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Beréchith (Genèse) — chapitre 32

Texte hébreu (avec taamim), traduction française et commentaire de Rachi traduit en français, verset par verset. Sommaire du Houmash.

Verset 1

וַיַּשְׁכֵּ֨ם לָבָ֜ן בַּבֹּ֗קֶר וַיְנַשֵּׁ֧ק לְבָנָ֛יו וְלִבְנוֹתָ֖יו וַיְבָ֣רֶךְ אֶתְהֶ֑ם וַיֵּ֛לֶךְ וַיָּ֥שָׁב לָבָ֖ן לִמְקֹמֽוֹ׃

Laban se leva de bon matin embrassa ses fils et ses filles et les bénit puis il partit et s'en retourna chez lui

Verset 2

וְיַֽעֲקֹ֖ב הָלַ֣ךְ לְדַרְכּ֑וֹ וַיִּפְגְּעוּ־ב֖וֹ מַלְאֲכֵ֥י אֱלֹהִֽים׃

Pour Jacob il poursuivit son voyage des envoyés du Seigneur se trouvèrent sur ses pas

Rachi (1)

Des anges de Eloqim le rencontrèrent. Des anges d’Erets Israël sont venus à sa rencontre pour l’y accompagner (Beréchith raba 74).

Verset 3

וַיֹּ֤אמֶר יַֽעֲקֹב֙ כַּֽאֲשֶׁ֣ר רָאָ֔ם מַֽחֲנֵ֥ה אֱלֹהִ֖ים זֶ֑ה וַיִּקְרָ֛א שֵֽׁם־הַמָּק֥וֹם הַה֖וּא מַֽחֲנָֽיִם׃

Jacob dit en les voyant "Ceci est la légion du Seigneur!" Et il appela cet endroit Mahanayim

Rachi (1)

Ma‘hanayim. Deux camps, [le mot ma‘hanayim étant au duel] : les anges de l’extérieur du pays qui étaient venus avec lui jusque là, et ceux d’Erets Israël qui s’étaient portés à sa rencontre (Midrach tan‘houma Wayichla‘h).

Verset 4

וַיִּשְׁלַ֨ח יַֽעֲקֹ֤ב מַלְאָכִים֙ לְפָנָ֔יו אֶל־עֵשָׂ֖ו אָחִ֑יו אַ֥רְצָה שֵׂעִ֖יר שְׂדֵ֥ה אֱדֽוֹם׃

Jacob envoya des messagers en avant vers Ésaü son frère au pays de Séir dans la campagne d'Édom

Rachi (2)

Ya’aqov envoya des messagers. Véritablement des anges (Beréchith raba 75, 4).

Au pays (artsa) de Sé’ir. Lorsqu’un mot exige le préfixe lamèd, [préposition signifiant : « en direction de »], ce préfixe peut être remplacé par le suffixe hé (Yevamoth 13b).

Verset 5

וַיְצַ֤ו אֹתָם֙ לֵאמֹ֔ר כֹּ֣ה תֹֽאמְר֔וּן לַֽאדֹנִ֖י לְעֵשָׂ֑ו כֹּ֤ה אָמַר֙ עַבְדְּךָ֣ יַֽעֲקֹ֔ב עִם־לָבָ֣ן גַּ֔רְתִּי וָֽאֵחַ֖ר עַד־עָֽתָּה׃

Il leur avait donné cet ordre "Vous parlerez ainsi à mon seigneur à Ésaü ‘Ainsi parle ton serviteur Jacob

Rachi (1)

J’ai séjourné. Je n’y suis devenu ni un prince ni un notable, mais j’y suis resté un étranger, [le mot garti, (« j’ai séjourné ») étant de la même racine que guér (« étranger »)]. Tu n’as plus aucune raison, par conséquent, de me haïr à cause de la bénédiction que m’a donnée ton père : « sois un chef pour tes frères » (supra 27, 29), car elle ne s’est pas réalisée (Midrach tan‘houma Wayichla‘h 5). Autre explication : La valeur numérique des lettres de garti est six cent treize, comme si Ya‘aqov avait voulu dire : Tout en séjournant chez Lavan l’impie, j’ai continué d’observer les six cent treize commandements et je n’ai pas suivi ses mauvais exemples.

