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Beréchith (Genèse) — chapitre 25

Texte hébreu (avec taamim), traduction française et commentaire de Rachi traduit en français, verset par verset. Sommaire du Houmash.

Verset 1

וַיֹּ֧סֶף אַבְרָהָ֛ם וַיִּקַּ֥ח אִשָּׁ֖ה וּשְׁמָ֥הּ קְטוּרָֽה׃

Abraham prit une nouvelle épouse nommée Ketoura

Rachi (1)

Qetoura. C’est Hagar (Beréchith raba 61, 5), ainsi appelée (Pirqé deRabi Eli‘èzèr 30) parce que ses actions étaient aussi belles que l’encens (qetoreth), et aussi parce qu’elle avait « lié » (qachar) l’ouverture de son corps, ne s’étant unie à aucun homme depuis qu’elle s’était séparée d’Avraham.

Verset 2

וַתֵּ֣לֶד ל֗וֹ אֶת־זִמְרָן֙ וְאֶת־יָקְשָׁ֔ן וְאֶת־מְדָ֖ן וְאֶת־מִדְיָ֑ן וְאֶת־יִשְׁבָּ֖ק וְאֶת־שֽׁוּחַ׃

EIIe lui enfanta Zimrân Yokchân Medân Midyân Yichbak et Chouah

Verset 3

וְיָקְשָׁ֣ן יָלַ֔ד אֶת־שְׁבָ֖א וְאֶת־דְּדָ֑ן וּבְנֵ֣י דְדָ֔ן הָי֛וּ אַשּׁוּרִ֥ם וּלְטוּשִׁ֖ם וּלְאֻמִּֽים׃

Yokchân engendra Cheba et Dedân et les fils de Dedân furent les Achourim les Letouchim et les Leoummim

Rachi (2)

Les Achourim, les Letouchim. Noms de chefs de nations. Le Targoum Onqelos, qui le traduit par lemachiran (« ceux qui campent », de chayyara [« caravane »]), ne peut pas, à mon avis, s’appuyer sur le texte. Et si tu m’objectes qu’il n’en est pas ainsi à cause du alèf de achourim qui ne fait pas partie de la racine, je te répondrai qu’il existe des mots qui ne comportent pas de alèf au début, mais qui en ont un au début de certaines formes dérivées, comme dans : « un mur tiré à la verticale (anakh) » (‘Amos 7, 7) à rapprocher de : « boiteux (nekhé) » (II Chemouel 4, 4), ou comme dans : « un vase (assoukh) d’huile » (II Melakhim 4, 2), à rapprocher de « tu auras soin de te laver, de te parfumer (wesakhta) » (Routh 3, 3).

Les Letouchim. Quant aux Letouchim, ils possédaient, selon le Targoum, des tentes dispersées de toutes parts et ils se déplaçaient chacun dans la sienne. C’est ainsi qu’il est écrit : « ils étaient dispersés (netouchim) sur la surface de toute la terre » (I Chemouel 30, 16), les lettres noun et lamèd étant permutables.

Verset 4

וּבְנֵ֣י מִדְיָ֗ן עֵיפָ֤ה וָעֵ֨פֶר֙ וַֽחֲנֹ֔ךְ וַֽאֲבִידָ֖ע וְאֶלְדָּעָ֑ה כָּל־אֵ֖לֶּה בְּנֵ֥י קְטוּרָֽה׃

Les enfants de Midyân Efa Efer Hanoc Abida et Eldaa Tous ceux là furent les enfants de Ketoura

Verset 5

וַיִּתֵּ֧ן אַבְרָהָ֛ם אֶת־כָּל־אֲשֶׁר־ל֖וֹ לְיִצְחָֽק׃

Abraham donna tout ce qu'il possédait à Isaac

Rachi (1)

Avraham donna. Rabi Nè’hèmia a enseigné : il s’agit du don héréditaire de la bénédiction. Le Saint béni soit-Il lui avait dit : « et tu seras bénédiction » (supra 12, 2). Les bénédictions te sont confiées pour bénir qui tu voudras, et Avraham a transmis ce don à Yits‘haq.

