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Beréchith (Genèse) — chapitre 43

Texte hébreu (avec taamim), traduction française et commentaire de Rachi traduit en français, verset par verset. Sommaire du Houmash.

Verset 1

וְהָֽרָעָ֖ב כָּבֵ֥ד בָּאָֽרֶץ׃

Cependant la famine pesait sur le pays

Verset 2

וַיְהִ֗י כַּֽאֲשֶׁ֤ר כִּלּוּ֙ לֶֽאֱכֹ֣ל אֶת־הַשֶּׁ֔בֶר אֲשֶׁ֥ר הֵבִ֖יאוּ מִמִּצְרָ֑יִם וַיֹּ֤אמֶר אֲלֵיהֶם֙ אֲבִיהֶ֔ם שֻׁ֖בוּ שִׁבְרוּ־לָ֥נוּ מְעַט־אֹֽכֶל׃

Lors donc qu'on eut consommé tout le blé qu'ils avaient apporté d'Égypte leur père leur dit "Allez de nouveau nous acheter un peu de nourriture "

Rachi (2)

Quand ils eurent achevé de manger. Yehouda leur avait dit : Prenez patience avec notre vieux père jusqu’à ce que nous n’ayons plus de pain à la maison (Midrach tan‘houma 8).

Quand ils eurent achevé. Traduction du Targoum : Quand ils eurent épuisé. Ce serait une erreur de traduire comme dans : « quand les chameaux eurent fini de boire » (supra 24, 22), que le Targoum rend par : « quand les chameaux eurent assez... », c’est-à-dire : lorsque leur soif a été apaisée. Ici, en revanche, « quand ils eurent achevé » veut dire : « lorsque la nourriture a été épuisée ».

Verset 3

וַיֹּ֧אמֶר אֵלָ֛יו יְהוּדָ֖ה לֵאמֹ֑ר הָעֵ֣ד הֵעִד֩ בָּ֨נוּ הָאִ֤ישׁ לֵאמֹר֙ לֹֽא־תִרְא֣וּ פָנַ֔י בִּלְתִּ֖י אֲחִיכֶ֥ם אִתְּכֶֽם׃

Juda lui parla ainsi "Cet homme nous a formellement avertis en disant ‘Vous ne paraîtrez point devant moi si votre frère ne vous accompagne ’

Rachi (2)

Cet homme nous a formellement avertis (ha‘éd hé‘id – littéralement : « faire témoigner, il a fait témoigner »). Ce verbe, qui signifie au sens propre : « témoigner », doit être rendu ici par « avertir », parce qu’un avertissement se donne généralement devant témoins, comme dans : « J’ai formellement averti (ha’éd ha’idothi) vos pères » (Yirmeya 11, 7), ou dans : « descends avertir (ha’éd) le peuple » (Chemoth 19, 21).

Vous ne verrez pas ma face sans (bilti) votre frère avec vous. Vous ne me verrez pas sans que votre frère soit avec vous. Traduction du Targoum Onqelos : « seulement lorsque votre frère sera avec vous ». Il rend ainsi correctement le mot bilti, sans serrer de trop près au texte.

Verset 4

אִם־יֶשְׁךָ֛ מְשַׁלֵּ֥חַ אֶת־אָחִ֖ינוּ אִתָּ֑נוּ נֵֽרְדָ֕ה וְנִשְׁבְּרָ֥ה לְךָ֖ אֹֽכֶל׃

Si tu consens à laisser partir notre frère avec nous nous irons acheter pour toi des vivres

Verset 5

וְאִם־אֵֽינְךָ֥ מְשַׁלֵּ֖חַ לֹ֣א נֵרֵ֑ד כִּֽי־הָאִ֞ישׁ אָמַ֤ר אֵלֵ֨ינוּ֙ לֹֽא־תִרְא֣וּ פָנַ֔י בִּלְתִּ֖י אֲחִיכֶ֥ם אִתְּכֶֽם׃

Mais si tu n'en fais rien nous ne saurions y aller puisque cet homme nous a dit ‘Vous ne paraîtrez devant moi qu'accompagnés de votre frère ’

Verset 6

וַיֹּ֨אמֶר֙ יִשְׂרָאֵ֔ל לָמָ֥ה הֲרֵֽעֹתֶ֖ם לִ֑י לְהַגִּ֣יד לָאִ֔ישׁ הַע֥וֹד לָכֶ֖ם אָֽח׃

Israël reprit "Pourquoi m'avez vous rendu ce mauvais office d'apprendre à cet homme que vous avez encore un frère?

