Lettres du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Menahem Mendel Schneerson, traduites en français.
Texte intégral. Sommaire du corpus.
Lettre n°195
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°195, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 12 Elloul 5705,
Au grand Rav, d'une illustre ascendance, 'Hassid qui craint
Dieu, le Rav Y.Leiner(1),
Je vous salue vous bénis,
Pour faire réponse à votre lettre, j'envisagerai tout d'abord votre question essentielle, qui est la suivante:
A) L'Admour Hazaken écrit, dans son Sidour: Après la lecture du Hallel, à Roch 'Hodech, on dit ici le Cantique du jour, le Psaume Bare'hi Nafchi, le Kaddich de l'orphelin. On appelle quatre personnes pour la lecture de la Torah. On lit le Kaddich suivant la lecture de la Torah, puis Achreï et Ouva Letsion. On met le Séfer Torah dans l'arche sainte et l'officiant dit le demi Kaddich. A Roch 'Hodech, on enlève les Tefilin avant ce Kaddich.
Or, on peut s'interroger, à ce propos, car le Peri Ets 'Haïm, à la porte de Roch 'Hodech, début du chapitre 3, rapporte: Le Rav n'enlevait jamais ses Tefilin avant le dernier Kaddich, qui est dit après que le Séfer Torah ait été placé dans l'arche sainte, avant la prière de Moussaf. C'est uniquement après cela qu'il enlevait ses Tefilin et disait la prière de Moussaf. C'est ce que dit le Choul'han Arou'h du Ari Zal.
Et l'on ne peut considérer que ce comportement était spécifique au Ari Zal, mais ne concerne personne d'autre, car le Michnat 'Hassidim écrit: On enlèvera les Tefilin après le Kaddich suivant Ouva Letsion. On trouve la même affirmation dans le Sidour du Rav de Rachkov. En revanche, je ne l'ai pas vue dans le Naguid Oumetsavé, que vous citez comme référence.
Et cette interrogation peut être renforcée, car plusieurs autres sources affirment également que l'on enlève les Tefilin uniquement après le Kaddich. Je fais, en particulier, allusion au Chaar Hakavanot qui dit, dans le chapitre sur Roch 'Hodech: On a l'habitude d'enlever les Tefilin avant la prière de Moussaf, à l'issue du Kaddich que l'on dit après avoir placé le Séfer Torah dans l'arche sainte, au Sidour Kol Yaakov, qui dit: Après le Kaddich et avant Moussaf, il faut enlever les Tefilin et à d'autres textes encore.
Le Meassef Le'hol Hama'hanot Ora'h 'Haïm 25, 131 renvoie aux responsa du Radbaz, à celles du Dvar Chmouel, aux Ma'hzik Bera'ha, Kécher Godel, Chalmeï Tsibour, Ze'hor Leavraham, Sidour Beth Oved, 'Hessed Lealafim, Ben Ich 'Haï et Kaf Ha'haïm. Tous ces auteurs disent que l'on enlève les Tefilin avant le Moussaf. Mais, il faut vérifier s'ils disent avant ou après le Kaddich, ce que je ne peux faire, ne disposant pas de leurs livres.
Pour expliquer la position de l'Admour Hazaken, qui correspond à la pratique adoptée dans toutes les synagogues 'Habad, on peut, au préalable, préciser les quatre moments d'enlever les Tefilin que définit le Choul'han Arou'h. Voici deux d'entre eux: après la prière Alénou ou bien après le Kaddich qui lui fait suite. Ceci ne s'applique pas à Roch 'Hodech, puisque l'on enlève les Tefilin avant Moussaf.
Nous devons donc envisager les deux autres, qui sont: la coutume courante consistant à enlever les Tefilin après Ouva Letsion et celle, basée sur la Kabbala, d'attendre la fin du Kaddich suivant Ouva Letsion. C'est l'avis de l'Admour Hazaken, dans son Choul'han Arou'h et c'est celui que nous adoptons. En effet, il faut, d'après cet avis, réciter trois Kaddich avant d'enlever les Tefilin, qui sont, en l'occurrence, celui qui suit Ouva Letsion, celui qui suit la Amida et celui qui précède Bare'hou.
De plus, aucune différence ne doit être faite entre les jours de lecture de la Torah et ceux où elle n'est pas lue. Lorsqu'elle est lue, il y a également un Kaddich après cette lecture, qui est donc le troisième, rendant inutile celui qui suit Ouva Letsion. On ne compte donc jamais ce Kaddich qui, du reste, n'est pas lié à la prière, mais plutôt à la lecture de la Torah.
Tout ceci est valable pendant la semaine. Mais, à Roch 'Hodech, l'Admour Hazaken demande, après le Hallel, de dire le Cantique du jour, qui est suivi d'un Kaddich. Ainsi, le compte des trois Kaddich est obtenu avant d'avoir dit Ouva Letsion. Et, s'il n'est pas nécessaire de porter les Tefilin pendant le Kaddich précédant le Moussaf, il est donc souhaitable de les enlever, car ce Kaddich introduit la prière de Moussaf, puisque l'on ne commence jamais une Amida sans avoir, au préalable, récité un Kaddich. Il est donc préférable qu'il y ait la plus grande proximité possible entre le Kaddich et la Amida qui le suit. C'est pour cela que, selon l'Admour Hazaken, en enlève les Tefilin avant ce Kaddich.
Néanmoins, tout ceci est valable uniquement selon l'avis de l'Admour Hazaken, qui demande de dire le Cantique du jour, suivi du Kaddich de l'orphelin, avant Ouva Letsion. Le Sidour Kol Yaakov, par contre, dit: Après le Hallel, on sort un Séfer Torah de l'arche sainte. Après le Kaddich suivant la lecture, on dit Achreï, Ouva Letsion et Kaddich. Il en est de même pour toutes les autres sources précédemment citées, qui ne parlent pas du Cantique du jour, devant être lu avant Ouva Letsion.
On peut, du reste, se demander si, à l'époque, on ne le disait pas du tout ou bien on le lisait après Moussaf ou encore après la prière. La coutume Sfard est de dire Bare'hi Nafchi après Moussaf. Selon le Chéérit Knesset Haguedola, il remplaçait le Cantique du jour, à Roch 'Hodech, mais cet avis est contesté. En tout état de cause, on enlève les Tefilin, selon ces coutumes, après le Kaddich suivant Ouva Letsion, c'est-à-dire afin d'avoir le compte des trois Kaddich.
Ce qui vient d'être dit permet de justifier la formulation suivante de l'Admour Hazaken, dans son Sidour: On dit ici le Cantique du jour. Que signifie le mot ici? En fait, il a pour but d'écarter les autres coutumes et de souligner la particularité de celle-ci, de laquelle dépend le moment d'enlever les Tefilin, avant ou après le Kaddich.
B) Mais, l'on pourrait considérer que cette explication ne nous a nullement permis d'avancer. Nous voulions montrer que l'Admour Hazaken est en accord avec les écrits du Ari Zal, évoquant le moment d'enlever les Tefilin, à Roch 'Hodech. Mais, il est surprenant de constater que, d'après cette explication, l'Admour Hazaken demande d'intercaler le Cantique du jour à un autre moment que celui qui est indiqué par le Ari Zal.
L'explication est la suivante. Il est trois avis sur le Cantique du jour:
1. Selon le premier, il n'appartient pas au rituel de la prière. On peut donc ne pas le dire. De fait, il n'apparaît pas dans le Sidour de Rabbi Saadya Gaon, n'est pas mentionné dans les coutumes du Rav de Tirna. Et le Rambam dit: Quelques personnes ont l'habitude de lire quotidiennement le Cantique du jour. On peut aussi le dire après la prière, selon la coutume des Achkenazim, puisqu'il n'est qu'une simple commémoration(2).
2. On peut dire aussi que, dans la mesure où il est récité, ce Cantique du jour doit être dit à sa place, c'est-à-dire tel qu'il était lu dans le Temple, en même temps que le sacrifice perpétuel du matin. En l'occurrence, il doit donc être dit le plus près possible de la Amida.
3. D'après la Kabbala, il doit être intercalé entre Ouva Letsion et En Kélokénou, selon l'ordre dans lequel se révèle l'influence céleste, qui est défini par les écrits du Ari Zal, aux références précédemment citées. On consultera également le Sidour Tefila Lemoché, de Rabbi Moché Cordovero.
Mais, tout cela est valable uniquement pendant la semaine. A Roch 'Hodech, en revanche, l'influence céleste est accordée de manière différente.
Selon le Mikdach Méle'h, cette influence, à Roch 'Hodech, prend la forme d'un reflet du monde spirituel de Brya. En revanche, d'après plusieurs discours 'hassidiques, elle émane de Yetsira. Le Tséma'h Tsédek, dans son Or Hatorah, explique longuement ces différents avis.
Peut-être, selon le troisième avis, est-il inutile de dire le Cantique du jour, à Roch 'Hodech. Il est alors une simple commémoration, selon le première avis. Sa place est donc après la prière, comme le dit, en particulier, le Maguen Avraham.
Mais, l'Admour Hazaken adopte le second avis et il demande donc de dire le Cantique du jour à proximité de la Amida du matin, y compris à Roch 'Hodech. La controverse entre le premier et le second avis appartient entièrement à la partie révélée de la Torah. Il n'est donc pas surprenant que l'Admour Hazaken ait adopté la seconde, qui n'est pas conforme à l'usage en vigueur dans l'endroit où vivait le Ari Zal. Il considère donc qu'il faut enlever les Tefilin avant le Kaddich.
A l'opposé, la discussion pour déterminer si les Tefilin doivent être enlevées avant ou après le Kaddich, si elle est extraite de tout autre contexte, appartient bien à la Kabbala, comme l'établit le Choul'han Arou'h. En la matière, qui pourrait se permettre de remettre en cause l'avis du Ari Zal?
Vous consulterez également le Maguen Avraham, dont la formulation permet d'établir que l'avis demandant d'enlever les Tefilin après le Kaddich tient bien compte du nombre de ces Kaddich.
Vous citez le Sidour du Yaabets selon lequel on enlève les Tefilin après le Kaddich et l'avis de Rabbi Mena'hem Azarya, selon lequel le Cantique du jour doit figurer dans la prière de Cha'harit. Mais, vous voyez bien, en fonction de ce qui vient d'être dit, que vous combinez deux opinions divergentes.
Les propos de Rabbi Mena'hem Azarya, en fait, ne contredisent pas l'Admour Hazaken. Si l'on fait une lecture rapide du Yaabets, on peut effectivement penser que Rabbi Mena'hem Azarya demande de lire le Cantique du jour, mais non Bare'hi Nafchi, et de le dire à Cha'harit. Mais, il faut, à ce propos, consulter ses responsa(3), dont je ne dispose pas.
Rabbi Mena'hem Azarya vivait à l'époque du Ari Zal. Pourquoi, d'après lui, devait-on enlever les Tefilin après le Kaddich?
En fait, cette question ne se pose même pas. Car, selon Rabbi Mena'hem Azarya, on enlève les Tefilin avant la lecture de la Torah, comme il le dit dans ses responsa.
Il faut déterminer quelle était la coutume des Sefaradim, à l'époque du Ari Zal. Comment disaient-ils le Cantique du jour, à Roch 'Hodech? Je ne possède pas le Cheerit Knesset Haguedola et je ne peux donc pas le consulter. Et la coutume actuelle des Sefaradim ne prouve rien, car des changements ont pu intervenir, depuis lors.
C) Remarques: D'après ce qui vient d'être dit et conformément à notre coutume, selon laquelle on dit le Cantique du jour, pendant la semaine, avant En Kélokénou et Alénou, on doit, selon tous les avis, ôter les Tefilin avant le Kaddich de l'orphelin qui suit Alénou. Et, le Ramah demande de les enlever après cela, car il considère que la récitation de quatre Kaddich est nécessaire avant de le faire puisque, selon
sa coutume, on dit le Cantique du jour après la prière.
Tel n'est donc pas notre usage et j'ai vu une référence indiquant que ce point était discuté dans le Artsot Ha'haïm. Celui-ci tire une preuve du fait qu'il est écrit que le Ari Zal les enlevait après Alénou, mais non après le Kaddich. Et, le Ot 'Haïm s'étonne de cette affirmation car, selon la coutume du Ari Zal, il n'y a pas de Kaddich après Alénou. Mais, je ne possède pas le Artsot 'Haïm et je ne peux donc pas le consulter.
De plus, on peut se demander pourquoi le Kaddich précédant Hodou ou Barou'h Chéamar n'est pas compté parmi les trois Kaddich. Le Ot 'Haïm l'explique en soulignant qu'il peut parfois arriver que l'on soit en retard à la synagogue. Cette réponse est difficile à accepter.
*
*
*
Vous me demandez(4) pourquoi sont indiquées, dans le Sidour, les modifications introduites par rapport aux versets de la Loi écrite(5), en particulier celles qui portent sur le Nom de Dieu. C'est que la concentration, pendant la prière, est particulièrement importante, surtout lorsque l'on prononce le Nom de Dieu. Vous consulterez, à ce propos, l'introduction de Rabbi Yehouda Leïb de Yanovitch, frère de l'Admour Hazaken, au Sidour de l'Admour Hazaken, dans laquelle il souligne sa très grande précision.
Vous m'interrogez, dans votre lettre, sur l'obligation d'honorer ses grands-parents ou des ascendants encore plus éloignés. Je vous ai indiqué, dans ma précédente réponse, les références des commentateurs du Choul'han Arou'h Yoré Déa, chapitre 240, discutant ce point. Je ne dispose pas du Birkeï Yossef et du Chvout Yaakov(6).
Le Kovets vous a été envoyé, conformément à votre demande.
Je conclus en vous souhaitant d'être inscrit et scellé pour une bonne année, pour une Techouva immédiate et une délivrance immédiate,
M. Schneerson,
Directeur de la rédaction(7)
Notes
(1) Le Rav Yerou'ham Leiner, de Londres. Voir la lettre n°188. (2) Du chant que les Léviim prononçaient dans le Temple. (3) Pour vérifier si cette lecture rapide correspond bien à son avis. (4) A la suite de la réponse faite par le Rabbi, dans la lettre n°188, à une question posée à ce propos. (5) Lorsqu'un mot ne se lit pas comme il est écrit. (6) Qui citent une preuve du respect que David marqua à Ruth pour établir que celui-ci reste dû, même au bout de nombreuses générations. (7) Du Kovets Loubavitch.
Lettre n°196
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°196, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
19 Elloul 5705,
Au 'Hassid, érudit et craignant Dieu,
le Rav I.(1), le Cho'het,
Je vous salue et vous bénis,
J'ai reçu votre lettre depuis bien longtemps et je vous demande de m'excuser de ma réponse si tardive, du fait de mes nombreuses activités. Vous trouverez, ci-joint, cette réponse, à mon humble avis.
Sur certains points, j'ai donné des explications qui, pour vous, sont sans doute inutiles, afin de rester fidèle à la présentation du Kovets, qui est également destiné à ceux qui possèdent uniquement une connaissance approximative de la 'Hassidout.
Je vous remercie de me confirmer que vous avez bien reçu cette lettre. Je suis surpris que vous n'utilisiez pas la rubrique des bonnes nouvelles fraternelles.
Vous recevrez un compte rendu de ce qui se passe ici par notre ami, monsieur Mindel(2).
Tous les 'Hassidim vous saluent. Je conclus en vous souhaitant d'être inscrit et scellé pour une bonne année, une Techouva immédiate et la délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Vous m'avez posé la question suivante:
Dans le Torah Or Chemot, au discours intitulé «Dieu lui dit: Qui a donné une bouche à l'homme?», l'Admour Hazaken écrit: «La bénédiction que l'on fait en accomplissant une Mitsva permet d'attirer la Lumière qui entoure(3), alors que l'accomplissement proprement dit révèle la Lumière profonde.
Lettre n°197
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°197, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
24 Elloul 5705,
Au grand Rabbin, homme honorable, qui craint Dieu,
bien connu pour ses multiples réalisations, actif et dont
le comportement est agréable, le Rav Y.(1), qui est appelé
docteur Hertz,
Je vous salue et vous bénis,
Mon beau-père, le Rabbi Chlita de Loubavitch, a adressé, par courrier, un message aux soldats juifs, à l'occasion de Roch Hachana, qui s'approche.
Ce message peut également être d'une grande utilité pour les soldats servant dans l'armée anglaise et, en particulier, pour ceux qui se trouvent dans les pays conquis par cette armée. Ainsi, ils pourront se mobiliser et venir spirituellement en aide aux Juifs résidant dans ces contrées.
Nous avons donc pensé qu'il était utile de vous adresser quelques exemplaires de ce message. Ainsi, si vous le jugez bon, vous pourrez le diffuser, par envoi aérien, auprès de ces soldats.
Nous avons également fait parvenir quelques exemplaires de la lettre de mon beau-père, le Rabbi Chlita, aux Juifs d'Europe. Par l'intermédiaire de votre bureau des affaires religieuses, ces lettres pourront arriver en différents endroits, dans les pays libérés, avec lesquels il n'est aucun autre moyen d'entrer en contact. C'est donc à vous que ce mérite est confié.
Bien évidemment, s'il vous faut quelques exemplaires supplémentaires de ces deux lettres, nous vous les adresserons, conformément à vos instructions, à l'adresse que vous vous voudrez bien nous communiquer.
Je conclurai en vous souhaitant une bonne année, à l'approche de Roch Hachana qui sera un Chabbat. Je vous souhaite une bonne et douce année. Puisse-t-elle être entièrement Chabbat et repos pour l'éternité.
