Lois relatives aux dispositions morales · Chapitre 4
Michné Torah du Rambam (Maïmonide) en français — chapitre 26 sur 1017 du cycle d'étude quotidien « un chapitre par jour ». Sommaire du cycle.
2. On ne mangera pas jusqu’à avoir le ventre plein : plutôt, on réduira d’un quart de [ce qu’il faut pour que] la faim soit pleinement satisfaite. On ne boira au cours du repas qu’un peu d’eau et mélangée avec du vin. Et lorsque la nourriture commence à être digérée dans l’estomac, on peut boire ce que l’on a besoin de boire ; [cependant,] on ne boira pas trop d’eau, même lorsque la nourriture a été digérée. On ne mangera pas avant de s’être examiné soigneusement [car] peut-être doit-on faire ses besoins. On ne mangera pas avant d’avoir fait une marche pour que le corps commence à s’échauffer, [ou avant] d’avoir fait un travail ou d’avoir fourni un autre effort physique. En règle générale, on soumettra son corps à un effort physique le matin jusqu’à ce qu’il commence à s’échauffer, on s’arrêtera un peu pour se reposer puis on mangera. Se baigner dans de l’eau chaude après un effort est bénéfique : on attend ensuite un petit moment puis on mange.
3. On doit toujours manger en étant assis à sa place ou incliné sur le côté gauche ; on ne fera pas de marche, on ne montera pas à dos d’âne, on ne fournira pas un effort physique, on ne fera pas transpirer son corps et on ne se promènera pas avant d’avoir digéré. Quiconque se promène ou fournit un effort physique après avoir mangé s’expose à de graves et pénibles maladies.
4. Le jour et la nuit font vingt-quatre heures. Il est suffisant pour un homme de dormir un tiers, soit huit heures. Ces huit heures destinées au sommeil seront [de préférence] à la fin de la nuit, de manière à ce qu’il y ait depuis le début de son sommeil jusqu’au lever du soleil huit heures, et ainsi il se lèvera de son lit avant le lever du soleil.
5. On ne dormira ni en position de face, ni sur le dos, mais sur le côté ; au début de la nuit sur le côté gauche et à la fin de la nuit sur le côté droit. On ne dormira pas juste après avoir mangé : on attendra environ trois ou quatre heures après le repas. Et on ne dormira pas la journée.
6. Les aliments laxatifs, comme les raisins, les figues, les mûres, les poires, les pastèques, les différentes sortes de courges et de concombres, doivent être mangés avant le repas. On ne les mêlera pas au repas, mais au contraire, on attendra un peu – jusqu’à ce qu’ils quittent la partie supérieure du ventre – pour prendre son repas. Les aliments constipants, tels les grenades, les coings, les pommes et certaines poires , peuvent être mangés juste après le repas, mais on n’en mangera pas trop.
7. Lorsqu’on désire manger de la viande de volaille et de la viande de [gros ou menu] bétail dans le même [repas], il faut commencer par la viande de volaille. Et de même, [lorsqu’on désire manger] des œufs et de la viande de volaille, il faut commencer par les œufs. [Si l’on désire manger] de la viande de menu et de gros bétail, il faut commencer par la viande de menu bétail. On [mangera] toujours en premier l’aliment le plus léger et en dernier l’aliment le plus lourd [à digérer].
8. En été, [il convient de] manger des aliments rafraichissants, on n’utilisera pas trop d’épices et on consommera du vinaigre. En hiver, on mange des aliments qui réchauffent [le corps], avec beaucoup d’épices, et on mange un peu de moutarde et d’asa-foetida. De cette manière on adaptera [son alimentation] en fonction du climat froid ou chaud du lieu où l’on se trouve, [et on choisira l’alimentation] appropriée à chaque endroit.
9. Certains aliments sont extrêmement nuisibles, et il convient de ne jamais en manger. Ce sont : les grands poissons salés anciens, les fromages salés anciens, les truffes et les champignons, la viande salée qu’on a laissé vieillir, le vin [qui sort tout droit] du pressoir, un mets qui a été laissé jusqu’à ce qu’il dégage une odeur nauséabonde, et de même, tout aliment qui a une mauvaise odeur ou qui est très amer, ceux-là sont pour le corps comme un poison mortel. Certains aliments sont mauvais, mais ne sont pas nuisibles comme les premiers, aussi convient-il de n’en manger qu’un petit peu, à de longs intervalles, et on ne s’habituera pas à en faire son repas ou à en accompagner son repas régulièrement. Ce sont : les grands poissons, le fromage, le lait qui a été laissé vingt-quatre heures après la traite, la viande de grands bœufs et de grands boucs, les fèves, les lentilles, les pois, le pain à base d’orge, le pain azyme, le chou, les poireaux, les oignons, l’ail, la moutarde, et le radis long. Tous ceux-là sont des aliments mauvais, et il ne convient d’en manger que très peu, [et ce,] en hiver, mais en été on n’en mangera pas du tout. Et les fèves et les lentilles, il ne convient d’en manger ni en été, ni en hiver. Quant au potiron, on peut le consommer en été.