Verset 7

וַיֹּֽאמְר֡וּ שָׁא֣וֹל שָֽׁאַל־הָ֠אִישׁ לָ֣נוּ וּלְמֽוֹלַדְתֵּ֜נוּ לֵאמֹ֗ר הַע֨וֹד אֲבִיכֶ֥ם חַי֙ הֲיֵ֣שׁ לָכֶ֣ם אָ֔ח וַנַּ֨גֶּד־ל֔וֹ עַל־פִּ֖י הַדְּבָרִ֣ים הָאֵ֑לֶּה הֲיָד֣וֹעַ נֵדַ֔ע כִּ֣י יֹאמַ֔ר הוֹרִ֖ידוּ אֶת־אֲחִיכֶֽם׃

Ils répondirent "Cet homme nous a questionnés en détail sur nous et sur notre famille disant ‘Votre père vit il encore? Avez vous encore un frère?’ Et nous lui avons répondu selon ces questions Pouvions nous prévoir qu’il dirait ‘Faites venir votre frère?’ "

Rachi (4)

A notre sujet et au sujet de notre engendrement. Au sujet de nos familles. Explication du midrach : Il nous a même révélé de quel bois étaient faits nos berceaux (Beréchith raba 91, 10).

Nous lui avons parlé. Que nous avons un père et un frère.

Selon la teneur de ces paroles-là. Compte tenu des questions qu’il nous a posées, nous avons été obligés de tout lui raconter.

Qu’il dirait. La conjonction ki a ici le sens de achèr (« que »). La conjonction ki peut être employée dans le sens de im (« si »), et im peut être employé dans le sens de achèr. Nous avons ici l’une des quatre significations de la conjonction ki, où elle est employée dans le sens de im, comme dans (supra 24, 33) : « jusqu’à ce que j’aie dit mes paroles (‘ad im) » (Roch haChana 3a. Voir aussi Rachi supra 18, 15).

Verset 8

וַיֹּ֨אמֶר יְהוּדָ֜ה אֶל־יִשְׂרָאֵ֣ל אָבִ֗יו שִׁלְחָ֥ה הַנַּ֛עַר אִתִּ֖י וְנָק֣וּמָה וְנֵלֵ֑כָה וְנִֽחְיֶה֙ וְלֹ֣א נָמ֔וּת גַּם־אֲנַ֥חְנוּ גַם־אַתָּ֖ה גַּם־טַפֵּֽנוּ׃

Juda dit à Israël son père "Laisse aller le jeune homme avec moi que nous puissions nous disposer au départ et nous vivrons au lieu de mourir nous et toi et nos familles

Rachi (2)

Nous vivrons. L’esprit saint l’a inspiré : par ce voyage, ton esprit revivra, ainsi qu’il est écrit : « l’esprit de Ya’aqov, leur père, revint à la vie » (infra 45, 27).

Et nous ne mourrons pas. De faim. En ce qui concerne Binyamin, tu ne peux savoir s’il sera ou non retenu prisonnier, mais nous, il est certain que nous mourrons de faim si nous n’y allons pas. Mieux vaut donc que tu ne tiennes pas compte de ce qui est douteux et que tu ne prennes en considération que ce qui est certain (Midrach tan‘houma 8).

Verset 9

אָֽנֹכִי֙ אֶֽעֶרְבֶ֔נּוּ מִיָּדִ֖י תְּבַקְשֶׁ֑נּוּ אִם־לֹ֨א הֲבִֽיאֹתִ֤יו אֵלֶ֨יךָ֙ וְהִצַּגְתִּ֣יו לְפָנֶ֔יךָ וְחָטָ֥אתִֽי לְךָ֖ כָּל־הַיָּמִֽים׃

C'est moi qui réponds de lui c'est à moi que tu le redemanderas si je ne te le ramène et ne le remets en ta présence je me déclare coupable à jamais envers toi

Rachi (2)

Si je ne le présente devant toi. Je ne te le ramènerai pas mort, mais vivant.

Je serai coupable envers toi tous les jours. Y compris dans le monde à venir (Beréchith raba 91, 10).