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(2)
Je souhaite une bonne année et exprime mes salutations à votre gendre, le Rav dont les multiples actions pour renforcer la Torah et le Judaïsme m'ont été décrites. Dieu sera avec lui et il accédera à la grandeur.
Notes
(1) Le Rav Yossef Tsvi Hertz, grand Rabbin de Grande Bretagne. (2) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°198
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°198, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
28 Elloul 5705,
Brooklyn,
Au très cher monsieur Alexandre Cohen,
Je vous salue et vous bénis,
Au nom des éditions Kehot et en mon nom propre, je voudrais vous souhaiter, de même qu'à tous les vôtres, une bonne et douce année, la réussite dans tout ce que vous entreprenez.
La traduction exacte de Roch Hachana est la tête de l'année. Nos Sages expliquent pour quelle raison on parle de tête et non de début de l'année. En effet, la tête dirige l'ensemble du corps. De même, les bonnes résolutions, les bons comportements auxquels on s'engage à Roch Hachana doivent diriger toute l'année.
Cette année, Roch Hachana sera un Chabbat. Or, pendant ce jour, un homme s'élève au dessus de l'existence profane et de ses tracas. Il est alors plus proche de l'existence morale.
Tel est donc notre souhait pour la nouvelle année. Puissions-nous tous aller de l'avant dans notre existence morale, rapprocher notre corps de notre âme, donner à toutes nos bonnes pensées une expression dans notre vie.
Avec ma bénédiction pour être inscrit et scellé pour une bonne année,
Mena'hem M. Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Lettre n°199
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°199, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
[Avant le début de 5706(1)]
Vous me posez la question suivante(2):
Au troisième chapitre d'Igueret Hatechouva, l'Admour Hazaken, citant les Décisionnaires, demande de donner, pour remplacer chaque jour de jeûne ayant une motivation de Techouva(3), dix huit guiduls(4) polonais. Pouvez-vous nous indiquer quel est le montant correspondant, de nos jours?.
Voici ma réponse:
1. Les propos de l'Admour Hazaken trouvent leur origine dans une parenthèse du Ramah figurant dans le Choul'han Arou'h, qui dit: Celui qui transgresse le Chabbat doit jeûner pendant quarante jours et, à la place d'un sacrifice de 'Hatat, donner dix huit pashit(5) à la Tsédaka. S'il désire racheter son jeûne, il donnera, pour chaque jour, douze pashit à la Tsédaka.
Le Maguen Avraham, citant le Levouch, dit qu'un pashit est un guidul polonais et demi(6). Ainsi, douze pashit sont bien dix huit guiduls polonais, comme le dit l'Admour Hazaken, dans Igueret Hatechouva.
L'équivalent de cela, dans la monnaie de notre époque, est également établi par l'Admour Hazaken, dans son Choul'han Arou'h, affirmant que dix huit pashit sont un Sela de la Torah. Or, la valeur du Sela est bien connue, dans chaque pays, puisqu'elle permet le rachat du premier-né, qui est de cinq Séla. Néanmoins, s'agissant du rachat du premier-né, qui est une Mitsva de la Torah, on adopte l'avis le plus rigoriste, ce qui n'est pas le cas, en l'occurrence.
*
*
*
2. Mais, l'on peut encore se demander si ces mesures sont valables à toute époque et en tout lieu.
Selon la formulation du Choul'han Arou'h et d'Igueret Hatechouva, il semble bien que, pour l'Admour Hazaken, les montants permettant de racheter un sacrifice de 'Hatat ou un jour de jeûne sont toujours les mêmes. Il précise, cependant, qu'un riche peut donner une somme plus importante, selon ses moyens.
On peut se demander quelle est la source de cette affirmation, que contestent, du reste, le Maguen Avraham et, par la suite, le Ma'hatsit Hachekel et le 'Hayé Adam. Il semble que le 'Hatam Sofer soit également de leur avis.
*
*
*
Le Maguen Avraham s'interroge sur le montant de dix huit pashit, nécessaire pour racheter un sacrifice de 'Hatat et il indique que ce montant dépend, en réalité, de la valeur d'un mouton, lorsque l'on doit offrir ce sacrifice. Celui-ci avait un prix négligeable, à l'époque de la Guemara, alors que, par la suite, il coûtait beaucoup plus.
De nos jours, il faudrait donc donner le prix d'un mouton, dans le pays de celui qui a commis la faute.
C'est ainsi que l'on peut interpréter la formulation du Maguen Avraham et l'on n'évalue donc pas ce montant spécifiquement en Erets Israël. Le traité Mena'hot indique que, à l'époque de la Guemara, on faisait venir les moutons de 'Hévron. Pour autant, ils pouvaient également provenir d'ailleurs. Néanmoins, l'on savait que ceux de 'Hévron étaient les meilleurs.
Or, le montant nécessaire pour racheter un jeûne, soit douze pashit, est enseigné en même temps que celui-ci. On peut en conclure, selon le Maguen Avraham, qu'il varie, en fonction de l'époque et de l'endroit. Il faut donc évaluer un montant qui, à ce moment et en ce lieu, donne à l'homme la conscience de subir une perte comparable à la peine que provoque le jeûne.
On peut, cependant, s'interroger sur cette explication. Car, aucun montant maximum n'est fixé et le riche peut l'augmenter, selon ses moyens. En conséquence, on ne devrait pas fixer non plus un montant minimal car, il y a, à chaque époque, des hommes très pauvres, pour lesquels une légère perte financière reste plus lourde qu'un jeûne.
Dès lors, pourquoi aucun Décisionnaire n'avance-t-il que ce montant de douze pashit n'est qu'une valeur moyenne, ce qui signifie que le pauvre pourrait donner moins que cela(7)? On peut donc conclure, également d'après le Maguen Avraham que douze pashit sont un montant minimal, qui ne peut nullement être diminué(8).
*
*
*
L'Admour Hazaken définit, dans son Choul'han Arou'h, les mesures de dix huit et de douze pashit, mais il ne reproduit pas l'explication du Maguen Avraham selon laquelle la valeur des dix huit pashits est modifiée en fonction du prix du mouton. Bien au contraire, il calcule l'équivalent de ces dix huit pashits dans notre monnaie et il considère donc, qu'à l'époque actuelle, ce montant n'a pas changé.
En fait, l'Admour Hazaken répond à la question du Maguen Avraham, sur laquelle il se base pour affirmer que le montant à donner à la Tsédaka dépend du prix du mouton, par ces mots: Ces dix huit pashit sont le Sela de la Torah. Du reste, un sacrifice de 'Hatat peut être acheté pour une très petite valeur. Néanmoins, son véritable prix est bien un Séla, comme l'établit la Loi Orale(9). Dès lors, rien ne prouve plus que la valeur des dix huit pashit soit variable, comme le dit le Maguen Avraham.
Bien plus, l'opinion du Maguen Avraham, selon laquelle le prix du sacrifice dépend de la valeur du mouton, soulève plusieurs problèmes:
A) Pourquoi les autres Décisionnaires ne donnent-ils pas cette explication?
B) Si l'on considère, comme le fait l'Admour Hazaken, que le montant permettant de racheter un sacrifice de 'Hatat est fixe, on peut comprendre que chaque Décisionnaire en évalue le montant selon la monnaie de son pays, bien que la mesure en soit identique pour tous. Il suffit, à chaque fois, de donner la contre-valeur de dix huit pashit et peut importe donc dans quel pays on se trouve.
Selon le Maguen Avraham, en revanche, aucun montant fixe ne peut être donné. Il varie d'une ville à l'autre et surtout d'un pays à l'autre. Tout dépend de la valeur du mouton. Comment, dès lors, énoncer une valeur unique?
C) Celui qui établit, à l'origine, ce calcul de dix huit pashit fut vraisemblablement le Maharam de Rottenbourg, qui vécut en Allemagne, au début du sixième millénaire(10).
Il est cité par le Maharaï, qui vécut deux cents ans plus tard, en Autriche.
Le Ramah, qui le mentionne également, vécut plus de cent ans après le Maharaï, en Pologne.
Comment comprendre que, dans tous ses pays, à tant d'années de différence, le prix d'un mouton soit resté de dix huit pashit, comme à l'époque du Maharam, n'ait ni diminué, ni augmenté?
Notes
(1) Cette lettre parut dans le huitième numéro du Kovets Loubavitch, consacré à la période de Lag Baomer au 12 Tamouz 5705, dans lequel figure également la lettre n°196. Il semble donc qu'elle ait été imprimée à la fin d'Elloul 5705 ou au début de 5706 et donc rédigée avant la fin de 5705. (2) Cette lettre est adressée au Rav M.Z. Shechter, de New Haven, Connecticut. (3) Le Rabbi note, en bas de page: L'Admour Hazaken parle effectivement de «jour de jeûne ayant une motivation de Techouva». Seul un tel jeûne peut être racheté par un don à la Tsédaka, lorsque l'on n'a pas la force de le respecter. En revanche, celui qui fait le voeu de jeûner doit s'acquitter de son engagement, comme l'établit le Choul'han Arou'h. (4) Unité monétaire de l'époque. (5) Le Rabbi note, en bas de page: Le pashit semble être le nom d'une monnaie. De fait, on peut se demander s'il faut dire pashit ou pashout. Néanmoins, il me parait plus plausible de définir le pashit non pas comme une monnaie spécifique, mais plutôt comme un terme générique désignant une petite pièce. Le Talmud emploie ce terme plusieurs fois et nos Sages l'utilisent toujours dans le même sens. Le Moussaf Haarou'h le définit comme une petite pièce, plus petite unité de compte. Le traité Ketouvot parle, certes, de zouz pashit, bien que le zouz ne soit pas la plus petite unité monétaire. Néanmoins, pashit est ici un adjectif se rapportant au nom zouz. Ainsi, le zouz pashit serait le zouz le plus petit. De même, le traité 'Houlin parle de petits pashit. Pourquoi dire qu'ils sont petits? Parce qu'à l'époque, la valeur d'une pièce était évaluée en fonction de son poids et tous les pashits, de même poids, pouvaient cependant avoir des formes et des épaisseurs différentes. Le traité 'Houlin fait donc allusion aux pièces les plus petites. (6) Le Rabbi note, en bas de page: Les Décisionnaires parlent, à différentes reprises, de guiduls, sans que cette monnaie ait une valeur fixe. Plusieurs textes cherchent à établir leur valeur. (7) Le Rabbi note, en bas de page: Le 'Hessed Leavraham dit que l'on peut racheter un jeûne, y compris s'il s'étend au jour et à la nuit, en donnant un Issar à la Tsédaka. Il diverge ainsi de tous les Décisionaires précédemment cités et l'on peut réellement s'interroger, à ce propos. D'ailleurs, le 'Hessed Leavraham introduit également une autre idée nouvelle. Il affirme qu'un homme peut survivre, sans manger ni boire, durant sept jours, quatre heures et quarante huit minutes. Or, je n'ai vu, pour l'heure, personne d'autre qui conteste l'avis du Rambam, selon lequel il peut survivre moins de sept jours. (8) Le Rabbi, note en bas de page: La raison pour laquelle un jeûne motivé par la Techouva peut être racheté par un montant de douze pashit est la suivante. De façon générale, les jeûnes de Techouva sont au nombre de quarante, comme le souligne le 'Hessed Leavraham. C'est pour cela que différents récits talmudiques montrent que les Sages jeûnèrent précisément pendant quarante jours. Bien plus, il est dit que trois jours consécutifs de jeûne sont l'équivalent de quarante jours non consécutifs et l'on peut donc mentionner également l'exemple du jeûne d'Esther. La Techouva, en général et le jeûne, en particulier, se substituent à la mort. Nos Sages disent, en effet: On demanda à la prophétie: quelle est la punition de celui qui commet une faute? Elle répondit: Il doit mourir. On posa la même question au Saint béni soit-Il, qui répondit: Il fera Techouva et sa faute sera expiée. Lorsque les Sages voulurent fixer le montant minimal pour racheter son âme, pour un adulte ou pour un enfant, pour un serviteur ou pour une servante, ils se basèrent sur la Torah, qui fixe une amende d'un montant identique pour tous, soit trente Shekels pour un serviteur ou une servante ayant été tués. Si l'on considère que trente Shekels sont l'équivalent de quarante jours de jeûne, il en découle que la valeur d'un jour est trois quarts de Shekel, c'est-à-dire douze pashit, selon le compte du Maguen Avraham. Du reste, le Tséma'h Tsédek justifie clairement le lien entre le rachat de la faute et l'amende infligée à propos d'un serviteur, mais ce n'est pas l'occasion de développer cette idée. De plus, le jeûne, au sens le plus littéral, se définit par la souffrance qu'impose le fait de ne pas manger et de ne pas boire. Cette souffrance peut, certes, être échangée contre de la Tsédaka, mais l'on doit alors donner, au minimum, le montant des repas de ce jour, même si l'on éprouve une peine équivalente à celle du jeûne pour une somme moindre. Néanmoins, les Sages, ayant autorisé l'homme à ne pas jeûner, lui demandent de donner à la Tsédaka au moins la contre-valeur des repas qu'il aurait consommés. C'est la raison pour laquelle on prend référence sur un jour où l'on mange plus que de coutume, c'est-à-dire le Chabbat, au cours duquel on consomme trois repas. Un repas important, s'il n'a pas de valeur maximale, a bien une valeur minimale, un dinar. Trois repas sont donc trois dinars, soit douze pashit. Néanmoins, tout ceci est vrai uniquement pour le Maguen Avraham. Pour l'Admour Hazaken, en revanche, la mesure de douze pashit n'est toujours pas justifiée. (9) Le Rabbi note, en bas de page: Le Nefech 'Haya du Rav Reouven Margolis, mentionnant le Maharam de Rottenbourg et le Tachbets Katan, indique que celui qui transgressait le Chabbat, à l'époque du Temple, devait y apporter un sacrifice, lequel pouvait être d'une petite valeur, mais celui-ci coûtait généralement un Sela, qui correspond à cinq dinar. C'est donc ce montant que l'on donnera à la Tsédaka. (10) Vers 1250.
Lettre n°200
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°200, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Eté 5700 (1) Vous me posez la question suivante(2): "Pouvez-vous expliquer de quelle manière se passera la résurrection des morts, qui est un principe fondamental de la foi juive, alors que certains aspects n'en sont pas clairement définis? De plus, une notion, à ce propos, doit être précisée. L'éternité et l'immuabilité de l'âme sont des évidences, puisque celle-ci est «une parcelle de Divinité véritable», intrinsèquement spirituelle. La parcelle est donc similaire à l'Essence. Dès lors quelle utilité, pour elle, de revivre dans un corps physique?" Voici ma réponse. Les plus grands, parmi nos Sages, s'interrogèrent sur ces questions et leurs propos sont disséminés en différents textes. Je citerai ici quelques uns de leurs propos, avec des explications qui permettront de répondre aux questions posées. Mais, il faut tout d'abord envisager l'objection de ceux qui se demandent pourquoi l'on envisage de tels sujets. Pourquoi ne pas se contenter de dire, chaque jour, que nous croyons, avec une foi entière, en la résurrection des morts? Et cette objection est étayée, selon eux, par les propos du Rambam, selon lequel: "Tu trouveras peu d'explications relatives au monde futur. Il faut, en effet, se demander comment parvenir au sommet du bien, distinguer ce sommet des actions permettant de l'obtenir. En revanche, les questions posées par le peuple, c'est-à-dire les morts revivront-ils nus ou habillés, y aura-t-il des riches et des pauvres, n'ont aucun 'intérêt". Il est clair que le Rambam ne condamne pas les questions du peuple, puisque les plus grands d'Israël les posent également, dans le Talmud et dans le Midrach. En fait, il se plaint que l'on ne s'interroge pas sur le monde futur proprement dit, sur la nature de la résurrection des morts et que l'on se contente de questions de détail. Et le Rambam ne comprend pas que le monde futur, qui, selon lui, est réservé uniquement aux âmes et fait suite à la résurrection "ait été complètement oublié". Je répondrai donc à ces questions, à mon humble avis, par ordre d'importance, en envisageant la seconde avant la première. * * * 1. Comment établir que la résurrection des morts sera vécue par l'âme vêtue d'un corps et en quoi la présence de ce corps est-elle à ce point importante(3)? Pour le comprendre, nous définirons tout d'abord ce qu'est la résurrection des morts, ce qui nous permettra de saisir pourquoi l'âme doit revivre précisément dans un corps. La résurrection intervient de deux manières, dans l'existence de l'homme: A. Elle est, d'une part, la perfection du genre humain. B. Elle est, d'autre part, la rétribution d'un comportement conforme à la Volonté de Dieu. * * * En réalité, ces deux formulations sont exactes. Car, l'homme, au même titre que chaque être créé, reçoit la possibilité de gravir les échelons de la perfection. Il doit faire porter tous ses efforts sur cet objectif, que la Torah et les Mitsvot lui permettent d'atteindre, comme nous le montrerons. Lorsque l'homme touche la perfection, dans toute la mesure de ses moyens, Dieu lui vient en aide pour qu'il surpasse ses capacités. Et nos Sages disent, dans le traité Yoma 39a, que "lorsque l'homme se sanctifie quelque peu ici-bas, dans ce monde, on lui donne une considérable sainteté, là-haut, dans le monde futur". Dans les termes du Zohar, comme ils sont repris par la 'Hassidout 'Habad, l'appel de Dieu suscite l'effort de l'homme et ce dernier provoque le dévoilement divin, qui lui fait réponse. La rétribution doit être positive pour celui qui la reçoit, directement ou par son intermédiaire. L'importance de la récompense peut donc être évaluée en fonction du bien qui en découle. Un exemple illustrera notre propos. Un travailleur reçoit, en rétribution de son travail, du pain et des vêtements. Un disciple sert son maître qui, en récompense, lui enseigne la sagesse. Un élève s'attache à son maître et celui-ci lui enseigne la finalité de son existence, le chemin qu'il doit suivre pour parvenir à la perfection.