Verset 6

וְלִבְנֵ֤י הַפִּֽילַגְשִׁים֙ אֲשֶׁ֣ר לְאַבְרָהָ֔ם נָתַ֥ן אַבְרָהָ֖ם מַתָּנֹ֑ת וַֽיְשַׁלְּחֵ֞ם מֵעַ֨ל יִצְחָ֤ק בְּנוֹ֙ בְּעוֹדֶ֣נּוּ חַ֔י קֵ֖דְמָה אֶל־אֶ֥רֶץ קֶֽדֶם׃

Quant aux fils des concubines qu'avait eues Abraham il leur fit des présents et tandis qu'il vivait encore il les relégua loin d'Isaac son fils vers l'orient dans le pays de Kédem

Rachi (2)

Des concubines. Il manque le yod à la terminaison du pluriel en im de pilagchim (« concubines »). C’est parce qu’Avraham n’a qu’une seule concubine, Hagar, c’est-à-dire Qetoura. Les épouses ont une ketouva (« contrat de mariage »), pas les concubines, comme indiqué dans la guemara (Sanhèdrin 21a) à propos des épouses et concubines de Dawid.

Avraham fit des dons. Nos rabbins ont expliqué qu’il leur a transmis « le nom de l’impureté » (Sanhèdrin 91a). Autre explication : tous les dons qu’on lui avait faits à cause de Sara, ainsi que les autres dons qu’on lui avait faits, il les leur a donnés tous, car il ne voulait pas en tirer profit.

Verset 7

וְאֵ֗לֶּה יְמֵ֛י שְׁנֵֽי־חַיֵּ֥י אַבְרָהָ֖ם אֲשֶׁר־חָ֑י מְאַ֥ת שָׁנָ֛ה וְשִׁבְעִ֥ים שָׁנָ֖ה וְחָמֵ֥שׁ שָׁנִֽים׃

Le nombre des années que vécut Abraham fut de cent soixante quinze ans

Rachi (1)

Cent ans et soixante-dix ans et quinze ans. A cent ans il était aussi vigoureux qu’à soixante-dix, et à soixante-dix ans il était comme à cinq, sans péché.

Verset 8

וַיִּגְוַ֨ע וַיָּ֧מָת אַבְרָהָ֛ם בְּשֵׂיבָ֥ה טוֹבָ֖ה זָקֵ֣ן וְשָׂבֵ֑עַ וַיֵּאָ֖סֶף אֶל־עַמָּֽיו׃

Abraham défaillit et mourut dans une heureuse vieillesse âgé et satisfait et il rejoignit ses pères

Verset 9

וַיִּקְבְּר֨וּ אֹת֜וֹ יִצְחָ֤ק וְיִשְׁמָעֵאל֙ בָּנָ֔יו אֶל־מְעָרַ֖ת הַמַּכְפֵּלָ֑ה אֶל־שְׂדֵ֞ה עֶפְרֹ֤ן בֶּן־צֹ֨חַר֙ הַֽחִתִּ֔י אֲשֶׁ֖ר עַל־פְּנֵ֥י מַמְרֵֽא׃

Il fut inhumé par Isaac et Ismaël ses fils dans le caveau de Makpéla dans le domaine d'Efrôn fils de Çohar Héthéen qui est en face de Mamré

Rachi (1)

Yits‘haq et Yichma‘el. D’où l’on apprend que Yichma‘el s’était repenti et a donné préséance à Yits‘haq (Baba Batra 16b). C’est en cela qu’a consisté « la bonne vieillesse » (verset 8) dont a bénéficié Avraham (Beréchith raba 38, 12).

Verset 10

הַשָּׂדֶ֛ה אֲשֶׁר־קָנָ֥ה אַבְרָהָ֖ם מֵאֵ֣ת בְּנֵי־חֵ֑ת שָׁ֛מָּה קֻבַּ֥ר אַבְרָהָ֖ם וְשָׂרָ֥ה אִשְׁתּֽוֹ׃

ce domaine qu’Abraham avait acquis des enfants de Heth Là furent ensevelis Abraham et Sara son épouse

Verset 11

וַיְהִ֗י אַֽחֲרֵי֙ מ֣וֹת אַבְרָהָ֔ם וַיְבָ֥רֶךְ אֱלֹהִ֖ים אֶת־יִצְחָ֣ק בְּנ֑וֹ וַיֵּ֣שֶׁב יִצְחָ֔ק עִם־בְּאֵ֥ר לַחַ֖י רֹאִֽי׃

Après la mort d'Abraham le Seigneur bénit Isaac son fils Isaac s'établit prés de la source du Vivant qui me voit

Rachi (1)

Ce fut, après la mort d’Avraham, que Eloqim bénit. Dieu a apporté à Yits‘haq les consolations que l’on doit à ceux qui sont en deuil (Sota 14a). Autre explication : Bien que le Saint béni soit-Il eût confié les bénédictions à Avraham, celui-ci craignait de bénir Yits‘haq, parce qu’il prévoyait qu’il donnerait un jour naissance à ‘Essaw. Il a dit : « Que vienne le Maître des bénédictions bénir qui bon lui semblera ! ». C’est alors que le Saint béni soit-Il est venu bénir Yits‘haq.

