II arriva en ce temps là que Juda s'éloigna de ses frères et s'achemina vers un habitant d'Adoullam nommé Hira
Rachi (3)
Ce fut, en ce temps-là. Pourquoi ce récit figure-t-il ici et interrompt-il l’histoire de Yossef ? C’est pour nous apprendre que les frères de Yehouda ont rabaissé celui-ci de sa dignité lorsqu’ils ont vu la souffrance de leur père, [d’où les mots : « Yehouda descendit [dans leur estime] »). Ils lui ont dit : « C’est toi qui nous as dit de le vendre ! Si tu nous avais conseillé de le ramener à la maison, nous t’aurions écouté ! » (Midrach tan‘houma 8).
Il se tourna. De ses frères.
Vers un homme de ‘Adoullam. Il s’est associé avec lui en affaires.
De nouveau elle enfanta un fils et elle le nomma Chéla II était à Kezib lorsqu'elle l'enfanta
Rachi (1)
Il était à Kheziv. C’est le nom d’un endroit. Il doit ce nom, à mon avis, au fait que c’est là qu’elle a cessé d’enfanter, le mot kheziv voulant dire : « trompeur », « ayant cessé d’inspirer confiance », comme dans : « tu as été pour moi comme une source trompeuse (akhzav) » (Yirmeya 15, 18), « dont les eaux ne trompent pas (yakhazevou) » (Yecha’ya 58, 11). Sinon, que serait venu nous apprendre ce mot ? J’ai lu dans Beréchith raba (85, 4) l’interprétation suivante : « elle appela son nom Chéla... elle a cessé ».
Ér le premier né de Juda ayant déplu au Seigneur le Seigneur le fit mourir
Rachi (1)
Mauvais aux yeux de Hachem. Comme Onan il détruisait sa semence. Car il est écrit, à propos de Onan : « Il le fit mourir “de même” » (verset 10). A la mort de ‘Er correspond la mort de Onan. Et pourquoi ‘Er détruisait-il sa semence ? Afin d’empêcher une grossesse qui aurait nui à sa beauté (Yevamoth 34b).
Onân comprit que cette postérité ne serait pas la sienne et alors chaque fois qu'il approchait de la femme de son frère il corrompait sa voie afin de ne pas donner de postérité à son frère
Rachi (1)
Il détruisait vers le sol. Il « battait » à l’intérieur [dans le vagin] et « vannait » à l’extérieur [sur le sol] (Yevamoth 34b).
Et Juda dit à Thamar sa belle fille "Demeure veuve dans la maison de ton père jusqu'à ce que mon fils Chéla soit plus grand," car il craignait qu’il ne meure lui aussi comme ses frères Et Thamar s’en alla demeurer dans la maison de son père
Rachi (2)
Car il disait. Il la repoussait comme avec un brin de paille, [sous de vains prétextes], car il n’avait pas réellement l’intention de la faire épouser par son fils.
Car il disait : de peur qu’il ne meure. Car c’était une femme dont on pouvait présumer que ses maris mouraient l’un après l’autre (Yevamoth 64b).
Longtemps après mourut la fille de Choua femme de Juda Quand Juda se fut consolé il alla surveiller la tonte de ses brebis avec Hira son ami l'Adoullamite à Timna
Rachi (1)
Il monta vers ceux qui tondaient ses brebis. Il monta à Timna pour rejoindre ceux qui tondaient ses brebis.
On informa Thamar en ces termes "Ton beau père monte en ce moment à Timna pour tondre ses brebis "
Rachi (1)
Monte à Timna. Et à propos de Chimchon (Samson), il est écrit : « Chimchon est descendu à Timna » (Choftim 14, 1). Timna se trouvait sur le flanc de la montagne (Sota 10a). On y montait par un côté, et on en descendait par un autre.
Elle quitta ses vêtements de veuve prit un voile et s'en couvrit et elle s'assit au carrefour des Deux Sources qui est sur le chemin de Timna Car elle voyait que Chéla avait grandi et qu'elle ne lui avait pas été donnée pour épouse
Rachi (3)
S’enveloppa. Elle s’est couvert le visage pour éviter d’être reconnue.
Elle s’assit au carrefour des Deux-Sources (bepèta‘h ‘éinayim – littéralement : « à la porte des yeux »). A l’ouverture des yeux, [là où les yeux scrutent attentivement la direction à prendre], au carrefour des routes sur le chemin de Timna. Nos maîtres ont expliqué : A la « porte » de notre patriarche Avraham, c’est-à-dire à un endroit que tous les « yeux » aspirent à pouvoir contempler.