Verset 6

וַֽיְהִי־לִי֙ שׁ֣וֹר וַֽחֲמ֔וֹר צֹ֖אן וְעֶ֣בֶד וְשִׁפְחָ֑ה וָֽאֶשְׁלְחָה֙ לְהַגִּ֣יד לַֽאדֹנִ֔י לִמְצֹא־חֵ֖ן בְּעֵינֶֽיךָ׃

J'ai séjourné chez Laban et prolongé mon séjour jusqu'à présent J'ai acquis boeufs et ânes menu bétail esclaves mâles et femelles je l'envoie annoncer à mon seigneur pour obtenir faveur à ses yeux ’ "

Rachi (4)

J’ai acquis bœuf et âne. Mon père m’avait dit : « de la rosée des cieux et des graisses de la terre » (supra 27, 28). Ce ne sont des produits ni du ciel ni de la terre.

Bœuf et âne. On a l’habitude d’employer le singulier « bœuf » pour désigner de grandes quantités de bovins (Beréchith raba 75), de la manière dont parlent les gens : « J’ai entendu cette nuit chanter le coq », et non : « chanter les coqs ».

J’ai envoyé annoncer à mon seigneur. Pour annoncer que je viens vers toi.

Pour trouver grâce à tes yeux. Pour montrer que je suis en paix avec toi et que je cherche ton amitié, [et non pour me vanter de mes richesses].

Verset 7

וַיָּשֻׁ֨בוּ֙ הַמַּלְאָכִ֔ים אֶֽל־יַעֲקֹ֖ב לֵאמֹ֑ר בָּ֤אנוּ אֶל־אָחִ֨יךָ֙ אֶל־עֵשָׂ֔ו וְגַם֙ הֹלֵ֣ךְ לִקְרָֽאתְךָ֔ וְאַרְבַּע־מֵא֥וֹת אִ֖ישׁ עִמּֽוֹ׃

Les messagers revinrent près de Jacob en disant "Nous sommes allés trouver ton frère Ésaü lui même vient à ta rencontre et quatre cents hommes l'accompagnent "

Rachi (1)

Nous sommes allés vers ton frère, vers ‘Essaw. Celui dont tu disais qu’il est ton frère, mais il se comporte envers toi comme ‘Essaw, l’impie, toujours animé par la haine (Beréchith raba 75, 7).

Verset 8

וַיִּירָ֧א יַֽעֲקֹ֛ב מְאֹ֖ד וַיֵּ֣צֶר ל֑וֹ וַיַּ֜חַץ אֶת־הָעָ֣ם אֲשֶׁר־אִתּ֗וֹ וְאֶת־הַצֹּ֧אן וְאֶת־הַבָּקָ֛ר וְהַגְּמַלִּ֖ים לִשְׁנֵ֥י מַֽחֲנֽוֹת׃

Jacob fut fort effrayé et plein d'anxiété II distribua son monde le menu le gros bétail et les chameaux en deux bandes,

Rachi (1)

Ya’aqov s’effraya beaucoup, il fut angoissé. Il s’est effrayé à l’idée d’être tué, et il a été angoissé à celle de devoir tuer (Beréchith raba 76, 2).

Verset 9

וַיֹּ֕אמֶר אִם־יָב֥וֹא עֵשָׂ֛ו אֶל־הַמַּֽחֲנֶ֥ה הָֽאַחַ֖ת וְהִכָּ֑הוּ וְהָיָ֛ה הַמַּֽחֲנֶ֥ה הַנִּשְׁאָ֖ר לִפְלֵיטָֽה׃

se disant "Si Ésaü attaque l'une des bandes et la met en pièces la bande restante deviendra une ressource "

Rachi (2)

A l’un des camps (a‘hath, au féminin) et le frappe (au masculin. Le mot hébreu ma‘hanè (« camp ») s’emploie indifféremment au masculin et au féminin : « si un camp campait (ta‘hanè) contre moi » (Tehilim 27, 3) est au féminin, tandis que « qu’est-ce pour toi que tout ce camp (hazè) » (infra 33, 8) est au masculin. Il existe en hébreu d’autres mots qui peuvent appartenir aux deux genres, comme dans : « le soleil [au masculin] était sorti sur la terre » (supra 19, 23), « l’extrémité du ciel est sa sortie [du soleil, au masculin] » (Tehilim 19, 7), « le soleil brillait [au féminin] sur les eaux » (II Melakhim 3, 22). De même pour le mot roua‘h (« vent ») : « un grand vent [au féminin] est venu » (‘Iyov 1, 19), « il a frappé [au masculin] les quatre angles de la maison » (ibid.), « un vent grand [au féminin] et fort [au masculin] brisait les montagnes » (I Melakhim 19, 11). De même pour le mot éch (« feu ») : « un feu s’élança [au féminin] de devant Hachem » (Bamidbar 16, 35), « un feu flamboyant [au masculin] » (Tehilim 104, 4).

