Joseph vint annoncer la nouvelle à Pharaon en disant "Mon père et mes frères avec leur menu et leur gros bétail et tout ce qu'ils possèdent sont venus du pays de Canaan et ils se trouvent dans la province de Gessen "
Puis il prit une partie de ses frères cinq hommes et il les mit en présence de Pharaon
Rachi (1)
Et d’entre (oumiqtsé – littéralement : « une extrémité ») ses frères. Les moins robustes, ceux qui n’avaient pas l’air forts. Car si Pharaon les avait trouvés robustes, il en aurait fait des soldats. Les moins robustes étaient Reouven, Chim‘on, Léwi, Yissakhar et Binyamin, ceux dont Mochè ne répétera pas les noms lorsqu’il les bénira (Devarim 33), tandis qu’il mentionnera deux fois les noms des plus forts : « Ceci pour “Yehouda”, il dit : Ecoute, Hachem, la voix de “Yehouda” » (Devarim 33, 7), « Et pour “Gad”, il dit : béni soit Celui qui élargit “Gad” ! » (Devarim 33, 20), « Et pour “Naftali”, il dit : “Naftali”... ». (Devarim 33, 23), « Et pour “Dan”, il dit : “Dan”... ». (Devarim 33, 22). De même pour Zevouloun, de même pour Achér. Telle est la version de Beréchith raba (95, 4), qui est une hagada d’Erets Israël. Mais dans le Talmud de Babylone, qui est le nôtre, nous pouvons lire que ceux dont Mochè a répété le nom étaient les plus faibles, et c’est eux que Yossef a présentés à Pharaon (Baba Qama 92a), sauf Yehouda dont la répétition du nom n’est pas à attribuer à sa moindre vigueur physique, mais à une autre raison, que l’on peut trouver dans le traité Baba Qama (ibid.). La barayetha du Sifri propose, dans son commentaire sur la sidra Wezoth haberakhah, la même version que notre Talmud.
Et ils dirent à Pharaon "Nous sommes venus émigrer dans ce pays parce que le pâturage manque aux troupeaux de tes serviteurs la disette étant grande dans le pays de Canaan Donc permets à tes serviteurs d'habiter dans la province de Gessen "
Le pays d'Égypte est mis à ta disposition établis dans sa meilleure province ton père et tes frères Qu'ils habitent la terre de Gessen et si tu reconnais qu'il y ait parmi eux des hommes de mérite nomme les inspecteurs des bestiaux de mon domaine "
Rachi (2)
Des hommes de mérite. Compétents dans l’art de l’élevage.
Joseph introduisit Jacob son père et le présenta à Pharaon et Jacob rendit hommage à Pharaon
Rachi (1)
Ya’aqov bénit. C’est un salut de paix, comme en adressent tous ceux qui sont admis occasionnellement devant les rois. En français médiéval : « saluder »
Et Jacob répondit à Pharaon "Le nombre des années de mes pérégrinations cent trente ans II a été court et malheureux le temps des années de ma vie et il ne vaut pas les années de la vie de mes pères les jours de leurs pérégrinations "
Rachi (2)
Les années de mes pérégrinations. Les années de mon état d’étranger (guér). Toute ma vie, j’ai été étranger sur terre.
Ya’aqov bénit Pharaon. Comme il est d’usage quand on prend congé d’une haute personnalité : on la bénit et on lui demande la permission de se retirer. Et quelle bénédiction lui a-t-il transmise ? Que les eaux du Nil montent à ses pieds, car l’Egypte ne reçoit pas d’eau de pluie. C’est le Nil qui l’arrose grâce à ses crues. A partir du moment où il a été ainsi béni, toutes les fois que Pharaon est venu se placer au bord du Nil, ses eaux sont montées à sa rencontre et ont irrigué le pays (Midrach tan‘houma Nasso 26).
Joseph établit son père et ses frères et leur donna droit de propriété dans le pays d'Égypte dans le meilleur territoire celui de Ramsès comme l'avait ordonné Pharaon
Rachi (1)
Dans le pays de Ra‘amsés. Qui fait partie du pays de Gochèn.
Or le pain manqua dans toute la contrée tant la disette était grande et le pays d'Égypte et le pays de Canaan étaient accablés par la famine
Rachi (2)
Et il n’y avait pas de pain dans tout le pays. On revient au premier sujet, [c’est-à-dire à la situation d’avant l’arrivée de Ya‘aqov (voir Rachi verset 19)], au commencement des années de famine.
Etaient accablés (watéla). Le mot watéla est écrit sans alèf et correspond à l’idée de fatigue, comme le traduit le Targoum. A rapprocher de : « comme se fatigue (kemithelahléha) celui qui lance des flèches » (Michlei 26, 18).