Verset 10

כִּ֖י לוּלֵ֣א הִתְמַהְמָ֑הְנוּ כִּֽי־עַתָּ֥ה שַׁ֖בְנוּ זֶ֥ה פַֽעֲמָֽיִם׃

Certes sans nos délais nous serions à présent déjà revenus deux fois!"

Rachi (1)

Car si nous ne nous étions pas attardés. A cause de toi, nous serions déjà revenus avec Chim‘on, et tu ne te serais pas inquiété pendant tout ce temps.

Verset 11

וַיֹּ֨אמֶר אֲלֵהֶ֜ם יִשְׂרָאֵ֣ל אֲבִיהֶ֗ם אִם־כֵּ֣ן ׀ אֵפוֹא֮ זֹ֣את עֲשׂוּ֒ קְח֞וּ מִזִּמְרַ֤ת הָאָ֨רֶץ֙ בִּכְלֵיכֶ֔ם וְהוֹרִ֥ידוּ לָאִ֖ישׁ מִנְחָ֑ה מְעַ֤ט צֳרִי֙ וּמְעַ֣ט דְּבַ֔שׁ נְכֹ֣את וָלֹ֔ט בָּטְנִ֖ים וּשְׁקֵדִֽים׃

Israël leur père leur dit "Puisqu'il en est ainsi eh bien! Faites ceci mettez dans vos bagages des meilleures productions du pays et apportez les en hommage à cet homme un peu de baume un peu de miel des aromates et du lotus des pistaches et des amandes

Rachi (4)

Donc (éfo). Le mot éfo est explétif et appartient à la syntaxe hébraïque. Si je suis ainsi obligé de vous confier Binyamin, il me faut chercher « où donc » (ayé fo) trouver le moyen de vous donner un conseil. Aussi vous dis-je : « Faites ceci : Prenez des meilleures productions (littéralement : “du chant”) du pays ».

De aromates (nekhoth). Traduction du Targoum : ce qui est vanté dans le pays. Tous « chantent » l’éloge de cette production lorsqu’elle vient au monde.

Le mot "nékhot". Des aromates (Beréchith raba 91, 11. Voir Rachi supra 27, 25).

Des pistaches. Je ne sais pas ce que c’est. J’ai lu dans le dictionnaire de rabi Makhir, [frère de Rabénou Guerchom], qu’il les rend par « pistachios ». Il semble s’agir de pêches.

Verset 12

וְכֶ֥סֶף מִשְׁנֶ֖ה קְח֣וּ בְיֶדְכֶ֑ם וְאֶת־הַכֶּ֜סֶף הַמּוּשָׁ֨ב בְּפִ֤י אַמְתְּחֹֽתֵיכֶם֙ תָּשִׁ֣יבוּ בְיֶדְכֶ֔ם אוּלַ֥י מִשְׁגֶּ֖ה הֽוּא׃

Munissez vous d'une somme d'argent double l'argent qui a été remis à l'entrée de vos sacs restituez le de votre main c'est peut être une méprise

Rachi (3)

Une somme d’argent double. Double de la première.

Et prenez dans vos mains. Pour acheter de la nourriture. Peut-être les prix ont-ils augmenté.

C’est peut-être une méprise. Peut-être l’intendant de la maison l’a-t-il oublié par erreur, [et non à la suite d’une méprise de votre part qui auriez oublié de payer le blé].

Verset 13

וְאֶת־אֲחִיכֶ֖ם קָ֑חוּ וְק֖וּמוּ שׁ֥וּבוּ אֶל־הָאִֽישׁ׃

Et prenez votre frère et disposez vous à retourner vers cet homme

Verset 14

וְאֵ֣ל שַׁדַּ֗י יִתֵּ֨ן לָכֶ֤ם רַֽחֲמִים֙ לִפְנֵ֣י הָאִ֔ישׁ וְשִׁלַּ֥ח לָכֶ֛ם אֶת־אֲחִיכֶ֥ם אַחֵ֖ר וְאֶת־בִּנְיָמִ֑ין וַֽאֲנִ֕י כַּֽאֲשֶׁ֥ר שָׁכֹ֖לְתִּי שָׁכָֽלְתִּי׃

Que le Dieu tout puissant vous fasse trouver compassion auprès de cet homme afin qu'il vous rende votre autre frère et Benjamin Pour moi j'ai pleuré mes fils je vais les pleurer encore "

Rachi (8)

Que Qél Chaqaï. Vous n’avez plus besoin de rien d’autre que d’une prière. Aussi vais-je prier pour vous (Beréchith raba 91, 11).