Le camp restant sera sauvé. Malgré ‘Essaw, car je me battrai avec lui. Ya’aqov s’est préparé de trois manières à sa rencontre avec ‘Essaw : par des cadeaux, par la prière et par la préparation au combat. Par le cadeau : « l’offrande passa devant lui » (verset 22), par la prière : « Eloqim de mon père Avraham ! » (verset 10), par la préparation au combat : « le camp restant sera sauvé ».

Verset 10

וַיֹּאמֶר֮ יַֽעֲקֹב֒ אֱלֹהֵי֙ אָבִ֣י אַבְרָהָ֔ם וֵֽאלֹהֵ֖י אָבִ֣י יִצְחָ֑ק יְהוָ֞ה הָֽאֹמֵ֣ר אֵלַ֗י שׁ֧וּב לְאַרְצְךָ֛ וּלְמֽוֹלַדְתְּךָ֖ וְאֵיטִ֥יבָה עִמָּֽךְ׃

Puis Jacob dit "O Divinité de mon père Abraham Divinité d'Isaac mon père! Éternel toi qui m'as dit ‘Retourne à ton pays et à ton lieu natal je te comblerai ’

Rachi (1)

Eloqim de mon père Yits‘haq. Il avait parlé plus haut de : « la frayeur de Yits‘haq » (supra 31, 42). En outre, pourquoi répète-t-il ici le nom de Dieu, au lieu de dire simplement : « toi qui m’as dit : retourne à ton pays » ? Voici ce qu’a voulu dire Ya’aqov devant le Saint béni soit-Il : Tu m’as fait deux promesses. La première quand j’ai quitté la maison paternelle à Beér-Chéva’, où tu m’as dit : « je suis Hachem, le Eloqim d’Avraham ton père et Eloqim de Yits‘haq » (supra 28, 13), et aussi : « je te garderai partout où tu iras » (supra 28, 15). La seconde dans la maison de Lavan, où tu m’as dit : « Retourne au pays de tes pères et au lieu de ton engendrement. Je serai avec toi » (supra 31, 3). Tu m’y es alors apparu sous ton nom divin seul, ainsi qu’il est écrit : « Et Hachem dit à Ya’aqov : Retourne au pays de tes pères » (ibid.). C’est au bénéfice de ces deux promesses que je me présente devant toi.

Verset 11

קָטֹ֜נְתִּי מִכֹּ֤ל הַֽחֲסָדִים֙ וּמִכָּל־הָ֣אֱמֶ֔ת אֲשֶׁ֥ר עָשִׂ֖יתָ אֶת־עַבְדֶּ֑ךָ כִּ֣י בְמַקְלִ֗י עָבַ֨רְתִּי֙ אֶת־הַיַּרְדֵּ֣ן הַזֶּ֔ה וְעַתָּ֥ה הָיִ֖יתִי לִשְׁנֵ֥י מַֽחֲנֽוֹת׃

je suis peu digne de toutes les faveurs et de toute la fidélité que tu as témoignées à ton serviteur moi qui avec mon bâton avais passé ce Jourdain et qui à présent possède deux légions

Rachi (3)

Je suis trop petit pour toutes (mikol) les grâces. Mes mérites ont diminué en raison des grâces et de la fidélité que tu m’as témoignées (Beréchith raba 65, 15). [La lettre mèm dans mikol n’indique pas ici le comparatif, mais elle a le sens de mipené (« en conséquence de »).] C’est pourquoi je crains d’avoir été diminué par le péché, depuis que tu m’as fait des promesses, et je redoute qu’il me vaille d’être livré aux mains de ‘Essaw (Chabath 32a).

Et pour toute la vérité. La fidélité à tes paroles. Tu as tenu toutes les promesses que tu m’avais faites.

Car avec mon bâton. Je n’avais ni argent, ni or, ni bétail, mais seulement mon bâton. Explication du midrach : Il a touché le Yardén de son bâton, et celui-ci s’est fendu pour lui livrer passage (Midrach tan‘houma Wayétsé 3).

Verset 12

הַצִּילֵ֥נִי נָ֛א מִיַּ֥ד אָחִ֖י מִיַּ֣ד עֵשָׂ֑ו כִּֽי־יָרֵ֤א אָֽנֹכִי֙ אֹת֔וֹ פֶּן־יָב֣וֹא וְהִכַּ֔נִי אֵ֖ם עַל־בָּנִֽים׃

Sauve moi de grâce de la main de mon frère de la main d'Ésaü car je crains qu'il ne m'attaque et ne me frappe joignant la mère aux enfants!