Joseph recueillit tout l'argent qui se trouvait dans le pays d'Égypte et dans celui de Canaan en échange du blé qu'ils achetaient et il fit entrer cet argent dans la maison de Pharaon
Rachi (1)
Pour le blé qu’on achetait. On lui donnait de l’argent.
Quand l'argent fut épuisé dans le pays d'Égypte et dans celui de Canaan tous les Égyptiens s'adressèrent à Joseph disant "Donne nous du pain pourquoi péririons nous sous tes yeux faute d’argent?"
Rachi (1)
Il n’y a pas (afès). Ainsi que le traduit le Targoum : « est arrivé à une fin ».
Ils amenèrent leur bétail à Joseph et Joseph leur donna du pain en échange des chevaux du menu bétail du gros bétail et des ânes ils les sustenta de nourriture pour tout leur bétail cette année là
Rachi (1)
Il les sustenta (wayenahalém – littéralement : « il les conduisit »). Tel est le sens du mot, comme dans : « elle n’a pas de conducteur (menahél) » (Yecha’ya 51, 18), « sur des eaux paisibles Il me conduira (yanahaléni) » (Tehilim 23, 2).
Cette année écoulée ils vinrent à lui l'année suivante et lui dirent "Nous ne pouvons dissimuler à mon seigneur que l'argent et le bétail ayant entièrement passé à mon seigneur il ne nous reste à lui offrir que nos corps et nos terres
Rachi (3)
Dans la deuxième année. La deuxième des années de famine.
Que (ki im) l’argent est épuisé. A comprendre comme : ki achèr (« il est un fait que »). Argent et bétail, tout est passé aux mains de mon maître.
Sauf nos corps. Comme s’il était écrit : « si ce n’est nos corps ».
Pourquoi péririons nous à ta vue nous et nos terres? Deviens notre possesseur et celui de nos terres moyennant des vivres nous et nos terres serons serfs de Pharaon tu nous donneras de la semence et nous vivrons au lieu de périr et la terre ne sera pas désolée "
Rachi (2)
Et donne de la semence. Pour ensemencer la terre. Il est vrai que Yossef avait annoncé : « et encore durant cinq années, il n’y aura ni labour ni moisson » (supra 45, 6). Mais avec l’arrivée de Ya‘aqov en Egypte est venue la bénédiction. On a recommencé de semer, et la famine a cessé. C’est ce que nous enseigne la Tossefta de Sota (10, 8).
Ne sera pas désolée. Traduction du Targoum : comme un champ en friche, qui n’est pas labouré (Péa 2, 1).
Joseph acquit tout le sol de l'Égypte au profit de Pharaon les Égyptiens ayant vendu chacun leurs champs contraints qu'ils étaient par la famine ainsi la contrée appartint à Pharaon
A l'égard du peuple il le transféra d'une ville dans l'autre dans toute l'étendue du territoire égyptien
Rachi (2)
Et le peuple, il le fit passer dans les villes. Yossef a déplacé le peuple d’une ville à l’autre, afin de bien marquer qu’il n’avait plus part à la terre. Il a donc installé la population de chaque ville dans une autre ville. Si la Tora mentionne ce déplacement de populations, c’est pour faire l’éloge de Yossef : Il a ainsi épargné à ses frères la honte d’être appelés des « immigrés », [étant donné que les Egyptiens étaient eux-mêmes des « immigrés » dans les villes où ils avaient été transférés] (‘Houlin 60b).
D’une extrémité des frontières de l’Egypte à l’autre. Il a ainsi agi pour toutes les villes d’Egypte, d’une extrémité à l’autre du territoire, [et non par transfert des populations d’une extrémité du pays à une autre].
Toutefois le domaine des prêtres il ne l'acquit point Car les prêtres recevaient de Pharaon une portion fixe et ils consommaient la portion que leur allouait Pharaon de sorte qu'ils ne vendirent pas leur domaine
Rachi (2)
Les prêtres (kohanim). Les prêtres païens. Le mot kohén désigne le serviteur d’une divinité, sauf là où il marque une idée de grandeur, comme dans : « prêtre de Midyan » (Chemoth 2, 16), « prêtre d’On » (supra 41, 45).
Une portion fixe. Une règle instituant une quantité fixe par jour.
puis à l'époque des produits vous donnerez un cinquième à Pharaon les quatre autres parts vous serviront à ensemencer les champs et à vous nourrir ainsi que vos gens et vos familles "
Rachi (3)
Pour l’ensemencement du champ. L’ensemencement annuel.