Qél Chaqaï [écrit avec un daleth à la place du qof]. Celui dont il suffit (daï) que l’on reçoive de Lui le don de Sa miséricorde et qui possède assez (daï) de puissance en Sa main pour donner, qu’Il vous fasse trouver grâce. Tel est le sens simple du texte. Quant au midrach (Beréchith raba 92, 1), il explique : Celui qui a dit à l’univers : daï (« assez ! »), qu’Il dise daï à mes souffrances, car je n’ai pas eu de repos depuis mes jeunes années. J’ai souffert par Lavan, j’ai souffert par ‘Essaw, j’ai souffert par Ra‘hel, j’ai souffert par Dina, j’ai souffert par Yossef, j’ai souffert par Chim‘on, j’ai souffert par Binyamin.

Qu’il renvoie. Traduction du Targoum : qu’il libère. Qu’il le libère [au pi‘él] de sa captivité, comme dans : « il le renverra (yechal‘énnou) libre » (Chemoth 21, 26). Il ne faudrait pas traduire par : « il l’enverra », puisque ce sont eux qui se rendent vers lui.

Votre frère. « Votre frère », c’est Chim‘on.

« L’autre ». c’est Yossef, que l’esprit saint lui a fait ajouter (Beréchith raba 92, 3).

Et moi. Jusqu’à votre retour, et sous l’effet du doute, je serai privé de mes enfants.

"Comme je suis privé d’enfant". De Yossef et de Chim‘on.

Je reste privé d’enfant. De Binyamin.

Verset 15

וַיִּקְח֤וּ הָֽאֲנָשִׁים֙ אֶת־הַמִּנְחָ֣ה הַזֹּ֔את וּמִשְׁנֶה־כֶּ֛סֶף לָֽקְח֥וּ בְיָדָ֖ם וְאֶת־בִּנְיָמִ֑ן וַיָּקֻ֨מוּ֙ וַיֵּֽרְד֣וּ מִצְרַ֔יִם וַיַּֽעַמְד֖וּ לִפְנֵ֥י יוֹסֵֽף׃

Ces hommes se chargèrent du présent se munirent d'une somme double et emmenèrent Benjamin Ils se mirent en route arrivèrent en Égypte et parurent devant Joseph

Rachi (1)

Et Binyamin. Le Targoum ajoute : « et ils emmenèrent (oudevarou) » Binyamin. C’est que le verbe « prendre » ne peut pas, en araméen, s’appliquer à un objet en même temps qu’à une personne. Lorsqu’il s’agit d’un objet que l’on prend dans la main, le Targoum emploie le mot nessiv. Lorsqu’il s’agit d’une personne que l’on prend en la conduisant par des paroles, il emploie le verbe oudevar (« emmener »).

Verset 16

וַיַּ֨רְא יוֹסֵ֣ף אִתָּם֮ אֶת־בִּנְיָמִין֒ וַיֹּ֨אמֶר֙ לַֽאֲשֶׁ֣ר עַל־בֵּית֔וֹ הָבֵ֥א אֶת־הָֽאֲנָשִׁ֖ים הַבָּ֑יְתָה וּטְבֹ֤חַ טֶ֨בַח֙ וְהָכֵ֔ן כִּ֥י אִתִּ֛י יֹֽאכְל֥וּ הָֽאֲנָשִׁ֖ים בַּֽצָּהֳרָֽיִם׃

Joseph apercevant parmi eux Benjamin dit à l'intendant de sa maison "Fais entrer ces hommes chez moi qu'on tue des animaux et qu'on les accommode car ces hommes dîneront avec moi "

Rachi (2)

Qu’on égorge des animaux et qu’on les accommode. Le texte emploie ici des infinitifs : « et d’égorger des animaux et de les accommoder ». Le verbe outevoa‘h n’est pas à l’impératif, car il aurait été vocalisé outeva‘h.

A midi. Traduction du Targoum : bechéroutha (« le repas de midi »), à savoir le premier repas de la journée. En français médiéval : « disner ». On trouve fréquemment ce mot dans la guemara : « lancer au chien son repas (chérouthei) » (Ta‘anith 11b), « couper du pain pour tout le repas (chéroutha) » (Berakhoth 39b). Mais le mot « midi » pris isolément est traduit par le Targoum par tihara (« l’heure de midi »).

