractère global et caché, ou encore par ce qu’il peut accomplir. On parle alors de force et, lorsque celle-ci n’est plus cachée, mais apparaît à l’évidence et s’introduit dans le détail, elle devient effective.
A ce dernier stade, il y a bien une différence entre ‘Ho’hma et Bina qui, de ce fait, sont appelés «le père et la mère», comme l’établissent divers textes, y compris dans le Tanya.
D) Vous me demandez quelle est la différence entre Tiféret, l’harmonie et Hod, la splendeur, ces deux Attributs étant liés à la beauté. De plus, quel lien établir entre la beauté de Hod et «les entrailles qui portent conseil»?
Dans la plupart des discours ‘hassidiques définissant Hod que j’ai pu voir, cet Attribut est lié à la soumission plus qu’à la splendeur, cette dernière notion n’étant introduite que quelques fois, en particulier dans le Tanya, qui cite les deux explications.
On peut en déduire ce qu’est la différence entre Tiféret d’une part, la beauté qui est perceptible intellectuellement et résulte de l’harmonie entre les couleurs et les sentiments, Hod, d’autre part, la beauté qui est perçue comme telle, sans pouvoir réellement être définie, car elle dépasse l’entendement.
Pour l’heure, je n’ai pas vu que l’on présente Hod comme l’harmonie et la beauté. En effet, il ne peut y avoir de beauté véritable qu’en présence de couleurs harmonieuses, comme l’expliquent le Tanya et le Bad Kodech.
De fait, il est beau qu’un concept particulièrement profond se révèle à celui qui le perçoit, car, même si ce dernier ne le comprend pas parfaitement, il peut cependant mesurer la profondeur de celui qui le transmet, dès lors que la compréhension du concept n’est pas déterminante, pour y parvenir.
Néanmoins, la profondeur du concept ne permet d’en révéler que la dimension la plus superficielle. La beauté consiste alors à le rendre accessible également à celui qui a la perception la plus limitée. C’est alors que «les entrailles portent conseil», même si la compréhension effective de Tiféret manque.
Parfois, l’homme qui reçoit un concept en est si éloigné que celui-ci n’éveille pas même la soumission en lui. Il a alors uniquement conscience qu’il devrait se soumettre. Ce niveau s’appelle «Hod de Hod». Une image permettra de le comprendre:
Un villageois ne sait pas qui est le roi. Lorsqu’il voit, néanmoins, que le chef de son village, dont il connaît la grandeur, se prosterne devant le prince, il décide de se soumettre à ce prince qui, par cet acte, devient pour lui un personnage merveilleux. Puis, lorsqu’il voit ce prince se prosterner, à son tour, devant le roi, le villageois prend conscience qu’il doit se soumettre à lui. C’est Hod de Hod.
Vous consulterez les discours ‘hassidiques de Lag Baomer, en particulier dans le Sidour, qui définissent également Hod de Hod et sur lesquels est basée l’explication qui vient d’être développée. Le commentaire des Tehilim du Tséma’h Tsédek dit aussi: «La quintessence de ‘Ho’hma permet de comprendre une notion intellectuelle, sans pour autant la révéler. Puis, Hod permet de la transmettre à son prochain. A l’opposé, Hod est occulté lorsque l’on n’enseigne pas, comme le soleil qui ne brillerait pas. En ce sens, Hod n’évoque pas uniquement la soumission, bien qu’il l’intègre également. Car, il désigne, avant tout, le reflet qui éclaire». Voici ce qu’il dit, concernant notre propos et tout ceci pourrait être développé.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
On peut donc introduire deux distinctions: 1. Perçoit-on ou non la beauté d’un concept intellectuel? 2. La beauté de Tiféret est intrinsèque et ce point me semble déterminant.
Hod implique une relation qui reste extérieure. Celui qui donne transmet une idée particulièrement profonde, dépassant celui qui la reçoit. Sa beauté est donc liée à sa valeur propre, mais elle n’est pas perçue comme telle par chacun.