Verset 12

וְאֵ֛לֶּה תֹּֽלְדֹ֥ת יִשְׁמָעֵ֖אל בֶּן־אַבְרָהָ֑ם אֲשֶׁ֨ר יָֽלְדָ֜ה הָגָ֧ר הַמִּצְרִ֛ית שִׁפְחַ֥ת שָׂרָ֖ה לְאַבְרָהָֽם׃

Suivent les générations d'Ismaël fils d'Abraham que l'Égyptienne Agar esclave de Sara avait enfanté à Abraham

Verset 13

וְאֵ֗לֶּה שְׁמוֹת֙ בְּנֵ֣י יִשְׁמָעֵ֔אל בִּשְׁמֹתָ֖ם לְתֽוֹלְדֹתָ֑ם בְּכֹ֤ר יִשְׁמָעֵאל֙ נְבָיֹ֔ת וְקֵדָ֥ר וְאַדְבְּאֵ֖ל וּמִבְשָֽׂם׃

Voici les noms des fils d'Ismaël désignés selon leur ordre de naissance le premier né d'Ismaël Nebaïoth puis Kédar Adbeél Mibsam

Rachi (1)

Selon leur nom, selon leur engendrement. Dans l’ordre de leur naissance.

Verset 14

וּמִשְׁמָ֥ע וְדוּמָ֖ה וּמַשָּֽׂא׃

Michma Douma Massa

Verset 15

חֲדַ֣ד וְתֵימָ֔א יְט֥וּר נָפִ֖ישׁ וָקֵֽדְמָה׃

Hadad Tèma Yetour Nafich et Kédma

Verset 16

אֵ֣לֶּה הֵ֞ם בְּנֵ֤י יִשְׁמָעֵאל֙ וְאֵ֣לֶּה שְׁמֹתָ֔ם בְּחַצְרֵיהֶ֖ם וּבְטִֽירֹתָ֑ם שְׁנֵים־עָשָׂ֥ר נְשִׂיאִ֖ם לְאֻמֹּתָֽם׃

Tels sont les fils d'Ismaël et tels sont leurs noms chacun dans sa bourgade et dans son domaine douze chefs de peuplades distinctes

Rachi (1)

Selon leurs bourgades. Ce sont des villes non fortifiées. Le Targoum traduit par « ouvert », comme dans : « Ouvrez (la bouche) et éclatez de joie » (Tehilim 98, 4).

Verset 17

וְאֵ֗לֶּה שְׁנֵי֙ חַיֵּ֣י יִשְׁמָעֵ֔אל מְאַ֥ת שָׁנָ֛ה וּשְׁלֹשִׁ֥ים שָׁנָ֖ה וְשֶׁ֣בַע שָׁנִ֑ים וַיִּגְוַ֣ע וַיָּ֔מָת וַיֵּאָ֖סֶף אֶל־עַמָּֽיו׃

Le nombre des années de la vie d'Ismaël fut de cent trente sept ans Il défaillit et mourut et rejoignit ses pères

Rachi (2)

Les années de vie de Yichma‘el.... R. ‘Hiya bar Abba a enseigné : Pourquoi cette précision quant au nombre des années qu’a vécues Yichma‘el ? Pour y rattacher les années de Ya’aqov (Yevamoth 64a). L’âge qu’avait Yichma‘el à sa mort nous permet de déduire que Ya’aqov a fréquenté la maison de ‘Evèr pour y étudier pendant quatorze ans, après avoir quitté son père et avant d’arriver chez Lavan. C’est en effet lorsque Ya’aqov a quitté son père que Yichma‘el est mort, ainsi qu’il est écrit : « ‘Essaw alla vers Yichma‘el... » (infra 28, 9), comme expliqué dans la guemara (Meguila 17a. Voir Rachi infra 28, 9).

Il expira. On ne parle d’expiration que pour les justes (Baba Batra 16b).