Verset 17

וַיַּ֣עַשׂ הָאִ֔ישׁ כַּֽאֲשֶׁ֖ר אָמַ֣ר יוֹסֵ֑ף וַיָּבֵ֥א הָאִ֛ישׁ אֶת־הָֽאֲנָשִׁ֖ים בֵּ֥יתָה יוֹסֵֽף׃

L'homme exécuta l'ordre de Joseph et il introduisit les voyageurs dans la maison de Joseph

Verset 18

וַיִּֽירְא֣וּ הָֽאֲנָשִׁ֗ים כִּ֣י הֽוּבְאוּ֮ בֵּ֣ית יוֹסֵף֒ וַיֹּֽאמְר֗וּ עַל־דְּבַ֤ר הַכֶּ֨סֶף֙ הַשָּׁ֤ב בְּאַמְתְּחֹתֵ֨ינוּ֙ בַּתְּחִלָּ֔ה אֲנַ֖חְנוּ מֽוּבָאִ֑ים לְהִתְגֹּלֵ֤ל עָלֵ֨ינוּ֙ וּלְהִתְנַפֵּ֣ל עָלֵ֔ינוּ וְלָקַ֧חַת אֹתָ֛נוּ לַֽעֲבָדִ֖ים וְאֶת־חֲמֹרֵֽינוּ׃

Mais ces hommes s'alarmèrent en se voyant introduits dans la maison de Joseph et ils dirent "C'est à cause de l'argent remis la première fois dans nos sacs qu'on nous a conduits ici pour nous accabler et se jeter sur nous pour nous rendre esclaves pour s'emparer de nos ânes "

Rachi (5)

Les hommes eurent peur. Le mot wayyirou (« ils eurent peur ») étant écrit avec deux yod, et c’est ainsi que le traduit le Targoum. [Il s’agit donc du verbe « craindre », et non du verbe « voir »].

De ce qu’on les avait conduits dans la maison de Yossef. Les gens qui venaient acheter du blé ne logeaient pas, d’habitude, dans la maison de Yossef, mais dans les auberges de la ville.

Ils eurent peur. Que cela ait pour seul but leur incarcération.

Qu’on nous a conduits ici. Dans cette maison-ci.

Pour qu’on se précipite (lehithgolèl). Pour que l’accusation d’avoir pris l’argent « roule » (hithgolèl) sur nous et « tombe » (hithnapél) sur nous. Le Targoum Onqelos traduit lehithnapél par « accuser », comme dans : « des paroles d’accusation » (Devarim 22, 14), mais ce n’est pas le sens littéral. Quant à lehithgolèl, il le rend par « agir envers nous en maître », comme dans : « la coupe d’or (goulath hazahav) » (Qohèleth 12, 6), ou dans : « sa coupe (gouletha) est emportée » (Na‘houm 2, 8), expressions qui indiquent un signe de royauté.

Verset 19

וַֽיִּגְּשׁוּ֙ אֶל־הָאִ֔ישׁ אֲשֶׁ֖ר עַל־בֵּ֣ית יוֹסֵ֑ף וַיְדַבְּר֥וּ אֵלָ֖יו פֶּ֥תַח הַבָּֽיִת׃

Ils abordèrent l'homme qui gouvernait la maison de Joseph et lui parlèrent au seuil de la maison,

Verset 20

וַיֹּֽאמְר֖וּ בִּ֣י אֲדֹנִ֑י יָרֹ֥ד יָרַ֛דְנוּ בַּתְּחִלָּ֖ה לִשְׁבָּר־אֹֽכֶל׃

disant "De grâce seigneur! Nous étions venus une première fois pour acheter des provisions

Rachi (2)

De grâce, mon seigneur. Expression de sollicitation et de supplication, la même qu’en araméen : biyya biyya (Yoma 69b).

Nous sommes descendus. C’est pour nous une régression. Nous qui avions l’habitude de nourrir les autres en sommes aujourd’hui réduits à avoir recours à toi (Beréchith raba 92, 4).