Rachi (1)

De la main de mon frère, de la main de ‘Essaw. De la main de mon frère qui ne se comporte pas envers moi comme un frère, mais comme ‘Essaw l’impie.

Verset 13

וְאַתָּ֣ה אָמַ֔רְתָּ הֵיטֵ֥ב אֵיטִ֖יב עִמָּ֑ךְ וְשַׂמְתִּ֤י אֶֽת־זַרְעֲךָ֙ כְּח֣וֹל הַיָּ֔ם אֲשֶׁ֥ר לֹֽא־יִסָּפֵ֖ר מֵרֹֽב׃

Pourtant tu as dit ‘Je te comblerai de faveurs et j'égalerai ta descendance au sable de la mer dont la quantité est incalculable ’ "

Rachi (2)

Je te ferai du bien (littéralement : « faire du bien, je te ferai du bien »). « Faire du bien » pour ton propre mérite, « je te ferai du bien » pour le mérite de tes pères (Beréchith raba 76, 7).

Je rendrai ta descendance comme le sable de la mer. Où Dieu lui a-t-Il dit cela ? Il ne lui avait promis que de rendre « sa descendance comme la poussière de la terre » (supra 28, 14). En fait, Dieu avait ajouté : « car je ne t’abandonnerai pas jusqu’à ce que j’aie fait ce que je t’ai dit » (ibid. 15). Or Il avait dit à Avraham : « je multiplierai à profusion ta descendance comme les étoiles des cieux et comme le “sable” qui est sur le bord de la mer » (supra 22, 17).

Verset 14

וַיָּ֥לֶן שָׁ֖ם בַּלַּ֣יְלָה הַה֑וּא וַיִּקַּ֞ח מִן־הַבָּ֧א בְיָד֛וֹ מִנְחָ֖ה לְעֵשָׂ֥ו אָחִֽיו׃

Il établit là son gîte pour cette nuit et il choisit dans ce qui se trouvait en sa possession un hommage pour Ésaü son frère

Rachi (1)

De ce qu’il avait dans sa main. En sa possession, comme dans : « et lui ayant pris tout son territoire de sa main »(Bamidbar 21, 26). Explication du midrach (Midrach tan‘houma Wayichla‘h 11) : L’expression « de ce qu’il avait dans sa main » s’entend des pierres précieuses et des perles que l’on garde dans une petite bourse et que l’on tient dans la main. Autre explication : Il s’agit de ce qui lui appartenait légitimement, comme ne possédant plus un caractère sacré puisqu’il en avait prélevé la dîme. Ya‘aqov avait en effet annoncé : « je t’en prélèverai la dîme » (supra 28, 22), et c’est ensuite qu’il a pris le cadeau [destiné à son frère].

Verset 15

עִזִּ֣ים מָאתַ֔יִם וּתְיָשִׁ֖ים עֶשְׂרִ֑ים רְחֵלִ֥ים מָאתַ֖יִם וְאֵילִ֥ים עֶשְׂרִֽים׃

deux cents chèvres et vingt boucs deux cents brebis et vingt béliers

Rachi (1)

Deux cents chèvres et vingt boucs. On a besoin, pour cents chèvres, de vingt boucs. Quant aux autres espèces, le nombre des animaux mâles dépend des besoins des femelles. Le midrach Beréchith raba (76, 7) en déduit la fréquence du devoir conjugal tel qu’il est prescrit dans la Tora : pour ceux qui n’exercent aucune activité, chaque jour. Pour les ouvriers, deux fois par semaine. Pour les âniers, une fois par semaine. Pour les chameliers, une fois tous les trente jours. Pour les navigateurs, une fois tous les six mois. Je ne sais cependant pas comment ce midrach se rattache exactement à notre texte. Il me semble toutefois qu’il convient d’en déduire que la périodicité du devoir conjugal n’est pas identique chez tous les individus, et qu’il dépend de l’effort que demande leur travail. Nous lisons ici qu’il a associé dix chèvres à chaque bouc, de même à chaque bélier. Leur inactivité les porte à procréer davantage, et ils peuvent chacun féconder dix femelles. Or, une bête, lorsqu’elle est pleine, refuse le mâle. Quant aux taureaux, qui travaillent, il ne leur est affecté que quatre femelles. L’âne effectue de longs trajets, il ne possède donc que deux femelles. Le chameau en accomplit de plus étendus encore, il n’aura qu’une seule femelle.