Notes
(1) Le Rav Israël Meïr Altein, de New York. (2) Qui est à l’origine de son existence. (3) Etant, à l’origine, une cellule du cerveau du père, la goutte de semence devient, après la conception, une cellule du cerveau de l’enfant. (4) Pour son père, leurs deux existences étant différentes. (5) Qui est indissociable du corps.
Lettre n°332
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°332, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
7 Adar Richon 5708,
Au distingué donateur, homme qui craint Dieu, chérit
la Torah et multiplie la Tsédaka, important responsable
communautaire, monsieur Tsvi Eliézer, fils d’Avraham
Avir Halévi Cruishar,
Je vous salue et vous bénis,
Je saisis cette occasion pour vous remercier sincèrement, au nom du Merkaz Leïnyaneï ‘Hinou’h, pour vos efforts et votre aide, afin de permettre l’impression de la série d’ouvrages encyclopédiques, intitulée Sdeï ‘Hémed, dont l’auteur est Rabbi ‘Haïm ‘Hiskya Medini(1).
Simultanément, nous recevons votre participation, le premier versement pour cette réalisation, pour lequel vous trouverez ci-joint un reçu.
Mon beau-père, le Rabbi Chlita vous a choisi pour mettre cette encyclopédie à la disposition du plus grand nombre et vous vous êtes ainsi acquis un mérite éternel. Cet ouvrage, d’une grande importance, énonce la Hala’ha qui régit le comportement d’un Juif, à titre individuel ou pour l’ensemble d’une communauté, présentant jusqu’à l’avis de nos Sages les plus récents.
Cet ouvrage est paru avant la dernière guerre et il a été imprimé, en Pologne, en 5699-5700(2). Mais, il a ensuite disparu, en même temps que les millions de victimes assassinées par des criminels. Il était donc particulièrement important de le faire paraître à nouveau et d’éditer ce livre précieux.
De fait, nous lisons actuellement les Sidrot qui parlent de l’édification du Sanctuaire, lequel fut, par la suite, remplacé par le Temple. Les ennemis d’Israël ont détruit notre Temple, mais ils n’ont pu en atteindre que le bois et les pierres, c'est-à-dire les aspect les plus matériels. Ils n’ont pu, en revanche, s’en prendre à sa spiritualité et à sa sainteté.
Il en est de même pour les millions de vies juives qui ont été sacrifiées pour sanctifier le Nom de Dieu et des livres sacrés qui ont disparu. Seuls les corps ou le papier ont pu en être atteints. A l’opposé, les âmes et l’esprit de ces livres sont éternels.
Néanmoins, la finalité de l’âme ne se conçoit pas sans le corps, tout comme le corps, sans âme, n’existe pas. Il faut donc éduquer une génération nouvelle, dans l’esprit et le souvenir de nos martyrs, imprimer et diffuser l’esprit de ces livres sacrés. Alors, de nouveau, la spiritualité immuable s’introduira dans les corps physiques et les vêtements.
C’est pour cette raison que le mérite que vous avez acquis en nous permettant d’éditer et de diffuser cette importante encyclopédie est totalement inestimable.
Ceci constitue également un immense mérite pour les âmes des martyrs, parents de votre épouse, madame Soché, Eléazar, fils de Noté et son épouse, Ita, fils de Mi’hel, qui ont donné leur vie pour sanctifier le Nom de Dieu.
Puisse le mérite de cet accomplissement vous protéger, matériellement et spirituellement, ainsi que votre épouse. Que votre voyage soit fructueux et que s’accomplissent les bénédictions que mon beau-père, le Rabbi Chlita, vous a accordées.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif,
Notes
(1) Concrètement, l’édition de ce livre fut retardée jusqu’à la fin de 5712. Voir, à ce propos, les lettres n°348 et 369. (2) 1939-1940.