Les valeurs morales sont plus élevées que les valeurs matérielles. Le bonheur éternel les dépasse tous deux. Il en résulte que l'étude de la sagesse est une rétribution bien plus importante que du pain. Mais, la plus haute récompense est l'accès aux chemins de la vie éternelle.
On distingue différents niveaux de biens, selon notre perception ou selon ce qui la dépasse(4). Ils ont tous un point commun, c'est que le corps ou l'âme en conçoit du plaisir. L'un et l'autre sont des créatures finies et le plaisir est lui-même limité. En conséquence, la récompense l'est également.
Le sommet de l'élévation est l'accomplissement, par l'homme, des Mitsvot de son Créateur. Celui-ci reçoit ainsi l'élévation et la perfection. La Mitsva le lie à Celui qui a ordonné de la mettre en pratique, le Créateur Qui transcende la limite. La relation entre la créature et le Créateur est le bien le plus parfait, que nul autre ne peut surpasser.
En conséquence, mettre la Mitsva en pratique est la plus haute récompense qui soit, comme l'expliquent nos Sages, qui disent que "la récompense de la Mitsva est la Mitsva elle-même"(5).
* * *
Par un effet de Sa bonté, Dieu indique précisément à l'homme de quelle manière parvenir à la perfection. Celle-ci est explicitée dans la Torah, de la même étymologie que Horaa, l'enseignement. La Torah prend en charge son existence, depuis le premier instant de la vie.
En effet, la perfection de chaque être est relative et évaluée en fonction de la mission pour laquelle il fut créé.
Dieu créa le monde(6), en général et l'homme, en particulier parce qu'il éprouva le désir(7) de résider ici-bas. Ainsi, ceux qui sont bas par leur niveau, quoique, par rapport à Dieu, les notions de bas et de haut n'aient pas de sens, ceux qui possèdent l'existence matérielle peuvent se soumettre à Lui. Dès lors, la Lumière de Dieu les éclaire.
Cette soumission est le fondement et la phase ultime de la Torah et de la Mitsva, ainsi qu'il est écrit (Devarim 6, 24): "Dieu nous a ordonné de mettre en pratique toutes ces Lois afin de Le craindre(8). C'est pour cela que la Torah et les Mitsvot s'accomplissent ici-bas, au moyen d'objets matériels, par une âme vêtue d'un corps physique. Ainsi, la matière se soumet à l'esprit et devient un réceptacle pour la Divinité;
Dieu demande à l'homme d'agir en fonction de ses forces et de ses possibilités. Dès lors, il avance par étapes, allant du plus simple vers le plus complexe. Il en est de même pour les qualités qu'il acquiert, au fur et à mesure, pour l'élévation qui est, peu à peu, la sienne. Lorsqu'on lui accorde une récompense, on lui donne aussi la force de la recevoir. On l'affine, on le prépare progressivement à la révélation de la spiritualité et au dévoilement de la Divinité, qui est la récompense véritable et qui doit pouvoir être de plus en plus intense.
Il y eut, cependant, des situations exceptionnelles, dans lesquelles une immense Lumière, sans aucune commune mesure avec les limites du monde, fut révélée. Ce fut le cas, par exemple, lors de la sortie d'Egypte ou du don de la Torah.
De manière générale, la création tend vers la plénitude et la perfection. Toutefois, à l'heure actuelle, la transformation doit porter sur sa partie la plus basse, "les pieds et les talons". En effet, nos Sages disent, au traité Chabbat 112b, que "si nos ancêtres étaient comparables aux anges, nous sommes nous-mêmes comme des hommes", même si certains peuvent perdre momentanément cette qualité(9). Combien plus est-ce le cas lorsqu'intervient quelqu'un qui possède le libre arbitre(10) et peut donc faire le mauvais choix. Celui-ci connaît alors la chute et perd le niveau qui était auparavant le sien. Puis, la Techouva le ramènera, avec tout ce qui le concerne, vers sa situation précédente ou même au-delà de celle-ci. Néanmoins, tout cela reste caché, à l'heure actuelle et ne se révélera que dans le monde futur.
Globalement, on définit trois périodes, ce monde, la période du Machia'h et celle de la résurrection. Ce monde est le théâtre de la lutte entre la matière et l'esprit, le bien et le mal, ainsi qu'il est dit "une nation se renforce contre l'autre". Parfois, le bien est vainqueur, d'autres fois, le contraire est vrai.
Durant la période du Machia'h, les enfants d'Israël seront parvenus au terme du combat, auront séparé le bien du mal, apporté l'élévation à ce bien. Ils quitteront donc l'exil et atteindront la perfection du genre humain, qu'ils connaissaient avant la faute de l'arbre de la connaissance du bien et du mal(11). En effet, ils ne se trouveront plus sous l'emprise du bien et du mal.
Toutefois, le domaine du mal existera encore dans le monde et parmi les nations. Il en résulte que les Juifs souffriront. Leur plénitude en sera atteinte et ceux qui vivront, durant la période du Machia'h, devront donc mourir, afin de se relever, lors de la résurrection, comme nous le montrerons.
Telle est donc la perfection à laquelle l'homme peut prétendre, grâce à ses propres efforts, la récompense qui lui est donnée en fonction de ses accomplissements.
Pendant cette période du Machia'h, les hommes graviront les échelons de la perfection, en fonction de ce qu'ils réaliseront. Alors, il sera encore possible d'agir(12). Bien plus, ce sera même le moment essentiel de l'action permettant d'obtenir la plus haute plénitude(13).
Puis, après la résurrection, l'impureté disparaîtra définitivement de la terre. Il n'y aura plus de faute, plus de mort. Le Saint béni soit-Il supprimera le mauvais penchant, qui est l'ange de la mort. C'est alors que le genre humain connaîtra la perfection, non seulement à la mesure de son effort et selon la rétribution qui lui est accordée, mais surtout par un don de Dieu.
C'est pour cela que les Mitsvot seront abolies, dans le monde futur, après la résurrection(14). Alors, "les Justes seront assis, portant une couronne sur la tête et ils percevront l'éclat de la Divinité". Le sens précis de cette affirmation est expliqué par ailleurs(15) mais ce développement n'est pas l'objet de notre propos.
La récompense sera alors obtenue ici-bas, par une âme vêtue d'un corps et ce sera la plénitude de l'existence matérielle, celle pour laquelle le monde fut d'emblée créé. Celui-ci deviendra un Sanctuaire pour Dieu.
* * *
Voici donc ce qui peut être dit de la période du Machia'h et de la résurrection des morts, dans l'optique de la perfection du genre humain. Il convient maintenant de les définir dans la perspective de la perception du Divin, de la révélation de la Lumière céleste, que l'on comprendra et que l'on ressentira.
Il faut donc comprendre tout cela(16), ainsi qu'il est dit (Yov 19, 26): "En observant ma chair, je contemplerai le Divin". Et nos Sages soulignent, dans le traité Bera'hot 10a, que "l'âme emplit le corps, au même titre que le Saint béni soit-Il emplit le monde".
Il est, en effet, deux formes de vitalité de l'âme, qui anime le corps:
A) L'une s'adapte au caractère spécifique de chaque organe et s'introduit en lui, en épouse les limites. Ainsi, l'intellect réside dans la tête et la force de marcher se trouve dans le pied.
B) L'autre, la volonté, se répand dans tout le corps, sans s'adapter à chacun de ses membres, sans s'introduire profondément en eux, mais en les entourant.
Un autre niveau transcende ces deux formes à la fois. C'est l'âme elle-même, quintessence spirituelle unique, qui ne subit aucune limitation.
L'homme, victime du voile que lui impose le corps physique, ne peut percevoir l'essence de la spiritualité, y compris de celle qu'il porte en lui, c'est-à-dire de l'âme et des forces dont elle dispose, qu'il peut certes ressentir profondément, mais uniquement dans leurs effets, dans la manifestation de leur existence.
Ce qui vient d'être dit s'applique, de la même manière, à l'infinie Lumière de Dieu:
A) D'une part, elle emplit les mondes, dans lesquels s'introduit un reflet de la Présence divine, qui s'adapte aux différents stades de l'enchaînement des mondes.
B) D'autre part, elle entoure les mondes et, bien qu'elle y soit à proprement parler présente, elle ne s'adapte pas à eux, ne fait que les encercler.
Transcendant ces deux stades, il y a l'Essence de Dieu, qui n'a aucune commune mesure avec ces mondes.
Ces niveaux reçoivent de très nombreuses formes et je me limiterai ici à un exposé général, n'introduisant que les notions qui sont nécessaires à notre propos.
Dans ce monde matériel et grossier, il nous est impossible de percevoir la Lumière de Dieu, comme le montre l'image précédemment énoncée. Nous ne discernons pas même l'essence de la Lumière divine, y compris celle qui emplit les mondes. Néanmoins, ses effets nous permettent de connaître et d'établir son existence, ainsi qu'il est dit (Ichaya 40, 26): "Levez les yeux vers le ciel et voyez Qui a créé tout cela".
En revanche, dans le Gan Eden, monde des âmes, qui ne subissent plus le voile imposé par le corps, il est possible de ressentir la Lumière qui entoure les mondes.
Puis, durant la période du Machia'h, la matière aura été affinée et chaque homme portera, à l'évidence, l'image de Dieu, comme c'était le cas avant la faute de l'arbre de la connaissance du bien et du mal ou même d'une manière encore plus haute. Dès lors, il sera possible de percevoir la Lumière qui entoure les mondes.
Le sommet sera atteint après la résurrection des morts. Ce sera alors la plus haute plénitude de ce monde, dans lequel se révélera l'Essence de Dieu.
Après avoir exposé la signification de la résurrection des morts, nous en préciserons les différents aspects, en fonction des explications que donnent nos Sages, à ce propos.
* * *
2. Voici une définition de la résurrection des morts.
Son temps. La Michna enseigne que le reconstruction du Temple précédera le rassemblement des exilés(17), lequel interviendra avant la résurrection. C'est également ce que dit le Zohar.
Son lieu. Les âmes des morts, qu'ils soient enterrés en Terre Sainte ou à l'extérieur de celle-ci, retrouveront leur corps en Erets Israël.
Comment l'établir? Le traité Ketouvot 111a enseigne: "Rabbi Eléazar dit: les morts enterrés à l'extérieur d'Erets Israël ne revivront pas, car cette résurrection peut uniquement se dérouler dans un pays portant Mon sceau. Rabbi Eléazar peut-il réellement envisager que ces morts ne revivraient pas? Selon Rabbi Ilaa, il veut dire que leur corps rouleront vers Erets Israël et, là, ils revivront. Mais, n'en résultera-t-il pas une douleur pour les Justes? Abbayé explique: Des tunnels seront creusés pour eux, sous la terre, qui les conduiront vers Erets Israël(18), où ils sortiront de la terre".
Ainsi, si les Justes enterrés à l'extérieur d'Erets Israël revivront, il faut en conclure que, selon Rabbi Eléazar, la résurrection se fera, non pas à l'endroit de la mort et de l'enterrement, mais précisément en Erets Israël. Dès lors, les morts qui seront parvenus là par les tunnels pourront, eux aussi, être considérés comme s'ils avaient été enterrés dans ce pays, car c'est là que leur âme s'introduira dans leur corps, comme nous le montrerons.
Il en résulte que le lieu de l'enterrement ne semble pas déterminant pour la résurrection et l'on peut en conclure que, même d'après l'avis de Rabbi Eléazar, ceux qui auront été enterrés en dehors d'Erets Israël revivront également. Le Chneï Lou'hot Haberit développe ce même avis. Néanmoins, des tunnels seront creusés pour les Justes, afin de leur éviter toute souffrance, ce qui n'est pas dit à propos des autres. En tout état de cause, tous viendront en Terre Sainte, où ils seront considérés comme des morts d'Erets Israël et, là, ils revivront(19).
Ainsi, Rabbi Eléazar adopte l'avis de la Michna selon laquelle "tous les Juifs ont part au monde futur" et l'on peut ainsi répondre à la question posée par le traité Sotta 5a.
Dans le traité Ketouvot, Rabbi Abba Bar Mamal discute l'opinion de Rabbi Eléazar et affirme que l'on revivra également à l'extérieur d'Erets Israël. Néanmoins, plusieurs autres Sages, dans ce passage, adoptent la position de Rabbi Eléazar ou argumentent sur la base de celle-ci. Il faut en conclure qu'elle est retenue par la Hala'ha(20), en fonction des principes d'interprétation du Talmud qui sont établis(21).
Qui aura part à la résurrection? Tous les Juifs auront part au monde futur, c'est-à-dire à la résurrection. Le traité Sanhédrin 90a exclut celui qui rejette la définition, telle qu'elle est donnée par la Torah, de cette notion de résurrection. Le Rambam traite longuement de cette question.
On consultera également la rubrique "réponses et éclaircissements" du présent numéro(22), et des numéros 6 et 7, dont je ne répéterai pas les explications(23).
Les âmes qui ont connu une vie antérieure et les corps. Le Zohar rapporte l'interrogation suivante: "Rabbi 'Hizkya dit: Si tous les corps du monde se dressent et sortent de la terre, qu'adviendra-t-il de ceux dont l'âme habitait auparavant un autre corps?". Le Ari Zal explique: "Au cours de sa première vie, une âme a pu ne pas réaliser la mission qui lui était confiée. Ce corps revivra donc avec la partie de l'âme qui a trouvé l'élévation en lui. Par la suite, cette âme aura connu une seconde vie pour réparer ce qui a manqué à la première et le second corps revivra donc avec la deuxième partie de l'âme"(24).
Ainsi, plusieurs personnes posséderont alors une parcelle d'âme et non une âme entière, mais cela n'a rien de surprenant.
En effet, il faut savoir qu'une partie de l'âme porte en elle tout ce qui la constitue et, de ce fait, elle peut exister de manière autonome, tout en demeurant une parcelle d'une âme plus large(25).
Bien plus, l'ensemble des âmes ne sont elles-mêmes que des parcelles de l'âme d'Adam, le premier homme, comme l'indiquent nos Sages, en allusion, dans le Midrach Chemot Rabba. C'est pour cela que, durant la formation du corps d'Adam, le Saint béni soit-Il put lui montrer tous les Justes qui devaient descendre de lui, désignant ceux qui dépendaient de sa tête ou de ses cheveux. On consultera les chapitres 2 et 37 du Tanya, le chapitre 7 d'Igueret Hakodech et d'autres textes encore.
<p><b>De quelle manière se passera la résurrection?</b> Le Midrach Béréchit Rabba dit: "L'homme reviendra tel qu'il est parti. S'il était aveugle, sourd ou muet, il reviendra ainsi. S'il était habillé, il reviendra ainsi. Le Saint béni soit-Il dit: Qu'ils reviennent tels qu'ils sont partis et Moi, Je les guérirai".
Que signifie "s'il était habillé"? Le Yerouchalmi Ketouvot dit: "Il a été enseigné, au nom de Rabbi Nathan, que le vêtement avec lequel l'homme descend en enfer en remontra avec lui". Les Tossafot, au traité Ketouvot 11b, précisent: "Il y a une controverse, à ce propos. Selon Rabbi, les morts revivront avec les vêtements qu'ils avaient l'habitude de porter, de leur vivant"(26).
Le Zohar dit: "Lorsque les Juifs se lèveront de la poussière, il y aura parmi eux, de nombreux boiteux et de nombreux aveugles. Alors, le Saint béni soit-Il fera briller le soleil pour les guérir". De même, dans le traité Nedarim 8b, nos Sages disent: "Dieu extraira le soleil de son écrin et les Justes seront guéris".
<p><b>Dans quel ordre se déroulera la résurrection.</b> Le Yerouchalmi Kelaïm et le Zohar disent: "Les morts d'Erets Israël revivront les premiers, puis viendront ceux des autres pays(27). Ensuite, ce sera la génération du désert(28) et, selon un avis, les Patriarches. Rabbi Chimeon dit: Il y aura d'abord les morts d'Erets Israël, puis ceux des autres pays et, enfin, ceux qui reposent à 'Hévron(29)".
Le Avkat Ro'hel explique pour quelle raison les Patriarches revivront les derniers. En effet, ceux-ci s'empliront aussitôt de joie, en voyant que leurs enfants ont quitté leur tombeau, que le pays est empli de justes et d'hommes vertueux.
Selon le Zohar, les Justes revivront les premiers, puis viendront les autres hommes. Les érudits de la Torah revivront les premiers, puis sera le tour de ceux qui se distinguent par leur pratique des Mitsvot. Le Midrach rapporte que les morts revivront et seront appelés dans l'ordre alphabétique de leurs noms. Il précise, néanmoins, que les plus humbles revivront les premiers.
</p><p><b>Les contemporains de la résurrection</b>. Rabbi Saadya Gaon constate que les versets de la Torah et les enseignements de nos Sages ne disent rien de ceux qui vivront lors de la résurrection. C'est pour cela que plusieurs avis existent, à ce propos.