Verset 16

גְּמַלִּ֧ים מֵֽינִיק֛וֹת וּבְנֵיהֶ֖ם שְׁלֹשִׁ֑ים פָּר֤וֹת אַרְבָּעִים֙ וּפָרִ֣ים עֲשָׂרָ֔ה אֲתֹנֹ֣ת עֶשְׂרִ֔ים וַעְיָרִ֖ם עֲשָׂרָֽה׃

trente chamelles laitières avec leurs petits quarante vaches et dix taureaux vingt ânesses et dix ânes

Rachi (2)

Trente chamelles allaitantes et leurs petits. Avec elles. Le midrach (Beréchith raba 76, 7) lit ouvenéhem (« et leurs petits ») comme s’il était écrit oubanoeïhem (« leurs constructeurs »), soit un mâle par femelle. Mais comme ces animaux sont connus pour leur discrétion lorsqu’ils s’accouplent, on en parle à mots couverts.

Et dix ânes. Le mot ‘ayarim (« ânes ») désigne des ânes mâles.

Verset 17

וַיִּתֵּן֙ בְּיַד־עֲבָדָ֔יו עֵ֥דֶר עֵ֖דֶר לְבַדּ֑וֹ וַ֤יֹּאמֶר אֶל־עֲבָדָיו֙ עִבְר֣וּ לְפָנַ֔י וְרֶ֣וַח תָּשִׂ֔ימוּ בֵּ֥ין עֵ֖דֶר וּבֵ֥ין עֵֽדֶר׃

Il remit aux mains de ses esclaves chaque troupeau à part et il leur dit "Marchez en avant et laissez un intervalle entre un troupeau et l'autre "

Rachi (3)

Chaque troupeau à part. Chaque espèce formant un troupeau à part.

Passez devant moi. A un jour de marche ou bien moins, et je vous suivrai.

Et mettez de l’espace. Entre un troupeau et l’autre, aussi loin que puisse porter le regard, afin de satisfaire l’œil de cet impie et de l’impressionner par l’importance du cadeau (Beréchith raba 76, 8).

Verset 18

וַיְצַ֥ו אֶת־הָֽרִאשׁ֖וֹן לֵאמֹ֑ר כִּ֣י יִֽפְגָשְׁךָ֞ עֵשָׂ֣ו אָחִ֗י וּשְׁאֵֽלְךָ֙ לֵאמֹ֔ר לְמִי־אַ֨תָּה֙ וְאָ֣נָה תֵלֵ֔ךְ וּלְמִ֖י אֵ֥לֶּה לְפָנֶֽיךָ׃

Il donna au premier l'ordre suivant "Lorsqu’Ésaü mon frère te rencontrera et te demandera ‘A qui es tu? où vas tu? et pour qui ce bétail qui te précède?’

Rachi (2)

A qui es-tu ?. « A qui appartiens-tu ? qui t’a envoyé ? » ainsi que le traduit le Targoum.

Et pour qui sont ceux-là devant toi ?. A qui appartiennent-ils ? A qui est envoyé ce cadeau ? La préposition le placée en préfixe a le même sens que le mot chèl [qui marque l’appartenance], comme dans : « tout ce que tu vois est à moi (li hou) » (supra 31, 43), « à Hachem (lachem) la terre et tout ce qui la remplit » (Tehilim 24, 1) – ils appartiennent à Hachem.

Verset 19

וְאָֽמַרְתָּ֙ לְעַבְדְּךָ֣ לְיַֽעֲקֹ֔ב מִנְחָ֥ה הִוא֙ שְׁלוּחָ֔ה לַֽאדֹנִ֖י לְעֵשָׂ֑ו וְהִנֵּ֥ה גַם־ה֖וּא אַֽחֲרֵֽינוּ׃

Tu répondras ‘A ton serviteur Jacob ceci est un hommage adressé à mon seigneur Ésaü et Jacob lui même nous suit ’ "

Rachi (2)

Tu diras : A ton serviteur, à Ya’aqov. Il commence par répondre à la première question, puis à la seconde. Tu m’as demandé : « A qui es-tu ? » J’appartiens à ton serviteur, à Jacob, ainsi que le traduit le Targoum. Tu m’as demandé ensuite : « Et pour qui sont ceux-ci qui te précèdent ? » Cela est un hommage adressé à mon seigneur ‘Essaw...

Et voici, lui aussi. Ya‘aqov.