Lettre n°333
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°333, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
7 Adar Richon 5708,
Au ‘Hassid qui craint Dieu,
le Rav A.Horovits,
Je vous salue et vous bénis,
Vous avez sans doute connaissance des écoles de filles qui ont été fondées selon l’avis de mon beau-père, le Rabbi Chlita. L’une d’entre elles se trouve à Prague. Or, le Rav C.M. Kalmenson(1), qui a développé et dirigé cette école, a maintenant quitté Prague.
Nous voudrions donc vous demander de vous intéresser à cette institution, de lui consacrer votre temps et votre énergie, afin qu’elle fonctionne normalement, comme le désire mon beau-père, le Rabbi Chlita, son fondateur, qu’elle se développe quantitativement, en augmentant le nombre de ses élèves et qualitativement, en développant leurs connaissances, leur crainte de Dieu et leur comportement ‘hassidique.
Vous resterez sûrement en contact épistolaire avec nous, pour tout cela.
Différents textes soulignent l’importance de l’éducation des filles. Mais, la preuve la plus tangible en est la vie courante, qui a montré à quel point elle est primordiale et fondamentale, surtout à notre époque de destruction(2), durant laquelle il est important de bâtir dans des endroits nouveaux et dans des conditions nouvelles et totalement étrangères.
Conserver son intégrité morale et la tradition de nos ancêtres demande donc un effort particulier de la part de tous les membres de la famille. Il n’est plus suffisant d’indiquer uniquement au chef de famille ce qu’il doit faire.
Dans le Midrach Chemot Rabba, chapitre 28, 2, nos Sages soulignent que l’on doit d’abord s’adresser aux femmes et seulement ensuite aux hommes. C’est de cette manière que la Torah se perpétue. L’enseignement qui en découle pour toutes les époques est bien clair.
Je conclus en émettant le souhait de recevoir votre lettre m’annonçant de bonnes nouvelles et je vous souhaite tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Vous trouverez ci-joint un texte qui est la suite de la séquence de discours ‘hassidiques intitulée Todiyéni. Jusqu’à maintenant, le Rav C.M.(1) avait coutume d’envoyer ces textes à Poking(3).
Je vous joins également le Moré Chiyour(4).
Notes
(1) Le Rav Chalom Mendel Kalmenson. (2) Du fait de la guerre. (3) Camp de réfugiés, en Allemagne, dans lequel se trouvait un grand nombre de ‘Hassidim ‘Habad. (4) Le guide de l’étude quotidienne du Tanya instaurée par le précédent Rabbi.
Lettre n°334
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°334, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[8 Adar Richon 5707]
Vous m’écrivez que vous avez souffert des jambes, à plusieurs reprises. J’espère que vous êtes désormais guéri.
Néanmoins, pourquoi n’avez-vous pas appliqué à la lettre les propos de mon beau-père, le Rabbi Chlita, sans faire de calculs, sans réfléchir longuement, sans solliciter différents avis?
Vous consulterez le premier chapitre d’Igueret Hakodech et le Likouteï Torah, au début du troisième chapitre du discours intitulé «Il nous fera revivre au bout de deux jours». Ces textes établissent un lien entre la foi et les jambes.
Lettre n°335
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°335, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Pourim Katan 5708,
Au ‘Hassid érudit, qui craint Dieu et se consacre aux
besoins communautaires, le Rav M.H., le Cho’het(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous m’interrogez sur le commentaire de Rachi, au traité Sanhédrin 17a, selon lequel Eldad et Medad ne quittèrent pas leur tente(2), non pas par modestie(3), mais par crainte de ne pas être désignés par le sort(4). Ceci contredit le commentaire de Rachi sur la Torah, au verset Bamidbar 11, 27.
A) Dans son commentaire de la Torah, Rachi cite le Sifri, qui rapporte l’avis de Rabbi Chimeon, figurant dans la Guemara et contredisant celui de l’autre Tana, dont Rachi commente l’opinion dans ce traité.
Les additifs au commentaire de Rachi, qui sont imprimés dans le traité Sanhédrin du Eïn Yaakov, confirment cette interprétation. Le Yalkout Chimeoni, par contre, cite, à la même référence, une autre explication, selon laquelle il n’y eut pas de tirage au sort(5). On désigna donc nommément six membres de chaque tribu et quatre de celle de Lévi.