Mais, à l'heure actuelle, le Zohar nous a été révélé, qui dit: "Jusqu'alors, la mort sera le résultat de l'emprise des forces du mal. Mais, à cette époque, elle sera l'application du verset «C'est Moi qui donne la mort et la vie». En ce temps-là, tous ceux qui n'auront pas encore connu la mort la recevront donc de Dieu et ils revivront immédiatement. Pourquoi cela? Afin que rien ne subsiste de l'impureté du monde, afin que soit bâti un monde nouveau, oeuvre des Mains du Saint béni soit-Il"(30).
</p><p><b>Les détails de la résurrection</b>. C'est le même corps qui revivra, puisqu'il est écrit "tes morts revivront" et non "tes morts seront recréés". En effet, un os(31) du corps est immuable et, lors de la résurrection, Dieu l'amollira avec de la rosée. Il deviendra alors comme de la pâte et c'est à partir de lui que l'on pourra reconstruire le corps. C'est ce qu'explique le Zohar, 2, 28b et 3 169a.
</p><p><b>Y aura-t-il un jugement après la résurrection?</b> On trouve, en réponse à cette question, trois avis:
1. Il y aura, après la résurrection, le "jour du grand jugement". Alors, chaque homme sera jugé en fonction de ses actions. C'est, en particulier, l'avis du Ramban, dans son Chaar Haguemoul.
2. Chaque homme est jugé tout de suite après sa mort. Il n'y aura donc pas lieu de prévoir un autre jugement, après la résurrection. Certes, différents textes font allusion au "grand jugement" qui se déroulera durant cette période. Mais, il faut comprendre cette expression comme faisant allusion au châtiment, à la punition(32). Tel est l'avis de Rabbi Its'hak Abravanel, dans son Mayaneï Hayechoua, huitième source, septième palmier.
3. Le Ari Zal dit: "Tu pourrais te poser la question suivante. Cette âme a été expiée par Yom Kippour, a subi des souffrances qui ont parachevé cette expiation. Puis, elle a connu des vies ultérieures. Pourquoi, après tout cela, devrait-elle être jugée encore une fois? Il faut en conclure que le "jour de grand jugement" concerne uniquement les autres nations".
Le Nichmat 'Haïm cite ce passage du Ari Zal et ajoute: "Et qu'en sera-t-il de ceux qui seront morts peu avant la résurrection et n'auront pas encore expié leurs fautes par une réincarnation ou par des souffrances? Je répondrai qu'en toute logique, la date à laquelle leur jugement interviendra fera qu'au lieu de recevoir une punition s'appliquant pendant une période longue, on leur en infligera une particulièrement lourde, dont la gravité se substituera à la durée. Ainsi, ils auront également part au monde futur. Mais, toutes ces notions restent profondément cachées et heureux celui qui en a connaissance".
Il examine également les différents avis précédemment cités, les preuves que l'on peut citer à leur appui et les objections que l'on peut soulever. Le Midrach Talpyot rapporte ces explications.
</p><p><b>La vie après la résurrection.</b> Dans le monde futur, après la résurrection(33), on ne mangera pas et l'on ne boira pas. Il n'y aura plus de naissances, plus d'activités commerciales, plus de jalousie, plus de haine, plus de rivalité. Les Justes(34) seront assis, portant une couronne sur la tête et ils percevront le reflet de la Présence divine, selon le traité Bera'hot 17a. Ils ne mourront plus, selon le traité Sanhédrin 92a et vivront éternellement(35).
</p><p><b>Notes</b>
(1) Cette lettre fut imprimée dans le neuvième numéro du Kovets Loubavitch, consacré à la période du "12 Tamouz au 18 Elloul 5705", qui fut édité en Chevat 5706. Il y a donc lieu de penser qu'elle fut écrite à la fin de 5705 ou au début de 5706.
</p><p>(2) Cette lettre est adressée à monsieur El'hanan Cohen, de New York. Voir, à ce propos, la lettre n°189.
</p><p>(3) Le Rabbi note, en bas de page: "Il est expliqué, en différents endroits, que, la Torah et les Mitsvot ayant été accomplies simultanément par le corps et l'âme, la récompense et la punition doivent donc également leur être conjointement attribuées. Mais, ceci ne répond qu'à l'aspect le plus accessoire de la question posée, pourquoi est-il différents niveaux de récompense. La question essentielle est, en réalité, la suivante: pourquoi le sommet du bien se révèle-t-il lorsque l'âme se trouve dans le corps? Ce qui vient d'être dit ne permet pas d'y répondre."
</p><p>(4) Le Rabbi note, en bas de page: "On consultera le commentaire de la Michna du Rambam, qui approfondit l'analyse, à ce propos".
</p><p>(5) Le Rabbi note, en bas de page: "Une lettre de mon beau-père, le Rabbi Chlita, imprimée dans Hatamim, explique cette notion".
</p><p>(6) Le Rabbi note, en bas de page: "Voir le chapitre 36 du Tanya. Le Zohar et le Ets 'Haïm donnent une autre explication. Un discours 'hassidique de 5702 en donne la raison".
</p><p>(7) Le Rabbi note, en bas de page: "Voir, à ce propos, le Midrach Tan'houma, à la Parchat Nasso".
</p><p>(8) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Likouteï Torah, au discours intitulé "vous respecterez Mes Chabbats", paragraphe 3, explique longuement tout cela".
</p><p>(9) Du fait de la faute, tant qu'ils n'accèdent pas à la Techouva.
</p><p>(10) Un Juif. Celui-ci possède, en effet, le libre arbitre pour tout ce qui le concerne, ainsi qu'il est dit "tout est dans les mains de Dieu, sauf la crainte de Dieu". Or, pour un Juif, chaque pensée, chaque parole et chaque action doivent être liées au service de Dieu, à Sa crainte. Le libre choix lui est donc accordé. A l'opposé, un non-Juif possède le libre arbitre pour tout ce qui est lié à l'accomplissement des sept Mitsvot des descendants de Noa'h. Dans tous les autres domaines, en revanche, il n'est pas libre de ses choix. Enfin, toutes les autres créatures ne possèdent aucun libre arbitre.
</p><p>(11) Le Rabbi note, en bas de page: "On consultera également le Midrach Béréchit Rabba 12, 6 et, de manière plus détaillée, le Avodat Hakodech 2, 38".
</p><p>(12) Le Rabbi note, en bas de page: "L'Admour Hazaken cite plusieurs preuves, à ce propos, dans Igueret Hakodech 26. Je ne peux comprendre les propos du Ramban, dans son commentaire de la Torah, Devarim 30, 6. Il indique aussi qu'Adam, le premier homme, ne serait pas récompensé pour les six Mitsvot qu'il accomplit avant la faute. Il cite le traité Chabbat 151a, mais l'on consultera le commentaire que Rachi donne de ce texte, de même que les notes du Yaabets. Peut-être est-il possible d'expliquer les propos du Ramban par le fait que l'on parle parfois de "période du Machia'h" à propos de la résurrection. C'est donc de cette dernière période qu'il parlerait, mais cette explication est difficile à accepter".
</p><p>(13) Le Rabbi note, en bas de page: On consultera le long développement que donnent, à ce propos, le Torah Or et le Torat Chmouel. C'est également ce que dit le Rambam, dans le Michné Torah, mais il développe, dans ce domaine, sa position, établie par ailleurs, selon laquelle la période du Machia'h se distinguera de l'époque actuelle uniquement par le fait qu'alors disparaîtra l'assujettissement aux nations. En effet, il n'adopte pas l'avis développé par le traité Chabbat 151a. Mais, ce n'est pas ici le lieu de cette discussion".
</p><p>(14) Le Rabbi note, en bas de page: "Selon le traité Nidda 61b, d'après l'interprétation des Tossafot. Le Rachba, en revanche, considère que les Mitsvot ne seront pas abolies, dans le monde futur. On consultera également le Chaareï Hatechouva, de l'Admour Haémtsahi. Le fait que la disparition des Mitsvot intervienne après la résurrection et non pendant la période du Machia'h permet de répondre à de nombreuses objections soulevées par le Maharats 'Hayot, dans ses notes sur le traité Nidda".
</p><p>(15) Le Rabbi note, en bas de page: "Par le Rambam, Igueret Hakodech, le Likouteï Torah et les responsa Hechiv Moché".
</p><p>(16) Le Rabbi note, en bas de page: "La suite de ce développement est basée sur les explications de la 'Hassidout 'Habad".
</p><p>(17) Le Rabbi note, en bas de page: "Voir, à ce propos, le traité Bera'hot 49a, le Midrach Tan'houma, le Rambam et une lettre du Rabbi Rachab imprimée dans le Kovets Mi'htavim 1, 23."
</p><p>(18) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Zohar dit: Comment le corps sera-t-il conduit en Erets Israël? Rabbi Its'hak dit: L'ange Gabriel s'en chargera".
</p><p>(19) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Zohar en donne la raison, qui dit: Ces morts, à qui Dieu restituera une âme, pourquoi ne les fera-t-Il pas revivre à l'endroit où ils ont été enterrés? Pourquoi devront-ils être conduits en Erets Israël? Parce que Dieu fit le serment que Jérusalem se maintiendrait pour l'éternité. Ils ne recevront donc leur âme que dans un endroit éternel, afin que sa présence dans le corps soit immuable. Or, tout Erets Israël fait partie de Jérusalem".
</p><p>(20) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Noda Bihouda tranche la Hala'ha selon l'avis de Rabbi Abba, sans justifier sa position, ce qui est surprenant car Rabbi Abba est un avis unique, auquel s'opposent Karna, Rabbi 'Hanina, le frère de Rabba. De même, Rabba et Ilfa adoptent la position de Rabbi Eléazar. Rabbi Ilaa et Abbayé discutent sur la base de cette position. Le Yerouchalmi, le Midrach Béréchit Rabba et le Zohar disent aussi que ceux qui sont enterrés en dehors d'Erets Israël revivront dans ce pays, après que leur corps y ait été conduit, selon l'avis de Rabbi Eléazar et non de Rabbi Abba. Le Ramaz, dans son commentaire du Zohar, dit: "Ils revivront, dans un premier temps, là où ils ont été enterrés, avec l'âme qu'ils possédaient dans ce monde. Puis, ils traverseront les tunnels, ce qui leur imposera une souffrance. Ils parviendront ensuite en Erets Israël, où ils recevront une âme nouvelle, qui sera leur couronne merveilleuse". Or, le Ramaz explique ainsi l'avis de Rabbi Its'hak, puisque le Zohar dit: "C'est lorsque le corps se trouvera en Erets Israël que l'âme s'introduira en lui. Qui conduira le corps en Terre Sainte? Rabbi Its'hak dit: Ce sera l'ange Gabriel. Les corps revivront sans âme jusqu'à ce qu'ils soient transférés en Erets Israël. C'est là qu'ils recevront une âme". En conclusion, je ne puis comprendre, à mon humble niveau, les propos du Noda Bihouda. Celui-ci demande, du reste, pourquoi les maîtres des Tossafot ne se sont pas installés en Erets Israël si c'est seulement là que la résurrection est possible et il répond, citant son fils, qu'il n'y a plus de Mitsva d'habiter en Erets Israël, à l'époque actuelle, puisque l'on ne peut respecter les Mitsvot spécifiques à ce pays. Je ne comprends pas cela non plus. En effet, la possibilité de revivre et la Mitsva d'habiter en Erets Israël sont totalement indépendantes l'une de l'autre, puisque l'on se rend en Erets Israël uniquement pour y revivre. C'est, du reste, pour cette raison que Yaakov et Yossef ont tant voulu être enterrés en Erets Israël. Peut-être, selon le Noda Bihouda, les maîtres des Tossafot n'ont-ils pas voulu s'installer en Erets Israël à cause de la difficulté d'appliquer, à l'époque actuelle, les Mitsvot spécifiques à la Terre Sainte. Il n'est cependant pas facile de trouver cette explication dans la formulation du Noda Bihouda."
</p><p>(21) Le Rabbi note, en bas de page: "Selon certains, ces principes s'appliquaient uniquement à l'époque des Sages. Ceci n'empêche pas de les respecter chaque fois que cela est possible. De plus, cette affirmation porte vraisemblablement sur le fait d'adopter l'avis de tel ou de tel autre Sage. En effet, on savait, à l'époque, quel était le domaine de prédilection de chacun. Ainsi, deux Sages formant une paire peuvent, néanmoins, avoir chacun une compétence plus particulière. Rav Chechet et Rav Na'hman, par exemple, formaient une paire et l'on sait que l'avis de Rav Chechet est retenu pour les interdits et celui de Rav Na'hman, pour les jugements. Le Roch explique que Chmouel avait l'habitude de rendre le jugement et que son avis était donc particulièrement autorisé, en la matière. De même, Rav avait coutume de déterminer ce qui est permis et ce qui est interdit. On s'en remettait donc à son opinion. On peut en conclure que les principes énoncés se limitent à ce domaine. A l'opposé, ceux qui sont basés sur la logique, comme, par exemple, le fait d'adopter l'avis majoritaire, s'appliquent en tout état de cause".
</p><p>(22) Du périodique Kovets Loubavitch, pour lequel le Rabbi écrivit cette lettre. Voir, à ce propos, la lettre n°85.
</p><p>(23) Le Rabbi note, en bas de page: "Je viens de consulter le Midrach Talpyot qui, citant Rabbénou Be'hayé et le Rikanaty, dit: Cela veut dire qu'ils n'ont pas une part spécifique au monde futur. Ils pourront, néanmoins, bénéficier des trésors de Tsédaka gardés pour ceux qui n'auront pas le mérite d'y prendre part".
</p><p>(24) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Ramaz, dans son commentaire du Zohar, cite les propos du Ari Zal et explique qu'à celui qui n'aura pu assumer la mission qui lui était confiée, Dieu donnera, lors de la résurrection, une âme nouvelle, à titre de bienfait. S'il accomplit alors les Mitsvot, il se maintiendra dans le monde, grâce à cette âme. Si ce n'est pas le cas, il deviendra poussière sous la plante des pieds des Justes".
</p><p>(25) Le Rabbi note, en bas de page: "Ce n'est pas ici l'occasion d'expliquer cela par le détail et je me contenterai uniquement d'un exemple. L'homme qui a éprouvé un profond amour de Dieu et a donc assuré l'élévation de la partie de son âme liée à ce sentiment revivra avec cette seule partie. Pour autant, il pourra, grâce à elle, méditer à la grandeur de Dieu et mettre en pratique la Mitsva d'avoir conscience de Son existence. Il pourra également éprouver la crainte de Dieu. Néanmoins, il fera tout cela parce qu'il aime Dieu et veut mettre Sa Volonté en pratique. Plus profondément, on peut dire également que son amour pour Dieu le conduit à vouloir connaître Celui qu'il aime, à craindre d'être séparé de Lui. Nos Sages disent ainsi, au traité Sotta 31a, que la crainte de Dieu qu'éprouvait Avraham était motivée par son amour pour Lui, ainsi qu'il est dit: «la descendance d'Avraham qui M'a aimé»".
</p><p>(26) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Radal discute ce point, dans son commentaire des Pirkeï des Rabbi Eliézer 33, 77".
</p><p>(27) Le Rabbi note, en bas de page: "Une discussion oppose nos Sages pour savoir combien de temps s'écoulera entre les différentes phases de la résurrection. On consultera, à ce propos, le Zohar, le commentaire de Rabbi Avraham Ibn Ezra, les responsa du Radbaz, citant le Ritva".
</p><p>(28) Le Rabbi note, en bas de page: "C'est l'avis de Rabbi Yo'hanan. Une autre référence du Zohar, par contre, indique que les morts de la génération du désert revivront les premiers. Ce texte va à l'encontre du Talmud, Babli et Yerouchalmi, pour lequel les morts d'Erets Israël revivront les premiers. En tout état de cause, selon ces deux opinions, la génération du désert, aura bien part au monde futur".
</p><p>(29) C'est-à-dire les Patriarches. Le Rabbi note, en bas de page: "Le Avkat Ro'hel cite également l'avis de Rabbi Yochoua Ben Menassya, qui adopte l'ordre suivant, ceux qui reposent à 'Hevron, les morts d'Erets Israël et ceux des autres pays. Cette opinion va à l'encontre de ce qui vient d'être dit. Du reste, je n'ai trouvé aucun autre texte mentionnant l'avis de ce Sage. Peut-être s'agit-il, en fait, de Rabbi Chimeon Ben Menassya. Le traité Bera'hot 10a parle de Rabbi Yehouda Ben Menassya, mais celui-ci est un Sage de la Guemara et non de la Michna".
</p><p>(30) Le Rabbi note, en bas de page: "Le Maavar Yabok conteste cette affirmation et l'on consultera, à ce propos, les causeries du Torat Chalom".
</p><p>(31) Le Rabbi note, en bas de page: "Il est expliqué, par ailleurs, qu'il subsistera des restes du corps. Mais, le Avkat Ro'hel considère qu'aucune différence ne peut être faite sur cette base. Le Midrach situe cet os dans la colonne vertébrale et, selon certains, il se trouve à l'emplacement du noeud des Tefilin. Pour d'autres, il s'agit de la vertèbre la plus inférieure".
</p><p>(32) Qui sera alors infligée à l'homme, en fonction du verdict prononcé durant le jugement qui a eu lieu après la mort.