Verset 21

וַיְהִ֞י כִּי־בָ֣אנוּ אֶל־הַמָּל֗וֹן וַֽנִּפְתְּחָה֙ אֶת־אַמְתְּחֹתֵ֔ינוּ וְהִנֵּ֤ה כֶֽסֶף־אִישׁ֙ בְּפִ֣י אַמְתַּחְתּ֔וֹ כַּסְפֵּ֖נוּ בְּמִשְׁקָל֑וֹ וַנָּ֥שֶׁב אֹת֖וֹ בְּיָדֵֽנוּ׃

et il est advenu quand nous sommes arrivés dans l'hôtellerie et que nous avons ouvert nos sacs voici que l'argent de chacun était à l'entrée de son sac notre même poids d'argent nous le rapportons dans nos mains

Verset 22

וְכֶ֧סֶף אַחֵ֛ר הוֹרַ֥דְנוּ בְיָדֵ֖נוּ לִשְׁבָּר־אֹ֑כֶל לֹ֣א יָדַ֔עְנוּ מִי־שָׂ֥ם כַּסְפֵּ֖נוּ בְּאַמְתְּחֹתֵֽינוּ׃

Et nous avons apporté par de vers nous une autre somme pour acheter des vivres Nous ne savons qui a replacé notre argent dans nos sacs "

Verset 23

וַיֹּאמֶר֩ שָׁל֨וֹם לָכֶ֜ם אַל־תִּירָ֗אוּ אֱלֹ֨הֵיכֶ֜ם וֵֽאלֹהֵ֤י אֲבִיכֶם֙ נָתַ֨ן לָכֶ֤ם מַטְמוֹן֙ בְּאַמְתְּחֹ֣תֵיכֶ֔ם כַּסְפְּכֶ֖ם בָּ֣א אֵלָ֑י וַיּוֹצֵ֥א אֲלֵהֶ֖ם אֶת־שִׁמְעֽוֹן׃

II répondit "Soyez tranquilles ne craignez rien Votre Dieu le Dieu de votre père vous a fait trouver un trésor dans vos sacs votre argent m'était parvenu " Et il leur amena Siméon

Rachi (1)

Votre Eloqim. Par votre mérite. Et si votre mérite n’y suffisait pas, par « le Eloqim de votre père ». C’est par le mérite de votre père qu’Il vous a donné ce trésor.

Verset 24

וַיָּבֵ֥א הָאִ֛ישׁ אֶת־הָֽאֲנָשִׁ֖ים בֵּ֣יתָה יוֹסֵ֑ף וַיִּתֶּן־מַ֨יִם֙ וַיִּרְחֲצ֣וּ רַגְלֵיהֶ֔ם וַיִּתֵּ֥ן מִסְפּ֖וֹא לַחֲמֹֽרֵיהֶֽם׃

L'intendant fit entrer ces hommes dans la demeure de Joseph on apporta de l’eau et ils lavèrent leurs pieds et l’on donna du fourrage à leurs ânes

Rachi (1)

L’homme introduisit. Pour la seconde fois (voir verset 17). Les frères de Yossef l’avaient repoussé au-dehors jusqu’à ce qu’ils puissent lui parler à la porte de la maison (voir versets 18 : « qu’on nous a conduits ici » et 19). C’est lorsqu’il leur a dit : « Que la paix soit avec vous ! » (verset 23) qu’ils l’ont suivi et sont entrés.

Verset 25

וַיָּכִ֨ינוּ֙ אֶת־הַמִּנְחָ֔ה עַד־בּ֥וֹא יוֹסֵ֖ף בַּֽצָּהֳרָ֑יִם כִּ֣י שָֽׁמְע֔וּ כִּי־שָׁ֖ם יֹ֥אכְלוּ לָֽחֶם׃

Ils apprêtèrent le présent Joseph devant venir à midi car ils avaient appris que c’était là qu'on ferait le repas

Rachi (1)

Ils préparèrent. Ils l’apprêtèrent, en l’ornant d’une belle présentation.

Verset 26

וַיָּבֹ֤א יוֹסֵף֙ הַבַּ֔יְתָה וַיָּבִ֥יאּוּ ל֛וֹ אֶת־הַמִּנְחָ֥ה אֲשֶׁר־בְּיָדָ֖ם הַבָּ֑יְתָה וַיִּשְׁתַּֽחֲווּ־ל֖וֹ אָֽרְצָה׃

Joseph étant rentré à la maison ils lui apportèrent dans l'intérieur le présent dont ils s'étaient munis et s'inclinèrent devant lui jusqu'à terre

Rachi (1)

A la maison. Du vestibule jusqu’à la grande salle, [le mot « maison » figurant deux fois dans le verset].