Verset 20

וַיְצַ֞ו גַּ֣ם אֶת־הַשֵּׁנִ֗י גַּ֚ם אֶת־הַשְּׁלִישִׁ֔י גַּ֚ם אֶת־כָּל־הַהֹ֣לְכִ֔ים אַֽחֲרֵ֥י הָֽעֲדָרִ֖ים לֵאמֹ֑ר כַּדָּבָ֤ר הַזֶּה֙ תְּדַבְּר֣וּן אֶל־עֵשָׂ֔ו בְּמֹצַֽאֲכֶ֖ם אֹתֽוֹ׃

II ordonna de même au second de même au troisième de même à tous ceux qui conduisaient les troupeaux en disant "C'est ainsi que vous parlerez à Ésaü quand vous le rencontrerez

Verset 21

וַֽאֲמַרְתֶּ֕ם גַּ֗ם הִנֵּ֛ה עַבְדְּךָ֥ יַֽעֲקֹ֖ב אַֽחֲרֵ֑ינוּ כִּֽי־אָמַ֞ר אֲכַפְּרָ֣ה פָנָ֗יו בַּמִּנְחָה֙ הַֽהֹלֶ֣כֶת לְפָנָ֔י וְאַֽחֲרֵי־כֵן֙ אֶרְאֶ֣ה פָנָ֔יו אוּלַ֖י יִשָּׂ֥א פָנָֽי׃

Et vous direz ‘Voici que lui même ton serviteur Jacob nous suit" car il disait "Je veux rasséréner son visage par le présent qui me devance et puis je regarderai son visage peut être deviendra t il bienveillant pour moi "

Rachi (1)

J’apaiserai sa face. Je ferai cesser (akhapera) sa colère, comme dans : « et cessera (wekhoupar) votre pacte avec la mort » (Yecha’ya 28, 18), « tu ne pourras pas le faire cesser (kapera) » (ibid. 47, 11). A mon avis, lorsque le mot kapara est associé à la notion de faute, de péché ou de colère, il exprime l’idée d’effacement et d’éloignement. Tel est le sens de ce mot en araméen, et nous le trouvons fréquemment dans la guemara, comme dans : « il s’est essuyé (kapar) les mains », « il a voulu se laver (lekhapouré) les mains [dans le sens de : “se dégager d’une responsabilité”] de cet homme » (Guitin 56a). On trouve le même mot en hébreu biblique, comme dans : « trente bols (keforé) d’or » (Ezra 1, 10), où il s’agit des coupes pour l’aspersion dans le Temple, sur les bords desquelles le kohen s’essuyait les mains (Zeva‘him 93b).

Verset 22

וַתַּֽעֲבֹ֥ר הַמִּנְחָ֖ה עַל־פָּנָ֑יו וְה֛וּא לָ֥ן בַּלַּֽיְלָה־הַה֖וּא בַּֽמַּחֲנֶֽה׃

Le présent défila devant lui et lui demeura cette nuit dans le camp

Rachi (1)

Devant lui (‘al panaw – littéralement : « sur sa face »). Comme lefanaw (« devant sa face »), c’est-à-dire devant lui, comme dans : « violence et pillage y sont constamment entendus sur ma face (‘al panaï) » (Yirmeya 6, 7), « ces gens qui me mettent en colère (‘al panaï) » (Yecha’ya 65, 3). Quant au midrach, il associe l’expression ‘al panaw au mot panim (« colère ») : Ya‘aqov était irrité de devoir faire tout cela (Beréchith raba 76, 8).

Verset 23

וַיָּ֣קָם ׀ בַּלַּ֣יְלָה ה֗וּא וַיִּקַּ֞ח אֶת־שְׁתֵּ֤י נָשָׁיו֙ וְאֶת־שְׁתֵּ֣י שִׁפְחֹתָ֔יו וְאֶת־אַחַ֥ד עָשָׂ֖ר יְלָדָ֑יו וַֽיַּעֲבֹ֔ר אֵ֖ת מַֽעֲבַ֥ר יַבֹּֽק׃

Il se leva quant à lui pendant la nuit il prit ses deux femmes ses deux servantes et ses onze enfants et passa le gué de Jaboc

Rachi (2)

Et ses onze fils. Et Dina, où était-elle ? Ya‘aqov l’avait enfermée dans une caisse verrouillée pour que ‘Essaw ne puisse porter ses regards sur elle. Et il a été puni pour l’avoir ainsi refusée à son frère. Peut-être l’aurait-elle ramené vers le bien ! On sait qu’elle est tombée par la suite entre les mains de Chekhem (Beréchith raba 76, 9).

Yaboq. C’est le nom de la rivière.

Verset 24

וַיִּ֨קָּחֵ֔ם וַיַּֽעֲבִרֵ֖ם אֶת־הַנָּ֑חַל וַֽיַּעֲבֵ֖ר אֶת־אֲשֶׁר־לֽוֹ׃

Puis il les aida à traverser le torrent et fit passer ce qui lui appartenait

Rachi (1)

Ce qui était à lui. Les animaux et les biens meubles. Il s’est transformé en passeur, prenant d’un côté et déposant de l’autre.