</p><p>(33) Le Rabbi note, en bas de page: "C'est l'avis de Rabbi Saadya Gaon, du Rabad, du Ramban, de Rabbénou Meïr Ben Todros Halévi dans le Avodat Hakodech, du Chneï Lou'hot Haberit et de l'Admour Hazaken qui contestent tous l'avis du Rambam, selon lequel il en est ainsi dans le monde des âmes. Après la résurrection, on ne mangera plus et l'on ne boira plus. Dès lors, quel est le festin que Dieu organisera alors pour les Justes? Pour la plupart des commentateurs, il s'agit pourtant bien d'un repas matériel. C'est l'avis de Rabbi Saadya Gaon, du Rachba, du Ramban, de Rabbénou Be'hayé, du Raban, de Rabbi Avraham Ibn Ezra, du Rabad, du Avodat Hakodech, du Maharcha et de l'Admour Hazaken, dans le Likouteï Torah. Pour le Rambam, en revanche, il n'y a là qu'une image. En revanche, il n'en écarte pas le sens simple et le Ramban écrit: "Il nous a été dit que le maître prêtait foi au Midrach et à la Aggada, que tout se passera comme ces textes le disent, qu'il y aura un festin, avec le vin vieux et le Léviathan". Ceci répond à l'objection soulevée par le Rabad contre le Rambam. Ce repas aura lieu pendant la période du Machia'h ou bien au début de celle de la résurrection. Selon le Likouteï Torah, elle se passera lorsque les Justes porteront déjà leur couronne, c'est-à-dire, lorsque la nourriture aura disparu, selon l'avis de nos Sages. Il faut en conclure que l'affirmation selon laquelle on ne mangera pas et l'on ne boira pas dans le monde futur a uniquement pour but de distinguer ce stade de la période actuelle. A présent, les aliments sont le moyen d'affermir le lien entre le corps et l'âme, alors que, dans le monde futur, un reflet de la Présence divine permettra de le faire et suffira à nourrir le corps physique. Néanmoins, les Justes pourront encore prendre part à un repas matériel, qui n'aura cependant pas pour objet d'alimenter leur corps." Le Rabbi renvoie également à la lettre n°163, qui traite du même sujet.
</p><p>(34) Et il est dit que "tout Ton peuple est constitué de Justes". Chaque Juif recevra donc la révélation de la Lumière céleste. Néanmoins, il est dit que "Tous Me connaîtront, du plus petit ou plus grand". L'Essence de Dieu pourra alors être perçue par tous. Toutefois, on continuera à distinguer des "plus petits" et des "plus grands", en fonction des accomplissements dans ce monde, de "nos actions et nos réalisations pendant toute la durée de l'exil", selon l'expression du Tanya.
</p><p>(35) Le Rabbi note, en bas de page: "Les références, à ce propos, ont été indiquées dans les notes précédentes."
</p>
Lettre n°201
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°201, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mardi 23 Mar'Hechvan 5706,
Brooklyn, N. Y.,
Au très honorable 'Hassid, craignant Dieu et se consacrant à
Son service, le Rav Y.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre de la fin de la semaine dernière, à laquelle était joint un chèque de quarante et un dollars, pour les abonnements à la version Yiddish et à la version anglaise des Conversations avec les jeunes, selon la liste que vous nous avez adressée. Nous envoyons immédiatement à ces nouveaux abonnés les parutions de Tichri et de Mar'Hechvan.
Concernant des livres de 'Houmach, il est possible d'acquérir celui de Béréchit, avec le commentaire de Rachi, pour un prix variant entre 41 et 45 cents. Si cette édition vous intéresse et si vous acceptez ce prix, nous acceptons de les acheter et de vous les envoyer.
Nous conclurons par des paroles de la Torah. La Paracha de la semaine dernière(2) se concluait par le verset: Il avait une concubine, qui s'appelait Reouma. Celle-ci enfanta Téva'h, Gua'ham, Ta'hach et Maa'ha. Lorsque ce verset est enseigné aux enfants, on a coutume d'expliquer que Maa'ha est le nom de la fille de cette concubine(3), mais je me suis aperçu que cette interprétation est contestée.
En effet, j'ai pu constater que ce verset reçoit trois interprétations: 1. Selon le Ramban, il rapporte toutes les nouvelles qui furent relatées à Avraham. 2. Selon le Sforno, il indique que sa concubine enfanta Maa'ha qui aurait pu épouser son fils(4), s'il n'avait pas choisi Rivka. 3. Rachi explique qu'une comparaison est ainsi faite entre tous les descendants d'Avraham, les huit fils d'épouses et les quatre fils de concubines(5). Ce commentaire est basé sur le Midrach Béréchit Rabba qui, selon sa formulation, semble signifier que les enfants des concubines sont directement liés à leur mère. Ceci peut être comparé à ce que l'on dit à propos de Hagar, Bilha et Zilpa. Néanmoins, l'analogie n'est pas parfaite, car ces dernières étaient des servantes(6). L'analyse, à ce propos, doit être approfondie.
Selon le Sforno, Maa'ha est donc un nom de femme. A l'opposé, pour Rachi, commentateur le plus éminent, se basant en outre sur le Midrach, Maa'ha est un fils. Si ce n'était le cas, il y aurait dû avoir une autre fille dans la famille de Na'hor, correspondant à Dina(7). J'ai également pu vérifier que le Séder Hadorot définit clairement Maa'ha comme le fils de Na'hor.
Il semble donc que l'habitude de considérer Maa'ha comme une fille est un écart par rapport à ce qu'indique, à l'évidence, le commentaire de Rachi. En étudiant les Prophètes et les Ecrits saints, on rencontre, en effet, Maa'ha comme nom féminin, puisque tel était celui de l'épouse de David et de celle de Ré'hovoam, selon le commentaire de Rachi sur les Chroniques 13, 2.
Mais, l'on rencontre également Maa'ha comme nom masculin dans les Chroniques 11, 43; 23, 16, car il est difficile de penser que chacun était appelé par le nom de sa mère(8). Néanmoins, plusieurs noms sont portés à la fois par des femmes et par des hommes, comme le dit Rabbi Avraham Ibn Ezra, dans son commentaire de la Torah, à la fin de la Parchat Vaychla'h et l'on consultera le commentaire du Ramban, à la même référence.
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(9)
Notes
(1) Le Rav Yossef Flyer. Voir la lettre n°58. (2) Celle de Vayéra. (3) Alors que les précédents sont des fils. (4) C'est-à-dire Its'hak. (5) Les enfants de Yaakov, fils d'Its'hak. L'équivalent existait chez les descendants d'Ichmaël. (6) Et non des concubines. (7) Puisque les descendants d'Itshak et d'Ichmaël devaient se correspondre, comme on l'a vu. (8) Lorsque l'on emploie l'expression fils de. (9) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°202
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°202, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
12 Kislev 5706,
Brooklyn, New York,
Au très cher monsieur Tsadok Rivkin,
à qui Dieu accordera une longue et bonne vie,
Je vous salue et vous bénis,
Nous avons le plaisir de vous annoncer que, malgré les énormes difficultés dernièrement rencontrées, du fait de la grève et de l'impossibilité de se procurer du papier, nous sommes parvenus à faire imprimer, pour nos frères d'Europe(1), les Sidourim pour lesquels vous avez apporté votre contribution en assurant le financement de la première édition.
Par envoi séparé, nous vous avons adressé quelques Sidourim. Ces jours-ci, doit intervenir le premier envoi de Sidourim dans les camps de réfugiés, en Europe.
Il est inutile de préciser l'immense Mitsva que vous avez accomplie en finançant l'impression de ces Sidourim pour nos frères, qui sont des martyrs. Imaginez que, plusieurs fois par jour, lorsqu'ils prieront, mangeront, réciteront des bénédictions, ils feront usage de ce Sidour et se diront alors qu'ils doivent exprimer leur reconnaissance à un Juif du nom de Tsadok Rivkin, résidant dans la lointaine ville de New York, qui leur a donné la possibilité de prier, d'implorer Dieu comme ils l'ont toujours fait, comme l'on fait leurs parents et leurs grands-parents avant eux. Bien plus, dans certaines écoles, des dizaines d'enfants utilisent également ces Sidourim comme livres d'étude.
Le traité Baba Kama 92b donne, du verset (Chemot 23, 25) vous servirez l'Eternel votre Dieu, la lecture suivante: Comment servir l'Eternel? Par la prière, c'est-à-dire par le Chema Israël et la Amida.
Nous formulons des voeux pour que le mérite d'avoir donné à des milliers de Juifs la possibilité de servir Dieu vous protège, afin que s'accomplissent en vous les termes de ce même verset, Il bénira ton pain et ton eau. Je supprimerai la maladie de ta proximité. J'emplirai le nombre de tes jours. Vous serez en bonne santé et vous aurez une longue et bonne vie.
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(2)
Notes
(1) Il s'agit des rescapés de la Shoa, qui se trouvaient encore dans des camps de transfert. (2) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°203
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°203, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Vendredi 18 Kislev 5706,
A notre ami qui craint Dieu et dont les accomplissements
sont nombreux, le Rav Y.L. Halévi(1),
Je vous salue et vous bénis,
Vous êtes, à l'heure actuelle, la seule personne de votre ville(2) que nous connaissons. Nous connaissons votre dévotion à l'éducation la plus pure, dans votre ville, en général et aux écoles qui sont sous la présidence de mon beau-père, le Rabbi Chlita, en particulier. C'est pour cela que nous nous adressons à vous et formulons la requête suivante.
Vous savez sans doute que nous avons donné notre accord, l'an dernier, pour l'ouverture d'une école pour filles, Beth Rivka ou Beth Sarah, à Dorchester, sous la direction du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h. Nous avons décidé de nous en remettre à nos amis qui, sur place, devaient assurer le financement de cette école, afin qu'elle soit autonome. Nous avons accepté d'accorder à cette école, sous forme de prêt, une somme qui constituait une partie de son budget, afin que les enseignants puissent être payés en leur temps.
Le laps de temps qui s'est maintenant écoulé aurait dû permettre d'assurer la couverture financière de cette école. Malheureusement, nous recevons un compte rendu uniquement des dépenses et nous ne constatons ni la présence de recettes ni la manifestation d'un intérêt pour remédier à cet état de fait.
Le budget de cette école n'est pas très important. Si l'on tient compte des frais de scolarité payés par les élèves, il devrait être aisé de se procurer le montant nécessaire, surtout avec l'aide de l'association féminine créée pour cette école ou d'une autre manière.
En tout état de cause, vous devez savoir que le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h n'a pas les moyens d'envoyer leur salaire aux enseignants sans recevoir, en contrepartie, la somme correspondante de votre part.
Vous conviendrez sûrement que la responsabilité de l'éducation des filles est particulièrement importante, ainsi qu'il est dit la sagesse des femmes bâtit leur maison. Vous consulterez, à ce propos, le Midrach Chemot Rabba, au chapitre 28, selon lequel le don de la Torah fut rendu possible grâce aux femmes. Le maintien de ces écoles et la réussite de la formation qu'elles dispensent à leurs élèves dépend, pour une large part, de l'existence d'une institution assurant une bonne éducation pour les filles.
Nous vous serions obligés, malgré vos nombreuses occupations, de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour assurer la couverture financière de cette école de filles. Nul autre que vous ne peut diriger cette opération et Dieu vous a donc assurément confié cette mission. En conséquence, vous disposez des forces spirituelles nécessaires pour la mener à bien.
Nous attendons, de votre part, une réponse rapide et nous vous souhaitons tout le bien, à l'occasion de la fête de la libération(3) qui approche.
Notes
(1) Le Rav Yehouda Leïb Horovits. Voir les lettres n°87 et 366. (2) Dorchester, quartier de Boston. (3) Du 19 Kislev.
Lettre n°204
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°204, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
18 Kislev 5706,
Brooklyn, New York,
Au très cher monsieur Dov Ber Padower(1),
Je vous salue et vous bénis,
Nous avons bien reçu votre don pour le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h et vous trouverez ci-joint un reçu.
J'exprime le souhait que votre intérêt pour le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h se poursuive à l'avenir. Vous vous efforcerez de lui venir en aide non seulement physiquement et financièrement, mais aussi en exerçant votre influence auprès de vos proches et de vos amis, afin de leur conférer un mérite et de les motiver pour cette cause.
Le verset dit que l'homme est tel l'arbre du verger. Or, la moindre modification, même insignifiante, subie par la graine entraîne une transformation radicale de l'arbre auquel elle donnera naissance. Et, il en est de même pour l'éducation d'un enfant.
C'est pour cela que chaque effort pouvant être investi dans l'éducation d'un enfant est largement justifié. Combien plus est-ce le cas lorsqu'il s'agit de rectifier un élément fondamental, susceptible de transformer toute l'existence de l'enfant.
Il est une certitude que l'effort et l'action menée avec sincérité sont toujours couronnés de succès.
Avec ma bénédiction et mes respects,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(2)
Notes
(1) Voir la lettre n°175. (2) Du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h.
Lettre n°205
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°205, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
21 Kislev 5706,
Au grand Rav, 'Hassid qui craint Dieu, d'une immense
érudition, le Rav M.D.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je vous renvois par la présente(2) le manuscrit du Rav Ch. Sofer, présentant des commentaires 'hassidiques du Rabbi Maharach, dont vous avez souhaité faire une photographie. Je vous joins également un exemplaire de livres qui ont été imprimés selon ce procédé.
Il est assurément inutile de vous décrire la grande importance de tout cela et la satisfaction de l'auteur de ces discours 'hassidiques qui, grâce à votre prêt, vont enfin parvenir à des milliers de personnes qui les étudieront et les consulteront.
Or, à chaque étude et à chaque consultation, les lèvres du Juste murmurent dans son tombeau, comme l'expliquent les Tossafot, au traité Yebamot 96b. Qui peut se comparer au roi David qui souhaitait tant que l'on répète son enseignement? Ainsi, considérait-il, il pourrait avoir part aux deux mondes(3) et ses lèvres murmureraient(4).
En toute chose, Dieu agit mesure pour mesure(5). Il est donc certain, tout comme le Juste a part aux deux mondes, que la récompense de ceux qui investissent leurs efforts sera également double, spirituelle et matérielle à la fois, avec tout le bien physique et moral.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Puisque nous évoquons ce sujet, nous en profiterons pour le commenter. Nos Sages rapportent que certains désirèrent tout particulièrement que leurs explications soient répétées en leur nom, par exemple le roi David, Rabbi Yo'hanan, l'un et l'autre mentionnés par le traité Yebamot, Rav Chéchet, cité par le traité Be'horot 31b et Rabbi Its'hak, par le Zohar. Dans l'introduction du Divreï Né'hémya, le fils de l'auteur explique pourquoi leur nom doit être rappelé(6). On pourrait soulever une objection contre ses propos, mais ce n'est pas ici l'occasion de le faire.
On peut, peut-être, expliquer pourquoi la nécessité de résider dans Ta tente pour l'éternité les motiva, tous les quatre, plus que tout autre:
A) David tenta, par tous les moyens, d'expier sa faute et d'établir, aux yeux de tout Israël, qu'elle avait bien été pardonnée, comme l'établissent les traités Chabbat 30a et Sanhédrin 107a. Or, il est dit, dans le traité 'Haguiga 15b, que l'on peut étudier la Torah auprès d'un maître uniquement lorsqu'on le perçoit comme un ange. C'est pour cela que David voulut que l'on répète son enseignement. Ainsi, il pouvait avoir la confirmation que sa faute avait bien été pardonnée.
C'est pour cela que le Yerouchalmi Bera'hot 2,1, après avoir cité le traité Yebamot selon lequel David demanda que l'on cite ses explications en son nom, conclut: David dit: Je me réjouis en mon coeur de la construction du Temple, ce qui semble ne rien à voir avec le contexte. Le Séfer 'Harédim supprime donc cette phrase, mais les autres livres la conservent. Or, on peut la comprendre en fonction de ce qui vient d'être dit.
En effet, David demanda que lui soit fait un signe établissant que sa faute avait été pardonnée. Dieu lui indiqua donc que ce signe serait la construction du Temple. Ainsi, David put établir de deux manières qu'il avait été pardonné: 1. par le fait que les Juifs mentionnaient son enseignement en son nom, comme on l'a vu, 2. par le signe que Dieu Lui-même lui faisait.
Après avoir demandé le premier point, David, selon le Yerouchalmi, se réjouit donc du second, ayant obtenu le signe divin que sa faute avait été pardonnée. Il est donc inutile de supprimer cette phrase dans le Yerouchalmi.
B) Le traité Bera'hot enseigne que Rabbi Yo'hanan perdit tous ses enfants et le Séder Hadorot se demande s'il eut, par la suite, un autre fils. Pour que son enseignement ne soit pas oublié, il devait donc former des disciples, capables de perpétuer son héritage, comme l'établit le traité Baba Batra, exposant sa conception en la matière. Il s'efforça donc que son enseignement soit largement répété.
C) Ce qui vient d'être dit de Rabbi Yo'hanan s'applique également à Rabbi Its'hak. Selon le Zohar, celui-ci avait bien un fils, mais il n'était pas apte à hériter de lui et nos Sages disent qu'une telle situation équivaut à la mort, pour le père.
Le Zohar dit que le fils de Rabbi Its'hak n'eut pas le mérite d'avoir accès à la Torah. Rabbi Its'hak s'efforça donc que l'on répète son propre enseignement, car les disciples sont considérés comme des fils.
Ceci permet de comprendre la requête que Rabbi Its'hak formula dans le Zohar: Que l'on répète mon enseignement et que l'on enseigne la Torah à mon fils. Il fit aussi une troisième demande, qui est expliquée par ailleurs.