B) D’où Rachi déduit-il l’interprétation des propos de l’autre Tana? En fait, celui-ci est bien évident, car ce Sage considère qu’il y eut un tirage au sort, mais que Eldad et Medad n’y prirent pas part et ne se rendirent même pas là où il avait lieu.
Or, s’ils avaient agi ainsi parce qu’ils ne pensaient pas être dignes d’une telle distinction, ils devaient savoir que ce tirage au sort était dans les mains de Dieu et s’en remettre à Sa décision. Dès lors, pourquoi n’y auraient-ils pas participé? Ils devaient, bien au contraire, le faire!
C) Comment l’autre Tana déduit-il que le comportement d’Eldad et de Medad n’émanait pas de leur humilité, bien au contraire?
Il lui semble, en effet, difficile d’accepter que tous deux soient restés dans le campement, alors qu’ils avaient été désignés par le sort pour faire partie des anciens. Car, si Dieu avait décidé de leur donner la prophétie, pouvaient-ils la refuser?
La controverse entre ce Tana et Rabbi Chimeon est donc la même que celle qui figure dans le traité Bera’hot 7a, à propos de la question suivante. Moché, lorsqu’il couvrit son visage(6), fut-il puni ou récompensé?
Celui qui considère qu’il a bien agi fait valoir que seul Moché pouvait prétendre à une telle révélation divine, qu’un autre prophète n’aurait pu recevoir, comme le souligne le Maharcha. Eldad et Medad, en revanche, devaient recevoir l’esprit que Moché suscitait chez les soixante dix anciens. Il est clair qu’ils ne pouvaient refuser une telle prophétie, Dieu les ayant choisis pour la leur confier. Tel est l’avis de l’autre Tana.
Rabbi Chimeon, en revanche, considère que ces soixante dix anciens devaient aussi juger, enseigner, diriger le peuple d’Israël. C’était la raison de leur refus. Mais, les responsa La’hmeï Toda, citant le Zohar, disent que ces anciens ne jugeaient pas. La Présence divine se révélait seulement par leur intermédiaire. On pourrait développer tout cela, mais ce n’est pas ici l’occasion de le faire.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Notes
(1) Le Rav Meïr ‘Haïm ‘Haïkin. Voir la lettre n°310. (2) Lorsqu’ils furent appelés par Moché pour faire partie des soixante dix anciens. (3) Se jugeant indignes de recevoir la prophétie. (4) Lors du tirage au sort, établissant aux yeux de tous qu’ils n’en avaient pas le mérite. (5) Des anciens de chaque tribu. (6) Lors du buisson ardent, de peur de voir la révélation divine.
Lettre n°336
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°336, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Veille du Chabbat 17 Adar Richon 5708,
Au ‘Hassid érudit, qui craint Dieu et se consacre aux
besoins communautaires, le Rav M.G. A.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre du mardi de la Parchat Michpatim:
A) Cette lettre était la première que je recevais de votre part, depuis votre retour en Terre Sainte.
B) Je vous remercie de m’avoir envoyé les articles de Dov Zeira. Vous dites m’en avoir adressés également il y a deux ans, mais ils se sont vraisemblablement égarés. Si vous me donnez son adresse, je lui écrirai. Toutefois, si vous pensez préférable que la réponse lui parvienne par votre intermédiaire, je vous l’adresserai directement. Je m’en remets, en la matière, à votre avis.
C) Je vous demande encore une fois d’insister pour que le Rav M.Axelrod(2) m’envoie au plus vite le commentaire du Tanya(3) de Rav C.G.(4).
D) J’ai écris au Rav M.que le comité des Yechivot de Chicago vous a accordé une subvention(5). Il est dommage que vous ne nous ayez pas fait parvenir les informations que nous vous avions demandées, à propos de la Yechiva et du Talmud Torah(6). En effet, plusieurs institutions de Terre Sainte ont reçu des montants beaucoup plus importants.