Verset 27

וַיִּשְׁאַ֤ל לָהֶם֙ לְשָׁל֔וֹם וַיֹּ֗אמֶר הֲשָׁל֛וֹם אֲבִיכֶ֥ם הַזָּקֵ֖ן אֲשֶׁ֣ר אֲמַרְתֶּ֑ם הַֽעוֹדֶ֖נּוּ חָֽי׃

Il s'informa de leur bien être puis il dit "Comment se porte votre père ce vieillard dont vous avez parlé? Vit il encore?"

Verset 28

וַיֹּֽאמְר֗וּ שָׁל֛וֹם לְעַבְדְּךָ֥ לְאָבִ֖ינוּ עוֹדֶ֣נּוּ חָ֑י וַֽיִּקְּד֖וּ וישתחו (וַיִּֽשְׁתַּחֲוֽוּ)׃

Ilsrépondirent "Ton serviteur notre père vit encore et se porte bien " Et ils s'inclinèrent et se prosternèrent

Rachi (1)

Ils s’inclinèrent, ils se prosternèrent. Pour le saluer. L’inclinaison s’applique à la tête, la prosternation se définissant par une extension des bras et des jambes contre terre (Meguila 22b).

Verset 29

וַיִּשָּׂ֣א עֵינָ֗יו וַיַּ֞רְא אֶת־בִּנְיָמִ֣ין אָחִיו֮ בֶּן־אִמּוֹ֒ וַיֹּ֗אמֶר הֲזֶה֙ אֲחִיכֶ֣ם הַקָּטֹ֔ן אֲשֶׁ֥ר אֲמַרְתֶּ֖ם אֵלָ֑י וַיֹּאמַ֕ר אֱלֹהִ֥ים יָחְנְךָ֖ בְּנִֽי׃

En levant les yeux Joseph aperçut Benjamin son frère le fils de sa mère et il dit "Est ce là votre jeune frère dont vous m'avez parlé?" Et il ajouta "Dieu te soit favorable mon fils!"

Rachi (1)

Eloqim te favorise, mon fils. Nous avons déjà rencontré le terme de « faveur de Eloqim » chez les autres tribus : « ce sont les enfants dont Eloqim a favorisé ton serviteur » (supra 33, 5). Mais Binyamin n’était pas encore né à cette époque. C’est pourquoi Yossef le bénit spécialement de la faveur divine (Beréchith raba 92, 5).

Verset 30

וַיְמַהֵ֣ר יוֹסֵ֗ף כִּֽי־נִכְמְר֤וּ רַֽחֲמָיו֙ אֶל־אָחִ֔יו וַיְבַקֵּ֖שׁ לִבְכּ֑וֹת וַיָּבֹ֥א הַחַ֖דְרָה וַיֵּ֥בְךְּ שָֽׁמָּה׃

Joseph se hâta de sortir car sa tendresse pour son frère s'était émue et il avait besoin de pleurer il entra dans son cabinet et il y pleura

Rachi (2)

Car ses entrailles s’étaient émues. Il lui a demandé : « As-tu un frère issu de la même mère ? » Binyamin lui a répondu : « J’en avais un, mais je ne sais pas ce qu’il est devenu. — As-tu des enfants ? — J’en ai dix. — Comment s’appellent-ils ? — Bèla’, Bèkhèr... (infra 46, 21) — Que signifient ces noms ? — Ils me rappellent tous mon frère et les souffrances qu’il a endurées : Bèla’, parce qu’il a été “avalé” (nivela’) parmi les peuples. Bèkhèr, parce qu’il était le “premier-né” (bekhor) de ma mère. Achbel, parce que Dieu l’a “conduit en captivité” (chevao). Guéra, parce qu’il est devenu un “étranger” (guér), hébergé dans les auberges. Na’aman, parce qu’il était “aimable” (na‘ïm) à l’extrême. E’hi et Roch, parce qu’il était mon “frère” (a‘h) et qu’il était ma “tête” (roch). Moupim, parce qu’il s’est instruit de la “bouche” (pè) de mon père. ‘Houpim, parce qu’il n’a pas assisté à mon “mariage” (‘houpa) et que je n’ai pas assisté au sien. Ard, parce qu’il est “descendu” (yarad) parmi les peuples » (Sota 36b). Aussitôt ses entrailles se sont émues.