D) Le Chaar Haguilgoulim et le Séfer Haguilgoulim donnent l'explication de la phrase que prononçait Rav Chechet: Mon âme se réjouit en Toi, elle T'appelle, elle T'apprend. En effet, Rav Chechet savait que son âme avait vécu une première vie dans le corps de Baba Ben Bouta, à qui il ne restait que très peu de chose à accomplir, ce que compléta Rav Chéchet au cours de cette seconde vie.
En pareil cas, la récompense de la Torah et des Mitsvot accomplies dans la seconde vie sont uniquement pour l'âme et non pour le corps. En effet, lors de la résurrection des morts, son âme retournerait dans le premier corps, qui avait permis la majeure partie de ses accomplissements. En conséquence, le corps de Rav Chéchet était triste. Il constata donc que mon âme se réjouit, mais non mon corps.
Mais, à mon humble avis, on peut, sans doute, avancer que tout cela était vrai uniquement pour ses autres accomplissements, dans le domaine de la Torah et des Mitsvot. Par contre, lorsque l'on répète l'enseignement de Rav Chéchet, ses lèvres remuent dans la tombe, en ce monde matériel. Il est alors bien clair que les lèvres du corps physique de Rav Chéchet sont en mouvement et non celles de Baba Ben Bouta. C'est pour cela qu'il s'efforça de faire répéter son enseignement.
Néanmoins, il disait mon âme se réjouit en Toi, car il faisait allusion, par ces mots, à sa propre étude de la Torah, comme l'explique le traité Pessa'him. Par contre, la répétition de son enseignement fait, bien entendu, allusion à celui qu'il a transmis à ses élèves, lesquels devaient le répéter par la suite.
Remarque: Rabbi Its'hak demanda à Rabbi Yehouda de répéter son enseignement, pour une raison qui est expliquée par ailleurs.
Certes, Rabbi Its'hak conteste, dans le Zohar, l'interprétation selon laquelle le verset Il fait bouger les lèvres de ceux qui dorment fait allusion à la parole. Mais, l'on peut penser qu'il en eut connaissance par la suite et l'accepta alors. On peut également admettre qu'il accepte cette explication sur son principe et conteste uniquement le fait de la déduire de ce verset. Tous s'accorderaient donc pour dire que l'on peut, de cette façon, résider dans Ta tente pour l'éternité(7).
Dans le Yerouchalmi Chekalim, c'est précisément Rabbi Its'hak qui commente le verset Il fait bouger les lèvres de ceux qui dorment. Mais, on peut penser qu'il ne s'agit pas du même Rabbi Its'hak. Le Talmud, en effet, fait état de plusieurs Sages portant ce nom.
Notes
(1) Le Rav Moché Dov Ber Rivkin, directeur de la Yechiva Torah Vedaat, à New York. (2) Cette lettre est un complément de la lettre n°193. Voir également la lettre suivante. (3) Ce monde-ci et le monde futur. (4) Dans son tombeau. (5) De la manière dont l'homme lui-même agit. (6) Lorsque l'on cite leurs explications. (7) En obtenant que son enseignement soit répété.
Lettre n°206
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°206, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mercredi 15 Tevet 5706,
Au grand Rav, 'Hassid qui craint Dieu, d'une immense
érudition, le Rav M.D.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre:
A) Vous avez déduit de ma lettre que, lorsque l'on étudie une explication de la Torah dans ce monde, celui qui en est l'auteur la reprend dans la Yechiva céleste. Vous m'indiquez donc que l'on peut, de cette manière, uniquement faire bouger ses lèvres dans son tombeau. Son âme, en revanche, qui se trouve dans les sphères célestes, n'a rien à voir avec tout cela. Et elle étudie, dans la Yechiva céleste, en fonction de la Torah qu'elle a apprise lorsqu'elle se trouvait dans ce monde, mais non d'après la manière dont son enseignement est répété ici-bas.
Je n'ai trouvé, dans votre lettre, aucun élément justifiant une telle distinction et je maintiens donc ma position, précédemment développée, ou parce qu'elle correspond au sens simple, ou bien parce qu'elle est logique, ou encore parce qu'elle est conforme aux propos de nos Sages.
C'est, d'abord, le sens simple de cette explication. En répétant le commentaire développé par quelqu'un, on fait: 1. qu'il réside, 2. que cette résidence se trouve dans les deux mondes à la fois. Il est, certes, d'autres manières de résider dans l'un de ces mondes. On peut se trouver dans le monde matériel, au sens littéral. On peut aussi se trouver dans le monde futur, grâce à la pratique de la Torah et des Mitsvot. A l'opposé, faire répéter son propre enseignement est le seul et unique moyen de se trouver dans les deux mondes à la fois.
C'est également une explication logique. Si répéter ces explications permet de faire bouger les lèvres de leur auteur dans la tombe, combien plus son âme doit-elle en profiter, car c'est elle, avant tout, qui étudie la Torah. Néanmoins, Dieu désire qu'elle le fasse alors qu'elle est encore soumise à l'emprise du mauvais penchant, selon l'expression du traité Chabbat 89a.
C'est, enfin, ce qui découle des propos de nos Sages. Je citais, dans ma précédente lettre, le traité Be'horot 31b, qui définit ces deux mondes de la manière suivante, dans ce monde par les lèvres de celui qui répète l'enseignement et dans l'autre monde par les lèvres de celui dont le nom a été mentionné. On peut en conclure qu'il en est de même pour les autres commentateurs du verset Je résiderai dans les deux mondes, ce qui est possible précisément par cet enseignement.
Et si l'on avance que l'auteur de cet enseignement réside, en tout état de cause, dans l'autre monde, même si ses propos ne sont pas répétés, on ne comprend plus ce que disent les Tossafot, au traité Yebamot 96b, faisant remarquer que l'on parle ici de Yechiva céleste et non de monde futur.
Il faut en conclure que, parce qu'il a enseigné la Torah auparavant et que son enseignement est encore une fois répété, ceci(2) s'accomplit maintenant. Car, la récompense de la Mitsva est la Mitsva elle-même, laquelle, en l'occurrence, lui permet de siéger à la Yechiva céleste. Vous consulterez également la page 22 du 'Hano'h Lenaar(3), selon lequel celui qui a quitté ce monde reçoit une récompense à l'instant où une bonne action est faite grâce à lui, même après son décès. Cette affirmation est énoncée à propos de son fils, mais elle s'applique aussi à son disciple.
B) Le Yerouchalmi Bera'hot cite deux images, illustrant le verset Il fait remuer les lèvres de ceux qui dorment, celle du vin vieux et celle du vin épicé(4). Vous avancez que ces deux images correspondent à deux enseignements que l'on peut répéter, celui qui appartient à la partie profonde de la Torah et celui qui relève de son aspect révélé et de son analyse. On peut s'interroger, à ce propos, pour différentes raisons:
1. Pourquoi le roi David ou Rabbi Yo'hanan ne formulèrent-ils pas le souhait que l'on répète précisément de tels enseignements?
2. Dans les traités Yebamot et Be'horot, Rabbi Yo'hanan et Rav Chéchet évoquaient l'enseignement révélé de la Torah et insistaient sur celui-ci, ce qui est incompréhensible d'après l'avis qui cite l'image du vin vieux.
3. Le vin épicé est un vin auquel on mélange du miel et des condiments, selon la Pessikta de Rav Kahana. Or, le traité 'Haguiga 13a identifie le miel à la partie cachée de la Torah. Le Yerouchalmi Chekalim est encore plus explicite: A quoi cela lui sert-il? Bar Nezira dit: C'est comme s'il buvait du vin épicé. Rabbi Its'hak dit: C'est comme s'il buvait du vin vieux. Selon votre explication, cela ne veut rien dire.
A mon humble avis, il faut distinguer l'enseignement proprement dit que l'on répète, et qui a nécessairement une limite, qu'il appartienne à la partie révélée de la Torah ou à son enseignement caché, de son commentaire, qui n'a, en revanche, aucune limite. Et le Yerouchalmi doit être compris selon son sens littéral. Il demande de quel utilité peut être, pour l'auteur de cet enseignement, le fait de le donner encore une fois sous la même forme. Il répond alors que la Michna est comparable à du vin vieux et la Guemara, à du vin épicé.
Selon un premier avis, l'enseignement, développé dans le tribunal céleste, est comparable à du vin épicé, c'est-à-dire qu'on lui trouvera, à chaque fois, de nouveaux développements, d'autres aspects. Selon un second avis, il évoque le vin vieux, un enseignement ancien, dont on se réjouit chaque fois que l'on en ressent de nouveau le goût(...).
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(5)
Notes
(1) Le Rav Moché Dov Ber Rivkin. Cette lettre fait suite à la précédente. (2) Le fait qu'il soit vivant. (3) Du Rabbi Rachab, à la page 32 de l'édition actuelle. (4) Lorsque l'on répète son enseignement ici-bas, celui qui se trouve dans l'autre monde est considéré comme s'il buvait du vin vieux ou du vin épicé. (5) Des éditions Kehot.
Lettre n°207
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°207, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Mercredi 15 Tévet 5706,
Brooklyn, New York,
A notre ami, grand Rav et distingué 'Hassid, homme qui
craint Dieu, le Rav Y.Zuber(1),
Je vous salue et vous bénis,
L'envoi de colis à l'étranger est désormais beaucoup plus aisé(2). Nous saisissons donc cette occasion pour attirer votre attentions sur les publications de la maison d'édition Kehot, qui a été fondée, par mon beau-père, le Rabbi Chlita, il y a quatre ans. Les avis sont unanimes pour reconnaître l'intérêt pédagogique des livres qu'elle fait paraître.
Certes, quelques titres ne seront pas utiles dans votre pays, puisqu'ils sont rédigés en anglais. D'autres, en revanche, sont en Hébreu ou en Yiddish et peuvent donc y intéresser des lecteurs. De plus, il y a, sans doute, des anglophones en Suède.
Vous trouverez, à la fin du guide d'étude, une liste de nos publications, des livres de 'Hassidout et des causeries de mon beau-père, le Rabbi Chlita. Il y a sûrement, dans votre entourage, des personnes capables de les comprendre.
Nous aimerions connaître la situation de votre pays dans le domaine de l'éducation, celle des Juifs qui y résident depuis longtemps et celle des enfants de réfugiés.
Nous attendons votre réponse, sur ce point.
Nos Sages disent, dans le traité Pessa'him 119a, que Yossef cacha trois trésors(3). Lui-même reçut son nom parce que Dieu m'ajoute (Yossef) un autre fils(4). Il souligne ainsi la nécessité de transformer l'autre(5) en fils, révélant, de la sorte, le trésor qu'il porte en lui et lui permettant d'exercer son effet sur sa personnalité.
Il est trois moyens d'obtenir un tel résultat:
A) On peut, tout d'abord, accorder une bénédiction. Celle-ci est liée à l'argent, qui fait allusion à l'amour, condition nécessaire pour que puisse être prononcée celle des Cohanim, comme l'établit la Hala'ha du Choul'han Arou'h. Elle apporte donc l'opulence matérielle, la richesse et l'honneur. C'est le trésor qui fut découvert par Kora'h(6).
B) Il y a, en outre, ceux qui ne mettent pas en pratique la Torah et les Mitsvot. Yossef les fait donc accéder à la Techouva, convertit(7) même ceux qui se trouvent sous l'emprise des trois forces du mal, totalement impures. C'est le trésor qui fut révélé à Antoine(8).
C) Il est, par ailleurs, possible d'apporter l'élévation au service de Dieu de ceux qui accomplissent d'ores et déjà la Torah et les Mitsvot. Il s'agit là du trésor réservé pour les Justes(9).
Bien évidemment, les deux premiers trésors sont plus actuels, en ce monde matériel, alors que le troisième sera obtenu dans le monde futur, ici-bas. Lorsqu'il sera obtenu, les Justes accéderont également à la Techouva. La Guemara conclut donc que ce troisième trésor se révélera dans le monde futur.
Il est bien clair que tous ceux qui sont attachés à Yossef, le Juste(10) doivent prendre les mesures ou, tout au moins, préparer leur entourage, pour bâtir le réceptacle qui contiendra les enseignements et les instructions de Yossef, jusqu'à la délivrance complète, très bientôt et de nos jours, que nous accordera le Saint béni soit-Il Lui-même, en un niveau qui est également appelé Yossef, comme l'explique le Sifteï Cohen.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Rav Yaakov Israël Zuber, de Suède. Voir également la lettre n°217. (2) Avec la fin de la guerre mondiale. (3) En Egypte. L'un fut découvert par Kora'h, le second par l'empereur Antoine et le troisième est conservé pour le monde futur. (4) Selon les propos de sa mère, Ra'hel. (5) Celui qui est étranger, autre, par rapport au service de Dieu. (6) Le premier des trois trésors mentionnés plus haut. C'est pour cela que Kora'h était très riche. (7) Le mot Guer signifie à la fois converti et étranger. Libérer la parcelle de sainteté qui est emprisonnée dans la matière permet de la convertir en lui faisant réintégrer sa source. (8) Le second des trois trésors mentionnés plus haut. Antoine fut un empereur romain qui se convertit au Judaïsme. (9) Qui leur sera donné dans le monde futur, ce qui est le troisième trésor mentionné plus haut. (10) C'est-à-dire au précédent Rabbi, dont c'était le prénom.
Lettre n°208
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°208, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
5 Chevat 5706,
Brooklyn, New York,
Au 'Hassid qui craint Dieu,
le Rav M.Z.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à vos lettres:
A) La Yechiva envoie, depuis quelques temps, des publications de discours 'hassidiques, à Shanghai(2). Nous leur adressons nous-mêmes les livres qui ne font pas partie des envois de la Yechiva.
B) J'ai eu également connaissance du fait que certains livres ont été imprimés sur place et je suis surpris qu'aucun exemplaire ne nous en ait été adressé, à l'exception d'un recueil de causeries de mon beau-père, le Rabbi Chlita(3), dont un unique exemplaire, destiné au Rabbi Chlita lui-même, a été reçu, il y a deux ans, me semble-t-il.
C) Mon beau-père, le Rabbi, a repris la retranscription du son discours du 19 Kislev. Il m'a dit qu'il la rendrait, très prochainement, avec des ajouts et des modifications(4).
D) Concernant l'impression de ce discours, le Rabbi m'a dit qu'il serait bon de le faire figurer dans un fascicule regroupant ce qui a été dit le 18 Elloul et le 19 Kislev. Mon beau-père, le Rabbi Chlita, m'a dit, à ce propos: Il est dommage que ceux qui ont entendu ces discours n'aient pas saisi le lien entre le 18 Elloul et le 19 Kislev, qui vient de leur être révélé dans toute son importance.
Ces textes sont, pour une large part, prêts à l'impression, mais, pour l'heure, le Rabbi ne les a pas encore restitués.
E) Pour ce qui est des frais d'impression de ces discours, le Rav M.M. Hacohen(5) ne m'a, pour l'instant, rien transmis, si ce n'est une assurance, verbale mais néanmoins certaine.
F) Si vous avez des remarques sur le Kountrass Torat Ha'hassidout(6), pourquoi ne me les transmettez-vous pas directement?
G) Vous proposez que les 'Hassidim et les élèves de la Yechiva rédigent leurs témoignages sur le temps passé. Mon beau-père, le Rabbi Chlita a souligné, à différentes reprises, l'importance de le faire. Combien sont ceux qui l'ont écouté? Du reste, je demande, depuis trois ans, aux élèves de la Yechiva de Montréal de rédiger, par écrit, le fil des événements de 5700(7). Or, en dehors de quelques pages que vous m'avez vous-même adressées, il y a, me semble-t-il, plus de deux ans, je n'ai pas vu une seule ligne de ces notes!
H) Le Tséma'h Tsédek, le fascicule n°48(8), la séquence de discours Maïm Rabim(9) ne sont pas encore parus. Lorsqu'ils paraîtront, nous vous en adresserons un exemplaire, comme vous l'avez demandé.
I) Je n'écris plus, parce que je suis très occupé, en particulier par les publications. Vos soupçons sont donc sans fondement et, pour vous le prouver, je vous donnerai un aperçu de ma charge de travail. Dernièrement, j'ai du corriger le fascicule n°47(8), avec, en particulier, tous ses additifs, les conversations avec les jeunes en anglais et en Yiddish, mais aussi une brochure à propos de Pourim, une autre sur Pessa'h, en français, semblable à celle de Tichri, une brochure sur Pourim en anglais, le premier tome d'un livre d'histoire en anglais(10). J'ai également dû faire une dernière lecture de la séquence de discours Maïm Rabim(9).
Voici les corrections qui sont en cours: les additifs du Tséma'h Tsédek, qui compteront 125 responsa et plus de cent pages de développements sur le Talmud, en plus de l'index, le fascicule le Tséma'h Tsédek et le mouvement de la Haskala, un recueil, en ronéotype, de causeries du Rabbi Rachab, qui aura plus de trois cents pages.
Voici les corrections qui sont encore à leur début: le recueil des discours 'hassidiques que notre maître nous enseigne(11), le fascicule Ets 'Haïm(12), un ouvrage sur le Rabbi Maharach, contenant des causeries et une liste de ses discours 'hassidiques, les causeries du Rabbi Chlita de l'année 5700, jusqu'à Roch Hachana 5701, qui ont été attribués à Dalfon(13), un livre de discours 'hassidiques de mon beau-père, le Rabbi Chlita, de 5700 à 5702, un livre, en anglais, présentant des questions et des réponses, entre un maître et son disciple, à propos de la foi juive et ses pratiques, un résumé du Choul'han Arou'h, en anglais, pour les jeunes et d'autres encore.