Peut-être est-il encore temps de demander au Rav Franck d’intercéder en votre faveur. On dit aussi que le Rav Orenstein, du Collel, a de l’influence sur le Rav Zaks, de Chicago, qui est l’un des dirigeants de ce comité.
La répartition des fonds pour les Talmud Torah sera vraisemblablement faite par un comité qui se réunira en Terre Sainte. Vous y chercherez donc des appuis.
E) Vous trouverez ci-joint le Moré Chiyour, qui vient de paraître(7).
En vous souhaitant tout le bien et en saluant les membres de votre famille et tous vos proches,
Rav Mena’hem Schneerson,
Notes
(1) Le Rav Moché Gour Aryé, de Tel Aviv. Voir la lettre n°218. (2) Le Rav Moché Axelrod, de Tel Aviv. (3) Voir, à ce propos, la lettre n°179. (4) Le Rav Chmouel Gronam Osterman, premier guide spirituel de la Yechiva, à Loubavitch. (5) Voir, à ce propos, la lettre n°357. (6) De Tel Aviv. (7) Le guide de l’étude annuelle du Tanya.
Lettre n°337
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°337, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
21 Adar Richon 5708,
Au ‘Hassid qui craint Dieu ...
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre du 10 de ce mois:
Vous me donnez quatre raisons pour lesquelles vous ne travaillez pas à ..., malgré la lettre que vous a adressée mon beau-père, le Rabbi Chlita. Les ‘Hassidim âgés vous ont dit qu’ils avaient leur mot à dire, à ce propos. De plus, vous n’éprouvez aucun enthousiasme pour le faire. Vous dites aussi que ce travail n’est pas très important, puisqu’il ne se développe pas. Enfin, vous soulignez que les autres ne s’en occupent pas non plus. Et vous me demandez mon avis, sur cette question.
Je viens de voir la copie de la lettre que mon beau-père, le Rabbi Chlita, vous a adressée et je ne comprends pas comment vous pouvez éprouver le moindre doute, en la matière. Il vous indique clairement quelle mission il vous confie et il vous accorde sa bénédiction pour que vous connaissiez la réussite, dans ce domaine.
Vous n’éprouvez aucun enthousiasme pour cela. Différents textes de ‘Hassidout expliquent que Mitsva, un ordre, est de la même étymologie que Tsavta, un lien. On s’attache à celui qui a donné l’ordre en le mettant en pratique. Lorsqu’une âme spécifique reçoit, par l’intermédiaire de cet ordre, la possibilité de se lier à une âme collective, est-il meilleur motif de s’enthousiasmer? Certes, pour l’heure, les forces de votre âme animale ne le ressentent pas. Vous consulterez, à ce propos, le discours ‘hassidique intitulé «Car Dieu vous met à l’épreuve», prononcé en 5663(1).
Cette institution ne se développe pas et les autres ne s’en occupent pas. Or, là est précisément la question posée. Certains membres du comité ou d’autres, qui pourraient apporter leur concours, ne le font pas ou manquent d’empressement. C’est bien pour cela qu’une bonne éducation, basée sur la Torah et les Mitsvot, ne se développe pas et décourage même les autres.
Combien plus la question est-elle posée lorsqu’il s’agit d’anciens élèves de la Yechiva(2), dont la mission est d’être «des lumières qui éclairent». Si votre lumière personnelle n’éclaire pas, pour l’heure, vous empêchez, de la sorte, de nombreuses lumières d’éclairer, alors que celles-ci auraient pu scintiller pendant tout ce temps!
Vous consulterez le Kountrass Haavoda(3), à la fin de la page 43, le Kountrass Oumayan(3), à la page 22 et d’autres textes. Point n’est besoin de développer tout cela.
En vous souhaitant tout le bien,
Rav Mena’hem Schneerson,
Notes
(1) 1903, par le Rabbi Rachab. (2) Loubavitch, en ayant eux-mêmes reçu l’éducation. (3) Du Rabbi Rachab.
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