Car elle voyait que Chéla avait grandi. Aussi s’est-elle offerte à Yehouda, désirant en avoir des enfants, [sinon de son fils, du moins de lui-même].
Juda l'ayant aperçue la prit pour une prostituée car elle avait voilé son visage
Rachi (2)
Il la prit pour une prostituée. Parce qu’elle se trouvait au carrefour des routes.
Car elle avait couvert son visage. Il ne pouvait donc la voir ni la reconnaître. Explication du midrach : Elle avait couvert son visage dans la maison de son beau-père, et sa vertu était insoupçonnable (Sota 10b).
II se dirigea de son côté et lui dit "Laisse moi te posséder " Car il ignorait que ce fût sa belle fille Elle répondit "Que me donneras tu pour me posséder?"
Rachi (2)
Il se détourna vers elle vers le chemin. Il s’est écarté du chemin sur lequel il se trouvait pour aller vers celui où elle était. En français médiéval : « destorner ».
Eh bien allons. Prépare-toi et apprête ta pensée à cela. Le mot hava (« eh bien ») marque l’idée d’une préparation à quelque chose, sauf quand il faut le traduire par « donner ». Les deux idées sont d’ailleurs proches l’une de l’autre.
II reprit "Quel gage te donnerai je?" Elle répondit "Ton sceau ton cordon et le bâton que tu as à la main " II les lui donna il approcha d'elle et elle conçut de son fait
Rachi (2)
Ton sceau et ton vêtement. C’est ainsi que traduit le Targoum : l’anneau qui porte ton sceau et le vêtement dont tu te couvres.
Elle conçut de son fait. Des hommes forts comme lui, des hommes justes comme lui (Beréchith raba 85, 9).
II questionna les gens de l'endroit disant "Où est la prostituée qui se tient aux Deux Sources sur le chemin?" Ils répondirent "II n'y a point de prostituée ici "
Rachi (1)
La prostituée. Consacrée [d’où son nom en hébreu : qedécha] et destinée à la prostitution.
Et Juda dit "Qu'elle garde ce qu'elle a et que nous n'ayons pas à rougir car enfin j'ai envoyé ce chevreau et tu n'as pu la trouver "
Rachi (3)
Elle prendra pour elle. Qu’elle garde ce qu’elle a.
De peur que nous ne soyons méprisés. Si tu continues de la chercher, cela finira par se savoir, et ce sera une honte. Que puis-je en effet faire de plus pour tenir parole ?
Voici, j’ai envoyé ce chevreau. Pour avoir égaré son père avec un chevreau, dans le sang duquel il avait trempé la tunique de Yossef (supra 37, 31), Yehouda a été égaré, lui aussi, avec un chevreau (Beréchith raba 85, 9).
Or environ trois mois après on informa Juda en disant "Thamar ta bru s'est prostituée et elle porte dans son sein le fruit de la débauche " Juda répondit "Emmenez la et qu'elle soit brûlée!"
Rachi (3)
Environ trois mois après. La plus grande partie du premier mois, la plus grande partie du dernier et la totalité de celui du milieu (Beréchith raba 85, 10). L’expression kemicheloch ‘hadachim (« environ trois mois ») signifie : « le fait de se répéter trois fois », le mot micheloch étant construit de la même manière que michloa‘h manoth (« l’action d’envoyer des cadeaux » [Esther 9, 19]) ou que michloa‘h yadam (« l’action d’étendre la main » [Yecha’ya 11, 14]). Le Targoum Onqelos propose une traduction similaire : « quand les mois deviennent trois », [l’adjectif numéral « trois » prenant une forme infinitive].
Enceinte à cause de la prostitution. Le mot hara (« enceinte ») [où l’accent tonique est mis sur la dernière syllabe] est ici un adjectif, [et non un verbe, auquel cas il serait mis sur l’avant-dernière, à l’instar de : « elle vit qu’elle avait conçu (haratha) » (supra 16, 4)], comme dans : « une femme enceinte (hara) » (Chemoth 21, 22), ou dans : « claire (bara) comme le soleil » (Chir hachirim 6, 10).
Et qu’elle soit brûlée. Efrayim Maqchaa a enseigné au nom de rabi Méir : Elle était la fille de Chem, qui était kohen (Beréchith raba 85, 10). Voilà pourquoi on la condamne à être brûlée (voir Wayiqra 21, 9).