Verset 18

וַיִּשְׁכְּנ֨וּ מֵֽחֲוִילָ֜ה עַד־שׁ֗וּר אֲשֶׁר֙ עַל־פְּנֵ֣י מִצְרַ֔יִם בֹּֽאֲכָ֖ה אַשּׁ֑וּרָה עַל־פְּנֵ֥י כָל־אֶחָ֖יו נָפָֽל׃

Ces peuplades habitaient depuis Havila jusqu'à Chour en face de l'Égypte jusque vers Achour Il s'étendit ainsi à la face de tous ses frères

Rachi (1)

Il demeura (nafal – littéralement : « il tomba »). Comme dans : « Midyan, ‘Amaleq et toutes les peuplades d’Orient s’étendaient (noflim) dans la vallée » (Choftim 7, 12). Le texte emploie ici le mot « tomber », alors qu’il disait plus haut : « et il demeurera (yichkon) à la face de tous ses frères » (supra 16, 12). Avant la mort d’Avraham, « il est demeuré ». Après sa mort, « il est tombé » (Beréchith raba 62, 5).

Verset 19

וְאֵ֛לֶּה תּֽוֹלְדֹ֥ת יִצְחָ֖ק בֶּן־אַבְרָהָ֑ם אַבְרָהָ֖ם הוֹלִ֥יד אֶת־יִצְחָֽק׃

Ceci est l'histoire d'Isaac fils d'Abraham Abraham engendra Isaac

Rachi (2)

Et celles-ci sont les générations de Yits‘haq. Ya‘aqov et ‘Essaw dont il sera question ci-après.

Avraham engendra Yits‘haq. Le texte, après avoir dit : « Yits‘haq, fils d’Avraham », est tenu d’ajouter : « Avraham engendra Yits‘haq ». En effet, les moqueurs de l’époque disaient que c’est d’Avimèlekh que Sara était devenue enceinte, puisqu’elle était demeurée si longtemps avec Avraham sans avoir eu d’enfants. Qu’a fait le Saint béni soit-Il ? Il a modelé le visage de Yits‘haq à la ressemblance de celui d’Avraham, et tout le monde a pu ainsi témoigner que celui-ci était bien son père. C’est la raison pour laquelle il est écrit ici : « Yits‘haq, fils d’Avraham », étant donné qu’il était désormais prouvé que « Avraham a engendré Yits‘haq » (Midrach tan‘houma Toldoth 1, Baba Metsi‘a 87a).

Verset 20

וַיְהִ֤י יִצְחָק֙ בֶּן־אַרְבָּעִ֣ים שָׁנָ֔ה בְּקַחְתּ֣וֹ אֶת־רִבְקָ֗ה בַּת־בְּתוּאֵל֙ הָֽאֲרַמִּ֔י מִפַּדַּ֖ן אֲרָ֑ם אֲח֛וֹת לָבָ֥ן הָֽאֲרַמִּ֖י ל֥וֹ לְאִשָּֽׁה׃

Isaac avait quarante ans lorsqu'il prit pour épouse Rébecca fille de Bathuel l'Araméen du territoire d'Aram sœur de Laban l'Araméen

Rachi (3)

Yits‘haq avait quarante ans. Lorsqu’Avraham est revenu du Mont Moria, il a appris la naissance de Rivqa (supra 22, 20). Yits‘haq était alors âgé de trente-sept ans, puisque Sara est morte à ce moment-là, et qu’il s’est écoulé cette durée entre sa naissance et son sacrifice, et donc la mort de Sara. Sara avait en effet quatre-vingt-dix ans à la naissance de Yits‘haq et elle est morte à cent vingt-sept ans, ainsi qu’il est écrit : « la vie de Sara fut de cent ans et vingt ans et sept ans » (supra 23, 1). Yits‘haq avait par conséquent trente-sept ans à la naissance de Rivqa. Il a attendu qu’elle ait trois ans et l’a alors épousée.

Fille de Bethouel, l’Arami, de Padan Aram, sœur de Lavan. Ne savions-nous pas déjà qu’elle était « fille de Bethouel, de Padan Aram, et sœur de Lavan » ? Si le texte le répète ici, c’est pour faire son éloge : Elle était fille d’un homme impie, sœur d’un impie, habitant un pays peuplé de gens impies, et elle n’a pas suivi leur exemple (Beréchith raba 63, 4).

De Padan Aram. Il existe deux Aram : Aram Naharayim et Aram Tsova. D’où le nom de Padan qui signifie « couple », comme dans : « un couple (tsèmèd) de bœufs » (I Chemouel 11,7), que le Targoum traduit par : padan tourim. D’autres expliquent padan aram comme signifiant « le champ de Aram » (Hoché‘a 12, 13), « champ » se disant en arabe : padan.