10. Certains aliments sont mauvais, mais non comme les précédents, ce sont : les oiseaux aquatiques , les jeunes pigeons, les dattes, le pain grillé dans l’huile ou pétri avec de l’huile, la farine suffisamment tamisée au point qu’il ne reste plus aucune trace de son, la saumure de poisson et la sauce de poisson (muria) ; il ne convient pas de [consommer] trop de ces aliments. Un homme qui est sage et qui refrène son penchant en ne suivant pas ses désirs, et qui ne mange aucun des [aliments] évoqués à moins qu’il n’en ait besoin comme remède, est quelqu’un de vaillant.
11. On doit toujours s’abstenir des fruits des arbres et ne pas en consommer beaucoup, même s’ils sont secs, et inutile de dire s’ils sont frais. Mais avant qu’ils ne parviennent à maturité, ils sont comme des épées qui transpercent le corps. De même, la caroube est toujours mauvaise [pour le corps]. Tous les fruits aigres sont mauvais et on n’en mangera que peu, en été dans les endroits chauds. Les figues, les raisins, les amandes sont toujours bénéfiques [pour le corps], qu’ils soient frais ou secs, et on peut en manger à sa faim. [Cependant,] on n’en mangera pas de façon régulière, bien qu’ils soient les meilleurs des fruits des arbres.
12. Le miel et le vin sont mauvais pour les jeunes et bons pour les personnes âgées, a fortiori en hiver. En été, il faut en manger deux tiers de ce que l’on mange en hiver.
13. On s’efforcera toujours d’avoir les intestins lâches, penchant légèrement vers la diarrhée. C’est là une règle médicale importante : quand une personne éprouve une impossibilité ou des difficultés à évacuer les matières fécales, elle encoure de graves maladies. Comment peut-on relâcher ses intestins lorsqu’ils sont légèrement constipés ? Pour un jeune homme, il faudra, chaque matin, manger des herbes (melou’him ) bouillies et assaisonnées avec de l’huile d’olive, de la sauce de poisson et du sel, sans pain ; ou boire l’eau de cuisson de blettes ou de choux avec de l’huile d’olive, de la sauce de poisson (muria) et du sel. Une personne âgée, quant à elle, devra boire du miel dilué avec de l’eau chaude le matin et attendre environ quatre heures pour ensuite prendre son repas. On agira ainsi un jour, ou trois ou quatre jours si nécessaire, jusqu’à les intestins se relâchent.
14. Ils ont énoncé une autre règle essentielle pour la santé du corps : tant qu’un homme fournit un effort physique et se fatigue beaucoup, qu’il n’est pas rassasié et que ses intestins sont lâches, il n’est pas sujet aux maladies et se renforce. Cela, même s’il mange de mauvais aliments.
15. Quiconque est inactif et ne fournit pas d’effort physique ou qui tarde à faire ses besoins, ou qui a les intestins durs, même s’il mange des aliments bénéfiques et fait attention à se conformer aux règles médicales, il souffrira de maux toute sa vie et s’affaiblira. Trop manger est comme un poison mortel pour le corps de tout un chacun et est la principale source de maladie. La plupart des maladies qui surviennent sont dues soit à de mauvais aliments, soit à une suralimentation même de bons aliments dont on se remplit le ventre. C’est ce que Salomon a dit dans sa sagesse (Proverbes 21, 23) : « Celui qui garde sa bouche et sa langue se préserve de bien des tourments ». Voici ce que cela veut dire : « celui qui garde sa bouche » [en s’abstenant] de manger des mauvais aliments ou [de manger] à satiété, et « sa langue » [en s’abstenant] de parler d’autre chose que ce dont il a besoin .
16. L’habitude en matière de bains doit être d’aller aux bains une fois chaque sept jours. On n’ira pas aux bains juste après le repas, ni lorsque l’on a faim, mais lorsque la nourriture commence à être digérée. On se baigne tout le corps dans de l’eau chaude [mais à une température] qui ne brûle pas le corps, et la tête seulement, à l’eau brûlante. Puis on se baigne le corps dans l’eau tiède, puis de plus en plus tiède jusqu’à ce qu’on se baigne dans l’eau froide. Pour la tête on n’utilisera ni de l’eau tiède, ni de l’eau froide. En hiver, on ne se baignera pas dans l’eau froide. Il ne faut pas prendre de bain avant d’avoir transpiré et sollicité vigoureusement tout son corps . Et on ne tardera pas aux bains ; plutôt, une fois que l’on a transpiré et sollicité le corps, on se rince et on sort. On s’examine avant d’entrer aux bains et après en être sorti [pour s’assurer que l’on n’a pas] peut-être besoin de se soulager. Il faut pareillement toujours s’examiner avant et après le repas, avant et après les rapports conjugaux, avant et après un exercice physique, avant et après le sommeil, ce qui fait au total dix fois.