Comme on l'emmenait elle envoya dire à son beau père "Je suis enceinte du fait de l'homme à qui ces choses appartiennent " Et elle dit "Examine je te prie à qui appartiennent ce sceau ces cordons et ce bâton "
Rachi (3)
On la sortit. Pour qu’elle soit brûlée.
Et elle envoya à son beau-père. Elle ne voulait pas lui faire honte et lui dire : « C’est de toi que j’ai conçu ! », mais elle a dit : « c’est de l’homme à qui ces objets-ci appartiennent ». Elle s’est dit : « S’il le reconnaît, qu’il le reconnaisse de lui-même ! Sinon, qu’ils me condamnent à être brûlée, mais je ne lui ferai pas honte publiquement ! D’où l’on apprend qu’il vaut mieux se laisser jeter dans une fournaise ardente que faire honte publiquement à son prochain (Sota 10b).
Reconnais, je te prie. Le mot na (« je te prie ») est un terme d’imploration (Berakhoth 9a). Elle lui a dit : « Je t’en supplie ! Reconnais ton créateur, et ne sois pas la cause de la perte de trois vies humaines ! »
Juda les reconnut et dit "Elle est plus juste que moi car il est vrai que je ne l'ai point donnée à Chéla mon fils " Cependant il cessa dès lors de la connaître
Rachi (4)
Elle est plus juste que moi (mimmènni – littéralement : « de moi »). « Plus juste » dans ses paroles
de moi. Elle est enceinte. Explication du midrach (Sota 10b, Beréchith raba 85, 10) : Une voix est sortie du ciel et a déclaré : « de moi » – c’est par ma volonté que la chose s’est faite. C’est parce qu’elle vivait vertueuse dans la maison de son beau-père que j’ai décidé que c’est d’elle et de la tribu de Yehouda que sera issue la lignée des rois.
Puisque aussi bien je ne l’ai pas donnée. Elle avait le droit d’agir comme elle a fait, car je ne l’avais pas donnée à mon fils Chéla.
Et il n’ajouta pas. Certains expliquent (Sifri Baha’alothekha 88) : « il ne continua pas ». D’autres (Sota 10b) : « il ne cessa pas » [il ne se sépara pas d’elle]. On trouve la même expression à propos d’Eldad et Médad : « et ils n’ajoutèrent pas (welo yassafou) », que le Targoum traduit par : « ils n’ont pas cessé de prophétiser ».
Or il se trouva lors de son enfantement qu'elle portait des jumeaux dans son sein
Rachi (2)
Au moment de son engendrement. Tandis qu’on a dit à propos de Rivqa : « ses jours pour engendrer furent “remplis” » (supra 25, 24). Ses jours étaient « remplis », tandis que la naissance, chez Tamar, a eu lieu avant terme (Beréchith raba 85, 13).
Que voici des jumeaux. Le mot « jumeaux » est écrit ici en entier : teomim, alors que chez Rivqa il est écrit dans une forme défective (tomim, sans waw ni yod). C’est que l’un des jumeaux, chez celle-ci, était un impie, tandis que chez Tamar tous deux seront des justes (Beréchith raba 85).
Au moment de sa délivrance l'un d'eux avança la main la sage femme la saisit et y attacha un fil d'écarlate pour indiquer que celui ci était né le premier
Rachi (1)
L’un d’eux avança la main. L’un des deux a sorti sa main à l’extérieur, et après que la sage-femme y eut attaché un fil écarlate, il l’a réintroduite.
Ensuite naquit son frère dont la main portait le fil d’écarlate On lui donna le nom de Zérah
Rachi (2)
Sur la main duquel était le fil d’écarlate. Le mot yad (« main ») apparaît à quatre reprises dans le présent contexte, allusion aux quatre anathèmes qui seront prononcés contre ‘Akhan, l’un des descendants de Pèrèts (voir Yehochou‘a 7, 1 et suiv. Beréchith raba 85, 14). Selon une autre opinion, cette répétition correspond aux quatre objets qu’il s’est appropriés [lors du sac de Yeri‘ho] : un vêtement de Chin’ar, deux morceaux d’argent du poids de deux cents chèqel et une barre d’or.
Il appela son nom Zèra‘h (« brillant »). Parce que le fil d’écarlate était de couleur vive.
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