Verset 21

וַיֶּעְתַּ֨ר יִצְחָ֤ק לַֽיהוָה֙ לְנֹ֣כַח אִשְׁתּ֔וֹ כִּ֥י עֲקָרָ֖ה הִ֑וא וַיֵּעָ֤תֶר לוֹ֙ יְהוָ֔ה וַתַּ֖הַר רִבְקָ֥ה אִשְׁתּֽוֹ׃

Isaac implora l’Éternel au sujet de sa femme parce qu'elle était stérile l'Éternel accueillit sa prière et Rébecca sa femme devint enceinte

Rachi (4)

Yits‘haq implora. [Le verbe est à la forme active]. Il a multiplié sa prière avec insistance.

Hachem se laissa implorer par lui. [Le verbe est à la forme passive]. Il s’est laissé gagner par la prière et a accordé ce qu’on lui demandait. Je pense que la racine ‘ayin taw reich exprime toujours l’insistance et la répétition du même acte, comme dans : « une abondance (‘athar) de nuée d’encens » (Ye‘hezqel 8, 11), ou dans : « vous avez multiplié (weha’tartem) vos paroles contre moi » (Ye‘hezqel 35, 13), ou dans « une profusion (wena’toroth) de baisers de l’ennemi » (Michlei 27, 6) : ils sont bien trop nombreux et ils sont à charge. En français médiéval : « encreisement ».

Au sujet de sa femme (littéralement : « face à sa femme »). Yits‘haq se tenait dans un coin et priait. Rivqa se tenait dans au autre coin et priait elle aussi (Yevamoth 64a, Beréchith raba 63, 5).

Hachem se laissa implorer par lui. Par lui, et pas par elle, parce que la prière d’un juste fils de juste ne ressemble pas à celle d’un juste fils d’un impie.

Verset 22

וַיִּתְרֹֽצְצ֤וּ הַבָּנִים֙ בְּקִרְבָּ֔הּ וַתֹּ֣אמֶר אִם־כֵּ֔ן לָ֥מָּה זֶּ֖ה אָנֹ֑כִי וַתֵּ֖לֶךְ לִדְרֹ֥שׁ אֶת־יְהוָֽה׃

Comme les enfants s'entre poussaient dans son sein elle dit "Si cela est ainsi à quoi suis je destinée!" Et elle alla consulter le Seigneur

Rachi (5)

Se heurtaient. On conviendra que ce verset appelle une interprétation midrachique, car il laisse dans l’ombre le rapport qui existe entre ces « heurts » et l’exclamation : « si cela est ainsi, à quoi suis-je destinée ? ». Nos maîtres expliquent que le mot a le sens de « courir ». Quand elle passait devant les « portes de Tora » de Chem et de ‘Evèr, Ya‘aqov se mettait à courir et « heurtait » pour sortir. Et lorsqu’elle passait devant les « portes de l’idolâtrie », c’est ‘Essaw qui se mettait à courir et « heurtait » pour sortir (Beréchith raba 63, 6). Autre explication : Ils se heurtaient l’un contre l’autre, se disputant l’héritage des deux mondes.

Elle dit : S’il en est ainsi. Si les souffrances de la grossesse sont si intenses...

... Pourquoi suis-je là ?. Pourquoi avoir tant désiré cette grossesse et avoir tant prié pour elle ?

Elle alla. A l’école de Chem et de ‘Evèr.

Consulter Hachem. Pour qu’Il lui dise comment cela se terminera.

Verset 23

וַיֹּ֨אמֶר יְהוָ֜ה לָ֗הּ שְׁנֵ֤י גֹיִים֙ בְּבִטְנֵ֔ךְ וּשְׁנֵ֣י לְאֻמִּ֔ים מִמֵּעַ֖יִךְ יִפָּרֵ֑דוּ וּלְאֹם֙ מִלְאֹ֣ם יֶֽאֱמָ֔ץ וְרַ֖ב יַֽעֲבֹ֥ד צָעִֽיר׃

Le Seigneur lui dit "Deux nations sont dans ton sein et deux peuples sortiront de tes entrailles un peuple sera plus puissant que l’autre et l’aîné obéira au plus jeune "

Rachi (5)

Hachem lui dit. Par l’intermédiaire d’un messager (Beréchith raba 63, 17). Chem recevait l’inspiration de l’esprit saint, et il lui en transmettait le message.

Deux nations sont dans ton ventre. Le mot « nations » (goyim) est écrit dans une forme défective (sans waw, comme pour pouvoir être lu : guéyim [« de grands personnages »]), allusion à Antonin [descendant de ‘Essaw] et à Rabi [Rabi Yehouda haNassi, descendant de Ya‘aqov ], à la table desquels il n’a jamais manqué ni radis ni laitues, en été comme en hiver (‘Avoda Zara 11a).

Et deux peuples. Le mot leom (« nation ») présuppose toujours la puissance royale (‘Avoda Zara 2b).