Pensez qu'à tout ceci s'ajoute le travail courant du Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h, de Ma'hané Israël, des éditions Kehot, en plus des travaux d'impression. J'espère que vos questions, s'il vous en reste encore, disparaîtront ainsi.
Ce que je viens de décrire est l'activité qui se déroule ici, dans le centre du cercle. Mais qu'en est-il dans le cercle proprement dit?
On sait que tous les exils trouvent leur origine dans celui de l'Egypte, qui se reflète en chacun d'entre eux, en particulier en le dernier, lequel a pour but d'«assécher» les pays du monde(14), ce qui, à l'époque, fut réalisé uniquement en Egypte.
L'âpreté de l'exil fut alors adoucie par l'intervention de Yossef, le Juste, qui assura, à lui seul, la subsistance de tout le pays. Le verset suivant décrit son action: Yossef collecta tout l'argent, puis il le cacha(15). Il est clair qu'il ne souhaitait pas le laisser caché, comme si celui-ci avait disparu. Il voulait, bien au contraire, qu'il soit utilisé pour une finalité unique, la mission qui lui avait été confiée.
Yossef reçut son nom parce que Dieu m'ajoute (Yossef) un autre fils. Il souligne ainsi la nécessité de transformer l'autre en fils, ce qui peut être accompli au moyen des trois trésors.
Il est trois moyens d'obtenir un tel résultat:
A) On peut, tout d'abord, accorder une bénédiction. Celle-ci est liée à l'argent, qui fait allusion à l'amour, condition nécessaire pour que puisse être prononcée celle des Cohanim, comme l'établit la Hala'ha du Choul'han Arou'h. Elle apporte donc l'opulence matérielle, la richesse et l'honneur. C'est le trésor qui fut découvert par Kora'h.
B) Il y a, en outre, ceux qui ne mettent pas en pratique la Torah et les Mitsvot. Yossef les fait donc accéder à la Techouva, convertit même ceux qui se trouvent sous l'emprise des trois forces du mal totalement impures. C'est le trésor qui fut révélé à Antoine.
C) Il est, par ailleurs, possible d'apporter l'élévation au service de Dieu de ceux qui accomplissent d'ores et déjà la Torah et les Mitsvot. Il s'agit là du trésor réservé pour les Justes.
Bien évidemment, les deux premiers trésors sont plus actuels, en ce monde matériel, alors que le troisième sera obtenu dans le monde futur, ici-bas. Lorsqu'il se dévoilera, les Justes accéderont également à la Techouva. La Guemara conclut donc que ce troisième trésor se révélera dans le monde futur.
Il est bien clair que tous ceux qui sont attachés à Yossef, le Juste, doivent prendre les mesures ou, tout au moins, préparer leur entourage, pour bâtir le réceptacle qui contiendra les enseignements et les instructions de Yossef, jusqu'à la délivrance complète, très bientôt et de nos jours, que nous accordera le Saint béni soit-Il Lui-même, en un niveau qui est également appelé Yossef, comme l'explique le Sifteï Cohen.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(16)
Notes
(1) Le Rav Mena'hem Zeev Gringlass, de Montréal. (2) Où une Yechiva Loubavitch avait été constituée, regroupant des réfugiés de la guerre. (3) Il s'agit de deux tomes de Likouteï Dibourim, imprimés à Shanghai. (4) Voir, à ce propos, les lettres n°223 et 236. (5) Le Rav Mena'hem Mendel Margolis. Voir la lettre n°177. (6) Du précédent Rabbi. (7) 1940. Voir, à ce propos, la lettre n°82. (8) Des discours 'hassidiques du précédent Rabbi. (9) Du Rabbi Maharach. (10) Il s'agit de Our people. (11) Le Séfer Hamaamarim Yiddish, qui fut d'abord imprimé dans le périodique Hakrya Vehakedoucha, dans la rubrique intitulée que notre maître nous enseigne. (12) Du Rabbi Rachab. (13) Les frères Dalfon avaient réservé la dédicace de ce livre, pour l'élévation de l'âme de leur frère. Voir, à ce propos, les lettres n°213, 236 et 282. (14) De toutes les parcelles de Divinité qui s'y trouvent, afin qu'elles réintègrent la sainteté. (15) Voir, pour toute la suite, la fin de la lettre précédente. (16) De Ma'hané Israël.
Lettre n°209
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°209, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
7 Chevat 5706,
Au 'Hassid, érudit qui craint Dieu,
le grand Rav A.(1),
Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre:
A) Mangera-t-on et boira-t-on dans le monde futur?
Les promesses et les assurances de la Loi Ecrite et de la Loi Orale permettent de déterminer trois périodes, celle du Machia'h, le Gan Eden et le monde après la résurrection des morts. Du reste, le Gan Eden et le monde après la résurrection sont, l'un et l'autre, appelés monde futur, ce qui est à l'origine de plusieurs confusions.
1. La période du Machia'h: Le traité Bera'hot 34b rapporte deux avis sur ce que sera alors le comportement, une modification complète ou un simple affranchissement des nations(...). Différents points concernant la résurrection des morts n'ont pas été précisés par la partie révélée de la Torah, comme le souligne le Rambam. Néanmoins, d'après le premier avis comme d'après le second, on continuera à manger et à boire pendant la période du Machia'h. Des versets et des propos de nos Sages permettent de l'établir. De plus, le Rambam le dit clairement.
2. Le Gan Eden: C'est le sanctuaire des âmes sans corps. Il est donc clair que la nourriture et la boisson n'y ont aucun sens.
3. Le monde après la résurrection des morts: Les âmes se vêtiront à nouveau de corps. Différentes références, sur cette question, figurent dans la rubrique Explications et éclaircissements du sixième numéro de Kovets Loubavitch(2). Nos Sages disent, au traité Bera'hot 17a, que, dans le monde futur, on ne mangera pas et l'on ne boira pas. Selon le Rambam, il en sera ainsi lorsque les âmes auront perdu leur corps. Après la résurrection, en revanche, on continuera à manger et à boire.
Le Rambam considère, en effet, que la rétribution de l'âme lui sera essentiellement accordée lorsqu'elle n'aura plus de corps, car elle ne pourrait l'obtenir en étant limitée par lui. Il en conclut que ceux qui revivront mourront, par la suite. C'est après cela qu'ils accéderont au monde futur, récompense essentielle de ce monde(...).
De nombreux Grands d'Israël s'opposent à lui, sur ce point. Le Ramban, en particulier, soulève de fortes objections, faisant la preuve que la résurrection des morts est bien la finalité ultime. Il affirme que telle est la vérité, d'après la Kabbala. Il en résulte que l'affirmation de nos Sages selon laquelle on ne mangera pas et l'on ne boira pas concerne bien la récompense finale, c'est-à-dire la résurrection des morts.
B) Lors de la résurrection, le corps sera-t-il entier, ou bien l'infirme revivra-t-il avec son infirmité, pour guérir par la suite?
Nos Sages enseignent, au traité Sanhédrin 91b, que les morts revivront infirmes et guériront par la suite. Le Midrach Béréchit Rabba est plus précis: L'homme reviendra tel qu'il est parti. S'il était aveugle, il le restera, s'il était habillé, il le demeurera. Puis, Je les guérirai. Nos Sages disent, en outre, que le soleil sera à l'origine de cette guérison.
Cette notion, de même que les suivantes, sera longuement expliquée dans un recueil qui paraîtra bientôt(3).
C) Lorsque des âmes ont connu plusieurs vies successives, quel est le corps qui revivra(4)?
On peut, sur ce point, envisager plusieurs distinctions. De manière générale, l'explication est la suivante. L'âme, ou plus exactement chaque partie qui la constitue, se réincarne, en principe, pour compléter ce qu'elle n'a pas accompli, dans sa vie précédente. Or, tous les Juifs sont emplis de Mitsvot, comme une grenade est emplie de graines. Au cours de chaque vie, une partie de l'âme reçoit donc son élévation. Ainsi, chaque corps peut prendre part à la résurrection avec la partie de l'âme qui a trouvé l'élévation en lui.
Le Chaar Haguilgoulim dit: Si le corps meurt sans que l'âme n'ait pu connaître une complète élévation, il n'a pas atteint le but qui lui était assigné et, lors de la résurrection, il recevra uniquement la partie de l'âme qu'il a élevé de son vivant. Puis, cette âme se réincarnera , afin de parfaire son élévation et la partie de l'âme transformée par ce second corps lui permettra également de vivre, lors de la résurrection.
Il ne faut pas être surpris par cette répartition de l'âme entre plusieurs corps. Il faut, en effet, savoir que chaque partie de l'âme possède les caractères de l'ensemble, bien qu'elle ne soit qu'une parcelle d'une âme plus large. Du reste, toutes les âmes ne sont qu'une partie de celle d'Adam, le premier homme et nos Sages soulignent que, alors que son corps n'était encore qu'une esquisse, le Saint béni soit-Il lui montra tous les Justes que compterait sa descendance, ceux qui étaient liés à sa tête ou à d'autres parties de son corps.
Vous consulterez, à ce propos, les chapitres 2 et 37 du Tanya et d'autres références encore.
D) Il est des endroits dans lesquels le jour ou la nuit durent plus de vingt quatre heures et le Zohar dit: Il y a un lieu où c'est en permanence le jour, qui ne connaît pas la nuit, si ce n'est pendant un court instant.
Dès lors, comment y respecter le Chabbat? Faut-il compter les heures ou les jours en fonction d'un autre endroit, ou bien se baser sur le lever et le coucher du soleil?
Je ne comprends pas votre question. Comment envisagez-vous de respecter le Chabbat en fonction du lever du soleil, qui se produit seulement tous les quelques jours ou mêmes tous les quelques mois? Et comment se baser sur un autre endroit? Lequel choisir? Le Zohar dit, en effet, que lorsqu'il fait clair pour les uns, il fait clair pour les autres, lorsqu'il fait jour pour les uns, il fait nuit pour les autres.
Il est donc clair qu'en pareil endroit, on doit compter les heures, vingt quatre formant un jour. Et le Chabbat commencera à la même heure dans tous les points ayant la même latitude(5). Il me semble que le Séfer Haberit(6) évoque cette idée, mais je ne le possède pas.
Voici ce qu'il reste à déterminer, en la matière:
1. Pour tout ce qui dépend du jour et de la nuit, par exemple l'heure de la prière, à partir de quel endroit se base-t-on sur le temps mesuré par la montre et non sur le temps calculé, en fonction d'heure à amplitude variable(7)?
Ainsi, dans un endroit où il fait jour uniquement pendant une heure, il est inconcevable que le jeûne du 10 Tévet(8) y dure seulement une heure.
2. Comment calculer la latitude au pôle nord ou au pôle sud? Comment respecter le Chabbat dans ces endroits? Il convient de s'interroger, à ce propos, mais ce n'est pas ici l'occasion de le faire.
Avec ma bénédiction de Techouva Immédiate, délivrance immédiate,
Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(9)
Notes
(1) Rav Avraham Hecht. (2) Il s'agit de la lettre n°85. (3) Il s'agit de la lettre n°200. (4) Voir, à ce propos, la lettre n°193. (5) Dans tous ces points, le milieu du jour et le milieu de la nuit sont à la même heure. Lorsque, d'une part, le jour s'allonge, au milieu de l'été, le coucher du soleil sera retardé, d'autre part, jusqu'au milieu de la nuit. A l'opposé, lorsque, d'une part, la nuit s'allonge, au milieu de l'hiver, le coucher du soleil interviendra, d'autre part, au milieu du jour. (6) Qui demande de compter six jours de vingt quatre heures, mais ne dit pas quand commencer ce compte. (7) C'est-à-dire faisant plus de soixante minutes en été et moins de cela, en hiver. (8) Le jeûne le plus court, qui intervient au milieu de l'hiver. (9) De Ma'hané Israël.
Lettre n°210
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°210, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
7 Chevat 5706,
Brooklyn, New York,
A l'honorable 'Hassid, qui craint Dieu et assume fidèlement
sa mission, le Rav Y.Hacohen(1),
Je vous salue et vous bénis,
J'ai reçu en son temps votre chèque pour le Merkaz Leïnyaneï 'Hinou'h et vous trouverez ci-joint les reçus. Vous voudrez bien m'excuser de mon retard, qui est dû à mes nombreuses activités.
Lorsque vous étiez ici, vous m'avez indiqué que vous souhaitiez participer financièrement à l'édition des livres de 'Hassidout que nous publions. Me basant sur cette affirmation, j'ai fixé, si vous en êtes d'accord, votre contribution à l'édition du Kountrass Torat Ha'hassidout(2), à vingt cinq dollars et à trente cinq dollars, celle du Kountrass Ets 'Haïm(3). Le Kountrass Torat Ha'hassidout vous est adressé, par envoi séparé. Le Kountrass Ets 'Haïm n'est pas encore disponible. Dès qu'il le sera, nous vous l'enverrons.
D'autres livres de 'Hassidout sont sous presse, mais des donateurs en ont déjà offert les frais d'édition, auxquels je ne peux donc pas vous faire participer.
Je saisis cette occasion pour vous demander de bien vouloir me restituer le compte rendu des discours de Pessa'h(2) que je vous ai prêté, il y a déjà quelques temps.
La Paracha de cette semaine énonce les lois de Pessa'h et se conclut (Bo 13, 5) par: Et tu raconteras à ton fils. Cela nous enseigne que le Saint béni soit-Il, lorsqu'Il libéra les enfants d'Israël de l'Egypte, leur demanda de parler à leurs enfants, de leur montrer l'importance de la Torah et des Mitsvot.
Nos Sages soulignent, dans le traité Pessa'him 10, 4, que l'enseignement d'un père à son fils doit être orienté en fonction de ses dispositions. Le père doit observer le cheminement de son esprit et découvrir le moyen de le motiver.
Mais, bien plus, il en est de même, en tout temps, à toute époque. Car, il convient de quitter sa propre Egypte chaque jour. Or, il est essentiel de faire en sorte que son prochain, qui qu'il soit, se rapproche de la Torah et des Mitsvot. Pour cela, on pourra lui parler, lui écrire ou bien participer à la publication d'un livre qu'il lira.
Puissiez-vous concevoir beaucoup de satisfaction et de plaisir de tous les membres de votre famille, qui vous conduirez vers la Torah, le dais nuptial et les bonnes actions.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(4)
Notes
(1) Le Rav Yaakov Kats, de Chicago. (2) Du précédent Rabbi. (3) Du Rabbi Rachab. (4) Des éditions Kehot.
Lettre n°211
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°211, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
1er Adar Richon 5706
A l'honorable 'Hassid, qui craint Dieu et assume fidèlement
sa mission, le Rav Y.Hacohen(1), Chicago,
Je vous salue et vous bénis,
Vous avez sans doute reçu ma lettre du 7 Chevat. J'espère que vous me rendrez bientôt le discours de Pessa'h que je vous ai prêté(2).
Vous vous souvenez sûrement m'avoir dit que vous souhaiteriez prendre part à l'une de nos publications. Une telle possibilité vient de se faire jour et c'est la raison pour laquelle je vous adresse la présente.
Mon beau-père, le Rabbi Chlita, vient de donner l'autorisation d'éditer, en ronéotype et en nombre d'exemplaires limité, un recueil de causeries de son père. Ce livre doit être prêt pour la fin de la semaine et comprendra environ 330 pages.
Les frais d'édition en seront d'environ mille neuf cents dollars, que nous pensons recevoir de la manière suivante. Deux donateurs donneront chacun cinq cents dollars et le reste sera obtenu par le produit de la vente. Le premier donateur(3) a d'ores et déjà apporté sa contribution de cinq cents dollars. Le second, en revanche, a du se désister, à la dernière minute, ne pouvant s'engager sur ce montant.
Je voudrais donc saisir cette opportunité pour vous proposer d'être le second donateur pour l'édition de ce livre. Et je ne vois aucune objection à ce que vous nous transmettiez un montant de cent dollars par mois, pendant cinq mois.
Je pense qu'il est inutile d'expliquer à quelqu'un comme vous l'importance de cette publication. Néanmoins, ce livre devant être prêt pour la fin de la semaine, je voudrais vous demander de bien vouloir me faire connaître votre décision, quelle qu'elle soit.
Je conclurai par un mot de la Paracha de la semaine, celle de Michpatim.
La première de toutes les lois énoncées après le don de la Torah est celle du serviteur juif., lorsque tu feras l'acquisition d'un serviteur juif, il te servira pendant six ans et, la septième année, sera libéré sans aucun paiement.
Ceci peut paraître surprenant. Pourquoi commencer l'exposé des lois par celle-ci? Bien plus, le traité Kiddouchin 14B précise qu'il s'agit ici d'un homme qui a commis un vol et, étant incapable de rembourser son larcin, a été, de ce fait, vendu comme serviteur.
Par ailleurs, si l'on admet qu'il était bien nécessaire de présenter cette loi en premier, la logique aurait voulu que l'on définisse, tout d'abord, le vol, la nécessité pour celui qui le commet de rembourser le double de ce qui a été volé. C'est ensuite seulement qu'aurait pu être précisé le statut du serviteur juif.
Par ailleurs, pourquoi cette Paracha est-elle introduite par une situation malencontreuse? Elle présente, en effet: 1. un Juif qui a commis un vol, 2. ne possède rien qui lui permet de le rembourser, 3. ne trouve personne pour lui venir en aide, de sorte que le tribunal doit le vendre, comme serviteur juif, pendant six ans.