Verset 25

וַיִּוָּתֵ֥ר יַֽעֲקֹ֖ב לְבַדּ֑וֹ וַיֵּֽאָבֵ֥ק אִישׁ֙ עִמּ֔וֹ עַ֖ד עֲל֥וֹת הַשָּֽׁחַר׃

Jacob étant resté seul un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aube

Rachi (2)

Ya‘aqov resta seul. Il avait oublié de menus ustensiles, [l’essentiel ayant déjà été transporté (verset précédent),] et il était retourné pour les chercher (‘Houlin 91a).

Un homme lutta (wayéavéq). Le grammairien Mena‘hem ben Sarouq traduit le verbe wayéavéq par : « il souleva de la poussière », du mot avaq (« poussière »). Car ils faisaient jaillir, par leurs mouvements, de la poussière sous leurs pieds. Il me semble, quant à moi, que ce verbe signifie : « il s’enlaça (dans un corps à corps) », comme en araméen : « après s’être attaché (aviqou) » (Sanhèdrin 63b) ou bien : « il s’y fixa (weaviq) comme avec un nœud » (Mena‘hoth 42a). Lorsque deux personnes luttent à qui fera tomber l’autre, elles s’enlacent et se serrent dans les bras l’une de l’autre. Nos maîtres ont expliqué que l’homme en question était l’ange gardien de ‘Essaw (Beréchith raba 77, 3).

Verset 26

וַיַּ֗רְא כִּ֣י לֹ֤א יָכֹל֙ ל֔וֹ וַיִּגַּ֖ע בְּכַף־יְרֵכ֑וֹ וַתֵּ֨קַע֙ כַּף־יֶ֣רֶךְ יַֽעֲקֹ֔ב בְּהֵֽאָבְק֖וֹ עִמּֽוֹ׃

Voyant qu'il ne pouvait le vaincre il lui pressa la cuisse et la cuisse de Jacob se luxa tandis qu'il luttait avec lui

Rachi (2)

Il le toucha au creux de sa hanche. L’os qui s’enfonce dans la hanche s’appelle kaf (« cuiller »), car la chair qui est dessus a la forme d’une cuiller à pot.

Se luxa (watéqa’). L’os a été violemment arraché de son articulation, comme dans : « de peur que mon âme ne se déplace (téqa’) de toi » (Yirmeya 6, 8), dans le sens de : « s’éloigne ». Comme aussi dans la michna : « arracher (leqa’aqé’a) leurs œufs » (Guitin 55a).

Verset 27

וַיֹּ֣אמֶר שַׁלְּחֵ֔נִי כִּ֥י עָלָ֖ה הַשָּׁ֑חַר וַיֹּ֨אמֶר֙ לֹ֣א אֲשַֽׁלֵּחֲךָ֔ כִּ֖י אִם־בֵּֽרַכְתָּֽנִי׃

Il dit "Laisse moi partir car l'aube est venue " II répondit "Je ne te laisserai point que tu ne m'aies béni "

Rachi (2)

Car l’aube s’est levée. Et il faut que j’aille entonner un cantique (‘Houlin 91b, Beréchith raba 78, 1).

Tu me benis. Confirme-moi les bénédictions que m'a données mon père et qu'Ésaü conteste..

Verset 28

וַיֹּ֥אמֶר אֵלָ֖יו מַה־שְּׁמֶ֑ךָ וַיֹּ֖אמֶר יַֽעֲקֹֽב׃

Il lui dit alors "Quel est ton nom?" II répondit "Jacob "

Verset 29

וַיֹּ֗אמֶר לֹ֤א יַֽעֲקֹב֙ יֵֽאָמֵ֥ר עוֹד֙ שִׁמְךָ֔ כִּ֖י אִם־יִשְׂרָאֵ֑ל כִּֽי־שָׂרִ֧יתָ עִם־אֱלֹהִ֛ים וְעִם־אֲנָשִׁ֖ים וַתּוּכָֽל׃

Il reprit "Jacob ne sera plus désormais ton nom mais bien Israël car tu as jouté contre des puissances célestes et humaines et tu es resté fort "

Rachi (3)