Sortiront de tes entrailles. Ils se sépareront dès leur sortie des entrailles de leur mère, pour aller l’un vers son impiété, l’autre vers son intégrité.

Un peuple sera plus puissant que l’autre. Ils ne seront jamais égaux en grandeur. Lorsque l’un des deux s’élèvera, l’autre s'effondrera, ainsi qu’il est écrit : « je vais être comblée, maintenant qu’elle est ruinée » (Ye‘hezqel 26, 2). Tyr n’a été comblée que lorsque Jérusalem a été ruinée (Meguila 6a).

Verset 24

וַיִּמְלְא֥וּ יָמֶ֖יהָ לָלֶ֑דֶת וְהִנֵּ֥ה תוֹמִ֖ם בְּבִטְנָֽהּ׃

L'époque de sa délivrance arrivée il se trouva qu'elle portait des jumeaux

Rachi (2)

Ses jours pour engendrer furent remplis. Tandis qu’on dira à propos de Tamar : « ce fut, au moment de son engendrement » (infra 38, 27). Ses jours n’étaient pas « remplis », car elle a mis ses enfants au monde à sept mois.

Et voici des jumeaux. Le mot « jumeaux » est écrit ici dans une forme défective (tomim, sans waw ni yod), alors que chez Tamar il est écrit en entier : teomim. Car les deux enfants de Tamar seront l’un et l’autre des justes, tandis qu’il y a ici un juste et un impie (Beréchith raba 63, 8).

Verset 25

וַיֵּצֵ֤א הָֽרִאשׁוֹן֙ אַדְמוֹנִ֔י כֻּלּ֖וֹ כְּאַדֶּ֣רֶת שֵׂעָ֑ר וַיִּקְרְא֥וּ שְׁמ֖וֹ עֵשָֽׂו׃

Le premier qui sortit était roux et tout son corps pareil à une pelisse on lui donna le nom d'Ésaü

Rachi (3)

Roux. Indication qu’il versera le sang.

Comme une pelisse chevelue. Plein de poils, tel un vêtement de laine plein de poils. En français médiéval : « flocheide ».

Ils appelèrent son nom ‘Essaw. De la racine ‘assé (« faire »). Tout le monde l’a appelé ainsi parce qu’il était « fait », c’est-à-dire qu’il était venu au monde tout velu, comme un homme d’âge mûr.

Verset 26

וְאַֽחֲרֵי־כֵ֞ן יָצָ֣א אָחִ֗יו וְיָד֤וֹ אֹחֶ֨זֶת֙ בַּֽעֲקֵ֣ב עֵשָׂ֔ו וַיִּקְרָ֥א שְׁמ֖וֹ יַֽעֲקֹ֑ב וְיִצְחָ֛ק בֶּן־שִׁשִּׁ֥ים שָׁנָ֖ה בְּלֶ֥דֶת אֹתָֽם׃

Ensuite naquit son frère tenant de la main le talon d'Ésaü et on le nomma Jacob Isaac avait soixante ans lors de leur naissance

Rachi (4)

Et après cela sortit son frère. J’ai entendu une interprétation midrachique qui prend ce texte au pied de la lettre : Il était juste que Ya’aqov saisît son frère au talon pour le retenir, car il était le produit de la première goutte de semence, ‘Essaw étant le fruit de la seconde. On peut comparer cette situation à un tuyau dont l’ouverture est étroite. Si l’on y fait glisser deux cailloux l’un après l’autre, celui qui sera entré en premier sortira en dernier, et celui qui sera entré le dernier sortira le premier. C’est ainsi que ‘Essaw, créé en dernier, est sorti en premier, et que Ya‘aqov, créé le premier, est sorti le dernier. Voilà pourquoi il le « tenait », afin d’être le premier par la naissance comme il l’avait été par la création. Comme c’est lui qui « a ouvert la matrice », c’est à lui que sera attribué le droit d’aînesse.

Le talon de ‘Essaw. Signe que l’un, [en l’occurrence ‘Essaw], n’aura même pas terminé sa période de domination que l’autre, [à savoir Ya‘aqov], se dressera pour lui reprendre le pouvoir.

Il appela son nom Ya‘aqov. C’est le Saint béni soit-Il qui l’a appelé ainsi (Midrach tan‘houma Chemoth 4). [Certaines versions ajoutent : Il a dit à ceux qui avaient nommé ‘Essaw : « Vous venez de donner un nom à votre premier-né ! A moi maintenant de donner un nom à mon fils premier-né ! » (voir Chemoth 4, 23). Voilà pourquoi il est écrit : « Il appela son nom Ya‘aqov »]. Autre explication : C’est son père qui l’a appelé ainsi parce qu’il avait tenu le « talon » (‘aqév) de ‘Essaw.