En fait, il faut comprendre cette loi comme une illustration et un enseignement de ce que sont, de façon générale, toutes les autres lois. Car, celles-ci ont effectivement pour but d'apporter aux hommes les moyens de maîtriser leurs envies et leurs passions, de rectifier le mal qu'ils ont pu commettre.
Est-il envisageable qu'un Juif, juste après le don de la Torah, puisse avoir des désirs répréhensibles et commettre de mauvaises actions? Nos Sages expliquent, au traité Bera'hot 28b, qu'un Juif oublie parfois que Dieu, le Maître du monde, voit tout ce qu'il fait. Dès lors, il pense qu'il peut voler.
La solution est donc la suivante. Ce Juif deviendra le serviteur de Dieu. Pour cela, il travaillera, se consacrera à la Torah et aux Mitsvot pendant six ans. Puis, dès la septième année, c'est-à-dire le septième millénaire, il sera libéré sans aucun paiement. Alors, les Mitsvot seront appliquées d'une manière totalement différente, comme l'explique l'Admour Hazaken, dans son Torah Or, au début de notre Paracha.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(4)
Notes
(1) Le Rav Yaakov Kats, destinataire de la lettre précédente. (2) Voir la lettre précédente. (3) Il s'agit du Rav Chmouel Dov Ber Ganeles. Voir, à son propos, la lettre n°193. (4) Des éditions Kehot.
Lettre n°212
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°212, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
12 Adar Richon 5706,
Aux grands Rabbanim, 'Hassidim éminents, qui craignent
Dieu, subissent un exil après l'autre(1) et sont durement
frappés, mériteront une délivrance après l'autre et seront
doublement consolés(2), les élèves de la Yechiva et tous
ceux qui les suivent(3),
J'ai reçu, avec satisfaction, votre lettre du début du mois de Chevat. Béni soit l'Eternel qui nous a maintenus et nous a tous gardés en vie, durant la terrible période que vient de traverser le peuple d'Israël.
Du reste, le Sefat Emet, qui est imprimé en additif du Emet Leyaakov, explique que l'épreuve, juste avant la délivrance, portera sur les six millénaires à la fois. C'est le sens des douleurs de l'enfantement du Machia'h.
Celui qui nous a maintenu en vie nous accordera, à n'en pas douter, la force, la vigueur et l'opulence, matérielles et spirituelles, afin que nous puissions tous mener à bien la mission qui est confiée à chacun d'entre nous, selon sa situation et ses moyens, car de façon générale, un Juif est garant des autres et tous sont interdépendants.
J'ai eu connaissance de ce que vous avez accompli, là où vous vous trouvez maintenant et durant les années qui viennent de s'écouler, malgré les conditions du lieu et de l'époque. Combien plus votre action se développera-t-elle maintenant, puisque votre situation est meilleure. Il est une certitude qu'un émissaire s'acquitte de la mission qui lui est confiée. C'est, a fortiori, le cas lorsqu'il s'agit d'une mission divine.
Je conclurai avec ce qui introduisait ma lettre, l'épreuve, qui permet, comme la pratique en fait la preuve, d'avoir une révélation céleste beaucoup plus intense. Nous sommes actuellement à la veille du Chabbat, puis, pendant ce jour, aura lieu l'union physique.
Puisse Dieu faire que la clarté émanant de la partie profonde de la Torah, qui est révélée par la 'Hassidout, apporte un dévoilement de l'Essence divine dans l'Essence de nos âmes, afin que nous puissions Le percevoir, comme l'explique le Likouteï Torah, au discours Lorsque tu entendras la voix de l'Eternel ton Dieu. On consultera également la causerie du 19 Kislev 5692(4).
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Notes
(1) Le Rabbi note, en bas de page: L'exil, la délivrance et la double mention de l'un et de l'autre sont expliqués dans le Likouteï Torah, au discours intitulé «un chandelier d'or» et dans son commentaire. (2) Le Rabbi note, en bas de page: La 'Hassidout en explique le sens, dans le Likouteï Torah, aux discours «Je me réjouirai» et «Consolez Mon peuple», de même que dans les discours 'hassidiques de 5670, 5672 et d'autres encore. (3) Les 'Hassidim, rescapés de la guerre, qui, se trouvant en Europe, se sont fait connaître au Rabbi. (4) 1931, du précédent Rabbi.
Lettre n°213
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°213, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Veille du Chabbat Parchat Tetsavé 5706,
Au distingué jeune homme, 'Hassid qui craint Dieu,
le Rav M.Z.(1),
Je vous salue et vous bénis,
A) Je vous remercie de m'avoir transmis l'appel que vous avez reçu des gardiens des murailles de Jérusalem. Si vous en avez la possibilité, vous devez leur interdire formellement de faire usage du nom de mon beau-père, le Rabbi Chlita et de réimprimer ses anciennes lettres s'il ne les a pas autorisés à le faire.
Bien évidemment, cette interdiction ne doit pas être faite en mon nom. Elle émanera plutôt d'un groupe de 'Hassidim 'Habad. Si vous effectuez une démarche quelconque, dans ce domaine, vous voudrez bien me le faire savoir.
B) Je vous remercie de m'avoir communiqué la lettre de Shanghai, indiquant ce qui a été imprimé là-bas(2). Le Rav A.Pariz(3) a reçu le même courrier et je leur(4) ai transmis les conseils de mon beau-père, le Rabbi Chlita, en la matière, qui constituent un large programme d'édition(5). S'ils acceptent notre proposition, beaucoup de bien pourra en découler. Je vous restitue la lettre, que vous trouverez ci-jointe.
C) L'élève de la Yechiva Witski a pris vos livres. Vous en avez sans doute connaissance.
D) J'espère que la séquence de discours 'hassidiques Maïm Rabim(6) et le fascicule intitulé le Tséma'h Tsédek et le mouvement de la Haskala paraîtront la semaine prochaine, peut-être aussi le recueil des causeries du Rabbi(7), en ronéotype. Je me suis aperçu que le montant que vous devez(8) est particulièrement important.
Comment peut-on vous adresser des livres et multiplier les dettes, alors que le manque de moyens nous empêche de publier des livres indispensables pour nos activités éducatives? Pendant les cinq dernières années, comment n'avez-vous pas trouvé, dans votre pays, au moins un ou deux donateurs, qui puissent offrir deux ou trois mille(9)? Ce montant aurait couvert tout ce que nous vous avons envoyé durant ces deux ou trois ans.
Il est regrettable qu'il soit nécessaire de perdre du temps à faire les comptes et à vous rappeler la nécessité de payer vos dettes.
E) J'espère pouvoir transmettre à l'imprimerie, dès la semaine prochaine, le recueil des causeries de l'été 5700(10), à partir du 9 Adar(11). Ce livre a été attribué à monsieur Dalfon(12).
Compte tenu des additifs, je pense que l'impression coûtera environ quatre cents dollars. Le livre aura entre 128 et 140 pages, comme le Kountrass Torat Ha'hassidout. Pour l'heure, il(13) a transmis cent soixante quinze(9). Enverra-t-il le reste et quand? Vous voudrez bien me le faire savoir au plus vite, afin que l'impression n'en soit pas retardée.
F) Qu'en est-il des remarques que vous avez sur le Koutrass Torat Ha'hassidout(14)?
Le Kountrass Bikour Chicago(15) énonce le proverbe suivant: Il faut vivre avec le temps(16).
Les commentateurs de la Torah se demandent pour quelle raison l'autel intérieur est défini dans une Paracha indépendante, celle de Tetsavé, que nous étudions cette semaine et non avec tous les autres instruments du Sanctuaire. On consultera, à ce propos, le Ramban et le Sforno.
On peut en expliquer la raison, d'après la 'Hassidout. Le Likouteï Torah explique, en effet, que l'autel intérieur fait allusion à l'aspect profond du coeur, qui transcende même l'intellect, bien qu'il se trouve dans le corps, faisant allusion au Sanctuaire et au Temple, et non dans la tête, qui correspond au Saint des Saints.
La forme du service de Dieu symbolisée par l'autel intérieur est donc celle qui émane de l'essence de l'âme et ne trouve aucun équivalent dans tous les autres instruments du Sanctuaire(...). D'autres discours 'hassidiques précisent que l'autel de terre et de pierres(17) symbolise la partie superficielle du coeur et un simple reflet de sa dimension profonde. L'autel intérieur, en revanche, représente la quintessence de cette dimension et non un simple reflet. Le Likouteï Torah explique tout cela.
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate,
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif(18)
Notes
(1) Le Rav Mena'hem Zeev Gringlass, de Montréal. (2) Voir, à ce propos, la lettre n°208. (3) Le Rav Avraham Pariz. (4) Aux 'Hassidim qui se trouvent à Shanghai. (5) Voir, à ce propos, les lettres n°214, 227, 239 et 245. (6) Du Rabbi Maharach. (7) Rachab. Voir la lettre n°211. (8) Pour les livres déjà envoyés. (9) Dollars. (10) 1940, du précédent Rabbi. (11) Date à laquelle le précédent Rabbi arriva aux Etats Unis pour s'y installer. (12) De Montréal, qui devait en financer l'impression. Voir, à ce propos, la lettre n°208. (13) Monsieur Dalfon. (14) Voir, à ce propos, la lettre n°208, au paragraphe F. (15) Du précédent Rabbi, reprenant les commentaires qu'il donna lors de sa visite dans cette ville. (16) C'est-à-dire avec la Paracha de la semaine, dont la fin de la lettre donne un commentaire. (17) L'autel extérieur. (18) Des éditions Kehot.
Lettre n°214
Iguerot Kodesh du Rabbi de Loubavitch — lettre n°214, traduction française
Par la grâce de Dieu ב'ה,
Chouchan Pourim 5706,
Au 'Hassid qui craint Dieu, Cho'het érudit,
le Rav Y.(1),
Je vous salue et vous bénis,
J'ai pris connaissance avec plaisir de vos fructueuses activités, tendant à renforcer la Torah et les Mitsvot, en général, à diffuser les livres publiés selon les instructions de mon beau-père, le Rabbi Chlita, en particulier.
Sans doute renforcez-vous, de temps à autre, votre action, dans ce domaine. Le Tanya indique que chaque année, se révèle une Lumière nouvelle, émanant d'une source particulièrement élevée, qui n'a encore jamais éclairé le monde. Et l'homme, bâti à l'image de Dieu(2), doit adopter un comportement similaire, forger des réceptacles pour contenir cette lumière.
Ceci concerne tout particulièrement la diffusion de la 'Hassidout. Peu nombreux sont ceux qui, dans votre pays, peuvent s'y consacrer. S'il vous est possible d'utiliser vos contacts avec des personnes se trouvant dans d'autres villes pour leur parler de nos publications, en Hébreu, en Yiddish ou en anglais, vous ne manquerez pas de le faire. Vous nous direz également ce qui a pu être réalisé en la matière. Pour quelqu'un comme vous, il est inutile d'en dire plus.
Je conclurai en évoquant Pourim. Le nom de cette fête est au pluriel, au sens le plus simple parce qu'il y a eu un tirage au sort pour le mois et un autre pour le jour(3).
Rachi, dans son commentaire de la Meguila, dit que le tirage au sort du jour eut pour but de déterminer une date dans le mois. On peut s'interroger, à ce propos, car le verset, en pareil cas, aurait dû dire, d'un mois à l'autre et d'un jour à l'autre. Or, c'est la formulation inverse qu'il adopte.
Le Midrach Esther Rabba et le Targoum Cheni disent, en revanche, qu'il y eut d'abord un tirage au sort du jour de la semaine, puis un autre du mois. Pour le Midrach, il est une évidence qu'il y eut ensuite un tirage au sort pour le jour du mois, puisqu'une date d'Adar fut choisie. Et, pour Rachi, on peut aussi penser qu'il y eut, de la même manière, un tirage au sort du jour de la semaine, ce qui justifie la formulation du verset. Mais, cette explication est difficile à accepter.
Or, on peut se demander pourquoi il(4) effectua un tirage au sort du jour de la semaine. Le mois et la date dans le mois ne sont-ils pas suffisants? Et, si l'on dit qu'il cherchait une confirmation de son initiative dans la concordance de tous ces tirages au sort, comme le fit Nabuchodonosor lorsqu'il partit à la conquête de Jérusalem, il aurait dû, malgré tout, commencer par le tirage au sort le plus important, c'est-à-dire celui du mois.
L'explication est donc la suivante. En ayant recours au tirage au sort, Haman voulut mettre en évidence un niveau transcendant l'intellect et la justice, un stade dans lequel la lumière et l'obscurité s'équivalent, c'est-à-dire la partie la plus superficielle de la Lumière céleste entourant la création, sur laquelle ont une emprise les nations du monde dont le calendrier est solaire, car le soleil est toujours identique(5).
A l'opposé, les enfants d'Israël ont un calendrier lunaire et tout ce qui leur est accordé est mérité. Le Kountrass Oumayan(6) explique clairement tout cela. Sa mauvaise pensée avait donc pour but de renforcer l'influence qui pouvait être obtenue de cette manière. Or, les jours dépendent du compte solaire, les mois du compte lunaire, de sorte que les jours du mois font la jonction entre ces deux comptes.
C'est pour cela que le premier tirage au sort porta sur le jour de la semaine, duquel il tirait sa puissance et sa force. C'est ensuite seulement qu'il tira le mois au sort.
Alors, les enfants d'Israël, en faisant don d'eux-mêmes, attirèrent l'aspect profond de cette Lumière qui entoure la création. A ce stade, les nations du monde n'ont aucune emprise et les fautes des Juifs ne sont plus prises en compte, ainsi qu'il est dit: Il ne voit pas le mal en Yaakov car L'Eternel son Dieu est avec lui. Certes, ici-bas, celui qui fait don de sa vie ne s'aperçoit pas de ce qu'il accomplit. Là-haut, en revanche, tout apparaît à l'évidence et il est clair qu'il en était ainsi au moment même du tirage au sort.
Ce qui vient d'être dit permet de répondre à une autre question. Le Midrach rapporte que le tirage du jour de la semaine ne laissa aucune ambiguïté à Haman, alors qu'il put se tromper sur celui des mois. Or, d'après ce qui vient d'être dit du calendrier solaire, le contraire n'eut-il pas été plus logique?
On le comprendra d'après le développement précédent. Le tirage au sort des jours de la semaine correspond à un niveau que l'action des créatures inférieures ne peut atteindre, à une Lumière qui entoure la création. Puis, lorsque l'on met en évidence la dimension profonde de cette Lumière, tout devient incontestable et, dès lors, aucune erreur n'est possible.
Les hommes, en revanche, peuvent intervenir, dans le tirage au sort du mois et du jour dans le mois. C'est la raison pour laquelle, par la suite, des différences furent faites entre les villes, celles qui étaient entourées d'une muraille(7), celles qui sont autorisées à anticiper au jour de la réunion(8).
Ce qui vient d'être dit souligne les trois aspects de Pourim. Celui qui le célèbre doit, pour lui-même, s'élever jusqu'à ne plus savoir(9). Il atteint ainsi la tête qui ne se connaît pas(10) et ce qu'elle porte en elle, comme l'explique le Likouteï Torah, en soulignant que Kippourim veut dire comme Pourim(11). Ce niveau est symbolisé ici-bas par A'hacheveroch, le roi qui possède la fin et le début(12).
Ce que l'on doit accomplir pour les autres, en revanche, correspond à deux stades de l'enchaînement des mondes, des cadeaux chacun à son ami, même si celui-ci n'est pas pauvre et ne manque de rien, ayant accès à la Lumière qui entoure la création, symbolisé par les Mèdes, d'une part et, d'autre part, des dons aux pauvres, correspondant à la Lumière qui pénètre les mondes, aux Perses, ainsi qu'il est dit tends ton pain au pauvre(13).
Avec ma bénédiction de Techouva immédiate, délivrance immédiate et pour une fête de Pessa'h cachère et joyeuse.
Rav Mena'hem Schneerson,
Directeur du comité exécutif
Notes
(1) Le Rav Yermyahou Alay, d'Afrique du Sud. (2) Adam, l'homme est de la même étymologie que Adamé, je ressemble, ainsi qu'il est dit Je ressemble au Tout Puissant. (3) De l'extermination des Juifs. Pour signifie tirage au sort, en perse. (4) Haman. (5) A la différence de la lune, qui croit et décroît chaque mois. (6) Du Rabbi Rachab. (7) A l'époque de Yochoua, qui célèbrent Pourim le 15 et non le 14 Adar. (8) Du tribunal siégeant dans leur ville et peuvent ainsi lire la Meguila dès le 11 Adar. (9) Que Morde'haï est béni et Haman, maudit, selon l'expression de la Guemara. (10) Le stade le plus profond de Kéter, la couronne qui transcende l'enchaînement des mondes et la création. (11) L'Essence de l'âme, qui correspond à ce stade, se révèle à Yom Kippour, mais elle est encore plus clairement présente à Pourim. De ce fait, Yom Kippour est seulement comme Pourim. (12) C'est-à-dire précisément ce stade qui transcende la création. Le Nom d'A'hachveroch est constitué de la contraction de A'harit Ve Rechit, Celui qui possède la fin et le début. (13) Le mot Peros, tends, est de la même étymologie que Paras, la Perse.
Étudiez les Iguerot Kodesh dans Koulam
Recherche dans les 8 945 lettres, lecture confortable, brakha du jour — gratuit, iOS & Android.
Télécharger Koulam