Et pour ceux qui sont dans vos maisons. Pour la nourriture des serviteurs et des servantes qui sont dans vos maisons.
Ils répondirent "Tu nous rends la vie! Puissions nous trouver grâce aux yeux de mon seigneur et nous resterons serfs de Pharaon "
Rachi (2)
Puissions-nous trouver grâce. Pour que tu agisses envers nous comme tu l’as dit.
Et nous serons serviteurs de Pharaon. En tant que nous lui paierons chaque année ce tribut, [et non en tant que ses serfs, car cela a déjà été indiqué au verset 19].
Joseph imposa au sol de l'Égypte cette contribution qui subsiste encore d'un cinquième pour Pharaon Le domaine des prêtres seuls était excepté il ne relevait point de Pharaon
Jacob vécut dans le pays d'Égypte dix sept ans la durée de la vie de Jacob fut donc de cent quarante sept années
Rachi (1)
Ya’aqov vécut. Pourquoi ce récit est-il « fermé » [c’est-à-dire non séparé du paragraphe précédent par un alinéa] ? C’est parce qu’il contient le récit de la mort de Ya‘aqov, laquelle a marqué le début de la souffrance de l’esclavage, et donc de la « fermeture » des yeux et des cœurs d’Israël. Autre explication : Ya‘aqov voulait livrer à ses fils le secret de la fin des temps (voir Rachi infra 49, 1), mais sa vision a été « fermée » (Beréchith raba 96, 1).
Les jours d'Israël approchant de leur terme il manda son fils Joseph et lui dit "Si tu as quelque affection pour moi mets je te prie ta main sous ma hanche pour attester que tu agiras envers moi avec bonté et fidélité en ne m'ensevelissant point en Egypte
Rachi (5)
Les jours d’Israël s’approchèrent de la mort. Lorsque la Tora dit de quelqu’un qu’il « approche de la mort », c’est qu’il n’atteindra pas l’âge de ses pères (Beréchith raba 96, 3). Yits‘haq a vécu cent quatre-vingts ans, et Ya‘aqov seulement cent quarante-sept. De même est-il écrit chez Dawid que « ses jours approchaient de mourir » (I Melakhim 2, 1). Or, il n’a vécu que soixante-dix ans, alors que son père en a vécu quatre-vingts.
il manda son fils Joseph et lui dit.. Celui qui avait le pouvoir pour agir.
Mets, je te prie, ta main. Et jure.
Bonté et vérité. La bonté que l’on témoigne aux morts est une « bonté de vérité », car on n’en attend rien en retour (Beréchith raba 96, 5).
Ne m’enterre pas, je te prie, en Egypte. Car sa terre sera un jour vermine, qui s’agiterait sous mon corps. De plus, les morts ensevelis hors d’Erets Israël « vivent » dans la souffrance des migrations souterraines. Je ne veux pas, enfin, que les Egyptiens me rendent un culte idolâtre.
Quand je dormirai avec mes pères tu me transporteras hors de l'Égypte et tu m'enseveliras dans leur sépulcre " Il répondit "Je ferai selon ta parole "
Rachi (1)
Je serai couché (wechakhavti) avec mes pères. La conjonction we (« et ») relie ce verset au début de celui qui précède : « mets, je te prie, ta main sous ma hanche », et jure-moi, et alors « je serai couché avec mes pères, tu me transporteras hors de l’Egypte. ». Il ne faut pas interpréter les mots : « je serai couché avec mes pères » comme voulant dire : « fais-moi reposer avec mes pères », dans la même tombe, car il est écrit ensuite : « tu me transporteras hors de l’Egypte, et tu m’enterreras dans leur sépulture ». L’expression « être couché avec ses pères » signifie, d’ailleurs, « mourir », et non « être enterré », comme dans : « Dawid fut couché avec ses pères... ». suivi de : « ... et il fut enterré dans la ville de Dawid » (I Melakhim 2, 10).
Il reprit "Jure le moi" et il le lui jura et Israël s’inclina sur le chevet du lit
Rachi (2)
Israël se prosterna. Incline-toi, [comme dit le dicton], vers le renard en son heure [de puissance, même si c’est au lion qu’appartient la dignité royale] (Meguila 16b).
A la tête du lit. Il s’est tourné vers la chekhina. D’où l’on apprend que la chekhina se trouve au-dessus de la tête d’un malade (Nedarim 40b). Autre explication de « à la tête du lit » : Sa « couche » était parfaite, en ce qu’il ne s’y trouvait pas d’impie. Car Yossef, qui était devenu roi après avoir été emmené en captivité parmi les païens, s’était néanmoins maintenu dans sa piété (Sifri Waeth‘hanan 31).
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