Soixante ans. Il s’est écoulé dix ans entre son mariage avec Rivqa et le moment où, ayant atteint l’âge de treize ans, elle a pu devenir enceinte. Il a, pendant ces dix ans, espéré et attendu comme l’avait fait son père avec Sara. Il s’est alors rendu compte qu’elle était stérile, et il a prié pour elle. Mais il n’a pas voulu épouser une servante, car le sacrifice au Mont Moria avait fait de lui une offrande entièrement consacrée à Dieu.

Verset 27

וַֽיִּגְדְּלוּ֙ הַנְּעָרִ֔ים וַיְהִ֣י עֵשָׂ֗ו אִ֛ישׁ יֹדֵ֥עַ צַ֖יִד אִ֣ישׁ שָׂדֶ֑ה וְיַֽעֲקֹב֙ אִ֣ישׁ תָּ֔ם יֹשֵׁ֖ב אֹֽהָלִֽים׃

Les enfants ayant grandi Ésaü devint un habile chasseur un homme des champs tandis que Jacob homme inoffensif vécut sous la tente

Rachi (5)

Les enfants grandirent. ‘Essaw devint. Aussi longtemps qu’ils étaient petits, on ne pouvait pas les reconnaître à leur conduite, personne ne prenait garde à leur caractère. Arrivés à l’âge de treize ans, l’un s’est dirigé vers les écoles et l’autre vers l’idolâtrie (Beréchith raba 63, 10).

Connaissant la chasse. Sachant attraper et tromper son père par des paroles. Il demandait : « Père ! Comment prélève-t-on la dîme sur le sel et sur la paille ? », lui faisant ainsi croire qu’il observait minutieusement les mitswoth.

Un homme des champs. A prendre au pied de la lettre : un oisif chassant à l’arc bêtes et oiseaux.

Intègre. Il ne connaissait rien de tout cela. Tel était son cœur, telle était sa parole [c’est-à-dire : il était totalement sincère]. Celui qui n’est pas habile à tromper autrui est appelé tam (« intègre »).

Habitait les tentes. La tente de Chem et celle de ‘Evèr.

Verset 28

וַיֶּֽאֱהַ֥ב יִצְחָ֛ק אֶת־עֵשָׂ֖ו כִּי־צַ֣יִד בְּפִ֑יו וְרִבְקָ֖ה אֹהֶ֥בֶת אֶֽת־יַעֲקֹֽב׃

lsaac préférait Ésaü parce qu'il mettait du gibier dans sa bouche mais Rébecca préférait Jacob

Rachi (1)

Dans sa bouche. A comprendre comme le propose le Targoum : « dans la bouche de Yits‘haq ». Pour le midrach, il s’agit de « la bouche de ‘Essaw », qui attrapait et trompait son père par des paroles.

Verset 29

וַיָּ֥זֶד יַֽעֲקֹ֖ב נָזִ֑יד וַיָּבֹ֥א עֵשָׂ֛ו מִן־הַשָּׂדֶ֖ה וְה֥וּא עָיֵֽף׃

Un jour Jacob faisait cuire un potage quand Ésaü revint des champs fatigué

Rachi (2)

Préparait. Faisait cuire, comme le traduit le Targoum.

Fatigué (‘ayéf). De tuer (Beréchith raba 63, 12), comme dans : « mon âme est fatiguée (‘ayefa) à cause des meurtriers » (Yirmeya 4, 31).

Verset 30

וַיֹּ֨אמֶר עֵשָׂ֜ו אֶֽל־יַעֲקֹ֗ב הַלְעִיטֵ֤נִי נָא֙ מִן־הָֽאָדֹ֤ם הָֽאָדֹם֙ הַזֶּ֔ה כִּ֥י עָיֵ֖ף אָנֹ֑כִי עַל־כֵּ֥ן קָרָֽא־שְׁמ֖וֹ אֱדֽוֹם׃

Ésaü dit à Jacob "Laisse moi avaler je te prie de ce rouge de ce mets rouge car je suis fatigué " C'est à ce propos qu'on le nomma Édom

Rachi (2)

Laisse-moi avaler (hal‘iténi). J’ouvrirai la bouche, et tu n’auras qu’à y jeter copieusement. Comme le dit la michna (Chabath 155a) : « Il n’est pas permis, le chabath, de gaver un chameau, mais on a le droit d’introduire la nourriture (mal’itim) dans sa bouche ».