S’étaient émues. S’étaient échauffées. La michna emploie un mot de la même racine pour désigner l’endroit où l’on entasse les olives pour qu’elles s’échauffent (Baba Metsi‘a 74a). De même en araméen pour le réchauffement de la viande (Pessa‘him 58a), et dans : « notre peau est comme chauffée (nikhmarou) par un four » (Eikha 5, 10), c’est-à-dire qu’elle est chaude et toute plissée par les affres de la faim. La peau, lorsqu’elle est au contact de la chaleur, forme des plis et se ride.

Verset 31

וַיִּרְחַ֥ץ פָּנָ֖יו וַיֵּצֵ֑א וַיִּ֨תְאַפַּ֔ק וַיֹּ֖אמֶר שִׂ֥ימוּ לָֽחֶם׃

II se lava le visage et ressortit puis se faisant violence il dit "Servez le repas "

Rachi (1)

Il se contint (wayithapaq). Il a fait effort sur lui-même. Le mot appartient à la même famille que : « les puissants (afiqi) boucliers » (Iyov 41, 7). Il s’agit de la force. De même : « Il délie les ceintures (afiqim) des forts » (ibid. 12, 21).

Verset 32

וַיָּשִׂ֥ימוּ ל֛וֹ לְבַדּ֖וֹ וְלָהֶ֣ם לְבַדָּ֑ם וְלַמִּצְרִ֞ים הָאֹֽכְלִ֤ים אִתּוֹ֙ לְבַדָּ֔ם כִּי֩ לֹ֨א יֽוּכְל֜וּן הַמִּצְרִ֗ים לֶֽאֱכֹ֤ל אֶת־הָֽעִבְרִים֙ לֶ֔חֶם כִּֽי־תוֹעֵבָ֥ה הִ֖וא לְמִצְרָֽיִם׃

II fut servi à part et eux à part et à part aussi les égyptiens ses convives car les égyptiens ne peuvent manger en commun avec les hébreux cela étant une abomination en Égypte

Rachi (1)

Cela étant une abomination. Les Egyptiens détestent manger avec les Hébreux, et le Targoum Onqelos en donne la raison.

Verset 33

וַיֵּֽשְׁב֣וּ לְפָנָ֔יו הַבְּכֹר֙ כִּבְכֹ֣רָת֔וֹ וְהַצָּעִ֖יר כִּצְעִֽרָת֑וֹ וַיִּתְמְה֥וּ הָֽאֲנָשִׁ֖ים אִ֥ישׁ אֶל־רֵעֵֽהוּ׃

Ils se mirent à table devant lui le plus âgé selon son âge le plus jeune selon le sien ces hommes se regardaient l'un l'autre avec étonnement

Rachi (1)

Le premier-né selon son droit d’aînesse. Yossef frappait sa coupe et appelait : « Reouven ! Chim‘on ! Léwi ! Yehouda ! Yissakhar ! Zevouloun ! Vous qui êtes les fils d’une même mère, asseyez-vous dans cet ordre, qui est celui de votre naissance ! » Et de même pour les autres. Arrivé à Binyamin, Yossef a dit : « Celui-ci n’a pas de mère, ni moi non plus. Qu’il prenne place près de moi ! » (Beréchith raba 92, 5).

Verset 34

וַיִּשָּׂ֨א מַשְׂאֹ֜ת מֵאֵ֣ת פָּנָיו֮ אֲלֵהֶם֒ וַתֵּ֜רֶב מַשְׂאַ֧ת בִּנְיָמִ֛ן מִמַּשְׂאֹ֥ת כֻּלָּ֖ם חָמֵ֣שׁ יָד֑וֹת וַיִּשְׁתּ֥וּ וַֽיִּשְׁכְּר֖וּ עִמּֽוֹ׃

Joseph leur fit porter des présents de sa table la part de Benjamin était cinq fois supérieure à celle des autres Ils burent et s'enivrèrent ensemble

Rachi (3)

Des parts. Des portions de nourriture.

Cinq fois. Une part égale à celle de ses autres frères, à laquelle sont venues s’ajouter celles de Yossef, de Assenath, de Menachè et d’Efrayim.

Ils burent, ils s’enivrèrent avec lui. Ils n’avaient plus bu de vin depuis le jour de sa vente, ni lui non plus. Ce jour-là ils en ont bu (Chabath 139a, Beréchith raba 92, 5).

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