17. Lorsqu’on sort du bain, on s’habillera et on se couvrira la tête dans la pièce extérieure [de l’établissement] afin de ne pas s’exposer à un vent froid. Même en été il faut prêter attention à cela. Après être sorti, on attendra d’avoir retrouvé ses esprits, que le corps se soit reposé et que la chaleur se soit dissipée, et ensuite on mangera. Dormir un peu quand on sort du bain, avant de manger, est excellent. On ne boira pas d’eau froide en sortant du bain, et inutile de dire qu’on ne boira pas au bain. Si on a soif en sortant du bain et qu’on ne peut pas se retenir, on mélangera l’eau avec du vin ou du miel et on boira. S’enduire d’huile au bain en hiver après s’être rincé est bénéfique.
18. On ne s’habituera pas à pratiquer des saignées de manière régulière. On ne fera une saignée que lorsqu’on en a un extrême besoin. On ne fera de saignée ni en été, ni en hiver, mais un peu en Nissan et un peu en Tichri. Après cinquante ans, il ne faut plus faire de saignée. On n’entrera pas aux bains le jour où on a fait une saignée et on ne partira pas en voyage. On ne fera pas non plus une saignée le jour d’un retour de voyage. Un jour de saignée, on doit manger et boire moins que de coutume ; il faut se reposer et ne pas se fatiguer, ne pas faire d’exercice physique ni se promener.
19. La matière séminale est la force du corps, sa vie, et la lumière de ses yeux. Quand elle est émise trop fréquemment, le corps se gâte, sa force diminue, et sa vie se perd. C’est ce que dit Salomon dans sa sagesse (Proverbes 31, 3) : « Ne donne pas aux femmes ta force ». Celui qui s’adonne abondamment aux rapports est pris de vieillesse [avant son temps], sa force diminue, ses yeux faiblissent, une odeur nauséabonde s’exhale de sa bouche et de ses aisselles. Ses cheveux, ses sourcils, et ses cils tombent, alors que les poils de sa barbe, de ses aisselles, et les poils de ses jambes deviennent plus abondants ; ses dents tombent, bien d’autres maux encore l’assaillissent. Les médecins ont dit : un sur mille meurt d’autres maladies, et mille meurent d’un excès de rapports. C’est pourquoi, un homme doit prêter attention à cela s’il veut vivre en bonne santé. Il n’aura des rapports que lorsque son corps est sain et vigoureux, et qu’il a des érections involontaires [au point que] même lorsqu’il en détourne sa pensée, l’érection subsiste ; il sent une pression au niveau du bassin, comme si les tendons des testicules s’étiraient, et son corps est chaud, celui-ci a besoin d’avoir des rapports et c’est pour lui [comme] un remède. On n’aura pas de rapports quand on est rassasié ou quand on a faim, mais après que la nourriture a été digérée. Et on examinera avant et après les rapports [si l’on ne doit pas] se soulager. On n’aura pas de rapports en position debout, ni en position assise, ni dans l’établissement de bains, ni le jour où l’on se rend aux bains, ni le jour d’une saignée, ni un jour de départ ou de retour de voyage, ni avant, ni après.
20. Quiconque se conforme dans son hygiène de vie aux règles que nous avons indiquées, je me porte garant qu’il ne tombera jamais malade toute sa vie durant jusqu’à un âge très avancé et il mourra sans avoir besoin d’un médecin. Son corps sera sain et il sera en bonne santé toute sa vie durant. [Cela,] à moins que le corps ne soit de mauvaise constitution depuis la naissance ou qu’il n’ait pris l’une des mauvaises habitudes [en matière d’hygiène] depuis son tendre âge, ou bien que le fléau de la peste ou de la famine ne survienne dans le monde.
21. Toutes ces bonnes habitudes que nous avons décrites ne conviennent que pour une personne en bonne santé. En revanche, quelqu’un qui est malade, quelqu’un qui souffre de l’un de ses membres ou quelqu’un qui a pris de mauvaises habitudes pendant de longues années, chacun d’eux [doit adopter] d’autres règles et d’autres habitudes, en fonction de sa maladie, comme expliqué dans le livre des remèdes. Un changement dans les habitudes de vie de est un germe de maladie.
22. Dans tout endroit où il n’y a pas de médecin, il ne convient pas, pour celui qui est en bonne santé comme pour celui qui est malade, de s’écarter de toutes les règles de conduite énoncées dans ce chapitre, car chacune d’elles a au final un effet bénéfique [même pour celui qui est malade].
23. Dans toute ville où on ne trouve pas les dix choses suivantes, un érudit n’a pas le droit d’habiter. Ce sont : un médecin, un praticien de la saignée, un établissement de bains, des latrines, de l’eau courante comme une rivière ou une source, une synagogue, un instituteur, un scribe, des trésoriers de caisses de bienfaisance, et un tribunal qui donne le fouet et qui emprisonne.
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