Du rouge, de ce rouge-là. Des lentilles rouges. Avraham était mort ce jour-là, afin qu’il ne puisse voir son petit-fils ‘Essaw prendre le chemin du mal (Baba Batra 16b). Cela n’aurait pas été, [s’il avait survécu] la « bonne vieillesse » (supra 25, 8) que le Saint béni soit-Il lui avait promise. Aussi a-t-Il abrégé sa vie de cinq ans. Yits‘haq vivra cent quatre-vingts ans, Avraham n’en a vécu que cent soixante-quinze. Ya’aqov a fait cuire des lentilles pour le premier repas de deuil. Pourquoi des lentilles ? Parce qu’elles ont une forme ronde, le deuil étant comme une roue qui tourne dans le monde. De plus, la lentille n’a pas de « bouche », ressemblant en cela à une personne en deuil qui ne doit pas parler. C’est pourquoi on a coutume d’offrir aux gens en deuil un œuf pour leur premier repas. L’œuf est rond et entièrement fermé. Une personne en deuil reste également la bouche close. La guemara (Mo‘èd qatan 21b) enseigne que l’on ne doit pas, pendant les trois premiers jours de deuil, répondre au salut de qui que ce soit. A plus forte raison ne doit-on pas saluer en premier. Du troisième au septième jour, on peut répondre à un salut, mais on ne salue pas en premier, etc.

Verset 31

וַיֹּ֖אמֶר יַֽעֲקֹ֑ב מִכְרָ֥ה כַיּ֛וֹם אֶת־בְּכֹֽרָתְךָ֖ לִֽי׃

Jacob dit "Vends moi d'abord ton droit d'aînesse "

Rachi (2)

Vends-moi, aujourd’hui. Le Targoum traduit littéralement : « comme ce jour ». Fais-moi une vente réelle et claire, tout aussi inattaquable que l’est ce jour.

Ton droit d’aînesse. Le service du culte revient aux aînés. Ya’aqov s’est dit : il ne convient pas que cet impie soit appelé à apporter des offrandes au Saint béni soit-Il (Beréchith raba 63, 13).

Verset 32

וַיֹּ֣אמֶר עֵשָׂ֔ו הִנֵּ֛ה אָֽנֹכִ֥י הוֹלֵ֖ךְ לָמ֑וּת וְלָמָּה־זֶּ֥ה לִ֖י בְּכֹרָֽה׃

Ésaü répondit "Certes! Je marche à la mort à quoi me sert donc le droit d'aînesse?"

Rachi (1)

Je marche à la mort. Le droit d’aînesse est chose variable et qui se déplace. Le culte ne restera pas toujours l’apanage des aînés, puisqu’il passera un jour à la tribu de Léwi. En outre Esaü a demandé : « Quelle est la nature de ce culte ? » Ya’aqov lui a répondu : « Il y a tant de précautions à prendre, il comporte tant de sanctions qui peuvent aller jusqu’à la mort ». Comme l’enseigne la michna (Sanhèdrin 22b) : ceux-là méritent la mort, ceux qui pénètrent dans le sanctuaire en état d’ivresse ou la tête découverte. ‘Essaw dit alors : « jusqu’à la mort ! ». S’il en est ainsi, qu’en ai-je besoin ?

Verset 33

וַיֹּ֣אמֶר יַֽעֲקֹ֗ב הִשָּׁ֤בְעָה לִּי֙ כַּיּ֔וֹם וַיִּשָּׁבַ֖ע ל֑וֹ וַיִּמְכֹּ֥ר אֶת־בְּכֹֽרָת֖וֹ לְיַֽעֲקֹֽב׃

Jacob dit "Jure le moi dès à présent " Et il lui fit serment et il vendit son droit d'aînesse à Jacob

Verset 34

וְיַֽעֲקֹ֞ב נָתַ֣ן לְעֵשָׂ֗ו לֶ֚חֶם וּנְזִ֣יד עֲדָשִׁ֔ים וַיֹּ֣אכַל וַיֵּ֔שְׁתְּ וַיָּ֖קָם וַיֵּלַ֑ךְ וַיִּ֥בֶז עֵשָׂ֖ו אֶת־הַבְּכֹרָֽה׃

Jacob servit à Ésaü du pain et un plat de lentilles il mangea et but se leva et ressortit C'est ainsi qu'Ésaü dédaigna le droit d'aînesse

Rachi (1)

‘Essaw dédaigna. Le texte témoigne ici de l’impiété de ‘Essaw qui a « dédaigné » le service de Dieu.

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