Ya’aqov ne sera plus. On ne pourra plus soutenir que c’est par ruse et par éviction (‘iqva – même racine que Ya‘aqov) que tu as obtenu les bénédictions, mais en toute dignité et ouvertement. Le Saint béni soit-Il va se révéler à toi à Beith-El, Il y changera ton nom et te bénira. J’y serai moi-même et j’y consentirai. C’est ce que dira le prophète : « Il a lutté avec un ange et il l’a vaincu. Il a pleuré et l’a supplié » (Hoché‘a 12, 5). Que lui demandait-il ? « A Beith-El il nous trouvera, et là il nous parlera » (ibid.). Autrement dit : « Attends jusqu’à ce qu’Il nous y parle, et c’est alors que je reconnaîtrai ton droit aux bénédictions ! » Mais Ya‘aqov ne l’a pas voulu ainsi, et l’ange a dû, malgré lui, lui confirmer son droit. C’est ce que veut dire le verset suivant : « Il le bénit “là-bas” » – Il l’avait supplié d’attendre, mais Ya‘aqov avait refusé (Beréchith raba 78, 3).

Et avec des hommes. ‘Essaw et Lavan.

Tu as triomphé. D’eux.

Verset 30

וַיִּשְׁאַ֣ל יַֽעֲקֹ֗ב וַיֹּ֨אמֶר֙ הַגִּֽידָה־נָּ֣א שְׁמֶ֔ךָ וַיֹּ֕אמֶר לָ֥מָּה זֶּ֖ה תִּשְׁאַ֣ל לִשְׁמִ֑י וַיְבָ֥רֶךְ אֹת֖וֹ שָֽׁם׃

Jacob l'interrogea en disant "Apprends moi je te prie ton nom " II répondit "Pourquoi t'enquérir de mon nom?" Et il le bénit alors

Rachi (1)

Pourquoi demandes-tu. Nous n’avons pas de nom immuable. Nos noms changent suivant les missions dont on nous charge (Beréchith raba 78, 4).

Verset 31

וַיִּקְרָ֧א יַֽעֲקֹ֛ב שֵׁ֥ם הַמָּק֖וֹם פְּנִיאֵ֑ל כִּֽי־רָאִ֤יתִי אֱלֹהִים֙ פָּנִ֣ים אֶל־פָּנִ֔ים וַתִּנָּצֵ֖ל נַפְשִֽׁי׃

Jacob appela ce lieu Penïel "parce que j'ai vu un être divin face à face et que ma vie est restée sauve "

Verset 32

וַיִּֽזְרַֽח־ל֣וֹ הַשֶּׁ֔מֶשׁ כַּֽאֲשֶׁ֥ר עָבַ֖ר אֶת־פְּנוּאֵ֑ל וְה֥וּא צֹלֵ֖עַ עַל־יְרֵכֽוֹ׃

Le soleil commençait à l'éclairer lorsqu'il eut quitté Penïél il boitait alors à cause de sa cuisse

Rachi (2)

Le soleil se leva sur lui. C’est une façon habituelle de parler, comme on dirait : « Quand nous sommes arrivés à tel endroit, le soleil s’était levé sur nous ». Explication du midrach (Sanhèdrin 95b) : « Sur lui » équivaut à « pour lui », pour le guérir de sa luxation, comme dans : « un soleil de charité, la guérison est dans ses rayons » (Malakhi 3, 20). Le soleil « récupère » à présent, en se levant plus tôt à son intention, les heures qu’il avait perdues en se couchant prématurément lors du départ de Ya‘aqov de Beér Chèva’.

Et il boitait. Il boitait lorsque le soleil s’est levé.

Verset 33

עַל־כֵּ֡ן לֹֽא־יֹאכְל֨וּ בְנֵֽי־יִשְׂרָאֵ֜ל אֶת־גִּ֣יד הַנָּשֶׁ֗ה אֲשֶׁר֙ עַל־כַּ֣ף הַיָּרֵ֔ךְ עַ֖ד הַיּ֣וֹם הַזֶּ֑ה כִּ֤י נָגַע֙ בְּכַף־יֶ֣רֶךְ יַֽעֲקֹ֔ב בְּגִ֖יד הַנָּשֶֽׁה׃

C'est pourquoi les enfants d'Israël ne mangent point aujourd'hui encore le nerf sciatique qui tient à la cavité de la cuisse parce que Jacob fut touché à la cavité de la cuisse sur le nerf sciatique

Rachi (1)

Le nerf sciatique. En hébreu : hanachè, parce qu’il « se retire » (nachè) et s’élève (‘Houlin 91a). Le mot évoque une idée de « retrait », comme dans : « leur courage s’est évanoui (nacheta), ils ressemblent à des femmes » (Yirmeya 51, 30), ou dans : « Eloqim m’a fait oublier (nachani – littéralement : “a retiré de moi”) toute ma peine » (infra 41, 51).

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